Bonjour MB,
Merci pour votre réponse profonde et attentive.
Merci aussi pour votre souhait de paragraphes complets. Je vais y penser. C’est vrai que j’utilise volontiers la technique des sauts de ligne par peur de paragraphes trop longs.
Vous avez déjà bien réduit les divergences et nous pouvons avancer.
MB a écrit : les Ecritures ne sont pas des écrits scientifiques … ce que je dis ne signifie pas qu'elles ne sont pas vraies, mais que leur régime de vérité n'est pas le même.
Même si vous y ajoutez les bonnes nuances, je trouve un peu trompeuses les expressions comme : la Bible n’est pas un livre d’histoire, ni un livre de science. Elle ne parle pas du comment mais du pourquoi…etc.
Les écrits scientifiques ont la précision d’un film de cinéma réaliste, avec possibilité d’arrêt sur chaque image photographique du réel (on sait combien cela peut être trompeur et manipulé, mais c’est tout de même une représentation très fortement exacte du réel).
L’Ecriture s’exprime plutôt comme une bande dessinée impressionniste (avec mes excuses à ceux que cette référence trop peu juste ou infantile pourrait choquer, ce n’est qu’une tentative imagée de ma part).
Cela n’empêche pas l’un comme l’autre de parler de la même vérité.
MB a écrit : ce n'est pas en lisant la Bible, les Pères ou le Catéchisme qu'on saura si la nature fait faire ou non des sauts à une espèce, si nos ancêtres étaient ou non de petits êtres simiesques et recourbés… Le discours scientifique est limité … il ne faut pas chercher à l'évaluer à travers le prisme des Ecritures ou du dogme.
Tout à fait d’accord.
Là où le désaccord peut s’amorcer c’est dans la conclusion que vous tirez de ce qui précède :
MB a écrit : Chacun son taf, c'est tout.
Là, cela me semble excessif. C’est la même vérité qui concerne l’un comme l’autre, même si la Bible s’étend bien au delà de ce qui intéresse la science. La différence tient au fait que la Bible et la foi ne s’étendent pas à tous les détails qui intéressent la science, mais, lorsque la Bible et la foi évoquent des faits historiques ou scientifiques, elles attirent notre attention sur l’essentiel, sur ce qui est important pour notre vie en communion avec Dieu.
Je suppose que vous êtes d’accord, que ce n’est pas là la difficulté. Tout à fait d’accord aussi pour ne pas fonder la foi sur une quelconque conception scientifique du monde.
Nous sommes aussi d’accord lorsque vous écrivez de manière pertinente :
MB a écrit : si la science établit la validité de théories qui, à première vue, nous paraîtraient contradictoires, ce n'est pas grave, bien au contraire : cela serait une injonction à chercher toujours à en savoir un peu plus... "comment faire pour que la société reconnaisse à la philosophie et à la métaphysique leur juste place". Force est de constater que cette place est aujourd'hui singulièrement rabaissée. Mais ce n'est pas de la faute de la science ; c'est de la faute de certains idéologues pressés de l'enrôler à leur profit.
Mais, après avoir bien avancé ensemble et avoir trouvé nos repères communs, nous arrivons à la difficulté.
Vous avez bien compris mes objections sur « l'omniprésence » d'un discours matérialiste.
Comme c’est le plus souvent le cas, c’est une exclusion (trop rapide, me semble-t-il) qui me pose problème.
MB a écrit :La question à se poser n'est donc pas : "comment faire pour que les résultats de la science coïncident avec ceux du dogme".
Si je vous comprends bien, vous pensez ici : il ne faut pas tomber dans le concordisme, cette forme révisée du fondamentalisme ou du littéralisme.
Cela mériterait un nouveau sujet que j’intitulerais : Le concordisme, un danger trompeur.
Il ne faut pas accorder trop d’importance au sens littéral. Il y en a d’autres et il y a tous les éléments contextuels, linguistiques, culturels, à considérer pour ne pas se faire piéger, au pire, par une interprétation qui n’est que le produit d’une perception simpliste de la réalité, une compréhension particulière trompeuse d’une traduction de la Bible en langue moderne.
Celui qui pense trouver dans la Bible la preuve ou la démonstration d’affirmations scientifiques risque d’abord de subir au fil du temps de pénibles révisions, mais donne surtout à la Bible une portée qu’elle ne prétend pas avoir. Elle n’a pas pour but de prouver la science.
Tout cela ne fait pas difficulté entre nous.
Mais, vous serez aussi d’accord pour considérer que lorsque la science nous propose des découvertes convaincantes (à tort ou à raison), notre compréhension de l’Ecriture ne peut l’ignorer.
Parfois, nous ne parvenons plus à faire concorder notre conviction religieuse avec une argumentation rationnelle ou scientifique. Cela ne suffit pas pour affirmer que la Bible n’est pas « historique » sur tel fait ou que tel autre fait qu’elle affirme est une contre-vérité « scientifique » ou est contredit par la « science ». Soyons plus modestes dans de tels cas.
