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Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : jeu. 13 juin 2013, 18:36
par etienne lorant
Le monastère des îles Solovki (Russie)
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Un des lieux où les chrétiens de Russie connurent les plus grandes souffrances furent les îles Solovki, sur la Mer Blanche. Ce camp de concentration constitue, en un certain sens, l’alma mater des camps soviétiques, comme l’écrit Brodsky[33]. Ce fut un des « calvaires » pour tant d’internés. Ce camp fut créé dans un monastère édifié au XVe siècle sur l’un des îles de l’archipel. Cet ensemble monastique, qui avait été un des grands centres spirituels de l’orthodoxie russe, devint l’un des lieux de martyre les plus effroyables. Ce lieu, qui parlait de Dieu par ses églises et ses chapelles, mais aussi par l’harmonie existante entre l’œuvre des moines et la nature, connut une destination tragique. La profanation d’un sanctuaire, but des pèlerinages en provenance de toute la Russie, fut l’un aspect de l’histoire de ce camp, comme s’il voulait signifier la suprématie absolue du nouvel État soviétique sur le passé. La règle de la violence et de la coercition semblait remplacer l’ordre monastique. Les îles Solovki étaient décrites dans un « Guide de la Russie septentrionale » de 1899 comme un havre de paix pour les pèlerins :

« Le voyageur est récompensé de son voyage. Devant lui se profile l’un des lieux les plus sacrés de la terre russe, un but de pèlerinage, le monastère de Solovki. Entourées de leurs fortifications en blocs de pierre, les églises et les bâtiments blancs sont coiffés de coupoles et de toits verts. Devant les remparts, sur le rivage, se trouvent une série de chapelles, et à gauche du port, l’édifice en pierres à trois étages de l’hôtellerie de la Transfiguration, pour les visiteurs de ce saint monastère »[34].
Les îles Solovki, comme tant de parties du système concentrationnaire, étaient le miroir paradoxal de la société soviétique. Olga Jafa, déportée comme tant d’autre dans ce camp, les décrit ainsi :

« Le soir, le bateau à vapeur arriva aux îles. Ils nous firent monter sur le pont, et après vingt-cinq ans, je vis de nouveau cette île d’une beauté féerique. Mon Dieu, qu’elle avait changé en ces vingt-cinq ans ! Il n’y avait plus ni coupole et ni croix, mais partout une couleur grise uniforme dans tout l’ensemble du Kremlin, qui faisait penser aux ruines d’une forteresse médiévale. Mais dans cette désolation, il y avait une sorte de nouvelle beauté solennelle, peut-être encore plus élevée et inspirée, qui parlait d’un long et glorieux passé et d’une fin couronnée par le martyre… Les îles Solovki sont le royaume des malheureux. Par-dessus les mur rugueux de la cathédrale, sur l’enduit frais, avait été dessinée la gigantesque silhouette d’une ville contemporaine, avec des cheminées qui fument et des grues, des avions qui la survolent, surmontée d’une grande étoile rouge à cinq branches. Sur la ville, avait été peint méticuleusement à la peinture rouge le slogan : « Vive le travail libre et joyeux ![35]. »
Dans ce « royaume des malheureux », la vie était très dure, aggravée encore par le terrible climat polaire. En 1920, le monastère avait été reconverti en un camp de concentration pour les prisonniers de la guerre civile. En 1923, il devint un « camp à destination spéciale ». De 1920 à 1939, il accueillit plus d’un million de détenus. On pouvait y rencontrer des prisonniers de toutes les catégories. La profanation prit un aspect encore plus paradoxal par le fait que les îles Solovki furent choisies comme lieu d’emprisonnement pour les chrétiens. Le monastère devint le but d’un pèlerinage forcé pour les évêques, les prêtres, les moines, les religieux et les laïcs. Les croyants appartenaient à toutes les confessions religieuses : le Muphti de la mosquée de Moscou, le Primat de l’Église orthodoxe de Géorgie (« il tenait le bâton comme un sceptre […] (mais) avait pour mission de surveiller le seau »)[36], l’Exarque catholique de rite byzantin Fedorov, des métropolites et des évêques orthodoxes. Quelques évêques orthodoxes trouvèrent le moyen de se réunir et d’envoyer un message, connu sous le nom de « Mémorandum des évêques des Solovki », dans lequel ils contestaient la politique du Métropolite Sergueï, l’accusant d’être trop conciliant envers le pouvoir soviétique dans sa gestion du patriarcat[37].

Il y avait, dans ce camp-monastère, l’Administrateur apostolique des catholiques de rite arménien, Mgr Akop Bakaratian, arrêté à Tbilissi pour avoir transmis des informations à propos de « persécutions immotivées des catholiques en URSS », condamné à dix ans et envoyé aux îles Solovki. Là, en 1932, il fut arrêté dans le cadre de l’enquête collective sur le clergé catholique accusé d’« avoir créé une association qui fait une propagande antisoviétique, qui a célébré en secret des rites théologiques [sic] et religieux, et a noué des contacts clandestins avec l’extérieur pour transmettre à l’étranger des informations à caractère d’espionnage sur la situation des catholiques en URSS[38] ». Mgr Matulionis, archevêque lithuanien de Kaišiadorys, fut mêlé lui aussi à cette affaire et condamné. Pour lui, l’emprisonnement aux Solovki était la deuxième période de détention en URSS. Il fut ensuite relâché et put rentrer en Lituanie. Mais là, il fut arrêté une nouvelle fois en 1946 pour n’être libéré qu’en 1956. Bien qu’il se trouvât en exil intérieur, il ordonna un évêque. Il mourut en 1962[39]. Pour le P. Bakaratian, par contre, les îles Solovki furent le point final de ses souffrances : il fut transporté, désormais invalide, à la gare de transit de Kuzema, sur la ligne ferroviaire de Mourmansk, où il mourut en février 1936.

Les bolcheviks entendaient transformer un des sanctuaires de l’« obscurantisme » en un lieu de rééducation : « Pendant cinq siècles, les Solovki ont obscurci l’esprit du peuple – peut-on lire dans « Le Messager de Carélie ». Aujourd’hui, s’y dresse un camp de concentration où sont rééduqués les citoyens qui ont commis des crimes… L’écho des cloches des îles Solovki s’est éteint. Une nouvelle vie s’est éveillée. Battues par les vagues impétueuses de la mer, les Solovki revivent d’une vie nouvelle et impétueuse… Les Solovki sont à présent un établissement de soins où l’on guérit les infirmités du passé… L’écho de la prière s’est éteint dans la grande église, et il est rare que s’élèvent les suppliques dans l’église du cimetière, et du reste ceux qui les écoutent sont à présent bien peu nombreux ![40] ».

