Métazét a écrit :Hélène et Géronimo, si je synthétise votre pensée, on pourrait donc dire que la Liberté est un bien supérieur à tous les autres, et que c'est pour cela que Dieu n'intervient pas de manière explicite dans les affaires humaines : pour préserver notre liberté.
Elle est un bien, on peut plutôt dire un don, dans les hautes sphères des dons que Dieu nous a fait.
Métazét a écrit :1/ Tout d'abord, que faut-il entendre par liberté ?
a/ Pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui (à son intégrité physique et à sa propriété, pour faire plaisir à Christian

) ?
b/ Pouvoir agir sans sans égard pour autrui ? (i.e. : la liberté du renard libre dans le poulailler libre)
Ce n’est pas tout à fait cela (vos réponses ne sont pas mauvaises mais sont incomplètes) :
la vraie liberté est la capacité de choisir le bien sans y être déterminé.
Mais encore là : qu’est-ce que le bien me direz-vous ? C’est ce pour quoi nous sommes créés. Il s’agit d’une plénitude vers laquelle on tend. Il faut donc voir dans le Bien quelque chose d’extérieur à nous qui implique l’Autre. Nous, de par notre narcissisme, avons tendance à nous replier en appelant « bien » ce qui flatte nos sens alors que le vrai bien est le don de soi pour l’autre. Vous aurez compris que si mon bien est dans le don de moi-même, vous me direz sûrement : si je me donne, il ne me reste plus rien ! En quoi cela serait-il un bien pour moi ? La réponse est que l’autre s’est tout autant donné à vous puisque c’est aussi sa béatitude. Donc, chacun se reçoit de l’autre et est comblé dans tout son être puisqu’ils se donnent réciproquement. Cela s’applique tout autant à nos relations avec autrui qu’avec notre relation à Dieu et de façon encore plus éminente puisqu’Il est l’ultime Bien. Évidemment, Dieu ne se reçoit pas de nous car Il est plénitude de Bien. Il n'a pas besoin de nous mais il "trouve sa joie", puisqu'Il est Père, à se donner à nous.
Métazét a écrit :D'après moi, la liberté au sens a/ est effectivement un bien supérieur. Mais cette liberté implique, de la part de Dieu, et s'il entend la respecter, qu'Il intervienne lorsqu'elle est bafouée par autrui.
Et comment voulez-vous qu’il intervienne ? En foudroyant d’un éclair le coupable ?
Métazét a écrit :Or nous observons que des gens se font agresser par d'autres gens, autrement dit que certaines personnes ne respectent pas la liberté (bien supérieur) d'autres personnes.
C’est hélas une réalité et le risque de la liberté de l’autre.
Métazét a écrit :Dieu intervient-il ? Non. Donc Dieu ne respecte pas ce premier type de liberté.
Au contraire, c’est parce qu’il respecte la liberté, même celle du coupable. Par exemple, devait-il intervenir pour que le tueur de John Lennon n’appuie pas sur la gâchette ?
Métazét a écrit :2/ Toto, 10 ans, sort de l'église, tout ému par la cérémonie, et animé de ferveur chrétienne. En chemin, cependant, il rencontre un type de 20 ans avec un air menaçant qui lui demande son argent. Toto est effrayé mais il sait que Dieu l'aime personnellement, que le Seigneur est son berger et qu'il ne manquera de rien, qu'il le conduira dans les verts paturages, etc. Au lieu de se laisser détrousser, il implore donc Dieu à l'aide, convaincu qu'il ne laissera pas faire une telle injustice. Son racketteur, excédé, le castagne et lui prend sa bourse... Le dimanche suivant, avec quelques bleus, un bras dans le platre, et un oeil au beurre noir, Toto retourne à la messe et explique sa mésaventure au prêtre. Le père lui dit : "Mon enfant, Dieu permet le Mal car notre Liberté a plus de valeur que tout à Ses yeux." Toto a tout compris et repart chez lui en sifflotant, tout fier de savoir que si Dieu n'est pas intervenu dimanche dernier, c'est en fait pour son bien et celui de son agresseur.
Le pauvre Toto, il a pris la parole du prêtre pour une Parole de Dieu. Pourquoi donc ? Parce qu’il a fait un transfert psychologique d’un représentant de l’image paternelle (le prêtre) sur Dieu et cette injonction a créé une culpabilité devant une situation angoissante… il faudrait que Toto aille suivre la session de guérison intérieure chez le père Joseph-Marie !

Cette parole du prêtre est une parole d’homme. Elle ne se trouve pas dans la Bible mais puisque le prêtre représente Dieu, c’est Dieu lui-même qui lui a adressé la parole non ? Logique… pauvre Mikaël… pardon, je veux dire Toto

.
Métazét a écrit :Vingt ans passent. Toto va toujours à la messe tous les dimanches. Une fois, en sortant de la messe, il observe un gars de 20 ans en train de racketter un enfant. Toto est à présent un gars barraqué et s'apprête à s'interposer, quand soudain il s'arrête et réfléchi : "Voyons, que ferait Dieu à ma place ?". Puis il se rappelle de sa mésaventure d'il y a 20 ans et des paroles du prêtre. Il décide donc de passer son chemin, pour respecter la liberté de ces deux enfants de Dieu...
Pauvre Toto… merci d’avoir démontré par cette histoire les conséquences du péché originel transmis d’une génération à l’autre. Toto n’a pas eu le réflexe de se ressaisir et d’oser changer le cour de l’histoire pour protéger cet enfant parce que personne ne l’a protégé lorsque cela lui est arrivé. Que fait-il donc ? Il reproduit le même schéma d’une situation qu’il a détestée. Que fera le petit après lui croyez-vous ? C'est une histoire sans fin...
Métazét a écrit :A votre avis, Toto a-t-il bien agi ?
Toto a agit comme un pécheur… comme chacun de nous… Toto aurait dû intervenir pour aider ce garçon puisque Dieu ne pouvait le faire que par lui puisque nous sommes "son corps". Mais il ne l’a pas fait par lâcheté. Son indifférence est due à une blessure (et peut-être un désir de vengeance inavouable) et non à une réflexion philosophique de laisser la liberté à l’agresseur et à la victime.
Une question : dans la première partie de l’histoire lorsque Toto se fait attaquer, où est son père ? Où est sa mère ? Où sont ceux qui devaient le protéger ? N’est-ce pas plutôt à eux qu’il faudrait demander des comptes et non au pauvre prêtre (qui a cru bien faire pour le réconforter mais qui hélas a été maladroit) et encore moins à Dieu ? Le poids de la responsabilité est lourd à porter non ? Dieu nous a donné des parents, c'est pour que nous puissions grandir en sagesse et en grâce…ils sont les médiateurs de notre croissance. Ils brillent glorieusement par leur absence dans cette histoire...
Maintenant, si vous voulez reporter ce comportement d’indifférence sur Dieu, posez-vous la question : Moi, Mikaël, serais-je le Toto de l’histoire pour projeter sur Dieu cet abandon de ceux qui avaient la charge de me protéger contre une telle agression ? Pourquoi personne n’est venu à mon aide ? Et nous en revenons à l’histoire de la paternité déficiente… et nous projetons sur Dieu ces déficiences et puis nous nous embourbons dans nos lâchetés et nos indifférences...conséquences de Genèse 3...
Cordialement,
Hélène