Il me semble que nous ne devons jamais cesser de sonder le sens littéral des récits bibliques (sans exclure les autres, ni les nuances nécessaires), ni de chercher à faire concorder nos connaissances scientifiques convaincantes avec ces récits non pour en tirer une conclusion scientifique définitive ou une confirmation d’affirmations scientifiques (qui seront peut-être contredites ou nuancées demain), mais pour continuer à admettre que l’Ecriture Sainte nous parle réellement et concrètement de notre réalité humaine et de nos origines, qu’elle n’abandonne pas les explications de nos origines aux seuls scientifiques.
Lorsque les convictions scientifiques pensaient que la terre était un plateau au milieu de l’univers, le récit de la Genèse concordait avec ces convictions. Ce n’est pour autant qu’elle les prouvait ou les soutenait. Lorsqu’on a découvert que la terre était ronde et tournait autour du soleil, le récit de la Genèse a été compris autrement et a de nouveau été compris en concordance avec la science sans qu’il faille en déduire une preuve des affirmations scientifiques.
Cela ne veut évidemment pas dire ni que la Genèse a changé au fil des siècles, ni qu’elle a confirmé jadis que la terre était plate.
Les découvertes scientifiques doivent corriger nos interprétations lorsqu’elles s’avèrent erronées.
Il ne faut pas dire que la Genèse prouve les affirmations actuelles de la science, mais il ne faut pas affirmer non plus qu’elle ne parle pas de notre histoire réelle. Elle nous dit l’essentiel de cette histoire réelle et elle le dit de manière vraie.
Ce qui peut en être déduit, c’est que la science ne peut pas dire le contraire de ce que la Bible dit réellement. Si la science nous convainc sur un point, nous devons faire l’effort d’adapter notre compréhension et nos interprétations pour renouveler sans cesse une compréhension raisonnable de l’Ecriture Sainte.
Non pas pour changer le moindre dogme, ni pour imposer « une » interprétation exclusive nouvelle, mais pour garder notre cœur ouvert tant à la science, qu’à une compréhension moderne de la vérité.
La vérité ne change pas, mais notre regard sur elle devra toujours être purifié dans notre monde marqué par le péché.
Revenons ici à la Genèse. Nous devons accueillir les diverses possibilités d’interprétations et celles que je suggère n’excluent pas les autres, mais je crois à l’intérêt très important, à notre époque, de ne pas laisser le discours sur l’homme et sur ses origines aux seuls scientifiques.
Il est important d’accepter que, dans ses limites propres et dans le respect de toute l’étendue complexe des interprétations possibles, c’est bien de l’histoire vraie et concrète que le récit de la Genèse nous parle et il est important de l’entendre avec tout le sérieux de la critique historique et des exigences scientifiques, mais sans prétendre lui donner une précision qu’elle ne nous donne pas. Cette absence de précision fait aussi partie de l’Ecriture Sainte pour notre plus grand bien.
Il ne me semble pas du tout vain de s’intéresser à la réalité historique de nos origines sur la base de la Genèse, mais sans jamais oublier que notre compréhension personnelle est toujours insuffisante, sans jamais s’éloigner de la foi de l’Eglise qui reste notre guide indispensable pour une écoute vraie de l’Ecriture Sainte.
Nous voici à la question « claire et précise » que je vous ai posée.
La référence, pour le début de l’humanité, aux pratiques funéraires est raisonnable. Sans plus. Elle n’a, me semble-t-il, aucun appui dans la Genèse qui ne définit pas ce qu’est un humain par rapport à des pratiques funéraires.
MB a écrit :un mode historique : celui qui le suit s'engage ipso facto à se taire quand il n'y a pas de sources …en suivant des chemins scientifiques, il est impossible de savoir quand et où Dieu a permis la merveille que vous dites ».
Tout à fait exact, mais croyez-vous pouvoir en déduire que la Bible ne peut pas nous en dire davantage sur la réalité historique et scientifique ? La foi nous permet heureusement d’aller au delà de la raison et des seules connaissances humaines.
MB a écrit : Alors pourquoi se fatiguer à mélanger science et religion ? Autant croire, orienter notre vie vers Dieu, et faire ce qu'il faut... ça me paraît plus simple, plus sage, et cela n'empêche pas, par ailleurs, de réfléchir un peu.
Se fatiguer ? Réfléchir un peu ? Voilà du bien nuancé !
Pourquoi se fatiguer à mélanger science et religion ? Parce que c’est le cœur de notre foi ! Le Christ fait homme. L’action de Dieu dans notre monde concret. Le besoin d’une parole simple sur l’essentiel de ce qu’est l’humain, de son âme immortelle, de la vie éternelle, pour les gens de notre temps largement informés des découvertes scientifiques.
Parce que les enfants et les gens les plus simples posent des questions. Avez-vous remarqué que le sujet « créationnisme et évolutionnisme » a reçu plus de 18.000 visites ?
Un grand merci tout particulier si vous avez eu le courage de me lire jusqu’ici.
Fraternellement,
Xavi