"Sur la question de l'obligation du célibat pour les clercs qui reçoivent les ordres majeurs, les choses sont plus complexes que ce qu'on rappelle souvent. Il semble, en effet, que, dès les origines de l’Église, précisément à cause de la citation que vous avez faite et aussi de l'exemple du Christ, les chrétiens considéraient massivement le célibat comme la norme pour les clercs, si bien que pendant des siècles, il n'a pas été nécessaire de fixer cette norme canoniquement."
C'est un peu plus complexe que cela, et ce qui est en cause n'est pas le célibat, mais la continence. Il semble bien, en effet, qu'un homme marié ordonné devait rester continent.
L'Eglise de Rome l'a formalisé à l'égard des diacres et des prêtres, et c'est sur ce point qu'une divergence est apparue avec les évêques orientaux, qui se trouve officialisée en quelque sorte lors du concile dit In Trullo de 691-692, qui s'est tenu sur convocation de l'empereur Justinien II et en l'absence de l'évêque de Rome.
Lors de ce concile, les Pères ont rappelé la règle selon laquelle un évêque ne doit pas résider avec son épouse, ce qui n'a jamais posé de problèmes. Aujourd'hui encore dans les églises orientales, les évêques sont choisis parmi les hiéromoines et sont célibataires.
En revanche, les Pères ont estimé que la véritable tradition n'était pas d'imposer la continence aux diacres et aux prêtres, au contraire de ce que l'Eglise de Rome affirmait :
Comme nous avons appris que dans l'Eglise de Rome il s'est établi comme règle qu'avant de recevoir l'ordination de diacre ou de prêtre les candidats promettent publiquement de ne plus avoir des rapports avec leurs épouses nous, nous conformant à l'antique règle de la stricte observation et de la discipline apostolique, nous voulons que les mariages légitimes des hommes consacrés à Dieu restent en vigueur même a l'avenir, sans dissoudre le lien qui les unit à leurs épouses, ni les priver des rapports mutuels dans les temps convenables. De la sorte, si quelqu'un est jugé digne d'être ordonné sous-diacre ou diacre ou prêtre, que celui-là ne soit pas empêché d'avancer dans cette dignité, parce qu'il a une épouse légitime, ni qu'on exige de lui de promettre au moment de son ordination, qu'il s'abstiendra des rapports légitimes avec sa propre épouse ; car sans cela nous insulterions par là au mariage institué par la loi de Dieu et béni par sa présence, alors que la voix de l'Evangile nous crie : " Que l'homme ne sépare pas ceux que Dieu a unis ", et l'apôtre enseigne " Que le mariage soit respecté par tous et le lit conjugal sans souillure " ; et encore " Es-tu lié à une femme par les liens du mariage ? ne cherche pas à les rompre ".
Dès lors qu'il existe des prêtres catholiques mariés à l'heure actuelle, même si ce n'est pas le régime commun, il s'en déduit que la constitution divine de l'église n'est pas en cause, et que le sacrement de l'Ordre n'est pas, de soi, incompatible avec le sacrement du Mariage.
Il semble, en revanche, qu'il y ait une incompatibilité entre le sacrement de Mariage et le sacrement de l'Ordre, dès lors qu'il n'a jamais été admis qu'un homme d'ores et déjà ordonné puisse se marier.
Quand on parle du mariage des prêtres, il ne saurait donc s'agir que de la possibilité d'ordonner des hommes mariés, et non de permettre à des prêtres de se marier. Cette dernière option serait une véritable nouveauté et une rupture dans la tradition d'une autre ampleur que celle résultant de l'abandon de l'obligation de continence pour les clercs.
En dernière analyse, en tout cas, la question du célibat ecclésiastique est liée à celle de la continence, puisque l'on constate historiquement que la règle a été posée en Occident avec l'idée sous-jacente qu'il serait plus aisé à un clerc de rester continent s'il n'est pas marié.
On est bien loin, soit dit en passant, des termes dans lesquels le débat sur le ci-devant mariage des prêtres est généralement posé...