Dans le camp, on continuait à prier. Ce n’est qu’à partir de 1929 que les autorités interdirent les célébrations liturgiques. Le diacre Vasily écrit à ce propos : « Très vite, l’idée vint à un prêtre de célébrer la liturgie à l’intérieur de la baraque, dans la soupente. Comme on ne pouvait pas s’y tenir debout, il fallait célébrer toute la messe à genoux. Voici comment ils s’y prirent : ils posaient sur le sol des valises, les recouvraient d’un essuie-mains, allumaient une bougie de stéarine et célébraient à genoux la messe, sans bouger. Beaucoup de prêtres venaient ici chaque jour[41] ». Au milieu des souffrances, s’établissait un climat fraternel entre croyants. Le diacre Vasily évoque les rapports cordiaux entre catholiques de rites divers, ce qui n’avaient pas toujours été le cas : « Tout ce qui précédemment avait constitué un sérieux obstacle, tout ce qui avait douloureusement divisé et s’était interposé entre le Polonais et les Russes s’évanouit aux Solovki[42] ». Même les orthodoxes et les catholiques étaient unis dans la souffrance. L’Exarque Fedorov, emprisonné avec des ecclésiastiques catholiques et orthodoxes à la prison de Sokol’niki, vit un intense effort œcuménique : « Nous avons les meilleurs rapports – écrit-il –, j’ai mis au pas mes Latins, comme il se doit, et jamais une parole offensive ne sort de leur bouche[43] ». Un témoin de la vie aux Solovki note :

« Unissant leurs efforts, un évêque catholique encore jeune et un vieillard émacié et décharné à la barbe blanche, un évêque orthodoxe antique de jours mais vaillant par son courage, qui poussait énergiquement le chariot … S’il y en a parmi nous qui ont un jour la chance de retourner dans le monde, ils devront rendre témoignage de ce que nous voyons ici. Et ce que nous voyons, c’est la renaissance de la foi pure et authentique des premiers chrétiens, l’union des Églises en la personne des évêques catholiques et orthodoxes qui participent unanimes à cette entreprise, l’union dans l’amour et dans l’humilité[44]. »

L’inhumanité du système répressif et concentrationnaire manifesta, dans les îles Solovki, un de ses visages les plus emblématiques. Les Solovki, paradoxalement, finirent par devenir aussi un lieu de détention ou de mort pour nombre de dirigeants soviétiques du camp (comme ce Zorin, qui pour la première fois avait hissé le drapeau rouge au sommet du monastère, et qui y revint trois ans plus tard en prisonnier). C’était un système inhumain qui dévorait ses propres auteurs. Dans la logique politico-idéologique de ce système, la foi religieuse devait être anéantie au moyen de l’élimination des croyants. Dès les premières années du régime soviétique, la lutte contre la religion se fonda non seulement sur la propagande, mais aussi – on l’a vu – sur l’anéantissement des communautés religieuses, des lieux de culte et de prière, et même de la vie physique de ceux qui professaient la foi. Pourtant, le pouvoir soviétique ne réussit pas à éteindre la foi de tant de croyants dans le camp des Solovki. L’évêque catholique Bolesas Sloskans écrivit à ses parents depuis les îles, où il demeura de 1928 à 1930 : « Je vous le demande du plus profond de mon âme : ne permettez pas que la vengeance ou l’exaspération ne s’infiltre dans votre cœur. Si nous le permettions, nous ne serions plus de vrais chrétiens, mais des fanatiques… ».[45]
[+] Texte masqué
Source : http://orthodoxeurope.org/page/13/2.aspx
Aux îles Solovki, il y avait quelques religieuses dominicaines (dont Sœur Imelda), qui étaient là depuis 1924, le P. Aleksandrov[46], le P. Potapeï (Emelianov)[47] et d’autres catholiques. Mgr Neveu, l’Assomptionniste nommé évêque par Pie XI et résidant à Moscou avec pour mission de soutenir les catholiques, a recueilli deux rapports sur la vie dans les îles, celui de Mme Novickaja qui était allée rendre visite à son mari, et celui de Sœur Imelda, rentrée dans la capitale en 1930 après cinq années de camp. On raconte que les religieux, tant catholiques qu’orthodoxes, avaient refusé de travailler le dimanche et de ne pas porter leur habit religieux dans leur cellule. Sœur Imelda narre des histoires de douleur, de résistance, parfois même à la limite des forces ; elle raconte aussi que les prêtres catholiques ont continué de célébrer la messe en secret, en recevant le vin d’un groupe de moines de l’ancien monastère laissés pendant un certain temps dans l’île pour effectuer les travaux nécessaires. La religieuse dit encore, au sujet des prêtres catholiques : « Leur entente et leur propreté suscitent l’admiration des autres détenus[48]… ». Mais à partir de 1929, le traitement se durcit : on confisqua aux catholiques leurs objets sacrés, et leur transfert dans l’île d’Anzer débuta.

La politique de persécution

La société communiste était nécessairement totalitaire : tous les aspects de la vie publique et privée devaient être contrôlés. Dans le cadre du combat constant contre la religion, se sont succédées, dans l’histoire soviétique, des phases différentes en fonction de la situation au plan international et dans le pays[49]. Dans les premières années du pouvoir bolchevik, la loi-cadre est le décret de Lénine du 23 janvier 1918 sur la séparation entre État et Église. Cet acte législatif fut suivi d’une campagne brutale de confiscation des biens ecclésiastiques, avec des emprisonnements et des morts. Simultanément, l’enseignement religieux fut aboli dans les écoles, et tous les instituts éducatifs, y compris les séminaires, furent nationalisés. Les Églises et les communautés religieuses furent privées de leur personnalité juridique, et donc du droit de posséder[50].

Dans les années suivantes, les campagnes antireligieuses se succédèrent. En 1919 fut promulgué le décret sur la liquidation du culte des reliques, qui porta à la profanation de nombre d’églises et de dépouilles de saints. En 1922, fut lancée une campagne de réquisition des objets religieux de l’Église qui suscita auprès des fidèles de vives réactions, auxquelles le gouvernement répondit par une répression très dure. Cette campagne fit de nombreuses victimes, parmi lesquelles Veniamin (Kazanski), Métropolite orthodoxe de Petrograd. On connaît le contenu de la lettre secrète envoyée par Lénine aux membres du Politburo le 19 mars 1922 :

« La réquisition des objets de valeur, surtout ceux des laures, monastères et églises les plus riches, doit être menée avec une résolution implacable, en ne s’arrêtant absolument devant rien, et le plus rapidement possible. Plus nous réussirons à fusiller de représentants de la bourgeoisie réactionnaire et du clergé réactionnaire, et mieux ce sera[51]. »

C’est un texte qui confirme la volonté soviétique d’éliminer les croyants – y compris physiquement – de la société russe. Le service agitation et propagande du Comité central du parti communiste, qui géra la lutte antireligieuse jusqu’à la fin de l’Union soviétique, agissait en ce sens. Les directives s’inspiraient de l’article 13 du programme du parti, adopté au Huitième congrès : « En ce qui concerne la religion, le parti communiste russe ne se contente pas uniquement du décret de séparation entre l’Église et l’État… Le parti se donne pour objectif la destruction totale des liens entre les classes exploitées et… la propagande religieuse[52] ».

