S. Weil sur l'Infaillibilité (concile de Florence)

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Raistlin
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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Raistlin »

spk a écrit :La question est intéressante, certainement. Mais c'est qu'elle en implique d'autres. Au premier rang, bien sûr, que signifie être sauvé? S'agit-il d'avoir son billet pour la vie éternelle? Ou bien cette image relève-t-elle de la superstition, et faut-il entendre le salut comme un état de l'âme relevant de la sainteté, ou à tout le moins suffisamment bon pour que la miséricorde divine et sa justice soient conciliables?
Dieu est forcément juste. Voilà pourquoi la doctrine catholique enseigne que même si l'adhésion à l'Église est nécessaire au Salut, tout homme de bonne volonté s'efforçant de chercher Dieu et d'agir selon le bien que lui dicte sa conscience peut être sauvé. Comment ? Nous n'en savons rien, c'est Dieu que ça regarde.

Il va de soi que le Salut est bien plus qu'un ticket d'entrée. Il s'agit d'accueil de la grâce. Dans quelle mesure accueillons-nous la grâce et dans quelle mesure la refusons-nous.
L’Écriture est parfaitement claire : Dieu est parfaitement saint et ne peut supporter le péché en sa présence. L’homme est pécheur, c’est l’évidence même pour qui ne refuse pas de voir la triste réalité de la condition humaine. Ainsi, aucun homme ne peut vivre de la vie de Dieu tant qu’il n’a pas été purifié. Le saint n’est donc pas celui qui n’a jamais péché. Le saint est celui qui a été pardonné par Dieu et qui laisse sa grâce déployer tous ses trésors en lui. Or cette grâce passe nécessairement par le Christ et donc par l’adhésion à l’Église qui est son corps mystique.

spk a écrit :En d'autres termes, le salut est-il arbitraire, en lui-même comme en ses moyens, (mais nul n'ayant le droit de critiquer l'arbitraire divin, il nous faut nous plier à cet arbitraire), ou bien faut-il considérer qu'il est nécessairement juste, même si cette justice nous échappe?
C’est une vision très « islamique » du Salut : Dieu sauve qui Il veut et condamne qui Il veut.

Pour nous, il en va différemment : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, c’est certain (non pas en raison de sa Justice mais de sa Miséricorde). Mais tous ne le seront pas, c’est malheureusement fort probable. Et lorsqu’un homme n’est pas sauvé, Dieu n’est pas responsable : sa grâce est offerte à tous ceux qui veulent bien l’accueillir.

Cordialement,
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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Mac »

Raistlin a écrit : Voilà pourquoi la doctrine catholique enseigne que même si l'adhésion à l'Église est nécessaire au Salut, tout homme de bonne volonté s'efforçant de chercher Dieu et d'agir selon le bien que lui dicte sa conscience peut être sauvé. Comment ? Nous n'en savons rien, c'est Dieu que ça regarde.
Bonjour Raitslin,

En fait l'Eglise n'exclut des portes de salut dont elle n'aurait pas connaissance, mais Jésus dit bien que "De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.
Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Et le Jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises."
A la lecture de ce passage mais il y en aurait d'autres, Jésus Notre Seigneur ne semble pas suggérer d'autres portes de salut. Il dit que celui qui croit en Lui échappe au jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé". Il ne parle pas de cet homme de bonne volonté, si bien que je me dis que la bonne volonté n'est pas un critère suffisant me semble-t-il pour Dieu mais bien l'accueil du Christ qui est amour miséricorde, sorti de Dieu et donc venu d'en haut dans le monde afin de sortir l'homme des ténèbres qu'il prend pour la lumière et de la mort éternelle qu'il croit être la vie. En fait il ignore qu'il peut être sauvé par le Christ, et dans certains cas ces personnes n'ont plus d'oreille parce qu'ils croient savoir. Enfin je comprends la prudence de Notre Sainte Église, mais les textes et les paroles de Notre Seigneur Jésus Christ ne semble pas attester qu'il y a d'autres portes. Est-ce qu'il y a d'autre façon de comprendre ce texte? Je crois d'après ce que j'ai compris mais je peux mal comprendre que le salut passe par les sacrements et donc par l'Eglise. Par exemple de mémoire "celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle en lui", mais pourquoi dire cela si celui qui fait preuve de bonne volonté a la vie éternelle aussi en lui. La parole serait alors inutile non? De plus si il y a d'autre portes pourquoi Dieu va envoyé Son Fils mourir sur la croix après avoir été martyrisé?

Fraternellement en Notre Seigneur Jésus Christ.
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Raistlin
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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Raistlin »

Mac a écrit :A la lecture de ce passage mais il y en aurait d'autres, Jésus Notre Seigneur ne semble pas suggérer d'autres portes de salut. Il dit que celui qui croit en Lui échappe au jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé". Il ne parle pas de cet homme de bonne volonté, si bien que je me dis que la bonne volonté n'est pas un critère suffisant me semble-t-il pour Dieu mais bien l'accueil du Christ qui est amour miséricorde, sorti de Dieu et donc venu d'en haut dans le monde afin de sortir l'homme des ténèbres qu'il prend pour la lumière et de la mort éternelle qu'il croit être la vie.
Mais je suis bien d'accord, il n'y aucune autre porte que Jésus. Le judaïsme ne sauve pas, l'islam ne sauve pas, le bouddhisme ne sauve pas, les délires new-age ne sauvent pas, etc. Mais nous savons aussi que Dieu est juste que, selon saint Paul, il veut que tout homme soit sauvé. Or il faut admettre que beaucoup de personnes n'ont jamais entendu parler du Christ, ou jamais de manière à se positionner fermement. C'est ceux-là que vise la prudence de l'Église.

