MB a écrit :- Il y a en effet une tendance très large, dans la culture américaine, à rejeter les conventions des classes dites supérieures. Mais cette tendance, tu l'interprètes en fonction de critères français. Nous, si nous rejetons ce que font les "bourges", c'est par haine d'une classe fantasmée et de tout ce qui est censé la représenter. Eux, ce qu'ils rejettent - et c'est très net dans tous leurs films -, c'est un ensemble de règles qui apparaissent hostiles à l'épanouissement personnel. On ne rejette pas que les conventions "supérieures". On rejette toutes les conventions, dans l'idéal. C'est du post-Emerson : chacun doit trouver lui-même sa voie, ne pas tenir compte des conformismes, des routines, des habitudes, etc. En fait, le rejet de ces valeurs est toujours individuel (il est fait par l'homme libre, indépendant, bref le stéréotype du winner) ; il s'assimile non au rejet d'une classe, mais d'un certain pharisaïsme de classe ; quelque soit le niveau de la classe par ailleurs... car je note, en passant, que ce rejet de règles contraignantes dépasse largement la question de la classe ou de l'élite.
Désolé mais tu fais un contre-sens. Ce n'est justement pas un rejet individuel. Il est véritablement de classe. J'ai vécu plus d'un an aux Etats-Unis et il est absolument évident que le rejet des valeurs bourgeoises ou aristocratiques européennes n'est pas un phénomène individuel comme tu le crois mais social, communautaire, bref de classe, tout simplement parce que les E.U. sont le pays du prolétariat européen et mondial, des miséreux irlandais, polonais, italiens, ukrainiens, etc. Les valeurs culturelles américaines sont prolétaires et d'un prolétariat en rupture avec l'Europe qu'il a quittée pour un avenir meilleur sans elle...
MB a écrit :J'ai deux exemples en tête, deux films. L'un, dont je ne me souviens plus du titre, montre un jeune pianiste, qui a la vocation, qui est passionné, etc. qui doit se séparer de son père, un bon gars un peu beauf, qui lui trouve que vraiment, s'adonner à l'art, ça fait pédé (c'était le mot). L'autre film, le Cercle des poètes disparus, montre un jeune homme de bonne famille qui désobéit à son père qui veut l'empêcher de faire du théâtre ; ce film est très représentatif, et d'ailleurs il a eu énormément de succès et plein d'Oscars, signe qu'il répondait à une attente culturelle.
En reprenant ces exemples, on peut faire une application à un cas qui nous concerne. Imaginons un Ricain qui rejette ouvertement ce que représente l'Europe. Ce n'est pas la culture, la finesse, etc. qu'il rejettera, mais la suffisance que nous mettons dans le respect, pas toujours réel, de ces valeurs ; ce qu'il critiquera, c'est un ensemble de règles qu'il trouvera étriquées. Rien à voir avec ce que tu dis.
(précision : je décris cet état d'esprit sans forcément l'approuver, mais ce n'est pas la question)
Non, et je te te parle pas de deux films, mais de quantités de film, qui ne sortent même pas en France, que j'ai vu à la télévision américaine, au quotidien. Je me souviens aussi des étudiants que j'ai fréquenté là-bas. J'étais encore jeune et pourtant j'ai perçu un rejet qui n'avait rien de "post-Emersonien" mais qui était celui d'un prolétariat face aux règles ET contenus de la culture bourgeoise européenne. Ce n'est pas seulement les règles qui leurs sont pénibles mais les contenus et en tant qu'étrangers. C'est-à-dire demandant l'effort d'un apprentissage. En tant que perçus comme n'appartenant pas à l'identité qui est la leur et qui est prolétaire. La bonne cuisine est rejetée parce que de toute façon les américains trouvent déjà leur plaisir dans le barbecue dominical, dans le simple fait qu'il y ait de la viande en quantité à ce repas (steacks énormes qui sont des rêves de prolétaires irlandais ou gallois par exemple - de mangeurs de patates)... Le reste, il n'en ont pas besoin et ce qu'ils pensent est qu'on ne va pas leur imposer l'effort de s'adapter à des contenus culturels qui les dépassent. Ils pensent précisément "ce n'est pas nous et qu'on ne nous impose pas un devoir-être".
