Bonjour à tous,
J'aime bien la tournure qu'a pris cette discussion. C'est riche !
philémon.siclone a écrit :L'une des premières vertus du catholique est l'obéissance. Quoique les catholiques ne sont pas des robots dépourvus de raison propre tout juste bons à appliquer à la lettre les consignes religieuses. Le christianisme n'est pas l'Islam...
Nous sommes bien d'accord sur ce point, et quoique ce soit délicat à expliciter, c'est ce que j'ai également tenté de dire. Il y a une nuance de taille entre faire preuve de la nécessaire humilité qui vous pousse à confronter votre intelligence à une autorité ecclésiale assorti de la volonté d'être en communion avec l'Eglise, et l'obéissance aveugle à des consignes pharisaïques.
dont la solution n'est pas écrite tout prête dans la Bible, et personne, ni l'évêque, ni le directeur spirituel, ne va nous prescrire très précisément la marche à suivre
Non, en revanche, ils peuvent nous mettre sur la voix et aussi nous indiquer quand nous venons à errer. Pour cela, il est nécessaire de leur faire confiance, et de reconnaitre leur autorité.
philémon.siclone a écrit :Ceci étant, il y a un contexte dont ne tient pas compte Pneumatis.
Oui et non. Ne serait-ce que par ma présence maintenant un peu "ancienne" sur ce forum, je commence à être assez familier du contexte "post Vatican II", et de tout ce qu'on lui prête à tort ou à raison. Je l'aborde différemment, et à votre très éclairante argumentation, je voudrais ajouter une réflexion.
Pour moi, Vatican II cela a été le top départ d'une grande mission d'évangélisation du monde en cours de sécularisation. Vous me direz peut-être que je fais un anachronisme, mais je crois au contraire que la sécularisation était déjà largement en germe avant le concile, par une forme de sclérose de la foi du monde catholique, installé dans sa tradition qui se réduisait de plus en plus à une simple culture. Et si la foi n'était pas morte, du moins la sclérose me semble une maladie assez grave pour qu'on s'en inquiète. Sans quoi elle laisse de toute façon présager d'un funeste destin.
Tout ça pour dire que Vatican II, souffle de l'Esprit pour notre temps, a donné un élan, et l'Eglise s'est mise en marche dans une grande et périlleuse mission d'évangélisation. Et comme cela arrive souvent, au départ, ça cafouille un peu. Vous direz probablement même que ça cafouille beaucoup. Mais cette Eglise est en marche. Le problème que je vois aujourd'hui, de mon petit point de vue, c'est que beaucoup de catholiques sont plus préoccupés par le fait que les évêques ne s'occupent pas assez d'eux que par le fait de suivre l'élan d'évangélisation.
Dans cette discussion, nous nous trouvons à remarquer que nous ne sommes pas des robots, que nous devons faire preuve d'une certaine intelligence et d'une certaine autonomie. Amen ! Et pourtant ce sont ceux qui s'en revendiquent le plus qui usent de cette autonomie pour quoi ? Critiquer le fait que les évêques leur laissent "trop de travail" ? Qu'ils ont trop d'autonomie ? Vraiment j'ai été marqué l'année dernière par cette réunion de la conférence des évêques de France à Lourdes et par les propos de Mgr Vingt-Trois. Quand une grande part de la France catholique attendait de ce rassemblement des réformes sur la liturgie ou tout un tas de choses faites par des catholiques pour les catholiques, les évêques ont conduit une réflexion extraordinaire sur la visibilité de l'Eglise et en particulier le rôle majeur des laïcs dans cette visibilité. Ils nous ont renvoyé une fois de plus à notre responsabilité.
Dans cet "esprit de Vatican II" qui disait vouloir donner plus de place aux laïcs, je crois que ça a été doublement mal reçu. D'un côté par les "progressistes" qui ont reçu ça comme l'occasion de mettre un coup à la hiérarchie ecclésiale et aux sacrements (séculariser l'Eglise, en quelque sorte). Et de l'autre par les "tradis" qui ne voyaient pas bien pourquoi on les enverraient bosser sur le terrain de l'évangélisation et de l'intelligence de la foi, là où c'est quand même le boulot des ministres ordonnés. Les premiers n'attendaient que ça pour tuer papa, et les seconds seraient bien resté au chaud à se faire chouchouter par papa. Je caricature, bien sur, et tout n'est pas binaire, mais vous voyez ce que je veux dire. Bref... Puisque sur ce forum où l'on souhaite que règne une certaine orthodoxie, il y a peu de "progressistes" à critiquer nos évêques, mon propos tend finalement à s'adresser surtout à la deuxième catégorie. Et j'ai envie de dire que maintenant on des grands, et ce que nous dit Vatican II ce n'est pas de venir mettre la zone dans l'organisation de l'Eglise, nous sommes bien d'accord, mais c'est quand même de se retrousser les manches, et d'exploiter un peu mieux cette fameuse autonomie pour avancer dans la ligne tracée par l'Eglise, et pas pour descendre nos évêques.