La position de l'Église vient vraiment de cette tension entre d'une part le fait que Jésus soit la seule porte de Salut, et que, en toute justice, tous n'ont pas pu avoir l'opportunité de se positionner par rapport à lui.

Fraternellement,
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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Mac »

Oui, merci Raistlin. En plus je crois qu'ainsi elle ne tombe pas dans le jugement, ce qui est d'une grande intelligence et sagesse puisque Jésus Lui-même dit de ne pas juger.

Fraternellement en Notre Seigneur Dieu Jésus Christ.
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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Cinci »

Bonjour,

Spk écrit :
L'auteur de ce texte n'est manifestement pas infaillible.
Je suppose que ce qu'il a essayé laborieusement de dire, c'est qu'il ne faut pas voir l'infaillibilité pontificale comme un charisme personnel qui relèverait de la magie, mais comme une conséquence de l'attachement du Christ à son Eglise, celui-ci fondant celle-là.
Il ne s'ensuit en rien que les conciles soient infaillibles. C'est pourquoi notre auteur peut affirmer que le dogme de l'Assomption est le seul cas où un pape s'est exprimé dans les conditions engageant l'infaillibilité depuis la promulgation de ce dogme.
En matière d'infaillibilité, alors je suis tombé sur ''un détail'' dans l'ouvrage d'André Naud et que je ne connaissais pas. Ça va comme suit :



«... j'ai toujours considéré que la rédaction de l'infaillibilité pontificale était profondément déficiente. Pour qu'on puisse bien voir, il est nécéssaire de rappeler cette rédaction :

  • Mais comme en ce temps qui exige au plus haut point l'efficacité salutaire de la charge apostolique, il ne manque pas d'hommes qui en contestent l'autorité, Nous jugeons absolument nécéssaire d'affirmer solennellement la prérogative que le Fils unique de Dieu a daigné joindre à la fonction pastorale suprême.

    C'est pourquoi, Nous attachant fidèlement à la tradition reçue dès l'origine de la foi chrétienne pour la gloire de Dieu Notre Sauveur, pour l'exaltation de la religion catholique et pour le salut des peuples chrétiens, avec l'approbation du saint concile, Nous enseignons et définissons que c'est un dogme révélé par Dieu que le pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est à dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine en matière de foi ou de morale doit être tenue par toute l'Église, jouit, en vertu de l'assistance divine qui lui a été promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que soit pourvue son Église lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi ou la morale : par conséquent, ces définitions du pontife romain sont irréformables et par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Église.

    Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition : qu'il soit anathème.

    - Vatican I, 1870
En étendant l'infaillibilité aux enseignements concernant la foi et les moeurs cette rédaction courait le risque d'induire les gens en erreur et les conduire à penser que l'infaillibilité s'étendait à tout enseignement concernant la morale, qu'elle soit révélée ou non, contrairement à ce que voulaient manifester les Pères du concile Vatican I. Par dessus tout, cette rédaction ne dit rien des limites imposées par le concile Vatican I à l'infaillibilité. Si bien que ce texte est largement responsable de toutes les exagérations qu'on a connues depuis le moment où il fut adopté en juillet 1870. Il n'est pas exagéré de dire avec Yves Congar que, depuis un siècle, on a parlé de l'infaillibilité d'une manière naïve, «au risque de majorer indûment le contenu de la doctrine et même de la travestir».

[...]

C'est pourquoi j'estime que la meilleure façon d'appliquer à ce dogme la pensée de Simone Weil serait de demander que l'on corrige cette formulation que personne ne saurait comprendre correctement sans lire le rapport de Mgr Gasser, qui expliquait aux Pères de Vatican I le sens précis de la doctrine qu'ils étaient appelés à voter. L'objectif à poursuivre dans cet effort de correction serait de dire exactement ce qu'on veut dire et de s'accorder l'espace nécéssaire pour le faire. La vérité et le sens véritable du dogme de 1870 se trouvent cachés dans le rapport Gasser. Qui lit aujourd'hui et qui peut lire ce rapport, d'ailleurs rédigé en latin ? (A. Naud, p.145)[/color]


Le rapport de Mgr Gasser ? Quid ? Quelqu'un l'aurait-il lu ? C'est la première fois que j'entend parler de l'existence dudit rapport.

Si un concile n'est pas infaillible ? Je croirais que les proclamations solennelles s'y trouvant et comme autant de définitions de l'évêque de Rome réalisées en lien avec ses frères évêques le sont, infaillibles. Peut-être pas la formulation elle-même, l'ordre des mots, l'image découlant d'un mot d'époque, la syntaxe... mais le sens réel qui est visé.
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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Cinci »

François-Xavier, vous disiez :
Énoncé qui est faux en lui même ! Il a été corrigé dans les versions suivantes...
Oui, la rédaction du catéchisme n'est pas forcément impeccable. C'est toujours modifiable (cf les tournures de phrase, expressions employées, etc). Mais que trouviez-vous incorrect dans la version de 1992 ? quelle formulation serait meilleure ?
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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Cinci »

Théophile, merci pour le lien :
L’église est dotée de l’infaillibilité

[...] Il assiste également les fidèles pour qu’ils gardent l’intégrité de la foi qu’ils ont reçue en donnant leur adhésion à la Parole qui leur a été transmise (91, 889).
L'Église demandera que les fidèles donnent leur adhésion au dogme proclamé ou à ce que l'Église tiendra pour être une doctrine assurée.
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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Cinci »

Nous aurions une illustration ici pour actualiser ce dont Simone Weil se souciait, juste avec le video de l'abbé concernant les protestants évangéliques

http://www.youtube.com/watch?v=g9o3Wowr ... r_embedded

Voir à 2 : 20 : «... en-dehors de la communion à l'Église catholique, hors de laquelle il n'y a pas de salut
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