MB a écrit :- Puis il y a un problème de méthode. Il n'y a pas un Américain, il n'y a pas un Européen. De quels Américains parles-tu ? De quels Européens ? Du gastronome new-yorkais ou du beauf allemand qui lit Bild , et qui n'a rien à envier au redneck ? Finalement, ce qui est le plus dérangeant, c'est la franchise : chez nous, le beauf a parfois un peu honte. Chez eux, tout le monde n'a aucune honte à dire sa pensée, même pour affirmer avoir été enlevé par des ET. La différence réside souvent dans le discours. La différence réside peut-être aussi dans une sorte de simplicité ; mais critiquer celle-ci, c'est adopter l'attitude de l'homme cultivé mais blasé, qui méprise la naïveté des gens simples, ceux dont parlait Exupère.
Tu plaisantes ! Bien, sûr qu'ils ont honte. L'affirmation de l'identité prolétaire américaine est un projet, elle n'est qu'une tentative. Les américains fuient ce qui les dérangent mais quand ils ne peuvent faire autrement et doivent rester sur place, ils ont honte. Je l'ai vu moi-même à l'université. Avec cinq ou six autres étudiants nous attendions devant la porte d'un amphi le début des cours, on se présente, je dis que je suis Français, on discute, un peu plus tard je demande ce qu'ils lisent en ce moment, personne ne m'a répondu et ILS ONT TOUS BAISSE LES YEUX. Ma soeur qui était aux EU en même temps que moi, au lycée a eu une date avec un garçon. Elle était la seule Française de ce lycée (il y avait une autre européenne, une Hollandaise), le garçon lui a avoué qu'il ne croyait pas qu'elle accepterait d'aller au cinéma avec lui et que tous ses copains disaient qu'il n'avait aucune chance, qu'aucun d'eux n'avait une chance, et ils ont été sidéré qu'il puisse emmener la Française au cinéma. Et c'était en plus un des meilleurs lycées américains (Fox Chapel High School). Ce que ces gamins vivaient comme honte est exactement la même que celle décrite dans l'interprète avec Kidman et Penn. J'ai des masses d'autres exemples.
MB a écrit :Je me console en rigolant de l'assimilation de Villepin à un aristo, même le plus servile des militants UMP n'oserait pas dire cela...
Tu deviens insultant...
Du point de vue américain, Villepin est un aristo et pire encore, qui est amateur de poésie. C'est le prototype de l'obstacle pour les américains. Pourquoi le colonel Kurtz (Apocalypse Now) et Hannibal Lecter (Silence des agneaux) sont-ils tous les deux à la fois dangereux et amateurs de musique classique ?
MB a écrit :En tout cas, je suis un peu effaré par ce que tu as écrit, cela montre tellement de haine et de rancoeur !
Je ne sais pas quel est ton problème, pour voir de la haine et de la rancoeur dans ce que j'écris. Y en avait-il dans ce qu'écrivait Beaudelaire au sujet de l'Amérique, ou Claudel (L'échange), et qui était bien plus négatif que ce que j'écris (qui ne l'est en plus pas vraiment) ? Peut-être. Mais pas dans les quelques remarques anodines que je fais ici. Donc je ne sais pas quel est ton problème mais je commence à en avoir assez de tes tentatives de diabolisation. Tu crois qu'il suffit de dire "haine, rancoeur, nauséabond" etc. pour disqualifier ce qui n'est pas le bon enthousiasme pour les idées auxquelles tu adhères ? Je m'en étonne mon ami. Je fais un effort pour te répondre sur cette question qui m'ennuie profondément. Tu peux continuer si tu le veux à utiliser ce procédé d'attaque personnelle complètement infondée, mais je préférerais que tu t'en abstiennes à l'avenir.