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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : ven. 04 févr. 2011, 18:53
par cracboum
lmx a écrit :Alors là j'ai un peu de mal : si l'Essence de Dieu est son Etre, quelle différence y a t-il à participer à son Etre ou à son Essence ?
Du côté de Dieu aucune. Il n'y a qu'une distinction de notre côté nécessaire pour essayer de comprendre les choses du mieux possibles.
Ce que je voulais dire par "participer à l'Essence" c'est que les essences crées sont des similitudes crées déficientes de l'Essence divine. Participer à l'Essence c'est ressembler au Modèle, à l'Exemplaire suprême.
Participer à l'Acte d'Etre désigne plus le fait de prendre part à l'Acte, de recevoir une communication de cet acte pour être maintenu hors du néant.
Au fond le théologien veut connaître Dieu du point de vue de l'homme, pendant que le mystique veut connaître Dieu comme Il se connait, autrement dit se laisser transformer par le divin. L'aventure n'est pas sans risque et un piètre théologien fait rarement un bon mystique.
Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : dim. 06 févr. 2011, 19:39
par lmx
Les grands mystiques sont aussi des grands théologiens. St Bonaventure et St Jean de la Croix sont tout aussi compétents et tout aussi précis que St Thomas. (J'ai inclus en 1ère page le petit résumé que St Thomas fait de la doctrine des 6 degrés de contemplation qui commence par la contemplation du crée que St Bonaventure a repris.)
Ste Thérèse d'Avila sait aussi de quoi elle parle bien que son expérience ait une dimension plus subjective et plus psychologique.
La théologie de l'inhabitation des Personnes de St Thomas n'est pas une invention de vulgaire mystique panthéiste. La grâce sanctifiante, grâce crée qui prépare , en conformant l'âme à Dieu, au don de la grâce incrée c'est à dire la Personne divine elle même, est une doctrine catholique même si certains théologiens n'ont voulu voir que la grâce crée.
Finalement je viens de trouver cet article du catéchisme qui use du terme de déification .
1129 L’Église affirme que pour les croyants les sacrements de la Nouvelle Alliance sont nécessaires au salut (cf. Cc. Trente : DS 1604). La "grâce sacramentelle" est la grâce de l’Esprit Saint donnée par le Christ et propre à chaque sacrement. L’Esprit guérit et transforme ceux qui le reçoivent en les conformant au Fils de Dieu. Le fruit de la vie sacramentelle, c’est que l’Esprit d’adoption déifie(cf. 2 P 1, 4) les fidèles en les unissant vitalement au Fils unique, le Sauveur.
Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : dim. 13 févr. 2011, 2:27
par lmx
Textes de St Augustin et St Bonaventure consultables ici.
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bibliotheque.htm
- [+] Texte masqué
- I
"Je me trouvais loin de vous dans une contrée étrangère (regio dissimilitudinis)" Les Confessions LVII, ch 10, trad Joseph Trabucco
Défiguré par le pêché originel, « dissemblant » de Dieu, l'homme n'habite plus le lieu de sa naissance.
"Nous n'avons pas ici de cité qui demeure"(hb13,14).
Il est un exilé tombé dans la « région de la dissemblance», étranger à Dieu, étranger à lui-même car étranger à sa vraie nature d’être crée à l’image et à la ressemblance de Dieu.
C’est pourquoi le pêcheur en obscurcissant continuellement l'Image de Dieu en lui est ennemi de lui même. (conf ch V p18)
Détourné de Dieu, il est en même temps aussi hors de son vrai soi car il vit dans le « moi » propre formant l’individualité qui constitue l’homme comme une entité séparée et opposée à la volonté divine.
C'est que vous étiez au dedans de moi et, moi, j'étais en dehors de moi ! Et c'est là que je vous cherchais conf LX, ch 27
Dieu nous est proche mais nous sommes loin de lui. Dieu est dedans mais nous sommes dehors Dieu est chez lui mais nous sommes étrangers. Maitre Eckhart Sermon 68
L'être crée se tient entre l'Etre (Dieu qui est l’Etre) et le néant, donc entre deux infinis. Ce qui est crée, "est" et n'"est" pas véritablement car tout ce qui est tend déjà à ne plus être. (LVII, ch 11)
Les choses crées ne "sont pas stables, elles s'écoulent" (Conf LIV, ch 10). Le devenir de ce point de vu est une déchéance affectant le « cœfficient ontologique » de tout être qui y est soumis.
« L'homme en essayant, à toutes les époques et dans tous les lieux, de pénétrer dans l'avenir, déclare qu'il n'est pas fait pour le temps car le temps est quelque chose de forcé qui ne demande qu'à finir » Joseph de Maistre
Les créatures n’ayant, d’une part, l’être que sur le mode de l’avoir, de façon extrinsèque, et d’autre part, étant soumise au devenir, elles ne peuvent pas le retenir et finissent par le perdre.
Les créatures en tant qu’elles sont, sont aussi "vrai", ce qu’on appelle un transcendantal (comme l‘"être" et le "bon"), mais là encore, elles ne l’ont que sur le mode de l’avoir et non de façon essentiel comme Dieu qui est le Vrai et la source du vrai.
Ces transcendantaux « n’inhèrent » pas les créatures attendu qu’elles « s’écoulent » dans le néant.
Ce qui signifie qu’il y a du plus ou moins vrai, du plus ou moins être. En effet, selon qu’un être participe plus ou moins à Dieu, il est plus proche de l’être et du vrai et se trouve par conséquent plus éloigné du néant.
Il y a des degrés de réalités qui correspondent aussi à des degrés de connaissance, car ce qui est ontologiquement plus proche de Dieu a aussi une meilleure connaissance de Dieu. D’un point de vu cosmologique, le « monde angélique » étant plus proche de Dieu, le suprêmement Réel, il est plus réel, plus stable et à une plus grande connaissance de Dieu que le monde terrestre qui se situe dans la « région de la dissemblance » et qui doit passer.
De ce fait, le but pour l’homme qui habite une région instable est de se tourner vers Dieu, vers la source de l’Etre, en se rendant participant de la nature divine(2 1P 4).
Ainsi, St Augustin à partir d’une tel donné métaphysique pourra donner une base philosophique à la dialectique biblique du vieil homme et du nouvel homme en développant l’idée que le retour à Dieu enraye le processus de dégradation ontologique du vieil homme mutilé par le pêché originel.
