Publié : ven. 03 juin 2005, 21:53
Cher Charles,
Tu as tout à fait raison. Mais je pense néanmoins n’avoir pas tort. Question de perspective. Il est certain que les êtres humains de tout temps ont contemplé la Nature, mais leur ravissement n’avait pas la même source. Le Kosmos grec n’est beau et ordonné que parce qu’il est d’essence divine (pour Platon comme pour les stoïciens). Ces corps que la statuaire nous a laissés sont sur-naturels ; les dieux et les héros ne prennent que la forme humaine parfaite, celle que nul n’a jamais rencontrée vendant des oignons sur l’agora. Ce n’est pas la nature qui remplit de joie, mais comme St Bonaventure le dit, la contemplation de Dieu à travers « les vestiges » de ses créatures. Dédivinisée, la nature est ingrate, impitoyable, inhospitalière.
A partir des Lumières, et surtout de l’idéalisme allemand, cette nature désenchantée n’est plus que le cadre matériel sur lequel l’être humain projette son esprit. Dieu s’en est retiré. Pour Hegel, elle une non-valeur, pour Marx, un facteur de production. Et donc, à ce moment-là, pour la première fois, les êtres humains découvrent la nature dans sa nudité. Elle peut certes évoquer, comme le Mont Blanc pour Rousseau, ‘le Grand Etre’, mais c’est le contemplateur désormais qui l’y place, il n’y était pas au départ, et de moins en moins de gens perçoivent du divin dans le naturel. Si le paysage est beau, c’est en soi. La nature ne conserve plus que sa seule dimension utilitaire, pour procurer au touriste le frisson esthétique, ou pour y planter des choux.
Christian
Tu as tout à fait raison. Mais je pense néanmoins n’avoir pas tort. Question de perspective. Il est certain que les êtres humains de tout temps ont contemplé la Nature, mais leur ravissement n’avait pas la même source. Le Kosmos grec n’est beau et ordonné que parce qu’il est d’essence divine (pour Platon comme pour les stoïciens). Ces corps que la statuaire nous a laissés sont sur-naturels ; les dieux et les héros ne prennent que la forme humaine parfaite, celle que nul n’a jamais rencontrée vendant des oignons sur l’agora. Ce n’est pas la nature qui remplit de joie, mais comme St Bonaventure le dit, la contemplation de Dieu à travers « les vestiges » de ses créatures. Dédivinisée, la nature est ingrate, impitoyable, inhospitalière.
A partir des Lumières, et surtout de l’idéalisme allemand, cette nature désenchantée n’est plus que le cadre matériel sur lequel l’être humain projette son esprit. Dieu s’en est retiré. Pour Hegel, elle une non-valeur, pour Marx, un facteur de production. Et donc, à ce moment-là, pour la première fois, les êtres humains découvrent la nature dans sa nudité. Elle peut certes évoquer, comme le Mont Blanc pour Rousseau, ‘le Grand Etre’, mais c’est le contemplateur désormais qui l’y place, il n’y était pas au départ, et de moins en moins de gens perçoivent du divin dans le naturel. Si le paysage est beau, c’est en soi. La nature ne conserve plus que sa seule dimension utilitaire, pour procurer au touriste le frisson esthétique, ou pour y planter des choux.
Christian