Le premier évêque martyr de l’Église russe fut Vladimir (Bogojavlenski), Métropolite de Kiev, fusillé le 7 février 1918 à la porte de la laure de Kiev, le plus grand sanctuaire de l’orthodoxie russe[53]. Une des victimes les plus connues de la campagne de réquisition des objets précieux fut Veniamin, Métropolite de Petrograd, qui avait trouvé un modus vivendi avec les autorités locales pour gérer la question. La position de cet évêque, un homme simple et aimé des gens, était claire : « Ils sont bien étranges, les raisonnements de certains, même des pasteurs illustres, selon lesquels il faudrait préserver les forces vives, c’est-à-dire transiger sur tout pour les sauver… Il ne faut pas s’épargner pour l’Église, ni sacrifier l’Église pour se protéger soi-même[54] ». Le Métropolite excommunia les innovateurs qui occupaient les institutions de l’Église et allaient créer plus tard une église schismatique fondée sur la conciliation entre « progrès socialiste » et christianisme. Il fut jugé selon les modules typiques de la procédure soviétique en ces années-là. L’accusateur qualifia l’Église orthodoxe in toto d’« association contre-révolutionnaire » (c’était un crime qui comportait la condamnation à mort). Le défenseur du Métropolite, un avocat juif du nom de Gurovitch, fit remarquer aux juges que cette condamnation allait couvrir de honte le système soviétique, et que son exécution allait favoriser la foi qui se propage – a-t-il rappelé – par le sang des martyrs. Le Métropolite déclara : « J’ai toujours été loyal envers les autorités civiles et je ne me suis jamais occupé de politique[55] ». En s’en prenant à lui, on s’attaquait à un évêque pastoral qui n’était en rien l’expression de l’ancien monde tsariste : il animait la vie du peuple en présidant aux célébrations liturgiques avec une profonde piété, et jouissait d’une grande popularité. Dans sa dernière lettre adressée à son vicaire, on peut lire :

« Les temps ont changé, et la possibilité se présente de subir pour l’amour du Christ des souffrances infligées tant par les nôtres que par des étrangers. Souffrir est dur, pénible, mais dans la mesure de nos souffrances surabonde aussi la consolation divine. Il est difficile de franchir ce Rubicon, cette frontière, et de se confier totalement à la volonté de Dieu. Mais quand cela se produit, l’homme est débordant de consolation, il ne sent plus les terribles souffrances… C’est maintenant le moment du jugement. Il y a des personnes prêtes à sacrifier tout, même au nom de convictions politiques. Observez comment se comportent les social-révolutionnaires et les autres. Nous les chrétiens, et encore plus nous les prêtres, devons montrer un tel courage jusqu’à la mort[56]… »

On ne sait pas où Veniamin est enterré, bien qu’il y ait un tombeau vide portant son nom à la laure de Saint-Alexandre Nevski. Cet évêque a été canonisé par l’Église russe en 1992. Dans ses dernières paroles, il envisageait une ligne de résistance centrée sur la liturgie et le témoignage, sans faire de projet pour l’avenir de l’Église, dans une situation qui semblait très dure : « Il est difficile de donner des conseils aux autres. Les doyens doivent prendre moins de décisions, surtout sur les questions fondamentales… Ils ne peuvent pas répondre pour les autres. Ils doivent rester dans les limites de leur communauté paroissiale et demeurer en union spirituelle avec les évêques qui ont la grâce du saint Esprit[57] ».

Toute l’année 1922 et jusqu’au printemps 1923 fut une période de procès terribles contre les ecclésiastiques. Près de six mille personnes furent impliquées dans la répression judiciaire pour des motifs religieux dans la seule année 1922. Il y eut aussi beaucoup d’autres attaques contre les chrétiens dans les années suivantes et dans le cadre de la NEP. Fin 1929, Staline annonça la collectivisation des terres et la disparition des koulaks, ce qui frappa encore davantage l’Église et le clergé. En 1932, fut lancé un « plan quinquennal antireligieux », qui prévoyait la fermeture de toutes les églises et le bannissement de l’idée de Dieu. Ces campagnes se caractérisèrent par l’usage massif de la violence, qui fit de nombreuses victimes, surtout dans les rangs de l’Église orthodoxe russe. Dans les relevés de la police, on note un accroissement des actions contre les ministres du culte orthodoxes, catholiques, luthériens, baptistes, musulmans et bouddhistes : en 1923-24, il y eut 2 469 arrestations, et en 1931-32 leur nombre passa à 19 812[58].

Après la mort du patriarche, à partir de 1925, la situation de l’Église orthodoxe se fit plus difficile. L’Église russe, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, semblait inexorablement destinée à disparaître. Pour la quasi totalité de la population, il était impossible de pratiquer le culte et de trouver des églises en fonction. Et pourtant, au recensement de 1937, resté secret, plus de 50 pour cent de la population soviétique se déclare croyante[59]. On put le voir clairement quand, dans les années 40, la nouvelle politique de Staline envers l’Église russe autorisa la réouverture d’un grand nombre d’Églises et l’élection du nouveau patriarche. Attaqué par Hitler, Staline voulut par ce geste lancer une nouvelle unité nationale contre l’envahisseur et modifier son image aux yeux des Alliés. Le peuple russe saisit immédiatement cette occasion pour recommencer à fréquenter les églises, quoique avec une beaucoup de prudence qui bien souvent tenait à distance des cérémonies liturgiques la population masculine active.

Pour les catholiques aussi, la situation fut loin d’être facile. Les catholiques étaient une minorité, et au début ils attirèrent moins l’hostilité des bolcheviks que les orthodoxes. Dans l’Empire tsariste de 1914, vivaient de 15 à 20 millions de catholiques de rite latin. La grande majorité d’entre eux était constituée par les catholiques de Pologne et de Lituanie. Il y avait en outre près de deux millions de fidèles catholiques de rite latin dispersés sur les vastes territoires de l’État russe, jusqu’en Extrême-Orient. Les catholiques, qui appartenaient pour la plupart à des nationalités non-russes (ils étaient Polonais, Lithuaniens, Allemands…) étaient présents dans diverses régions, et notamment en Sibérie. À côté de la grande majorité des Latins, il y avait quelques communautés de catholiques russes de rite byzantin, établies à la fin du XIXe siècle, qui ne comptaient pas beaucoup de fidèles, sous la tutelle de l’exarque Fedorov[60]. L’administration ecclésiastique des catholiques dans l’Empire des Romanov avait toujours subi de sévères limitations de la part du gouvernement. Quand éclata la révolution de février, l’archidiocèse de Moguilev était privé de titulaire, en raison du refus du gouvernement russe de nommer un nouvel ordinaire, et il était administré par l’évêque polonais Cieplak, vicaire capitulaire. En mai 1917, était arrivé à Petrograd de son long exil l’évêque de Vilnius, Mgr de Ropp, qui peu de temps après fut appelé à diriger l’archidiocèse de Moguilev.[61]

Fin 1918, les bolcheviks, profitant de l’effondrement des empires centraux, avancèrent vers l’Ouest et occupèrent des territoires où la présence catholique était plus forte[62]. Les troupes bolcheviques semèrent la terreur parmi les catholiques des provinces occidentales d’Ukraine et de Biélorussie, en grande partie Polonais, qui attiraient l’aversion des soldats bolcheviks pour des motifs religieux et nationaux. Le début de la guerre russo-polonaise des années 1919-1920 rendit la situation encore plus tragique. Dès 1918, O’Rourke, Vicaire général du diocèse de Minsk, écrivait à Achille Ratti, Visiteur apostolique pour la Russie, le futur Pie XI : « Ici la population catholique a été systématiquement anéantie par des bandes de soldats russes bolcheviks : des familles entières, sans égard au sexe ou à l’âge, ont été assassinées[63] ». En Russie, pour les catholiques, la situation était dure, comme le notait l’Exarque Fedorov au début de 1919 : « Nous sommes totalement absorbés par la lutte pour l’existence. À la faim et au froid se sont ajoutées d’autres épreuves : le typhus exanthématique fait rage… Je considère comme un miracle de la bonté divine le fait d’être encore en vie et que notre Église existe encore. Un bon nombre de nos catholiques russes sont morts d’inanition. Les autres se sont dispersés partout pour échapper au froid et à la faim[64] ».