L’homme en s’attachant à ce qui n’est pas stable et qui s’écoule, en aimant les choses terrestres qui viennent et qui passent finit par être emportée avec elles dans « l'abîme ». Cet abîme c'est le "monde" qui est tant intérieur qu'extérieur et qui a Satan pour Prince. C'est le cercle infernal du devenir, et des passions, qui emporte ceux qui se livrent à lui.
« Que rien ne te trouble.
Que rien ne t'effraie.
Tout passe.
Dieu ne change pas.
La patience peut tout
qui a Dieu
rien ne lui manque.
Dieu seul suffit »
Ste Thérèse d’Avila
"Le mot monde est un mot collectif, qui englobe ce qu'on appelle les passions ... Là où se brise le cours de ces passions, on voit périr le monde." St Isaac le Syrien Sentences
L'âme tourmentée par les passions est enfermée sur elle même. En voulant les satisfaire elle perpétue le cercle et vit déjà l'enfer.
St Augustin fait sentir combien le désir étant infini, rien ne peut véritablement le satisfaire sinon Dieu. Le désir à en effet une dynamique transcendante. Il lui faut quelque chose à sa mesure. Le nourrir de créatures ne fait que l’exciter et ne le satisfaisant jamais finit par frustrer l’homme.
En ce sens les passions peuvent être vécus comme un enfer et un enfermement. Enfermement dans l’égo qui clôt l’homme sur lui-même.
Celui qui cherche le bonheur ailleurs qu'en Dieu le cherche dans "un pays de mort" (LIV, ch 7), hors la terre des vivants (PS 26,13)
Ontologiquement le pêché dégrade l'homme et c'est en cela qu'il est un mal. Le mal avant d'avoir une dimension morale à une signification métaphysique pour celui qui le commet.
Si le Christ dit de ne pas craindre ce qui peut tuer le corps, c’est parce qu’à rigoureusement parler le mal n’atteint que celui qui s’y livre. Le mal étant avant tout privation d’être et violation de la loi divine, c'est ce qui fait qu'une chose tend à n'être plus. « vous conclurez que le mal c'est ce qui déroge à l'essence et tend à faire qu'une chose ne soit pas » St Augustin Sur la nature du mal ch 2
II
Cependant que l'homme erre dans la région de la dissemblance et s'anéantit progressivement consumé dans ses passions, un refuge l'attends.
"elle ne s'écroule pas en notre absence, notre vraie demeure, votre éternité."(Conf. LIV, ch 16)
Et cette demeure, cette patrie c'est Dieu, qui attend le retour du fils prodigue. "En lui fixe ta demeure" (LIV, ch11) p76
L'être crée à donc deux alternatives, ou bien continuer sa chute et s'enfoncer dans le néant ou retourner à sa source dans l'éternité et par là même réaliser son essence d’être crée à l’image de Dieu.
Ce n’est qu’en Dieu qu'il peut subsister véritablement car seul Dieu est vraiment être. (Conf. LVII, ch 11). En participant pleinement à ce qui est vraiment être c’est-à-dire à ce qui est éternel et immuable l’homme peut vraiment subsister car il a bâti sa maison sur la pierre (Matt 7:24 ; 1 Cor 3:12).
Le Christ devenant ainsi le suppôt de l’homme nouveau communique sa vie à l’homme renouvelé.
"Les eaux de ce fleuve te poussent vers l'abîme ? Accroche-toi aux branches de cet arbre. L'amour du monde t'entraîne? Embrasse fortement le Christ ; il est devenu temporel pour toi, afin de te rendre éternel ; car il est devenu temporel, de manière à demeurer lui-même éternel." Epitre aux Parthes Traité II, St Augustin
Le retour à Dieu est ainsi véritablement "constitutif d'être" car il enraye le processus de dégradation ontologique de l'homme livrer au devenir. Etre pour l’homme équivaut finalement à revenir à Dieu, à revenir donc en dé devenant. Pour un maître spirituel comme St Augustin il faut maintenir une distance avec la réalité phénoménale (moins réelle que la réalité divine) de manière à ne pas se laisser emporter par elle. Au final être c’est participer à l’immutabilité divine car seul est vraiment ce qui est immuable et éternel.
Dès lors que l’homme retourne à Dieu il est refait et parfait (Conf LIV ch11). Le thème est essentiellement biblique. L'homme qui retourne à Dieu se dépouille de ses vieux vêtements de vieil homme pour revêtir le Christ. Le baptême intègre dans le corps du Christ, dans la nature humaine divinisée et sans pêchée du Christ. Quant au St Esprit il conduit et assimile plus profondément l’homme au Christ.
Le baptême donne donc véritablement un mode divin de subsistance.
1265 Le Baptême ne purifie pas seulement de tous les péchés, il fait aussi du néophyte " une création nouvelle " (2 Co 5, 17), un fils adoptif de Dieu (cf. Ga 4, 5-7) qui est devenu " participant de la nature divine " (2 P 1, 4), membre du Christ (cf. 1 Co 6, 15 ; 12, 27) et cohéritier avec Lui (Rm 8, 17), temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6, 19). Catéchisme
Félicitons-nous donc, et rendons grâces à Dieu de ce que nous sommes devenus non seulement des chrétiens, mais le Christ lui-même. Comprenez-vous, mes frères, appréciez-vous dignement la grâce que Dieu nous fait en devenant notre chef ? Soyez dans l’admiration, réjouissez-vous, nous sommes devenus le Christ ! Car s’il est notre chef, nous sommes ses membres; nous composons, lui et nous, son humanité tout entière. St Augustin Traité sur St Jean 21
« c'est vous qui nous convertissez, c'est vous qui nous dépouillez de ce qui n'est pas et qui nous revêtez de ce qui est » Soliloques L1 ch1
Dieu nous revêt de ce qui est, c’est-à-dire de lui-même, du Christ.
La philosophie de st Augustin (ou plutôt le christianisme) est en ce sens une "métaphysique de la conversion" selon l’expression d'Etienne Gilson.
