Bonjour,
Je crois qu'il y a un immense imbroglio qui se dessine à cause de Gerardh, qui n'est pas catholique je rappelle. La foi catholique est justement, non pas seulement acquise à l'Humanisme (je parle de celui de la Renaissance, pas de "l'Humanisme" dit "séculier" à la Camus), mais elle est à l'origine même de l'Humanisme. Par exemple ce tableau de Carpaccio, emblématique de la pensée humaniste, représente justement l'un des grands inspirateurs de l'Humanisme: saint Augustin d'Hippone.
http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2392
Pourquoi? Car pour lui l'homme a été créé libre, parfaitement libre de par ses capacités de choisir de s'engager sur le Bien ou le Mal: il est le théoricien du libre-arbitre, qui sera le moteur de l'exhaltation humaniste de l'homme, justement pour cela. Saint Augustin est reconnu comme docteur de l'Eglise, reconnaissance très rare, et le libre-arbitre sera l'un des piliers du Concile de Trente. L'Eglise y proclame que la marque du péché originel est lavée par le baptême, et que l'homme devient libre de choisir sa voie, qu'il est pleinement capable de s'arracher aux appels du péché par ses forces, avec l'assistance de Dieu. Donc non, l'homme n'est pas foncièrement mauvais, la vision catholique de l'homme est justement optimiste, incontestablement surtout face au protestantisme qui chez Calvin par exemple soutient que seuls quelquesuns sont d'office choisis et d'autres d'office perdus, ou comme chez Luther qui dit que l'homme par lui-même est forcément au final mauvais et que ce n'est que le Christ qui peut le sauver, donc sans mérite personnel. J'espére ne pas dire de bêtise. Enfin, le protestantisme est magnifiquement désuni, on ne peut donc résumer toutes les visions.
Voici un magnifique résumé par un philosophe humaniste italien:
"Pic de la Mirandole, De la Dignité de l'homme, 1483.
« L'Architecte suprême a choisi l'homme, créature d'une nature indéterminée et, le plaçant au centre
du monde, il lui dit : « Nous ne t'avons donné ni place précise, ni fonction particulière, Adam, afin
que, selon tes envies et ton discernement, tu puisses prendre et posséder la place, la forme et les
fonctions que tu désireras. La nature de toutes les autres choses est limitée et tient dans des lois que
nous leur avons prescrites. Toi, que nulle limite ne contraint, conformément à ta libre volonté que
nous avons placée entre tes mains, tu décideras toi-même des propres limites de ta nature. Nous
t'avons mis au centre du monde pour que, de là, tu puisses en observer plus facilement les choses.
Nous ne t'avons créé ni céleste, ni terrestre, ni immortel, ni mortel, afin que, par ton libre arbitre, tu
puisses choisir ton destin. Par ta propre puissance, tu pourras dégénérer en prenant les formes les
plus basses de la vie, les formes animales ; par ta propre puissance, tu pourras, grâce au
discernement de ton âme, renaître dans les formes les plus hautes, les formes divines. »"
Dans le même esprit je crois, saint Paul disait déjà: "Tout m'est permis, mais tout n'est pas utile (=profitable)". (Bible Segond)
De plus, dire que le sexe serait "impur" est une abberration sans nom. Vous devez nous confondre avec les cathares, eux considéraient tout ce qui était de ce monde comme corrompu, et interdisaient toute relation sexuelle. Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens défend justement le mariage et les relations sexuelles non-débauchées. Seulement, il rappelle que cela est une question de vocation, d'appel particulier de Dieu envers chacun.
Ne donnez pas une importance démesurée qu'il n'a pas au célibat dans le christiannisme: il est à mettre au même plan que le voeu de pauvreté, la pratique du jeune ou encore la pratique intense de la prière. Tous ces "sacrifices" sont des pratiques de vertus afin de se rapprocher de Jésus. Ce sont disons des "plus", aucune n'est forcément totalement obligatoire pour devenir saint. Mais disons que cela aide.
A quoi servait un moine? A prier pour tous, ce qui est loin je vous l'assure d'être une tâche aussi simple qu'il n'y paraît, mais aussi de se consacrer à un travail intellectuel à la pointe à l'époque, et puis surtout à se sanctifier dans sa propre vocation. Nul ne dit que cette vocation, cette voie, est la crème, et que travailler et s'occuper d'une famille serait moins admirable: saint Paul l'exprime encore dans la première lettre aux Corinthiens dans le passage où il explique que chaque chrétien est membre du Corps du Christ, que chacun à sa place spécifique dedans, et que même celles qui peuvent paraître moins avantageuses ne doivent pas être déconsidérées car tout autant nécessaires au bien du Corps entier je crois me souvenir de mémoire. Certes il y a le passage de Marie et Marthe dans l'Evangile, mais il me semble faux d'en tirer que la voie active serait moins sainte
a priori que celle contemplative.
Quant au fonctionnaire du Vatican (bravo l'anticléricalisme à deux balles), il sert à administrer, il faut que quelqu'un le fasse, cela est un travail nécessaire, une façon de servir le Corps entier. Et hormis dans votre esprit, spirituellement, il n'y avait et il n'y a pas pas de différence de valeur entre un "manant" et administrateur. Socialement, sûrement, (et c'est bien normal: il n'y a pas les mêmes responsabilités, les mêmes qualités recquises, il est assez normal que celui qui a fait cinq ans d'études post-bac obtienne un meilleur salaire que quelqu'un qui a tout juste son brevet des collèges), mais pas spirituellement. Biensûr, il y a des mérites spirituels variés, des vocations plus élevées car plus difficiles et risquées (cf. parabole des talents). En avoir une telle n'est pas forcément être avantagé car elle est souvent un vrai fardeau, comme l'a vécu le Padre Pio. Mais jamais aucune morale chrétienne n'a pu faire une telle distinction entre les "purs" et les "manants". Cela relève d'une vision marxiste, matérialiste, caricaturale, bornée, "Le Goffiste" de l'Histoire et de la spiritualité chrétienne.
Il va falloir un jour abandonner cette vieille chimère de lutte des classes toujours et partout, le contrat social a été et est le plus souvent apaisé et admis globalement.
Bien à vous.