Le 19 avril 1919, l’évêque De Ropp fut arrêté. Les catholiques de Petrograd protestèrent par « des pétitions, des suppliques, des manifestations ». Mgr Ratti écrivit au Vatican : « Le 25 mai, après la grand Messe en l’Église Sainte-Catherine, une foule de dix mille personnes se rendit en cortège à la prison, demandant la libération de Mgr De Ropp ; vu l’état de siège, la chose aurait pu finir tragiquement. Elle se solda par quelques blessés et quelques arrestations et perquisitions[65] ». Grâce à l’intervention du Saint-Siège et de la Croix-Rouge polonaise, l’évêque de Ropp fut libéré dans le cadre d’un échange de prisonniers entre Russes et Polonais, et conduit à Varsovie. Mais la persécution s’intensifiait contre l’Église catholique. Dubowski, évêque de Lutsk-Zhytomyr, affirmait en octobre 1919 que trois prêtres de son diocèse avait était tués. Et Kessler, évêque de Saratov, écrivait en décembre de cette même année :

« Par un bienfait divin singulier, nous ici, nous avons été libérés par les bolcheviks, après que dans la région ont été tués quatre de nos prêtres, que de nombreuses églises ont été profanées et saccagées, et même que dans deux églises le très saint Sacrement a été jeté à terre et foulé aux pieds. De nombreuses paroisses ont été brûlées par des bandits, et beaucoup de fidèles catholiques ont été tués. Entre-temps, il y a un manque de blé et de nourriture si grand qu’il n’y a pas de mots pour de le dire. Il serait long et impossible de décrire les souffrances et les maux qui nous accablent[66]. »

En 1922, l’évêque Cieplak, qui avait remplacé de Ropp à Moguilev, recommanda aux prêtres de s’opposer aux réquisitions d’objets sacrés. Pour leur opposition, l’évêque Cieplak, treize prêtres latins et l’Exarque Fedorov furent convoqués à Moscou. Leur départ pour la Capitale eut lieu dans l’émotion générale de la communauté catholique : « Tous les catholiques de Petrograd qui le pouvaient vinrent à la gare dire adieu à leurs pasteurs. Ce fut une scène grandiose et très émouvante[67]… ». À Moscou, ils furent tous arrêtés et soumis à un procès, qui débuta le 23 mars 1923. L’atmosphère du procès – raconte un des présents – « rappelait beaucoup l’époque de Néron[68] ». Le principal chef d’accusation, outre celui d’activité contre-révolutionnaire, étaient l’opposition à la confiscation et aux dispositions soviétiques sur la séparation de l’Église et de l’État. La sentence fut particulièrement dure : l’évêque Cieplak et son vicaire général, Mgr Budkiewick, furent condamnés à mort, les autres à des peines de détention. Après les interventions du Saint-Siège et d’autres États, le Comité exécutif central promulgua un nouveau décret avec les dispositions définitives de la sentence qui corrigeait en partie le contenu des décisions du tribunal :

« Attendu que le citoyen Cieplak est un représentant de la doctrine religieuse qui faisait l’objet d’une répression au temps du tsarisme et de la république bourgeoise, et que par conséquent l’adoption à l’encontre de Cieplak d’une mesure pénale, qu’il mérite pleinement, pourrait être interprétée par les franges arriérées des citoyens catholiques de la République socialiste soviétique russe, dont les préjudices religieux furent exploités par Cieplak et par ses adeptes, comme une mesure dirigée exclusivement contre un prêtre appartenant à leur confession religieuse, – en dérogation à la politique punitive de la République – [nous décidons] de commuser la condamnation à la peine capitale infligée au citoyen Cieplak par le tribunal en dix ans de réclusion et d’isolement en régime dur. En ce qui concerne le condamné citoyen Budkeiwicz, qui à l’activité criminelle de caractère religieux a ajouté une activité contre-révolutionnaire évidente et ouverte, en contact direct avec un gouvernement bourgeois étranger hostile à la République soviétique, et étant donné que le citoyen Budkiewicz a profité de sa condition de prêtre pour accomplir des actes évidents de trahison envers l’État, la demande de grâce est rejetée[69]. »

Mgr Budkiewicz fut fusillé dans la nuit du 31 mars dans les souterrains de la Lubjanka ou, selon d’autres sources, dans la prison de Sokol’niki. Certains témoignages attestent que « sur le lieu d’exécution, Mgr Budkiewicz se signa, bénit le bourreau et ses deux assistants, puis se tourna de son propre chef vers le mur en priant à voix basse. Le coup de feu du bourreau interrompit la prière du prêtre[70] ». Fedorov passa treize ans en prison et en exil, et mourut en 1935 en exil intérieur[71]. Tant de prêtres et de laïcs, sur lesquels aucun témoignage ne nous est parvenu, accomplirent de tels « voyages » dans les prisons, les camps de concentration et les séjours forcés dans des localités d’exil[72].

Coordonnées pour Google Earth : 65° 05′ 00″ N 35° 40′ 00″ E

Visite du Cardinal Vingt-Trois en 2012 au monastère /goulag à partir de de 10:15 min

Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : mer. 26 juin 2013, 16:12
par etienne lorant
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Le monastère de Saint-Siméon (Deir Amba Samaan), est l’un des plus importants monuments de l’époque chrétienne. Il est situé au sommet du plateau face à l'île Éléphantine, à l’ouest des tombeaux des nomarques, à deux kilomètres de la rive occidentale du Nil. C’est une construction fortifiée, entourée d’un puissant mur, haut de six à sept mètres, en pierre dans sa partie inférieure et en brique dans sa partie supérieure. Cet édifice, fondé au viiie siècle, est l’un des plus grands monastères d’Égypte. À l’intérieur de l’enceinte, le monastère se compose de trois terrasses irrégulières. Sur la terrasse inférieure se trouve l’église à trois nefs ; les autres corps de bâtiments comportent des cellules. Les autres salles consistent en cuisines, magasins, écuries, pressoir à olives et autres installations domestiques. Le monastère fut vraisemblablement abandonné au XIIe siècle.

Le vestige de la colonne de saint Siméon
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Saint Siméon le Stylite, dit Siméon l'Ancien (arabe : مار سمعان العمودي (mār semʕān l-ʕamūdī)) (392 - 459) est un saint chrétien.

Son nom vient du mot grec stylos signifiant colonne.

Il vécut toute sa vie de façon austère, en Syrie, effectuant de longues et récurrentes périodes sans contact avec le monde. On retient de lui qu'il se retira au sommet d'une colonne, d'où son surnom. Chaque jour, des pèlerins venaient lui apporter des victuailles qu'ils hissaient à Siméon par le biais d'une corde soulevant un panier. L'espace dont il disposait au sommet de sa colonne était tout juste suffisant pour se tenir debout ou assis, jamais allongé. On raconte que le roi Nu'man prince des arabes voulu empêcher les visites des milliers de pèlerins, mais en fut rapidement dissuadé par une vision2,3. Siméon le Stylite mourut en position de prière, les mains jointes et les yeux fermés, de sorte que ses fidèles mirent deux jours à se rendre compte de sa mort. Il reste des vestiges de cet édifice au Djébal Sim'an (montagne de Simon) non loin d'Alep en Syrie. Son principal biographe est son contemporain Théodoret de Cyr.

Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : ven. 16 août 2013, 11:13
par etienne lorant
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La Cathédrale de l’Immaculée Conception de la ville de Pékin se situe au 181 de la rue Qianmenxi dans le quartier de Xuanwumen. Connue également sous le nom de Cathédrale Nantang ou Cathédrale du Sud, c’est l’édifice catholique le plus ancien de Pékin.
Une église fut en effet construite en 1605 sous le règne de l’Empereur Wanli de la Dynastie Ming qui accorda au prêtre Jésuite Matteo Ricci le droit d’édifier un édifice catholique de style chinois dans le quartier de Xuanwumen.
En 1650, l’Empereur Shunzi de la Dynastie Qing autorisa le prêtre jésuite allemand Johann Adam Schall von Bell d’édifier une véritable cathédrale sur le site de la chapelle fondée par Matteo Ricci.
La cathédrale reçut plusieurs fois la visite de l’Empereur Shunzi qui s’était lié d’amitié avec le prêtre jésuite. Il y fit poser une stèle où on peut lire cette phrase : « Construite par ordre impérial ».
C’est en 1690 que l’église est consacrée cathédrale avec l’arrivée de son premier prêtre romain catholique, le Franciscain Bernardin della Chiesa.
Cathédrale du SudLa cathédrale fut agrandie en 1703 sous le règne de l’Empereur Kangxi. Mais en 1720 un terrible tremblement de terre l’endommagea. La cathédrale fut alors reconstruite dans le style baroque grâce à un don de l’Empereur Yongzheng. La cathédrale avait alors une longueur de 86 mètres, mesurait 45 mètres de large et possédait de larges fenêtres apportant beaucoup de lumière à l’intérieur de la nef.
Mais en 1775 c’est un incendie qui ravagea la cathédrale. Une fois encore la Cathédrale fut restaurée grâce à un don de l’Empereur Qianlong.
En 1838 l’Empereur Daoguang restreint les activités de l’Église Catholique en Chine et la cathédrale est confisquée par le pouvoir chinois jusqu’à la fin de la Seconde Guerre de l’Opium. C’est en 1860 que la Cathédrale du Sud peut reprendre ses offices avec la venue du prêtre Joseph Martial Mouly.
Mais en 1900 les églises de Pékin sont saccagées pendant la révolte des Boxers et la Cathédrale du Sud est presque entièrement détruite. Elle sera reconstruite en 1904 sous la forme que nous la connaissons aujourd’hui pour la quatrième fois.
Aujourd’hui la cathédrale attire un nombre important de chinois et d’étrangers qui viennent assister aux offices donnés par des prêtres chinois le dimanche et les jours de fêtes catholiques comme Pâques et Noël.
En 1979 le prêtre chinois Michael Fu Tieshan fut ordonné Évêque de Beijing dans la Cathédrale de l’Immaculée Conception, l’événement le plus important de l’Église Catholique en Chine depuis la Révolution Culturelle.

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Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : ven. 16 août 2013, 13:43
par coeurderoy
Merci pour l'info Etienne, pour en revenir à notre vieille Lutèce rapellons que l'ineffable baron Haussmann est responsable du désert administratif qui enlaidit et attriste les alentours de Notre-Dame de Paris : incohérence d'une époque hygiéniste et prétentieuse qui multipliait les pastiches "néo" et détruisait à tour de bras les vestiges insignes de la plus vieille Chrétienté...J'ai toujours le cafard, quittant Notre-Dame pour me diriger vers le Marché aux Fleurs, en voyant l'église Mère de la Cité si horriblement coincée entre l'Hôtel-Dieu, la Préfecture de Police et les squares mesquins et déprimants faits pour les chiens...toute une ambiance française qui a disparu à jamais pour laisser la place à l'ordre morose et insipide du règne de Napoléon le petit..
Et passons sur ce qui était encore debout dans le Quartier Latin avant 1860 et que seuls nous rappellent de vieux daguérréotypes...Paris a encore bien des charmes mais que de lacunes irremplaçables dans ses quartiers régularisés et boboïsés avant la lettre pour les bourgeois satisfaits contemporains de Thiers et de Guizot...

http://patrimoine-environnement.fr/pari ... -le-temps/

Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : lun. 19 août 2013, 18:24
par etienne lorant
Retour en Chine avec cette photo d'un groupe de prière -

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Des catholiques chinois lors d’une prière au pied de l’église Notre-Dame-de-Sheshan, à Shanghaï, au mois de mai dernier. Ces rencontres se passent généralement sans encombre, sous la surveillance discrète des autorités. (PETER PARKS / AFP).

Il en faut, de la foi ! Je suis quasi certain qu'ils sont tous fichés...

Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : mar. 20 août 2013, 15:09
par etienne lorant
Patmos - Grotte de l'Apocalypse de saint-Jean :
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et vue de l'extérieur :
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L’île a été déclarée monument historique depuis 1946 et proclamée « île sacrée » par le parlement grec depuis 1981. En 1999, l’UNESCO l’a déclarée « Patrimoine de l’Humanité ». Enclave religieuse, peu touristique, elle est protégée par les déboires du tourisme de masse. Petite (34 km² de superficie) elle est facile à parcourir à pied ou en scooter. La vie animée sera centralisée à Skala : restaurants, hôtels, boites de nuit et magasins de l’île.

Le village de Chora

Chora est un village tout simplement merveilleux : ruelles, escaliers, couloirs d’une blancheur immaculée. La promenade sur la vieille route pavée peut demander de l’endurance mais elle est superbe.

Entre le port de Skala et Chora, l’emblème de l’île est revendiqué par la grotte de l’Apocalypse, où Saint Jean aurait écrit L’Apocalypse. Le lieu est magnifique. Attention, il faudra vous couvrir, pas de jambes nues. Vous pourrez agrémenter cette visite de celle du monastère de Saint-Jean. Ancienne forteresse médiévale bâtie au 11ème siècle, l’église conserve de superbes fresques, le réfectoire et la bibliothèque sont définitivement totalement apaisants. Un musée payant contient de précieux documents si vous voulez pousser votre recherche.

http://blog.villanovo.fr/2013/06/07/pat ... odecanese/

Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : ven. 23 août 2013, 16:10
par etienne lorant
L’apparition de Marie à Kibeho (Rwanda)
« Le monde est en rébellion contre Dieu, trop de péchés s’y commettent. Il n’y a pas d’amour ni de paix. »

Du 28 novembre 1981 au 28 novembre 1989, la Vierge Marie, parfois accompagnée de son Divin Fils, apparaissait à Alphonsine Mumureke et à plusieurs adolescents de la petite localité de Kibeho, au Rwanda.