En gros pendant que nous sommes là à critiquer les évêques qu'ils ne prennent pas assez soin de leur communauté, eux sont sur les routes de l'évangélisation des nations, loin devant, et se retournent en nous disant : eh les gars, quand vous voulez, vous venez avec nous ! Nous ne sommes plus des gamins, nous dit en quelque sorte Vatican II. Comme on fait preuve d'un certain laxisme avec nos enfants quand ils traversent l'adolescence, quitte à le laisser prendre des risques et se frotter à la vie, c'est un peu ce que nous devons vivre, pour (re-)devenir des adultes dans la foi. Et c'est quelqu'un qui prône l'obéissance qui vous dit cela ! Non plus l'obéissance pharisaïque, celle de l'enfant sans raison, mais l'obéissance humble et respectueuse de l'autorité, en adulte intelligent, pour contribuer à faire advenir le bien. En marche !
Arrêtons de nous plaindre sur notre petite communauté de catholiques bien au chaud dans leurs églises qui n'est pas assez ceci ou pas assez cela. Nous avons un monde à évangéliser. Nos évêques ne sont pas stupides. Il est vrai qu'un certain laxisme à l'égard de nos communautés peut être en cause dans la crise des vocations. Mais la sécularisation était là avant, elle est là toujours, et s'exprimer un peu plus "dans le sens du vent" ne devrait pas faire perdre la foi aux catholiques qui l'ont déjà. Par contre c'est certainement une main tendue au monde sécularisé, duquel beaucoup de personnes n'attendent que de se reconnaitre un peu plus dans cet Eglise pour y entrer. Si les catholiques convaincus en viennent à quitter l'Eglise pour cela ce serait tragique, mais ils auraient une lourde part de responsabilité. Qu'ils en soient affecté, en revanche, je le comprends très bien. Mais quand nous avons la chance d'avoir la foi et de connaitre le Christ, dans un monde qui l'ignore de plus en plus, il me semble que la priorité soit moins à essayer de se réfugier dans une communauté que d'aller porter au monde la bonne nouvelle.
Et oui, je crois possible de croire que de porter au monde cette bonne nouvelle passe pendant un temps par s'abaisser un peu, s'adapter à la culture du temps et brosser un peu les gens dans le sens du poil si cela ne fait pas de nous des hérétiques ou des apostats. Je ne suis pas progressiste pour deux sous, croyez-le bien, mais je comprends très bien cette démarche de nos évêques, et je tolère certains écarts par rapport à ce que je pense être l'idéal, non pas en les considérant moins comme des écarts, mais en me disant qu'il en faut plus pour détruire l'Eglise, et qu'au contraire cela peut aussi permettre à des gens de rejoindre l'Eglise. Cela peut être un mal pour un bien, si tant est qu'il y ait véritablement un mal.
Certains me donneront l'exemple des communautés qui font salle comble avec une belle liturgie et des paroles droites et fermes. Je n'en doute pas, et c'est également ce à quoi j'aspire, mais pas enfermé dans des communautés. J'ai aussi l'exemple d'un paquet de gens de la cinquantaine qui se dit croyant et non pratiquant, parce qu'ils gardent une image déplorable des cathos pratiquants : "
aller à l'église tous les dimanches et sortir en méprisant ou critiquant ceux qui ne sont pas de sa communauté, ça semble assez contraire à l'évangile". Je crois que déjà avant Vatican II, les catholiques étaient devenus dangereusement communautaristes, qu'ils le sont toujours (comme cela est largement facilité en temps de crise), et que c'est contre cet instinct de communautarisme que nos évêques luttent. Quitte à diluer momentanément la bonne nouvelle dans l'esprit de ce monde, au moins ne l'enferment-ils pas entre quatre murs au milieu de gens bien pensants.
A nous d'agir dans la voie tracée par nos bergers, de rendre visible cette bonne nouvelle, non en accentuant le risque de dérives, mais en faisant confiance, pour aller au devant de ce monde appelé à devenir l'Eglise universelle.
En tout cas, merci à vous tous pour vos trésors de réflexions.