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Re: Enfer et Paradis bien avant la mort ?
Publié : mer. 06 juil. 2011, 22:10
par ti'hamo
Cela fait beaucoup de questions...
. L'éternité commence-t-elle maintenant :
en tout cas, cela a un sens de dire qu'elle commence maintenant : la vie éternelle est censée être la continuation de cette vie-ci, ou plutôt être dans la continuité : dans le prolongement, mais tout de même bien différente (sublimée, en quelque sorte).
. L'éternité c'est différent de notre vie actuelle :
Il s'agit, tout de même, d'être en pleine communion avec Dieu et tous les saints, et dans l'éternelle contemplation de Dieu. On peut donc difficilement dire que ça soit déjà le cas.
Il y a aussi dans "Spe Salvi" un passage où Benoit XVI cite une phrase où St Paul dit que "la foi est la substance des réalités à espérer, la preuve des réalités que l'on ne voit pas" - ce qui illustre l'articulation entre réalité présente et à venir, comment elles sont différentes mais liées, comment nous devons vivre déjà de ce que nous espérons, et qu'alors nous aurons réellement.
. Notre vie actuelle prépare notre éternité, donc.
Ce sont donc bien deux parties différentes, mais liées, de notre vie.
Donc, oui, l'éternité commence maintenant... et pourtant, ce n'est pas encore l'éternité, nous n'y sommes pas encore.
Re: Enfer et Paradis bien avant la mort ?
Publié : mer. 06 juil. 2011, 22:15
par ti'hamo
. Notre vie présente prépare notre éternité :
également d'une façon moins réjouissante : celui qui s'entraîne à refuser Dieu, se prépare une éternité coupé de Dieu - soit l'Enfer.
On peut, en un sens, dire que toute notre vie consiste à préparer notre mort : le moment ultime où nous choisirons d'accepter ou de rejeter Dieu.
Alors, certes, il ne faut jamais désespérer de la miséricorde de Dieu, et rien n'est certain avant le jugement, cependant il est évidemment plus difficile d'accepter en soi ce qu'on se serait entraîné toute sa vie à rejeter.
Et cela peut se faire d'une bien gentille façon : pas forcément en égorgeant ses voisins ou en pillant les églises. L'enfer, c'est choisir de se couper de Dieu, parce que l'on veut se suffire à soi-même : s'entraîner, donc, à se faire son petit chemin à soi, à sa mesure, à se prendre soi-même comme mesure de sa propre vie et comme référence ultime de toute vérité, c'est s'entraîner à se créer une vie à soi, à sa mesure, dont on soit le centre et l'accomplissement - et donc coupée de Dieu.
Et donc l'enfer, qu'on pourrait représenter comme une sorte d'éternelle solitude glacée - tellement glacée qu'elle en brûle.
Re: Enfer et Paradis bien avant la mort ?
Publié : mer. 06 juil. 2011, 22:22
par ti'hamo
La mort est donc un passage, mais plus qu'un passage : un déchirement (nous ne sommes pas fait pour) ; rappelons nous tout de même qu'il s'agit de perdre son corps, soit d'une sorte d'amputation ultime : pas folichon tout de même.
Si on y ajoute le renoncement à soi que réclame l'amour de Dieu, et qui s'oppose à tous nos petits attachements... tout ça ne doit rien avoir de facile.
Quant aux anges, bons ou mauvais : il ne me semble pas une bonne idée de trop vouloir les dépersonnaliser, d'en faire des symboles ou des "forces". Il est certain que nous pouvons difficilement nous représenter de quoi il s'agit, mais un ange est au moins une intelligence et une volonté, une volonté personnelle. Il s'agit donc bien d'êtres, capables d'amour et de raison, et non de simple symboles ou de "forces" en nous.
Que nous ayons par ailleurs des tendances, bonnes de par notre nature créée par Dieu et mauvaises de par notre nature brisée, ayant perdue son harmonie première (péché originel), c'est un fait, mais ce n'est pas cela qu'on appelle "anges".
Il y a des anges, et certains ne vous veulent pas du bien : ça, il convient de s'en rappeler.
Re: Enfer et Paradis bien avant la mort ?
Publié : mer. 06 juil. 2011, 23:58
par stephlorant
Bonjour ti'hamo,
Je ne peux pas m'empêcher de placer ici une belle découverte, assez récente pour moi: c'est à propos de la vie éternelle, comment Philippe Sollers manifeste sa joie devant les propos du Pape :
"Ce Benoît XVI est étrange: il a compris et vérifié que presque plus personne ne savait qui était exactement son Dieu, pourtant célébré, chaque jour, aux quatre coins de la planète. Il s’est donc mis, avec humilité, au travail, d’où ce deuxième volume, intitulé, lui aussi, «Jésus de Nazareth».