A partir de décembre 1983, seule Alphonsine continuera à voir l’apparition qui se présente comme « Notre-Dame des Sept Douleurs ». D’une « beauté incomparable », elle est vêtue d’une robe blanche et d’un voile qui lui couvre la tête. Les messages,
prononcés en rwandais, exhortent à la prière, appellent les hommes à revenir vers Dieu et annoncent les dangers encourus par l’humanité. La Sainte Vierge fait allusion à la guerre civile qui va déchirer le Rwanda en 1994 et au cours de laquelle trois des
voyantes trouvèrent la mort.

Le 15 Août 1982, la « Vierge Marie pleure », selon le témoignage des voyantes, signe de sa profonde tristesse devant le monde qui court à sa perte, devant les péchés des hommes qui offensent le Christ.

Le 19 août 1982 eut lieu une apparition terrifiante pour les jeunes voyants, témoigne le père Gabriel Maindron: « Alphonsine a vu la Mère de Dieu pleurer… Les voyants ont pleuré, claqué des dents ou tremblé. Ils se sont effondrés. Les apparitions ont duré près de 8 heures : les enfants voyaient des images terrifiantes: un fleuve de sang, des gens qui s’entre-tuaient, des cadavres abandonnés sans personne pour les enterrer. Un arbre tout en feu, un gouffre béant, des corps décapités. »

Dix ans plus tard, le monde apprenait le drame du Rwanda que Marie avait prophétisé.

Témoignage du Père Daniel Ange, fondateur de l’école de vie Jeunesse Lumière

J’ai toujours été profondément lié aux apparitions de Kibeho, ayant vécu plus de 12 ans au Rwanda, dont 6 à la crête Congo-Nil (1er pèlerinage et sanctuaire marial du pays, fondé par Mgr Bigirumwami). Souvent, nous demandions à la Vierge de venir visiter notre peuple. Alors, devinez ma joie lorsque j’ai appris qu’Elle répondait à ce grand désir ! D’autant plus qu’en 1983, Magr Gahamany m’invitait à y venir moi-même, rencontrer les Voyantes, et les membres de la Commission de théologie. Ce que j’ai pu réaliser en août 1984. Plusieurs choses me frappent particulièrement :

1. Le fait – unique dans l’histoire des apparitions me semble t-il – que Marie apparaisse aux voyants, dans leur lieu de vie, en l’occurrence leur propre école. Ils ne doivent pas en sortir pour la rencontrer. Et, de plus, qu’Elle les surprenne dans leur quotidien le plus normal, et banal. Que la première fois soit pendant qu’Alphonsine sert à table, donc surprise en flagrant délit de devoir d’état, puis, dans le dortoir au moment de la prière. Enfin sur le terrain de jeu de l’internat. Qu’Elle se montre au courant des problèmes les plus intimes de chacune : cela est un enseignement plus fort encore que toutes ses paroles : le rappel percutant qu’Elle partage nos humbles existences dans toute l’épaisseur de leur réalité quotidienne.
2. La parfaite justesse du rapport de la Reine du Ciel avec l’Ordinaire du lieu. L’attitude de Mgr G. a été en tout point parfaite, un vrai exemple pour d’autres évêques se retrouvant dans le même cas. Alliant accueil et prudence, compréhension et appréhension, sympathie/ empathie et esprit critique. Alors que si souvent dominent les seconds.
3. Cela est flagrant dans le fait que les voyants reçoivent des ordres de mission très précis et qu’elles les soumettent à leur évêque humblement, les approuvant et les confirmant. Elles sont donc bel et bien envoyées en mission. Chacune selon sa grâce, son charisme, ses capacités propres, y compris la mission de souffrir et d’offrir.
4. Ces apparitions forment donc une véritable école et de prière et d’évangélisation. Marie leur enseigne à prier (même à chanter) puis, les lance sur leurs pistes missionnaires. Aussi, n’est-ce pas hasard si notre école de prière et d’évangélisation Jeunesse-Lumière est née dans le sillage direct de Kibeho, car c’est là, pendant une retraite de 3 semaines dans une petit annexe du presbytère que j’ai rédigé notre « Livre de vie » qui devait voir le jour quelques semaines plus tard.
5. Je suis frappé de l’impact de Kibeho surtout sur les jeunes, chaque fois que j’en parle, ce qui est le cas dans d’innombrables enseignements à travers le monde.
6. Impressionné encore par le silencieux rayonnement d’Alphonsine héroïquement cachée au fond de son couvent et d’Anataliya, serviable, dévouée si discrète, et humble au milieu des foules. Le rapport des pèlerins avec elle est aussi exemplaire, alliant à la perfection discrétion et admiration.
7. Le fait que Kibeho soit paradoxalement lié aux horreurs de la guerre civile nous montre La Reine partageant le calvaire de ses enfants. Que ce soit là précisément qu’ait eu lieu un des pires massacres, de surcroît dans l’Eglise même, et qu’il y ait là un mémorial permanent est proprement bouleversant. Plus frappant encore : que des voyants (j’élargis aux non-reconnus officiellement) aient été victimes du génocide, signant ainsi de leur sang la visite de leur Maman.Des paroles de Marie
« Rien n’est plus beau qu’un cœur qui offre ses souffrances à Dieu. Priez, priez, priez.
Suivez l’évangile de mon Fils. N’oubliez pas que Dieu est plus puissant que tout le mal dans ce monde. Partagez. Ne tuez pas. Ne persécutez pas. Respectez les droits de
l’Homme parce que si vous allez à l’encontre de ces droits, vous allez échouer et ça va se
retourner contre vous. »

« Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime beaucoup. N’oublie pas l’amour que j’ai pour toi. Ces messages vont faire du bien non seulement maintenant, mais aussi dans le futur. »

Pour aller plus loin … : La teneur des révélations de Notre-Dame de Kibeho

1. Appel urgent au repentir et à la conversion des cœurs : « Repentez-vous, repentez-vous, repentez-vous! » « Convertissez-vous quand il est encore temps. »

2. Diagnostic de l’état moral du monde : « Le monde se porte très mal. Il va tomber dans un gouffre, c’est-à-dire être plongé dans des malheurs innombrables et incessants. » « Si vous ne vous repentez pas et ne convertissez pas vos cœurs, vous allez tomber dans un gouffre. »

3. Profonde tristesse de la Vierge : La Mère du Verbe est fort affligée à cause de l’incrédulité et de l’impénitence des hommes. Elle se plaint de notre mauvaise conduite, caractérisée par une dissolution des mœurs, une complaisance dans le mal, une désobéissance continuelle aux Commandements de Dieu.

4. « La foi et l’incroyance viendront ensemble sans que l’on s’en aperçoive. » C’est une des paroles mystérieuses dites plus d’une fois par la Vierge à Alphonsine avec demande de la répéter aux hommes.

5. La souffrance salvifique : Ce thème est un des plus importants dans l’histoire des apparitions de Kibeho. Surtout chez Nathalie Mukamazimpaka. Pour un chrétien, la souffrance, par ailleurs inévitable dans la vie d’ici-bas, est un chemin obligé pour parvenir à la gloire céleste. La Vierge a dit à ses voyants, notamment à Nathalie le 15 mai 1982: « Personne n’arrive au ciel sans souffrir. » Ou encore: » L’enfant de Marie ne se sépare pas de la souffrance. » Mais la souffrance est aussi un moyen d’expier pour le péché du monde et de participer aux souffrances de Jésus et de Marie pour le salut du monde. Les voyants ont été invités à vivre ce message d’une façon concrète, à accepter la souffrance dans la foi et la joie, de se mortifier et de renoncer aux plaisirs pour la conversion du monde. Kibeho est ainsi un rappel de la place de la croix dans la vie du chrétien et de l’Eglise.

