Re: Nouveau naufrage à Lampedusa
Publié : lun. 07 oct. 2013, 16:32
Récit de Sharani et Linda, sur le bateau arrivé le premier sur les lieux...
Les traits tirés, elles en parlent encore avec émotion. Sharani et Linda étaient sur le bateau qui, le premier, a dû porter secours, jeudi 3 octobre, aux migrants africains naufragés à 600 mètres de l'île italienne de Lampedusa. Les deux jeunes femmes, la trentaine, le teint hâlé, n'ont vraiment rien de sauveteurs en mer. La première travaille huit mois par an dans une boutique de la rue commerçante de Lampedusa ; la deuxième, originaire de Catane, en Sicile, était là pour des vacances. Mais comme beaucoup d'habitants de l'île, elles ont été rattrapées par l'histoire singulière de ce caillou d'à peine 20 km2, si proche de l'Afrique.
Cette soirée du 3 octobre, elles partent avec six autres amis sur le bateau à voiles de l'un d'entre eux, pour "se baigner, dîner et profiter du coucher de soleil" à Tabaccara, une petite baie à l'eau turquoise. "Dans la nuit, explique Sharani, on a commencé à entendre des bruits étranges, lointains. On a pensé à des oiseaux."
Vers 6 heures du matin, alors que les bruits persistent, les occupants du bateau décident de lever l'ancre et d'aller voir ce qui se passe. Ils découvrent alors comme des points noirs sur l'eau. "On n'a pas saisi tout de suite qu'il s'agissait de personnes", avoue la jeune femme.
Lorsqu'ils comprennent, les huit amis se mettent à hisser les naufragés un par un sur leur voilier. "Plus on en faisait monter et plus ils semblaient nombreux dans l'eau. C'était comme une mer de têtes", raconte Linda. Les jeunes préviennent par radio la capitainerie, lancent un appel aux autres bateaux de l'île. Une fois à bord, les rescapés, à bout de force, s'écroulent sur le sol, sans bruit. "Ils étaient trop épuisés pour parler", souligne Linda. Beaucoup sont nus, le corps enduit de gasoil.
Les huit sauveteurs improvisés sont rapidement rejoints par une barque de pêcheurs puis par les garde-côtes. En près deux heures, ils sortent 47 migrants de l'eau. "46 hommes et une femme", précisent Sharani et Linda. A la demande des garde-côtes, le voilier reprend alors le chemin du port.
"NOUS ÉTIONS 53 SUR UN BATEAU DE 10 MÈTRES"
Lorsqu'on les interroge sur le déroulement exact des événements, les deux jeunes femmes ont du mal à être précises. A 6 h 30 environ, les premiers rescapés sont hissés sur le bateau. Combien de temps les secours ont-ils mis à venir ? Environ 45 minutes, estiment-elles, sans pouvoir attester de l'heure exacte de leur arrivée. Leur véritable frustration, celle qui restera longtemps dans l'esprit des deux jeunes femmes, est plutôt de ne pas avoir pu en sauver plus. "On voulait continuer, revenir", souligne Sharani. "Mais nous étions 53 sur un bateau de 10 mètres, il fallait rentrer", reconnait-elle.
http://www.lemonde.fr/europe/article/20 ... _3214.html
Les traits tirés, elles en parlent encore avec émotion. Sharani et Linda étaient sur le bateau qui, le premier, a dû porter secours, jeudi 3 octobre, aux migrants africains naufragés à 600 mètres de l'île italienne de Lampedusa. Les deux jeunes femmes, la trentaine, le teint hâlé, n'ont vraiment rien de sauveteurs en mer. La première travaille huit mois par an dans une boutique de la rue commerçante de Lampedusa ; la deuxième, originaire de Catane, en Sicile, était là pour des vacances. Mais comme beaucoup d'habitants de l'île, elles ont été rattrapées par l'histoire singulière de ce caillou d'à peine 20 km2, si proche de l'Afrique.
Cette soirée du 3 octobre, elles partent avec six autres amis sur le bateau à voiles de l'un d'entre eux, pour "se baigner, dîner et profiter du coucher de soleil" à Tabaccara, une petite baie à l'eau turquoise. "Dans la nuit, explique Sharani, on a commencé à entendre des bruits étranges, lointains. On a pensé à des oiseaux."
Vers 6 heures du matin, alors que les bruits persistent, les occupants du bateau décident de lever l'ancre et d'aller voir ce qui se passe. Ils découvrent alors comme des points noirs sur l'eau. "On n'a pas saisi tout de suite qu'il s'agissait de personnes", avoue la jeune femme.
Lorsqu'ils comprennent, les huit amis se mettent à hisser les naufragés un par un sur leur voilier. "Plus on en faisait monter et plus ils semblaient nombreux dans l'eau. C'était comme une mer de têtes", raconte Linda. Les jeunes préviennent par radio la capitainerie, lancent un appel aux autres bateaux de l'île. Une fois à bord, les rescapés, à bout de force, s'écroulent sur le sol, sans bruit. "Ils étaient trop épuisés pour parler", souligne Linda. Beaucoup sont nus, le corps enduit de gasoil.
Les huit sauveteurs improvisés sont rapidement rejoints par une barque de pêcheurs puis par les garde-côtes. En près deux heures, ils sortent 47 migrants de l'eau. "46 hommes et une femme", précisent Sharani et Linda. A la demande des garde-côtes, le voilier reprend alors le chemin du port.
"NOUS ÉTIONS 53 SUR UN BATEAU DE 10 MÈTRES"
Lorsqu'on les interroge sur le déroulement exact des événements, les deux jeunes femmes ont du mal à être précises. A 6 h 30 environ, les premiers rescapés sont hissés sur le bateau. Combien de temps les secours ont-ils mis à venir ? Environ 45 minutes, estiment-elles, sans pouvoir attester de l'heure exacte de leur arrivée. Leur véritable frustration, celle qui restera longtemps dans l'esprit des deux jeunes femmes, est plutôt de ne pas avoir pu en sauver plus. "On voulait continuer, revenir", souligne Sharani. "Mais nous étions 53 sur un bateau de 10 mètres, il fallait rentrer", reconnait-elle.
http://www.lemonde.fr/europe/article/20 ... _3214.html