Ce retour est toujours possible car l'homme n'est jamais si corrompu que la Lumière ne cesse de briller en lui, et qu'il puisse se tourner vers elle. L'image de Dieu en l'homme ne s'efface jamais et ne cesse jamais de scintiller, ce qui signifie que la capacité spirituelle de l’homme n’est jamais complètement éteinte, il peut toujours se convertir.
De plus, Dieu est aussi ce qu'il y a de plus intime en nous, étant plus présent à nous que notre âme l’est à nous même, bien qu'en même temps il dépasse nos « plus hautes cimes ».
"Mais vous êtiez au-dedans de moi plus profondément que mon âme la plus profonde, et au dessus de mes plus hautes cimes. Conf. LIII, ch 6
"Averti par ces lectures de faire un retour sur moi même, j'entrais sous votre conduite dans mon for intérieur; je l'ai pu parce que vous devenu mon soutient. J'y entrais et je vis avec l'oeil de mon âme si peu pénétrant qu'il fût, au dessus de cet oeil de l'âme, au dessus de mon intelligence, la lumière immuable". Conf L7, ch10
"Entrez donc au-dedans de vous" exhorte aussi St Bonaventure dans son « itinéraire de l’âme vers Dieu » (ch 3).
De même St Bernard :
« La première chose à faire, c'est donc de revenir à vous-même, d'entrer dans votre coeur, d'apprendre à connaître votre âme. » Traité de l'édification de la conscience ch XXXVI.
C’est donc en entrant d’abord en nous même, dans notre âme, qu’on accède à Dieu qui est caché dans son fond le plus intime.
Mais celui qui veut trouver le Fils de Dieu doit savoir que le Verbe est absolument caché, avec le Père et le Saint-Esprit, dans le centre le plus intime de l'âme; et conséquemment l'âme qui le cherche doit sortir des créatures par le détachement de sa volonté, et entrer dans son fond le plus intérieur. C'est pourquoi je vous ai cherché, disait autrefois saint Augustin à son Créateur, courant par les rues et par les places de la grande cité de ce monde, et je ne vous ai pas trouvé ; car je cherchais dehors, mal à propos, ce qui était dans moi-même. Puis donc qu'il se cache en l'âme, le contemplatif l'y doit chercher. St Jean de la Croix , Cantiques Spirituels 1er cantique.
"Descendez pour monter, pour monter vers Dieu, car vous êtes tomber en montant vers Dieu." dit St Augustin (LIV, ch 12)
Descendre en soi, s‘oublier et se soumettre entièrement à Dieu, éteindre son individualité, c’est monter. Ce qui signifie que l'ascension vers Dieu est doublée d'une intériorisation de plus en plus profonde.
L'âme "reformée, restaurée, rendue semblable à la céleste Jérusalem" par la grâce divine, devient une échelle par laquelle on accède à la contemplation. Plus l’homme descend au plus profond plus il s’élève dans la création jusqu'à la dépasser pour s'unir avec Dieu.
L’homme est une image du monde, un microcosme, un petit univers. L’homme microcosme qui a de plus revêtu la nature humaine du Christ contient potentiellement les degrés de la création qu'il lui reste à actualiser, ceci avec l'aide de la grâce qui parfait agit directement dans l'être. Degrés de la création qui correspondent à des degrés d'être et par là même à des degrés de connaissance/contemplation. Ainsi plus l'homme s'élève dans la contemplation de Dieu plus il est transformé en Lui. En effet, comme toute connaissance se fait par l’assimilation du sujet connaissant à l’objet connu, il faut que ceux qui voient Dieu soient d’une certaine manière transformés en Dieu. Et s’ils Le voient dans la perfection, ils sont parfaitement transfigurés ... S’ils ne voient qu’imparfaitement leur transfiguration est imparfaite, comme ici-bas par la foi St Thomas d'Aquin commentaire de la lettre au Corinthiens (114)
"Alors notre esprit devient hiérarchique dans ses degrés d'élévation , et conforme à cette Jérusalem céleste où nul ne peut entrer , à moins que par la grâce elle ne descende d'abord elle-même en notre coeur, comme saint Jean dans son Apocalypse la vit descendre.
Or, elle vient ainsi en nous lorsque par la réforme de notre image intérieure , par les vertus théologales , par la joie de nos sens spirituels, par le transport des ravissements, notre esprit est vraiment devenu hiérarchique, c'est-à-dire lorsqu'il est purifié, illuminé et rendu parfait.
Ainsi il représente les neuf degrés des ordres célestes lorsqu'on trouve en lui successivement l'annonce des vérités, leur enseignement, leur direction , le bon ordre, l'affermissement, l'empire sur soi-même , le ravissement, la révélation et l'union, car tous ces degrés correspondent aux neuf ordres des anges. Les trois premiers se rapportent à la nature de l'âme ; les trois qui viennent ensuite , à ses exercices spirituels , et les trois derniers à la grâce. Quand l'âme, enrichie de ces dons, rentre en elle-même , elle pénètre dans la Jérusalem céleste, elle y contemple les choeurs des anges, et y voit Dieu qui a fixé en eux sa demeure et opère toutes leurs œuvres St Bonaventure Itinéraire de l’âme vers Dieu
« L'abbé de Verceil s'exprime ainsi sur ces paroles de saint Denis : « Il nous faut voir comment en chaque esprit se trouve les trois hiérarchies , et comment les trois ordres s'y rencontrent selon qu'il a été disposé pour les esprits célestes, c'est-à-dire à commencer par la moindre de ces hiérarchies, qui renferme les Anges, les Archanges et les Principautés. Or, selon la première hiérarchie , l'esprit est réglé comme il convient pour les choses extérieures.
Vient ensuite la hiérarchie moyenne, qui se compose des Puissances, des Vertus et des Dominations ; et c'est sur elle que se règlent les choses intérieures de l'âme. Enfin au plus haut point sont les Trônes, les Chérubins et les Séraphins; ils sont la règle de ce qui est au-dessus de l'âme. Et ces neuf ordres sont les neuf degrés de la contemplation qui nous conduisent à l'Etre unique et divin. »
…
autant il y a en l'âme de recoins, ou autrement de puissances capables de recevoir ce rayon brillant et substantiel, parfaitement simple en son essence et multiple en ses effets , autant il y a de trônes en cette âme. Or, ces trônes sont placés d'une manière inébranlable; ils sont disposés pour la visite de Dieu; ils sont déiformes et toujours prêts à recevoir en eux le Seigneur »
St Bonaventure Des 7 chemins de l'éternité ch 4
Une âme sainte est donc un ciel, et le « soleil » de ce ciel, c'est l'entendement; sa « lune » est la foi; et ses « astres, » les vertus.