6. Priez sans cesse et sans hypocrisie : Les hommes ne prient pas ; et même parmi ceux qui prient, beaucoup ne prient pas comme il faut. La Vierge demande aux voyants de prier beaucoup pour le monde, d’apprendre aux autres à prier, et de prier à la place de ceux qui ne prient pas.

7. Dévotion envers Marie: concrétisée notamment par une récitation régulière et sincère du chapelet.

8. Le chapelet des Douleurs de la Vierge Marie: La voyante Marie Claire Mukangango dit avoir reçu des révélations sur ce chapelet ; la Vierge aime ce chapelet. Connu autrefois, celui-ci était tombé dans l’oubli. Notre-Dame de Kibeho désire qu’il soit remis en honneur et répandu dans l’Eglise. Mais le chapelet des Douleurs ne supplante point le Saint Rosaire.

9. La Vierge désire qu’on lui construise une chapelle en souvenir de son apparition à Kibeho. C’est un thème qui remonte à l’apparition du 16 janvier 1982 et revient à plusieurs reprises au cours de cette année-là, avec de nouveaux développements.

10. Priez sans relâche pour l’Eglise: car de grandes tribulations l’attendent dans les temps qui viennent.

Les apparitions de Notre-Dame de Kibeho au Rwanda ont été reconnues officiellement par l’Evêque du lieu le 29 juin 2001.

Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : mar. 17 sept. 2013, 18:42
par etienne lorant
L'église de la Sainte Famille à Barcelone


http://www.youtube.com/watch?feature=pl ... zcrqMAPkCo


La Sagrada Familia (La Sainte Famille) est une basilique mineure à Barcelone. Cet édifice, en construction depuis plus de 130 ans et l’une des œuvres les plus connues de l’architecte Antoni Gaudi, est devenu un emblème de la ville.
Le 19 mars 1882 l’évêque José Maria de Urquinaona y Vidot pose la première pierre pour une église de style néo-gothique dédiée à la Sainte Famille. Les travaux débutent sous direction de l’architecte Francesco de Paula del Villar i Lozano. Après divers désaccords avec celui-ci l’année suivante, la direction architecturale est confiée à Antoni Gaudi. Il présente son projet issu d’imagination, d’innovations et d’audace, auquel il consacrera les 43 années à venir. Voulant éviter que le chantier soit arrêté une fois l’église devenue lieu de culte, il décide de se concentrer en un premier temps sur les parties peu fonctionnelles et les parties extérieures. Renversé par un tramway, Gaudi meurt en 1926 et laisse un torse de construction composé de la Façade de la Nativité, la crypte (où il repose) et de quatre tours. Contrairement à l’opinion de personnalités telles que Le Corbusier, Walter Gropius ou l’urbaniste renommé Oriol Bohigas qui pensent, que l’on devrait laisser ce coup de génie architectural en l’état, la fondation qui gère l’argent pour la construction fait continuer le chantier. Défit d’autant plus difficile que plans, ébauches, maquettes et informations avaient été en grande partie détruits lors d’un incendie dans l’atelier de Gaudi.


Architecture de la Sagrada Familia

L’édifice est une croix latine avec une nef de cinq vaisseaux qui donne sur un transept à trois nefs. Gaudi a structuré les piliers de la nef centrale en forme d’arbres (avec tronc, branches et feuilles). Les colonnes soutiennent le transept et l’abside. Sept chapelles et deux escaliers entourent l’abside. Obligé de modifier certains plans, Gaudi avait dû imaginer d’autres solutions structurelles basées sur des colonnes hélicoïdales, des paraboloïdes et des hyperboloïdes.
Jusqu’ en 2010 de grands objectifs ont été atteints : le toit est à présent fermé, huit des dix-huit tours ainsi que deux façades sont terminées. La plus impressionnante église de Barcelone a été consacrée le 7 novembre 2010 par le Pape Benoît XVI. En avril 2011 une partie de la sacristie est détruite par un incendie criminel. En vue des techniques de nos jours il y a de fortes chances que l’édifice soit achevé en 2026 pour le centenaire de la mort de Gaudi. Une fois terminée, la basilique disposera de dix-huit tours. Douze seront dédiées aux Apôtres, quatre aux Évangélistes, une à la Vierge Marie et une Christ.

http://xn--cathdrale-e4a.de/sagrada-familia/

Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : ven. 20 sept. 2013, 10:25
par etienne lorant
Dalmanoutha, une ville des temps bibliques mentionnée dans l'Evangile selon saint Marc, a été découverte le long de Mer de la Galilée (ou "Lac de Tibériade"), située à plus de 200 m au-dessous du niveau de la mer et traversée par le fleuve Jourdain. Ce lieu est celui du baptême de Jésus-Christ par saint Jean-Baptiste, mais aussi l'endroit où le Christ navigua avec ses disciples après le miracle de la multiplication des pains.
Riche en poissons, la Mer de Galilée est réputée pour ses tempêtes violentes à cause des différences de température avec les hauteurs environnantes.

Traduit d'un article en anglais (http://www.livescience.com/39661-biblic ... lilee.html).

Une ville des temps bibliques découverte le long de Mer de la Galilée

On a découvert une ville remontant à plus de 2000 ans sur la côte du nord-ouest de la Mer de Galilée, dans la vallée Ginosar d'Israël.

La ville antique peut être Dalmanutha (a aussi orthographié Dalmanoutha), décrit dans l'Évangile de Marc comme l'endroit où Jésus a navigué après avoir alimenté miraculeusement 4000 personnes en multipliant quelques pains et poissons, a déclaré Ken Dark de l'Université de Lecture au Royaume-Uni, dont l'équipe, pendant une enquête sur le terrain, a découvert la ville.

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[NdCR. Après avoir nourri miraculeusement 4000 hommes, saint Marc nous dit que Jésus "monta dans la barque avec ses disciples et se rendit dans la région de Dalmanoutha" (Mc, 8, 10.)]

Les archéologues ont aussi déterminé que le célèbre bateau (parfois appelé « barque de Pierre » ou « barque de Jésus » NdCR.) daté d'environ 2000 ans et découvert en 1986, a été trouvé sur le littoral de la ville nouvellement découverte. Le bateau a fait l'objet d'une étude il y a deux décennies mais la découverte de la ville fournit de nouvelles informations sur ce qui se trouve autour.

Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : ven. 20 sept. 2013, 11:57
par Jean-Mic
Un des plus anciens sites chrétien de France : Arles, que les archéologues datent des années qui suivent l'édit de Constantin (313).
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http://www.inrap.fr/via_podcast/p-1379- ... tienne.htm
http://cem.revues.org/11405

(mais je pense qu'il faut aussi compter avec Saint-Victor de Marseille).

