Bonjour Popeye
Des choses intéressantes dans votre exposé sur l'imposture laïciste. Mais quelques imprécisions également.
1) La laïcité n'est pas "religion d'État". Elle est, comme vous l'avez fait remarqué, une conception des rapports du théologique et du politique : elle est la doctrine d'une religion, pas une religion
per se. La religion d'État de la République laïque, c'est la Franc-Maçonnerie : la doctrine républicaine, c'est la doctrine maçonnique dont la laïcité n'est qu'un élément.
2) La laïcité républicaine postule plus que le refus de l'immixtion du théologique dans le politique : elle postule la séparation radicale du théologique et du politique. En cela, elle est fille de la modernité, et c'est notamment sur cette idée de "sécularisation de l'espace public" - qui s'est développée originellement chez les penseurs chrétiens - que le courant de théologie philosophique
Radical Orthodoxy entend revenir.
3) De fait, la laïcité est la forme institutionnelle de l'
athéisme pratique (dont relèvent aussi bien l'athéisme, l'agnosticisme que le déisme). Quand elle devient "laïcité fermée" (pour reprendre la terminologie métazétienne), elle est la forme institutionnelle de l'athéisme
militant.
4) Vous écrivez "la laïcité n'est cohérente que pour autant qu'elle n'impose pas son point de vue au corps civique". En fait, la laïcité n'est cohérente que si elle se revendique comme l'expression institutionnelle d'une conception religieuse donnée : l'athéisme, qui est la négation même de l'existence même du théologique. Dans tous les autres cas, la laïcité se pose - comme vous l'avez bien vu - comme une conception théologique de l'ordre politique, alors qu'elle signifie précisément la séparation de l'ordre théologique et de l'ordre politique.
5) Vous avez tord de voir dans la proclamation de l'égalité des personnes la source du relativisme ou de l'indifférentisme. Nous sommes égaux (ou non)
sous certains rapports. Et c'est de l'oublie d'explicitation de ces rapports ("en nature", "en droit", "en dignité", etc.) que nait une conception erronée de l'égalité, et les confusions qui s'ensuivent.
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Mikaël, l'immense majorité des catholiques ne partagent pas - Dieu merci ! - le projet politique totalitaire de Popeye, lequel projet me semble en contradiction flagrante avec le Magistère de l'Église et n'a - quoiqu'il prétende - rien à voir avec l'Ancien Régime...
Vous parlez de "laïcité ouverte" et de "laïcité fermée". Par analogie, on pourrait également parler de "confessionnalisme ouvert" et de "confessionnalisme fermé". Le "confessionnalisme fermé", - celui de Popeye - où est nié la liberté religieuse. Le "confessionnalisme ouvert", où il y a une religion officielle et où la liberté civile en matière religieuse est respectée (comme le demande l'Église). L'Angleterre (anglicanisme), ou encore Monaco ou Malte (catholicisme) en sont des exemples... C'est à cette solution que devrait logiquement souscrire tout démocrate français puisque le catholicisme est la religion d'une majorité de Français (enfin, il paraît...). C'est également à cette solution institutionnelle que devrait logiquement souscrire tout catholique français qui reconnait l'autorité du Magistère de l'Église...
Qu'il y ait - d'un point de vue catholique - subordination du politique au théologique, cela est indéniable. Le politique vise au bien commun, lequel bien commun étant lui-même ordonné à la fin dernière du théologique : le salut des âmes. Pourtant, et pour le comprendre il faut intégrer la conception chrétienne de la société, l'institution politique n'est pas subordonné à l'institution ecclésiale : elle est autonome - mais pas indépendante (puisqu'elle confesse le catholicisme). C'est le sens d'une laïcité authentiquement chrétienne. De même, en raison de leur personnalité, les citoyens jouissent d'un droit à la liberté.
C'est la même conception totalitaire de l'ordre social que l'on retrouve chez Popeye et chez Mgr Lebfevre... et que j'avais dénoncé dans le fil sur
Dignitatis humanae (en particulier,
ce message).
Pax
Christophe