Car, quoique l'âme ne soit point susceptible d'une quantité corporelle, parce qu'elle est esprit, néanmoins la grâce lui accorde et lui communique ce qui lui est dénié par la nature. Elle croît et s'étend, mais d'une manière spirituelle ; elle croît aussi en gloire; elle croit pour servir de temple saint au Seigneur; elle croit enfin et s'avance jusqu'à la perfection de l'homme fait, et jusqu'à un âge capable de recevoir la plénitude de la vertu de Jésus-Christ St Bernard Sermon XXVII sur le Cantiques des Cantiques
Par l’intégration au Christ et le revêtement d‘une nouvelle nature humaine, l’homme peut réintégrer l’état Adamique d’abord, puis par une assimilation de plus en plus profonde accéder à l’état « déifique » qui est celui de l’âme qui a accédé au mariage spirituel, (comme dans la doctrine de St Jean de la Croix et de Ste Thérèse) c’est-à-dire, qui a réussit à s’unir durablement au Verbe autant qu’il est possible sur cette terre. Par ailleurs, St Maxime le confesseur distingue trois états d’être que le Christ est venu rétablir dans la nature et que l‘homme en devenant membre du Christ peut désormais actualiser : l’être, l’être selon le bien, et l’être éternel, c’est-à-dire, l’état adamique, l’état angélique et l’état déifique.
C’est évidemment par la grâce qui agit dans l’être de l’homme que celui peut être transformé dans le Christ.
Ainsi nous tous, n’ayant point de voile qui nous couvre le visage, et contemplant la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la Même image, nous avançant de clarté en clarté comme par l’illumination de l’Esprit du Seigneur. 2 Cor 3:18 (trad Sacy)
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III
Symboliquement la réalité est un cercle qui a pour centre l’Eglise (corps du Christ) ou bien la Croix qui elle même à pour centre le Sacré Coeur de Jésus, Cœur de la Trinité.
Nous apprenons par la croix, dont la forme se partage en quatre, et nous donne à compter, à partir du centre vers lequel converge l'ensemble, quatre prolongements, nous apprenons, dis-je, que celui qui y fut étendu au moment où le plan divin s'accomplissait par sa mort, est celui qui unit étroitement et ajuste à lui-même l'univers, en ramenant par sa propre personne à un seul accord et à une seule harmonie les diverses natures du monde. St Grégoire de Nysse Discours catéchétique
On remarquera peut-être l’analogie qu’il y a entre la croix et ses quatre branches irriguant spirituellement la création et les 4 fleuves qui irriguent le jardin d’Eden dans la Genèse.
Au plus éloigné du centre, dans la « région de la dissemblance», donc dans la circonférence du cercle, vit l’homme exilé qui sans cesse tourne autours du cercle. Dans cette région d'exile tout est dispersion et multiplicité. Il n’y a jamais « rien de nouveau sous le soleil » dit l’Ecclésiaste. Il est illusoire de croire dans la paix et l’harmonie universelle dans cette région éloignée, c’est pourquoi les utopies ne pouvant que nier le pêché originel sont des hérésies. La « cité terrestre », rappel longuement St Augustin aux romains qui rendaient responsable le Christianisme de la chute de Rome, sera toujours en proie à la guerre et à la division. La paix que donne Dieu, la véritable paix, n’est pas matérielle et n’est pas de ce monde.(Jn 14:27)
La conversion consiste donc avec l’aide du bon berger (Jn 10:7-18) à faire retour dans le centre, au centre de la Croix, dans le Coeur du Christ qui est venu réunir les hommes dispersés. (Jn 11:52).
Quant au St Esprit, étant l’Amour que le Père et le Fils entretiennent, il est "l’énergie" qui émane du Cœur et qui attire tout dans la Trinité. C’est Lui, le Souffle, qui guide l’âme et l’unit dans le Verbe qui est la Parole du Père.
Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : jeu. 24 févr. 2011, 16:01
par lmx
Voici le texte d'un moine de l'abbaye de Ligugé sur la prière.
http://www.abbaye-liguge.com/uploads/164.pdf
Le texte traite notamment de la signification de la charité qui est indissociable de l'amour de Dieu, de la vie active et de la vie contemplative, du corps qui devrait participer à la prière l'homme étant corps et âme.
Il traite aussi de la différence entre la méditation et la prière, la méditation ayant pour but de préparer à la prière en aiguisant "la fine pointe de l'esprit".
Et finalement de la contemplation naturelle qui use du monde naturel comme d'un miroir :
"Connaître et contempler en chaque créature ce qui constitue sa relation à Dieu, les perfections invisibles de Dieu qui se déploient en elle."
puis de la contemplation de Dieu au delà de toute forme et toute image :
"La contemplation n’est pas seulement dépouillement et négation ; c’est une union et une divinisation qui survient après le dépouillement. C’est la révélation de Dieu dans l’esprit prêt à l’accueillir."
Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : dim. 27 févr. 2011, 18:18
par lmx
quelques observations sur la prière de Jésus
- [+] Texte masqué
- La prière de jésus très répandue dans l'orient chrétien et qui commence à être mieux connu en occident est très simple. Elle consiste à répéter : Seigneur Jésus Christ Fils de Dieu ayez pitié de moi.
Etant composée de 5 mots grecs l'exégèse des théologiens d’orient a vu cette prière dans ces paroles de St Paul. j'aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d'instruire aussi les autres, que dix mille paroles en langue. 1 Cor 14:19
La valeur de cette prière vient de la présence du Nom, si bien que l'important n'est pas l'ordre des mots ou la forme de la prière mais la présence du Nom de Jésus. A cet égard on peut donc la réduire au plus simple possible et se contenter de répéter Seigneur Jésus Christ.
Le catéchisme parle de cette prière et de la valeur du Nom.
