Lumendelumine a écrit :
Pour autant que le matériel génétique n'est pas cause formelle de notre humanité, il en est un des principaux signes sensibles. À ce que je sache l'âme en tant que telle n'est pas observable, c'est l'être complet, corps et âme qui est donné à l'expérience, et si nous pouvons dire de tel être qu'il est une personne humaine, qu'il est doué d'une âme, c'est en raison des manifestations sensibles de cette identité.
La note distinctive de l'âme humaine est la rationalité, donc si vous vous fondez exclusivement sur l'expérience sensible pour décréter si oui ou non l'âme humaine est présente il vous faudra attendre l'âge de raison de l'individu pour affirmer avec certitude que ce dernier est pourvu d'une âme humaine.
Jusqu'à cet âge vous pouvez très bien considérer, comme le fait Saint Thomas pour les quarante premiers jours de la vie intra-utérine, que vous n'avez affaire qu'à des formes transitoires, des formes intermédiaires préparant la matière vivante en vue de recevoir sa forme définitive, à savoir l'âme humaine proprement dite.
En fait l'hylémorphisme laisse la place à deux approches:
Soit vous considérez, comme le fait Boris, qu'il n'y a pas de formes intermédiaires et que vous avez tout de suite l'âme humaine infusée dans le matériel génétique dès qu'il est complet, donc que cette âme est principe de la vie embryonnaire dès la conception, et une âme humaine principe de la vie d'un corps, même si il n'en est qu'à un stade de développement très limité, cela s'appelle un être humain.
Soit vous considérez une succession d'actualisations et de corruptions de formes avant l'actualisation de la forme définitive, un peu comme le sculpteur imprime d'abord à la pierre une suite de formes approximatives avant d'atteindre la forme parfaite de la statue. Ainsi vous avez d'abord une forme végétative qui se corrompt et laisse la place à une forme animale qui elle-même finit par se corrompre pour laisser la place à une forme humaine (l'âme) assumant le rôle tout à la fois de principe de la vie végétative, animale et spirituelle. (étant entendu qu'il ne peut y avoir multiplicité d'âmes dans un être vivant mais qu'une âme d'un ordre supérieur peut assumer le rôle d'une forme d'un ordre inférieur).
Donc concernant la question de l'infusion de l'âme humaine dans le corps, l'observation expérimentale ne vous est pas d'un très grand secours, tout au plus vous permet-elle d'affirmer que chez un enfant manifestant un début de compréhension intellectuelle elle a bien été infusée!
Lumendelumine a écrit :
Et donc je me demande bien où vous voulez en venir quand vous affirmez que "ce n'est certainement pas la médecine ou la génétique qui nous apprendront ce qu'est un être humain". Alors quoi? la Révélation peut-être? C'est ridicule, on a connu l'âme depuis Aristote et même avant.
Oui Aristote et Platon ont chacun de leur côté saisi un des deux aspects principaux de l'âme: la forme du corps pour l'un, la substance spirituelle pour l'autre. Bien que ne s'agissant pas de vérités révélées, ce sont des vérités qui ne peuvent être saisies que par des intelligences de penseurs, pas par des intelligences techniciennes ou de pseudo-philosophes. Je vous citerais d'ailleurs à ce sujet un texte du Père Lallement:
Après l'avènement du christianisme, la philosophie est devenue un anti-christianisme; c'est la philosophie que les hétérodoxes du moyen-âge sont allés chercher chez les Arabes, chez les philosophes juifs déformant la pensée d'Aristote par une conception antichrétienne de la vie; et puis c'est toute la philosophie moderne, jusqu'à Hegel.
Est-ce que la philosophie renaîtra? C'est possible, mais je suis entièrement d'accord avec Marx pour dire qu'actuellement elle est morte. Je ne sais pas si l'on peut appeler l'existentialisme une philosophie. Qu'on l'appelle de n'importe quel nom, c'est une déliquescence de la pensée, ce n'est plus de la pensée; c'est une manière de resucée de l'expérience sensible, et non plus de la pensée.
Et dans notre société libérale matérialiste et hyper-spécialisée vous aurez bien du mal à trouver un médecin ou un généticien de renom qui soit également un grand penseur. Concernant par exemple les délais d'IVG j'ai à peu près tout entendu: pour tel médecin c'est le stade de la formation osseuse qui fixera la limite, pour tel autre c'est l'apparition du système nerveux, etc.. somme toute dès qu'ils s'aventurent au-delà de leur champ de compétences techniques, c'est leur subjectivité qui reprend le dessus: pour l'un c'est le squelette qui fait l'être humain, pour l'autre tel type de cellules. Des considérations aussi divergentes et aussi peu objectives ne nous montrent qu'une seule chose: ces grands scientifiques ou grands techniciens sont perdus, ils ne savent plus ce qu'est l'homme. Et là encore je citerais le Père Lallement:
Comment l'homme est dupé par ces deux humanismes: se croyant arrivé à l'âge adulte par la pleine connaissance de lui-même, il tombe dans une ignorance totale de ce qu'il est.
Une des plus sinistres plaisanteries de toute l'histoire de la pensée, c'est bien cette affirmation que l'homme moderne est arrivé à la pleine conscience de lui-même, qu'il est arrivé à l'âge adulte, se connaissant enfin lui-même. Qu'il soit idéaliste ou qu'il soit matérialiste, le propre de l'homme moderne, c'est précisément de s'ignorer totalement lui-même. Il ne sait absolument plus ce que c'est connaître, ce que c'est que l'intelligence, et par conséquent, il ignore totalement en quoi il est supérieur à la brute ou à la matière.
Plus fondamentalement je dirais que les sciences modernes dites naturelles, qui depuis la Renaissance se sont toujours plus ou moins fait une gloire de braver les interdits de l'Eglise, se forgeant ainsi auprès du grand public une sorte d'image prométhéenne face à l'obscurantisme, ne pourront jamais saisir la vérité fondamentale de l'homme, et qu'au contraire elles s'en éloigneront davantage, parce qu'elles espèrent trouver dans les déterminations inférieures la cause des déterminations supérieures, comme par exemple la cause de l'intelligence dans des schémas d'interconnexions neuronaux, alors que l'intelligence humaine abstrait des notions ayant une extension infinie et que par conséquent aucun système d'"intelligence" artificielle, même simulant parfaitement le fonctionnement cérébral, ne pourra jamais être identique à une âme rationelle.
Ces sciences progressent, mais en creusant toujours plus vers le bas, vers les secrets de la matière, elles n'ont donc aucune chance de tomber sur l'âme, et par conséquent elles ne devraient avoir aucun rôle à jouer, notamment dans les comités de bioéthique, pour ce qui est de statuer sur la définition de l'être humain.