Philémon Siclone a écrit : De plus, où se trouverait dans ce cas le Paradis terrestre ? Nous avons suffisamment exploré la terre pour nous rendre compte que ce territoire merveilleux n'est pas de ce monde.
Nous en avons déjà débattu ensemble dans le sous-forum de l’Ecriture Sainte : Le péché originel : quelle réalité concrète ? Mais, vous avez laissé le dernier message sans réponse.
N’oublions pas que l’homme est fait de chair mais aussi d’esprit. C’est encore vrai aujourd’hui. Notre vie d’homme ne se vit pas uniquement dans la réalité matérielle. N’est-ce pas le cœur de l’Evangile prêché par le Christ ? : le royaume des cieux est au milieu de vous.
Même si c’est de manière affaiblie par le péché, nous participons, en même temps, à ce monde terrestre, mais aussi au monde spirituel de Dieu.
Il ne faut pas dissocier les deux réalités. Dieu vient dans l’histoire, dans notre histoire, dans notre dimension spatio-temporelle, mais il est tout aussi vrai que les récits du début de l’humanité dans la Genèse se réalisent aussi « dans une autre dimension ». En même temps, mais aussi de manière transcendante.
Il est évidemment impossible pour les auteurs inspirés de la Genèse de nous en parler autrement qu’avec des mots terrestres qui ne peuvent en donner qu’une image à la mesure des limites de notre compréhension terrestre, mais la réalité n’en est pas moins vraie pour autant.
Adam et Eve ont effectivement vécu à un endroit bien concret. Mais, les anges sont des êtres spirituels, et il me semble que le Jardin d’Eden où il est question d’arbre de la vie, de la connaissance, de dialogue avec Dieu, concerne surtout la réalité spirituelle, dans le récit du péché originel, ce qui n’exclut pas sa réalité terrestre à un moment et à un endroit précis, mais la Genèse ne nous affirme nulle part que ce jardin était extraordinaire sur le plan terrestre.
L’extraordinaire, dans ce jardin, concerne la vie de Adam et Eve en communion avec Dieu. C’est l’accès à l’arbre de vie qui est barré.
Le mot jardin renvoie à un lieu de vie. Nos yeux de chair ne peuvent plus voir ce jardin. C’est l’accès à la réalité spirituelle de ce jardin qui est barrée par des anges. A l’endroit physique concerné, vous ne trouveriez plus rien de particulier.
De la réalité spirituelle du jardin d’Eden, la Genèse ne peut nous parler qu’avec des images terrestres non spirituelles.
Je vais essayer de me faire comprendre par un exemple (sous toutes réserves). C’est un peu comme si vous étiez à un endroit bien concret (le jardin d’Eden) mais où il n’y a aucune lumière (l’obscurité spirituelle) et il vous faudrait des lunettes infra rouges vous permettant de voir. De ces lunettes, nous sommes actuellement privés.
Philémon Siclone a écrit : Et que signifie le fait que Dieu revêtisse Adam et Eve de peaux de bête ?
De cela aussi, nous avons parlé dans le sujet sur le péché originel, mais nous ne m’avez plus répondu.
D’abord, j’attire votre attention sur le fait que le texte ne parle pas de peaux « de bête ». La plupart des traductions n’ajoutent pas cette précision. Il y a un seul mot dans le texte hébreu : le mot « our ».
Le mot peau, en hébreu, dans le texte de Gn 3, 21 qui indique que Dieu revêt Adam et Eve d’un vêtement de « peau », est exactement le même mot que celui qui, avec une autre ponctuation, se traduit par aveugle dans d'autres passages bibliques (Le 19, 14 et 21, 18; Dt 15, 21 ; 27, 18 ; 2 Sam 5, 8 ; 2 R 25, 7 ; Is 42, 19 et 43, 8, ...etc). Le vêtement qui nous protège de l'extérieur, de l'autre, peut aussi exprimer ce qui nous en sépare.
Je suis d'ailleurs étonné qu'à l'inverse c'est quasi le même mot qui indique qu'Adam et Eve sont "sans vêtement" (Gn 2, 25) et qui est utilisé ensuite dans la phrase suivante pour dire que le Serpent est "avisé", "subtil", "rusé" (Gn 3, 1), ce qui pourrait correspondre à un lien entre l'absence de vêtement et la perception intelligente du réel.
Adam et Eve n'avaient pas besoin d'une protection contre l'extérieur, ni pour l'extérieur physique, ni pour l'extérieur spirituel où ils pouvaient vivre en parfaite intelligence avec Dieu.
Ce n'est qu'après la chute que l'humain ressent le besoin d'une protection à l'égard de l'extérieur (Gn 3, 7 et 10) et qu'un voile (le vêtement de « peau » qui le rend « aveugle ») va exister entre lui et Dieu, entre lui et le monde de l'esprit.
Nous sommes cependant appelés à être sauvés, à retrouver pleinement notre humanité faite de chair et d'esprit.
Conclusion : une exploration terrestre approfondie avec nos moyens de chair ne peut pas nous permettre de retrouver le jardin d'Eden dont la réalité était cependant bien présente et perceptible pour Adam et Eve avant la chute. Aujourd'hui, ce jardin n'a pas disparue dans la réalité spirituelle, mais sa perception nous est barrée.