Merci francismichel pour le point de vue Orthodoxe. La question est de savoir si les Orthodoxes et les Catholiques confessent la même foi. Je pense qu'une majorité de catholiques considèrent que les Orthodoxes confessent la même foi, le même Credo, n'ayant jamais proclamé d'hérésie, même si les expressions de cette foi divergent et si quelques points sont donc à clarifier. D'après ce que je lis, pour une majorité d'Orthodoxes, du moins ceux qui s'expriment sur le net ou dans des livres (je ne suis pas sûr que ça soit la même chose chez bien des Orthodoxes "de base" nés dans un pays Orthodoxe), certaines divergences doctrinales sont bloquantes et il ne s'agit donc pas de la même foi, les 2 divergences majeures habituellement citées étant le filioque et la primauté du Pape (et ce malgré l'absence officielle de condamnation d'hérésies catholiques par un Concile unanimement accepté par les Orthodoxes).
En fait, ce schisme, comme tous les schismes, c'est d'abord et avant tout une rupture de la charité ecclésiale. Pour la divergence entre Catholiques et Orthodoxes (byzantins), on peut facilement la dater de l'époque de Charlemagne (peut-être de son prédécesseur, en tous cas de l'époque carolingienne). Jusque-là, l'Orient byzantin et l'Occident latin faisaient partie d'un même Empire, même bicéphale, même sujet aux invasions barbares, malgré les différences de langue, et les différences d'expression de la doctrine déjà importantes mais qui n'empêchaient pas la communion (filioque, doctrine du purgatoire, primauté du Pape) et même la reconnaissance mutuelle de Conciles oecuméniques.
A partir de Charlemagne et de sa volonté de recréer un Empire romain d'Occident (Empire romain dont les byzantins s'estimaient dépositaires), tout ce que je lis montre une ignorance et un mépris voire une hostilité entre Francs ("barbares") et Grecs ("dégénérés"). Cette ignorance réciproque a favorisé les disputes du schisme photien, permis la création des patriarcats latins d'Orient, les persécutions contre les latins en pays grec, le Sac de Constantinople, et le "schisme" de 1054 avec ses engueulades théologiques de très bas niveau...
Forcément, une fois qu'on ne s'entend pas, il n'est pas facile de parler le même langage théologique, et de proclamer les mêmes dogmes.
Il ne s'agit pas de savoir qui avait tort ou raison à cette époque, mais de savoir comment nous conduire aujourd'hui. Je suis pour ma part persuadé que les bases communes de la foi doivent permettre de retrouver des définitions communes, à condition de savoir ne pas s'arc-bouter sur ses propres spécificités. Mais il est clair que tous ne partagent pas cet avis.
D'où le problème de l'intercommunion.
Mt 5, 23-24:
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.
Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
Si nous communions sans autorisation dans une Eglise séparée par le schisme, notre "frère" avec qui nous communions dans la même Eglise a quelque chose non pas contre nous personnellement, mais contre l'Eglise qui nos a reçus et où nous communions habituellement. A tort ou à raison, et comme le faisait remarquer le Pape Benoît XVI, dans les
schismes les responsabilités sont presque toujours partagées. Mais la réconciliation ne s'est pas faite, les définitions de foi n'ont pas été accordées, la charité ecclésiale n'est pas revenue, et nos Eglises doivent d'abord se réconcilier.
Le commandement de notre Sauveur Jésus-Christ nous enjoint donc de ne pas offrir conjointement le sacrifice et donc de ne pas communier avant que la charité ecclésiale soit rétablie. Si le prêtre Orthodoxe nous permet de communier, la question peut se poser: nous pouvons être en communion avec lui, puisqu'il ne nous rejette pas et ne nous tient
pas rigueur des anciennes disputes ecclésiales, mais est-ce vraiment honnête vis-à-vis de l'assemblée qu'il préside? Là je ne suis pas sûr, dans le doute je m'abstiendrais.
In Xto,
archi.