2666 Mais le Nom qui contient tout est celui que le Fils de Dieu reçoit dans son Incarnation : JÉSUS. Le Nom divin est indicible par les lèvres humaines (cf. Ex 3, 14 ; 33, 19-23), mais en assumant notre humanité le Verbe de Dieu nous le livre et nous pouvons l’invoquer : " Jésus ", " YHWH sauve " (cf. Mt 1, 21). Le Nom de Jésus contient tout : Dieu et l’homme et toute l’Economie de la création et du salut. Prier " Jésus ", c’est l’invoquer, l’appeler en nous. Son Nom est le seul qui contient la Présence qu’il signifie. Jésus est Ressuscité, et quiconque invoque son Nom accueille le Fils de Dieu qui l’a aimé et s’est livré pour lui (cf. Rm 10, 13 ; Ac 2, 21 ; 3, 15-16 ; Ga 2, 20).
2667 Cette invocation de foi toute simple a été développée dans la tradition de la prière sous maintes formes en Orient et en Occident. La formulation la plus habituelle, transmise par les spirituels du Sinaï, de Syrie et de l’Athos est l’invocation : " Jésus, Christ, Fils de Dieu, Seigneur, aie pitié de nous, pécheurs ! " Elle conjugue l’hymne christologique de Ph 2, 6-11 avec l’appel du publicain et des mendiants de la lumière (cf. Mc 10, 46-52 ; Lc 18, 13). Par elle, le cœur est accordé à la misère des hommes et à la Miséricorde de leur Sauveur.
Théologiquement parlant cette prière combine plusieurs aspects. Elle confesse la divinité du Christ car le salut lui est demandé, elle s’adresse aussi au St Esprit, car le Christ celui qui est oint est aussi celui qui envoie le St Esprit, et comme le dit St Paul nul ne dit Jésus est le Seigneur si ce n’est pas le Saint Esprit. Aussi s'adresse-t-elle le Père, car le Fils qui n’est jamais sans le Père est la "porte" du Père.
Les Trois personnes de la Trinité qui sont un seul Dieu, n’ont qu’une seule volonté et sont absolument inséparables l’une de l’autre.
De manière générale, les noms donnés dans la Bible disent quelque chose du destin des personnes. Le nom signifie la fonction profonde de la personne. C’est pourquoi les prophètes changent parfois de nom, par exemple : Abram (père haut) qui devient Abraham (père d‘une multitude), ou Jacob qui devient Israël. Si donc le Christ est appelé Jésus, c'est à dire Dieu sauve (ou Yahveh sauve), il n'y a pas de hasard, "nomen est omen" : le nom est un présage. Le second Josué (qui signifie aussi Dieu sauve) est le véritable Josué. Le premier a conquis le royaume terrestre, le second donne accès au véritable Royaume.
Le NT attribue une grande valeur au Nom de Jésus :
il n'est sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. Actes 4:12
En vérité, en vérité je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père, il vous le donnera en mon nom. Jn 16:23
nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur ! si ce n'est par le Saint Esprit. 1 Cor 12:3
Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. Ph 2,9
Un écrit du 2è siècle, le Pasteur d'Hermas montre aussi que les premiers chrétiens vénéraient le nom de Jésus.
Le nom du Fils de Dieu est grand, immense, et il soutient le monde entier. Si donc toute la création est soutenue par le Fils de Dieu, que penses-tu de ceux qu'il appelle, qui portent le nom du Fils de Dieu et marchent selon ses préceptes?
Ils ne se sont pourtant jamais éloignés de Dieu, ils ont porté le nom avec joie et reçu avec joie chez eux les serviteurs de Dieu
personne ne rentrera dans le royaume de Dieu (Jn 3,5), s'il n'a pas pris son saint Nom.
Avant de porter le nom du Fils de Dieu, dit-il, l'homme est mort; et lorsqu'il reçoit le sceau, il rejette la mort et reçoit la vie.
L'occident latin avec St Bernard dans son homélie (XV) sur le Cantique des Cantique ne sera pas étranger à cette dévotion pour le nom de Jésus :
Il éclaire lorsqu'on le publie ; il nourrit quand on le rumine, il oint et adoucit les maux, lorsqu'on l'invoque. (…)
Mais le nom de Jésus n'est pas seulement une lumière, c'est encore une nourriture. Ne vous sentez-vous pas fortifiés, toutes les fois que vous vous le rappelez? Qu'y a-t-il qui nourrisse autant l'esprit de celui qui y pense? (…)
Jésus est du miel à la bouche, une mélodie aux oreilles, un chant d'allégresse au coeur. Mais il est encore un remède. Êtes-vous triste ? (…)
Que Jésus vienne dans votre coeur, passe de là à votre bouche; ce nom admirable n'est pas sitôt prononcé, qu'il se produit une lumière resplendissante qui chasse les ennuis et ramène le calme et la sérénité.
(...)
O mon âme, vous avez un antidote excellent caché dans le vase du nom de Jésus, un antidote salutaire, un remède efficace et souverain contre toutes vos maladies.
Ayez-le toujours dans votre sein, ayez le toujours sous la main, afin que toutes vos affections et toutes vos actions soient dirigées vers Jésus. Vous y êtes même invitée par ces paroles : « Mettez-moi, dit-il, comme un cachet sur votre coeur; comme un cachet sur votre bras (Cant. VIII, 6). »
La dévotion du Nom de Jésus n'est donc totalement étrangère à l'occident et n'est pas une bizarrerie orientale. De plus, il existe aussi dans le catholicisme la fête du nom de Jésus qui témoigne de la valeur de ce Nom.
Maintenant, d''un point de vue métaphysique le contenu sémantique du nom Jésus, sa signification "Dieu Sauve", est liée à Jésus lui même. La relation entre le signifiant le Nom et le signifié Jésus est réelle de sorte que le signifié se rend présent d'une certaine façon dans le signifiant.
Son Nom est le seul qui contient la Présence qu’il signifie. Catéchisme Art 2666
Autrement dit, entre le signe (le nom) et la "chose" signifiée (en l'occurrence Jésus lui même) s'établit un rapport réel de signification, cela, par participation du signe à la chose signifiée. Et cette participation fondant un rapport réel entre les deux termes fait du Nom de Jésus un moyen de présence de Dieu si bien que quand nous récitons le Nom, nous nous rendons présent à Dieu. Le Nom est donc un sacramental.