Il suit le personnage principal, depuis sa montée triomphale à Jérusalem, jusqu’à son procès, sa crucifixion et sa résurrection. Il s’ensuit un polar métaphysique ahurissant, le contraire d’un film (et Dieu sait s’il y en a eu sur cette affaire qui occupe les siècles!), parce que vécu de l’intérieur.
Le pape lit, raconte, commente avec clarté, il connaît sa Bible et ses Evangiles sur le bout des doigts, aussi à l’aise avec l’hébreu qu’avec le grec, en finit avec le cliché des «juifs déicides», décrit le contexte politique de l’époque, mais pour insister sur le fait que l’événement Jésus ne doit pas être imaginé au passé, mais maintenant, ici, tout de suite. Vous êtes écrasés par l’idée de la mort? Vous haussez les épaules si on vous parle de «vie éternelle»?
La vie éternelle n’est pas ce qu’on croit:
«L’expression “vie éternelle” ne signifie pas – comme le pense peut-être d’emblée le lecteur moderne – la vie qui vient après la mort, alors que la vie présente est justement passagère et non pas un vie éternelle. “Vie éternelle” signifie la vie elle-même, la vraie vie, qui peut être vécue aussi dans le temps et qui ensuite ne s’achève pas par la mort physique. C’est ce qui nous intéresse : embrasser d’ores et déjà “la vie”, la vraie vie, qui ne peut plus être détruite par rien ni par personne.»
Les premiers chrétiens, rappelle le pape, se sont nommés eux-mêmes «les vivants», suivant la parole extraordinaire du Christ rapportée par Jean: «Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais.» On voit l’ampleur du blasphème pour tous les amis ou les gestionnaires de la mort. Staline n’avait pas tort de demander «le pape, combien de divisions?», en ajoutant «à la fin, c’est toujours la mort qui gagne». Hitler, dans son genre, s’est acharné à prouver qu’il était un grand prêtre déchaîné de la mort.
Mais Dieu est «le Vivant», et, contre toute attente, il y a encore des papes. Le dernier en date, très différent de son bienheureux prédécesseur, est un théologien subtil et d’un rare talent narratif. Il n’hésite pas, à propos de la Résurrection, point clé du récit, à parler d’une «mutation décisive». Le nouveau Temple est le lieu d’une adoration «en esprit et en vérité», et le corps du Ressuscité, qui ne doit plus rien à la biologie, est un saut qualitatif dans le flux des générations humaines. Il ne vient pas du monde des morts, ce n’est ni un «esprit» ni un fantôme, ses manifestations, après sa résurrection, montrent la surprise des témoins qui ne le reconnaissent pas d’abord, mais seulement quand il disparaît (séquence des pèlerins d’Emmaüs, scène inouïe des pêcheurs sur la plage).
Le pape écrit: «Il est totalement corporel, et, cependant, il n’est pas lié aux lois de la corporéité, aux lois de l’espace et du temps.» C’est là où la science, ou le simple bon sens crient au délire, mais c’est là aussi que toutes les dérives mystiques ou spiritualistes viennent buter sur un fait matériel d’une totale nouveauté. Et sur quoi vous fondez-vous pour affirmer cette révélation folle qui chemine, presque inaperçue au début, et de plus en plus combattue ensuite? Oui, sur quoi? Sur la Parole. Le personnage dit: «Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.» Le pape souligne: «La parole est plus durable et plus réelle que le monde matériel tout entier.»
Au pays des morts, ici, seule la parole est vivante. Comment un écrivain pourrait-il ne pas sentir ça? Il fait nuit, nous voyageons le plus souvent entre des massacres et des catastrophes, le Diable veille, son nom est Désespoir, mais personnellement, je trouve bon qu’une petite lumière reste allumée, très longtemps, à Rome, et qu’un vieil homme en blanc continue à méditer son fabuleux polar.
Philippe Sollers
Jésus de Nazareth. De Nazareth à Jérusalem,
par Joseph Ratzinger Benoît XVI,
Rocher, 448 p., 22 euros
Re: Enfer et Paradis bien avant la mort ?
Publié : mer. 31 août 2011, 10:08
par axelien
Un dialogue semblable fondé sur les Ecritures peut completer celui-ci : un petit dialogue entre axelien et epsilon. Pour le lire à partir de l'Index, aller dans le cadre "Religion" puis "Ecriture Sainte" puis dans le sujet "Vie éternelle et Résurrection"