Enfin ...
L'Ancien Testament c'est tout simplement la Bible. Il n'existe rien d'autre pour Jésus, pour les Apôtres, etc.
Il y a des passages de la Bible qui sont difficiles, qui heurtent, qui font mal, qui sont violents parce que le monde est dur, violent; parce que la vie est parfois difficile, parce que nous avons des ennemis, parce que les rapports sont chaotiques, conflictuels, etc. Le Dieu de la Bible semble bien se salir les mains (au lieu d'être uniquement comme un Dieu inatteignable, Dieu-teflon, totalement dépersonnalisé, conceptuel, pure lumière parce que l'idée c'est de montrer un Dieu qui a à coeur le drame humain.
Le vrai début de la Bible, le début de la révélation du Dieu de la Bible à proprement parler, c'est le récit du livre de l'Exode :
- "Moîse se dit : "Je vais faire un détour pour voir ce grand spectacle, pourquoi le buisson ne brûle pas." Yavhé vit qu'il avait fait un détour pour voir, et Dieu l'appela du milieu du buisson; il dit : "Moîse!, Moîse!" - "Me voici", dit-il. Alors il dit : "N'approche pas d'ici; ôte tes sandales de tes pieds, car ce lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte." Il dit : "Je suis le Dieu de ton Père, le Dieu d'Abraham , le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob." Moîse se voila la face, car il avait peur de regarder Dieu. Yavhé dit : "J'ai vu, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu sa clameur devant ses surveillants. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et pour le faire monter vers un pays ruisselant de miel et de lait [...]"
- Exode 3, 1-8
Le Dieu de la Bible est un
Dieu Sauveur. Après? Il y a des duretés en contrepartie, pour la raison qu'il existe un ordre qui soutient le monde, l'univers, la création. Il y a des lois qui soutiennent la matière, comme il y a des lois sur le plan moral. On s'expose à des chocs, des coups, des brutalités, des violences quand on souhaite faire fi de ces lois, tout comme lorsqu'on déciderait de violer des commandements moraux. C'est ce que la Bible veut montrer à sa façon.
C'est comme dans le récit du roi David qui décide de prendre la femme d'un des commandants de son armée, pour ensuite s'organiser pour faire disparaître le chef en question. Le roi David contrevient à l'ordre moral. Le fait de contrevenir au bon ordre produit des conséquences pénibles ("qui sème le vent, récolte la tempête"). La conséquence de la désobéissance de David c'est la mort d'un innocent, le trouble semé dans la famille immédiate; un des fils du roi David ira même infliger à son père le même genre d'injure qu'il aura fait subir à Urie le Hittitte.
Il y a comme une sorte de malédiction qui s'attache au fait de briser l'ordre voulu par Dieu. Donc, la Bible présente Dieu comme étant à la fois garant de ce système d'ordre ("Il y a des conséquences au fait de pécher") et désireux de sauver les hommes. Le fait que Dieu puisse sauver les hommes ultimement (racheter le roi David, pardonner, etc.) ne signifie pas que l'opération se réalise d'une manière indolore, sans souffrance, sans pleurs, sans devoir d'abord traverser des tourments. Même si le lien avec Dieu n'est pas rompu, la mal manifesté par David doit quand même produire ses effets.
En somme, le monde est réel, possède une densité propre. Nous ne sommes pas dans l'illusion. C'est souvent dur et ça fait mal.
[...]
Le pharaon esclavagiste du temps de Moïse ne connaît pas Dieu et ne souhaite pas le connaître. Il commence par exiger la mise à mort de tous les enfants mâles du peuple hébreu, ordonnant que les premiers nés soient noyés dans le Nil. La conséquence maléfique de cet endurcissement criminel c'est la mort de tous les enfants mâles des Égyptiens, de tous les premiers nés, lors de l'épisode de la sortie d'Égypte et le soir de la première Pâque.
Violence? Oui. A cause de qui? du pharaon. Dieu est un monstre d'ainsi vouloir s'attaquer à des nouveaux-nés? Non. Le pharaon est un monstre plutôt et qui se prend pour Dieu, et qui veut prendre la vie des autres. Créature : il commet bien un crime. Seul Dieu peut être maître de la vie ou de la mort. Ce que Dieu fait, même avec son ange exterminateur, ne procède pas d'une injustice qui est en Dieu. Parce que c'est Dieu qui est maître des créatures, de leur existence ou pas. Parce que seul Dieu peut donner, reprendre et redonner à nouveau.
Le pharaon qui est une créature n'a pas de droits sur la vie des autres. Détruire ou supprimer la vie d'une créature "semblable à Dieu", l'éliminer quand on se trouve à n'être ni son maître ni son créateur : c'est un crime et une injustice. Aucune créature ne peut décider si Dieu peut ou non rappeler tel ou tels.
L'horreur des scandalisés de profession, leur erreur de perspective provient de ce qu'ils tiennent aucun compte de la résurrection dans leurs calculs. Ils raisonnent comme si Dieu déciderait capricieusement, abitrairement, d'expédier au néant ou à la Géhenne éternelle de pauvres enfants innocents. Or personne n'affirme une telle chose dans la Bible,
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Le voeu exprimé par un fidèle dans un des Psaumes ("Que Dieu fracasse la tête de mon ennemi, ses enfants contre le roc, etc.") ne représente pas "la volonté de Dieu en tant que telle" mais signifie le cri de lamentation de l'innocent à qui l'on fait subir des violences. Le cri indique la profondeur du mal subit; ce que provoque l'injustice. Ainsi, des Palestiniens de Gaza pourraient bien faire monter des prières semblables vers Dieu, en conséquence de violences que le gouvernement israélien aurait pu leur faire subir (On s'imagine être le père de famille qui revient chez lui pour trouver sa maison rasée, ses enfants mutilés, sa vieille mère volatilisée). Comment des Irakiens peuvent réagir après que le gouvernement américaine aura décidé d'attaquer l'Irak sans raison, sous de faux motifs, pour faire des centaines de milliers de victimes. Le Psaume a sa raison d'être à cause de ce genre d'affaire. Il y a bien un Dieu qui écoute et qui un moment donné va faire venir ces officiels en jugement.