C'est une idée que la pensée moderne athée refuse, ne voyant rien d'autre dans le contenu d’un signe qu'un sens d'abord fabriqué par la pensée et surajouté. Cette pensée est celle d'un monde purement physique radicalement anti religieux fait de signes et de choses complètement autonomes et vides de tout contenu sémantique intrinsèque, celle d'un monde mécanique et unidimensionnel
A l'extrême opposée de cette pensée rationaliste et athée, il y a eu dans les onomatodoxes (glorificateurs du nom) qui soutenaient que le Nom était Dieu lui-même. Position inacceptable car en tant en tant qu'icône verbale ou signe, le Nom est différent de ce qu'il signifie. D'autre part, un signe qu'il soit verbale ou picturale et qui signifie une chose invisible, se situe sur un autre plan d'existence.
I Utilité de la prière de Jésus
Pour bien prier, et se mettre à l'écoute de Dieu, il faut faire naître le silence en soi. Dieu sait de quoi nous avons besoin et il n’est pas besoin de s’épuiser dans les paroles.
Or l'intellect est souvent dispersé dans les pensées car les images de choses futures ou passées l'assaillent, ce qui gêne beaucoup pour prier.
Catéchisme 2729 La difficulté habituelle de notre prière est la distraction. Elle peut porter sur les mots et leur sens, dans la prière vocale ; elle peut porter, plus profondément, sur Celui que nous prions, dans la prière vocale (liturgique ou personnelle), dans la méditation et dans l’oraison. Partir à la chasse des distractions serait tomber dans leurs pièges, alors qu’il suffit de revenir à notre cœur : une distraction nous révèle ce à quoi nous sommes attachés et cette prise de conscience humble devant le Seigneur doit réveiller notre amour de préférence pour lui, en lui offrant résolument notre cœur pour qu’il le purifie. Là se situe le combat, le choix du Maître à servir (cf. Mt 6, 21. 24).
C’est dans ce combat contre la distraction et contre les pensées qui détournent de la prière que la prière de Jésus est utile.
Catéchisme 2668 L’invocation du saint Nom de Jésus est le chemin le plus simple de la prière continuelle. Souvent répétée par un cœur humblement attentif, elle ne se disperse pas dans un " flot de paroles " (Mt 6, 7), mais " garde la Parole et produit du fruit par la constance " (cf. Lc 8, 15). Elle est possible " en tout temps ", car elle n’est pas une occupation à côté d’une autre mais l’unique occupation, celle d’aimer Dieu, qui anime et transfigure toute action dans le Christ Jésus.
La répétition de cette prière simple permet de simplifier, d’unifier de l'intellect et de le faire descendre dans le cœur.
Elle permet donc se con-centrer, de revenir au centre, à l'unité, en liant l'intellect à la pensée de l'Unique comme l’enseigne Théophane le Reclus un saint russe du 19è siècle :
"pour faire cesser ce vagabondage (des pensées), vous devez lier votre intellect à une pensée unique, ou à la seule pensée de l'unique. Une prière brève aide à réaliser cela, à rendre l'intellect simple et unifié; elle développe un sentiment envers Dieu et le greffe dans le coeur"
un moine russe du 18è siècle s'exprime ainsi :
"Il est nécessaire pour l'intellect, à l'heure de la prière, de se réfugier aussi vite que possible dans le coeur, et d'y demeurer sourd et muet à toute pensée. Enfermez votre intellect dans la cellule de votre coeur et là vous jouirez du repos que vous laisserons les pensées mauvaise; et vous expérimenterez la joie spirituelle que procure la prière intérieure et la pensée du coeur"
Ainsi l’intellect pacifié par la répétition du Nom, la pensée de Jésus descend dans le coeur, de sorte qu'il peut commencer à fonctionner de manière spirituelle et non plus de façon naturelle et discursive. En effet, le Nom du Christ établit dans le coeur peut commencer à le purifier et à répandre l'huile de la grâce dans la personne.
« le nom du Seigneur, en descendant dans les profondeurs du coeur dompte les dragons qui en garde les pâturage, sauve l'âme et la fortifie. Garde toujours le nom du Seigneur Jésus sur les lèvres et dans le coeur de telle façon que ton coeur absorbe le Seigneur et que le Seigneur absorbe ton coeur, et que les deux deviennent un" Calixte et Ignace Xanthopoulos , auteurs spirituels byzantin de la fin du XIV siècle
L’aspect thérapeutique de la prière de Jésus est ici indéniable, non pas qu’elle soit une « technique » fonctionnant d’elle même, mais récitée avec calme foi et dévotion elle purifie l’intellect, pacifie le cœur et réunifie l’être entier.
La prière est un rejeton de la douceur et de l’absence de colère. La prière est un fruit de la joie et de la reconnaissance. La prière est exclusion de la tristesse et du découragement. Evagre le Pontique
A propos du coeur, très présent chez les Pères de l'Eglise d'orient comme d'occident mais que l'occident a eu tendance à oublier avec la pénétration des philosophies grecques qui contrairement à la Bible ne lui accordent généralement aucun rôle, St Macaire, un moine égyptien du IV siècle explique :
"Le coeur est un tout petit récipient, mais toutes choses se trouvent contenues en lui. Dieu est là et aussi les anges et la vie, et le Royaume et les cités célèstes et les trésors de grâce."
« le cœur n’est qu’un petit vaisseau, et pourtant il s’y trouve des lions des dragons et des créatures venimeuses, et tous les raffinements de la méchanceté; il s’y trouve des sentiers rugueux raboteux et des gouffres béants. Mais Dieu s’y trouve également et aussi les anges, la Vie et le Royaume, la Lumière et les apôtres, la cité céleste et les trésors de grâce. Tout est là »
Le cœur c’est donc l’esprit, ou fond de l’âme, qui désigne le centre ou le sommet de l’être capable de communication avec Dieu. Heureux les coeurs pures car il verront Dieu. Matthieu 5,8
C’est le centre de la personne, l'homme intérieur qui doit être cultivé, gardé et développé.
Car c’est du coeur que partent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les larcins, les faux témoignages, les blasphèmes et les médisances … Matthieu 15:19
Au 17e siècle Pascal remettra la connaissance du coeur, intuitive et spirituelle, à la première place contre la connaissance discursive et conceptuelle des philosophes. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas »
Si la prière de Jésus est d'une grande utilité elle n'est pas une fin en soi, et est tout sauf un mantra. Ce qui compte pour St Théophane le Reclus c'est le souvenir de Dieu qui permet de mettre en pratique le commandement de toujours prier (Luc 18:1 ; 1 Th 5,18).
"l'essence de la prière à être établi dans le souvenir de Dieu et à marcher en sa présence."
"Prier ne signifie pas seulement se tenir en prière. Garder l'esprit et le coeur tourner vers Dieu et centrés sur lui, c'est déjà une prière, quelque soit la position dans laquelle on se trouve."
"tout nos efforts doivent tendre à garder la pensée incessante de Dieu, à rester continuellement conscients de sa présence"
La prière intérieure c‘est « demeurer devant Dieu criant vers lui sans parole. Par ce moyen, le souvenir de Dieu s'établira dans l'intellect, et la présence de Dieu brillera dans votre âme comme le soleil."
Sources :
La voie du silence, Michel Laroche
La prière de l’Eglise d’orient, Un moine de l'Eglise d'orient (Lev Gillet)
L’art de la prière, Higoumène Chariton de Valamo
L'homélie de St Bernard
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saint ... que015.htm
http://www.integratedcatholiclife.org/2 ... us-prayer/
http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P9A.HTM
Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : lun. 07 mars 2011, 21:06
par lmx
http://christophe.levalois.free.fr/fich ... lacide.pdf
Voici un entretien entre prêtres orthodoxes portant sur la distinction entre la personne et l'individu (le moi) et qui est très éclairante sur le sens de la vie chrétienne et sur l'importance de l'ascèse personnelle.
Cette distinction est issue du courant personnaliste née au 20è siècle et qui a eu notamment pour représentants chez les catholiques le philosophe Jacques Maritain et chez les orthodoxes Vladimir Lossky qui, vivant à Paris, était en contact avec les intellectuels catholiques.
L'individu dans ce courant fait référence chez l'être humain à ce qu'il a de propre, à ce qui l'enferme en lui et les sépare des autres et de Dieu. C'est, dans une perspective chrétienne, une limitation, une entrave. C'est le "propre" qui rend l'homme "dissemblant" de Dieu et qui obscurcit l'image de Dieu en lui. "Qu'est ce que le proprium ? La dissemblance ce par quoi l'homme se veut différent de Dieu" écrit Etienne Gilson. Par conséquent, abolir le moi n'est pas une déchéance car "Eliminer de soi même tout ce qui l'empêche d'être vraiment soi, ce n'est pas pour l'homme se perdre mais se retrouver."
L'individualité est donc aussi formée par l'identité propre fruit des déterminismes sociaux économiques et biologiques. Or, dans le christianisme il n'y a plus ni juifs, ni grecs, ni barbares, l'"identité" du chrétien étant le Christ qu'il revêt.
Comme l'écrit V. Lossky : L’homme agit le plus souvent sous des impulsions naturelles : il est conditionné par son tempérament, son caractère, son hérédité, l’ambiance cosmique ou psycho-sociale, voire sa propre historicité. Mais la vérité de l’homme est au-delà de tout conditionnement, et sa dignité, de pouvoir se libérer de sa nature, non pour la consumer ou l’abandonner à elle-même comme le sage antique ou oriental, mais pour la transfigurer en Dieu.
La personne en revanche c'est la dimension verticale de l'homme qui le distingue de l'animal, étant comme le lien qui nous rattache à Dieu et qu'on peut identifier bibliquement au souffle de vie que Dieu insuffle en Adam. La personne est "l'homme invisible qui vit dans le coeur" (1 P 3:4).
La personne humaine, en ce sens, est une relation qui s'accomplit dans le don d'elle même d'abord à Dieu et autres ; relation analogue aux Personnes divines dont la perfection réside dans le don parfait que chacune fait à l'autre.
La dignité de l'homme étant donc rigoureusement indissociable de sa relation avec la transcendance, ce courant personnaliste a peu de chose à voir avec l'humanisme bas de gamme qu'on a pu voir en lui.
En résumé, la distinction personne / individu correspond tout simplement à la distinction de St Paul entre l'homme charnel (psychique) et l'homme spirituel qui doit supplanter le premier.
Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : mar. 08 mars 2011, 16:53
par gerardh
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bonjour,
J'aime pas le mysticisme !
Le stroumph grognon !
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : mar. 08 mars 2011, 22:25
par lmx
C'est dommage pour vous. Ce n'est pourtant rien que de la théologie chrétienne.
Luther aimait la vraie mystique chrétienne et considérait le livre de la theologia deutsch comme étant une des plus pure expression de la théologie chrétienne. Il plaçait d'ailleurs ce livre aux côtés de la Bible et des écrits de St Augustin.
Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : jeu. 10 mars 2011, 5:38
par Anne
gerardh a écrit :_________
bonjour,
J'aime pas le mysticisme !
Le stroumph grognon !

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Avec un peu de chance, ça vous passera !
Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : jeu. 10 mars 2011, 8:54
par Griffon
gerardh a écrit :_________
bonjour,
J'aime pas le mysticisme !
Le stroumph grognon !
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Adage :
"Ce qui est reçu prend la forme de ce qui reçoit."
Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : jeu. 10 mars 2011, 13:53
par gerardh
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Bonjour,
Je reçois des quolibets (c'est un euphémisme).
Je m'attendais à autre chose : quelques petits "pourquoi ?".
Dommage.
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : jeu. 10 mars 2011, 15:02
par gerardh
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Merci pour la question :
Si l'on entend par mysticisme une grande piété, accompagnée d'une marche pratique à la gloire de Dieu, et d'un intérêt pour les choses d'en haut, alors je n'ai rien contre, bien au contraire.
Mais si l'on entend par mysticisme une exaltation excessive des sens et des sentiments, je trouve que cela n'est autre qu'une manifestation charnelle, qui donne une trop grande place à l'homme, alors que celui-ci est tout compte fait, encore faible et pécheur. Dans la synagogue, Jésus préférait le pécheur qui restait humblement à la dernière place, et avait conscience de son état de pécheur : position que Dieu approuve.
Dans un autre sens, mais proche du précédent, le mysticisme est un ensemble de croyances et de pratiques qui tendent vers l'union de l'homme et de la divinité. Même si les chrétiens sont un avec Jésus, ce n'est pas une raison pour en tirer vanité et gloire, ni non plus verser dans le sens du panthéisme.
Je ne suis pas non plus favorable à l'ascétisme : ensemble de pratiques qui prétendent libérer l'esprit par le mépris du corps (par des pénitences, des privations et des mortifications).
Il va néanmoins sans dire que je ne veux jeter la pierre à personne.
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : jeu. 10 mars 2011, 15:55
par lmx
gerhard pourriez vous lire ce que j'ai écrit depuis la première page. Cela répondrais à toutes vos interrogations, car précisément, si vous m'aviez lu, il n'y pas de place pour les sentiments et l'imagination.
En ce qui concerne l'ascétisme qui correspond à la phase purgative généralement accompagnée d'exercices de médiations (St Ignace), il doit se comprendre par le dépouillement de l'individualité et de la volonté propre, pas par le mépris du corps. De plus, le corps n'est pas laissé de côté car il participe aussi la déification :
Et de ce bien de l'âme parfois rejaillit sur le corps l'onction de l'Esprit Saint et réjouit toute la substance sensitive, tous les membres et les os et les moelles, non point faiblement comme il a coutume d'arriver d'ordinaire, mais avec un sentiment de grande délectation et de grande gloire, qui se sent jusqu'aux dernières jointures des pieds et des mains ; et le corps sent une si grande gloire en celle de l'âme, qu'à sa façon il exalte Dieu, le sentant dans ses os, conformément à ce que dit David : Tous mes os diront: Dieu, qui est semblable à toi ? (Ps 34,10). Et parce que tout ce qui peut s'en dire est trop peu, pour cela il suffit de dire tant du corporel que du spirituel, qu'il sent la vie éternelle. St Jean de la Croix VF s2
Il s'agit seulement durant cette première phase de se mettre dans des bonnes dispositions pour laisser Dieu agir en soi. Chez St Jean de la Croix cette première phase est divisée en deux étapes (nuit active/nuit passive), une première étape où l'homme se détache volontaire progressivement du monde. C'est qu'il faut d'abord dire oui à Dieu qui ne force personne. Puis, dans la deuxième étape de la phase purgative, c'est l'Esprit Saint qui purifie l'âme et qui conduit l'homme plus à fond dans le dépouillement.
Gabriel Bunge que j'ai cité montre qu'il y avait dans l'antiquité chrétienne traditionnellement trois positions tirées de la Bible : debout en levant les bras (position signifiant la libération du pêché grâce au Christ), à genoux (contrition), et les prosternations (adoration/soumission), tout ceci devant ce faire face à l'orient qui était symboliquement le lieu de naissance du Christ.
Fond et forme devaient se soutenir mutuellement, même si le fond précède la forme. Le corps telle une icône devait refléter l'attitude intérieure.
Le paradoxe d'aujourd'hui est que beaucoup ne veulent même plus s'agenouiller alors qu'ils fustigent le fait que le corps soit laissé de côté. L'homme moderne est un homme assis qui veut tout faire dans cette position confortable.
Pour le panthéisme, j'ai aussi répondu. Mais le christianisme est la religion de l'union à Dieu, union qui est bien réelle et qui ne se réduit pas à une communion de volonté.
Le christianisme invite à dépasser le dualisme standard qui croit sauvegarder la transcendance de Dieu, en le renvoyant dans un autre monde qui n'a rien à avoir avec celui ci. En abordant le monde comme un bloc séparé, cela conduit à cesser de se soucier de Dieu et donc à autonomiser le monde et l'homme qui n'a alors plus besoin de Dieu.
D'autre part, si Dieu est transcendant il est donc aussi immanent. L'infini ne peut être limité par rien.
L'esprit de la modernité dont la caractéristique est l'autonomisation des champs et des savoirs (ainsi de la politique qui se sépare de la morale avec Machiavel, la philo de la théologie), et qu'on trouve à mon avis déjà chez Aristote qui conçoit le monde de façon relativement autonome, va malheureusement pénétrer le monde occidental chrétien et la théologie occidentale. Quant au protestantisme il n'aura strictement rien avec le christianisme dans premiers temps mais il sera férocement nominaliste.
Dans le christianisme des débuts jusqu'à la fin du moyen age en occident, il n'y a pas cette séparation radicale qui conduit à opposer vie active et vie contemplative, mystique et théologie "académique", philosophie et théologie, raison et foi, monde visible et monde invisible.
Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : jeu. 10 mars 2011, 19:02
par gerardh
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Bonjour lmx,
Je n'avais pas lu votre long exposé liminaire. J'ai essayé de m'y coller, mais avec difficulté j'avoue. Tout cela est bien compliqué, bien savant, pour moi qui n'ai que la foi d'un petit enfant, la foi du charbonnier.
L'homme naturel a en effet la connaissance de Dieu par les choses crées, par la création, de telle manière que ceux qui nient cela sont inexcusables (Romains 1, 20). Mais l'amour de Dieu, et le sentiment de notre état de péché viennent par la révélation de Dieu, que ce soit pas sa Parole, par son Esprit ou par les dons de l'Esprit.
Vouloir s'élever de soi-même dans la sphère spirituelle est un exercice vain et prétentieux : au total charnel. Voici ce qu'ont découvert Job et l'Ecclésiaste. Ainsi en est-il de ce que j'appelle un mystique. Mais sans doute suis-je trop simpliste.
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Publié : jeu. 10 mars 2011, 19:27
par lmx
Vouloir s'élever de soi-même dans la sphère spirituelle est un exercice vain et prétentieux : au total charnel. Voici ce qu'ont découvert Job et l'Ecclésiaste.
Je suis parfaitement d'accord. C'est pourquoi j'ai essayé de montrer que dans la tradition de la théologie mystique, il faut passer par la première phase, qui est celle du dépouillement et de renoncement à sa volonté propre. S'il faut donc s'élever c'est en s'abaissant écrit St Augustin dans les Confessions.
Ce que vous critiquez est peut-être de l'occultisme ou du bouddhisme mais pas de la mystique chrétienne.
En tout cas, je trouve encore une fois dommage de tirer un trait sur quelque chose sans réellement le connaitre.