Jean-Mic

Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : ven. 20 sept. 2013, 21:16
par Jean-Mic
Saint-Césaire d'Arles (suite) :
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  • De cette église, on connaît assez bien l’abside, assez vaste, puisqu’elle s’ouvre sur près de 20 m. De forme polygonale à l’extérieur et semi-circulaire à l’intérieur, elle enferme une deuxième abside, plus petite (9,60 m de diamètre) qui doit être interprétée comme le banc presbytéral, pourvue d’un sol en marbre. Dans l’espace entre les deux absides, se trouvait, en tout cas dans la partie sud, une mosaïque polychrome. Des portes au nord et au sud donnaient accès à des pièces annexes.

    L’abside vient s’appuyer contre un mur nord-sud, certainement antérieur, qui se caractérise par l’emploi d’arases de briques. La datation de cette première construction, dont rien ne prouve qu’elle avait déjà une fonction religieuse, n’est pas assurée, mais elle remontre peut-être au ive siècle. En tout cas, il peut être restitué sur une longueur d’environ 60 m, qui correspond donc à la largeur du transept, ou des nefs, de l’église du vie siècle.

    En effet, l’organisation de l’édifice reste problématique. On connaît surtout les installations liturgiques, assez bien conservées. D’abord, à l’ouest de l’abside, se développe un espace dallé de marbre, le presbyterium, d’une surface de 100 m2. Il était limité au sud par la barrière de chancel, encore conservé sur place. L’élément le plus spectaculaire est toutefois l’ambon circulaire, d’un diamètre de 6,90 m, relié au presbyterium par une solea, également encore conservée, au moins partiellement (fig. 4). L’ambon domine de près de 70 cm un sol en béton de tuileau, de la même largeur que le presbyterium, mais dont la limite vers l’ouest n’a pas été atteinte.
(extrait du Bucema, bulletin du centre d'études médiévales d'Auxerre, HSn°3-2010)

Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : jeu. 26 sept. 2013, 17:51
par etienne lorant
Le martyrologe romain fait aujourd’hui mémoire du grand saint russe, Serge de Radonège (Nord de Moscou), moine, prêtre, mystique et réformateur, thaumaturge et protecteur de la Russie (v. 1314-1392).
++++++
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Le fameux monastère de la Trinité-Saint-Serge, près de Zagorsk, qui a vu naître la non moins fameuse icône d'Andreï Roublev, dite « de l'Hospitalité d'Abraham », et connue sous le nom d'icône « de la Sainte–Trinité », porte le nom du saint fondateur russe. Il affirmait que la contemplation de la Sainte-Trinité était propre à ramener la paix dans le monde. Lui-même avait en effet souffert des violences guerrières de son époque.
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Né à Rostov, au nord de Moscou, le jeune Barthélémy avait émigré à Radonège sous la poussée de l'invasion mongole. A la mort de ses parents, il se retira avec son frère aîné, pour y vivre en ermite, dans une forêt habitée par les ours et les loups. C'est là que les deux frères bâtirent une chapelle dédiée à la Sainte-Trinité, qui allait donner naissance d'un florissant monastère, centre spirituel et théologique aujourd'hui encore, en dépit des années de persécution communiste.

C’est là en effet qu’il reçut la tonsure monastique, en 1337, et il reçut le nom de « Serge ». Il avait vingt-quatre ans. L’ermite n’eut avec lui pendant trois ans que le psautier et les évangiles. Mais des compagnons le rejoignirent, et, pour eux, en 1354, Serge fut ordonné prêtre, et officiellement déclaré higoumène de la petite communauté.

Le patriarche Philotée de Constantinople leur donna la règle de vie des cénobites instaurant entre les moines une vie commune.

Les princes consultaient saint Serge et il menait au milieu d’eux des missions de conciliation. Le prince Dimitri IV de Moscou lui-même vint lui demander sa bénédiction avant la grande bataille de Koulikovo qui bouta les Mongols de la Horde d'Or hors de Russie, le 8 septembre 1380.

Surtout, saint Serge a été l'artisan de la renaissance de la vie monastique en Russie méridionale, avec la fondation plus de… quarante monastères. Pour Pavel Florenskij, intellectuel et religieux, moine, ingénieur et mystique russe, si la fameuse icône de la Trinité est due au pinceau de Roublev, son véritable auteur est Serge, « qui a su régénérer le mouvement monastique en Russie ».

Un sage starets avait prédit, alors qu’il n’avait pas encore dix ans, mais bien des difficultés à étudier : « Cet enfant va devenir la demeure de la Sainte Trinité, et il amènera une multitude à la compréhension de Sa volonté.»

(25 septembre 2013) © Innovative Media Inc.

Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : jeu. 26 sept. 2013, 17:58
par etienne lorant
Note : un "décryptage" de l'icône de la sainte Trinité (de "l'hospitalité d'Abraham)


L’icône de la Trinité d’André Roublev (1) est souvent considérée comme le point culminant de l’iconographie russe, et ceux-là même qui sont peu préparés à percevoir l’exquise beauté de son dessin et de son coloris et à pénétrer la profondeur de son symbolisme ne peuvent manquer d’être impressionnés par la fraîcheur, la tendresse, l’émotion contenue de ce chef-d’œuvre. Celui-ci a donné lieu à une abondante littérature, où l’accent a été mis sur l’histoire et la technique plutôt que sur l’interprétation spirituelle. C’est à ce dernier point de vue que nous aimerions nous placer maintenant. Nous voudrions essayer de répondre en termes très simples à cette question que nous dit de la Sainte Trinité l’icône de Roublev ?

Pour fixer les idées, nous rappellerons le dispositif d l’icône. Trois anges, reconnaissables à leurs ailes, sont assis autour d’une table. Sur cette table est posé un plat. Dans le fond, un paysage s’esquisse plutôt qu’il ne se précise. Nous y voyons un arbre et un édifice. Il s’agit d’une représentation de l’épisode décrit au chapitre 18 de la Genèse. Le Seigneur, y est il dit, apparut à Abraham dans la plaine de Mambré, sous la forme de trois hommes (la Bible ne prononce pas ici le mot « anges »). Abraham les invita à se reposer et leur offrit un repas. La tradition patristique a vu en ces trois visiteurs un figure des trois personnes divines. À sa suite, la tradition iconographique byzantine a choisi de représenter la Trinité sous l’aspect des trois hommes, devenus des anges, assis à la table d’Abraham. L’icône de Roublev s’insère donc dans une longue tradition consacrée. Mais peut-être nous parle-t-elle plus que ne le font les autres anneaux de cette chaîne.

Remarquons tout d’abord le rythme ou mouvement circulaire qui semble entraîner tous les éléments de l’icône. La position des sièges, entrevus latéralement, celle de leurs marchepieds, la position même des pieds des deux anges du premier plan, l’inclinaison de leurs têtes : tout cela évoque, suggère un mouvement « dirigé » (dans le sens contraire à celui des aiguilles d’une montre). Ce mouvement se manifeste aussi bien à l’arrière-plan. L’arbre infléchit vers la gauche (du spectateur), comme sous le souffle d’un vent fort. À gauche encore s’infléchissent les pans coupés de la toiture de l’édifice. Ce rythme exprime la circulation et la communication de la même vie divine entre les trois personnes. Mais celles-ci ne se retranchent pas dans un système clos. Leur rythme est un rythme d’adoption, d’effusion, de don, de générosité et de grâce. Leur condescendance admet, invite dans le cercle divin l’être créé, - mais il y demeurera distinct et à sa propre place. En courbant l’arbre, le mouvement circulaire de la vie divine atteint la nature. En infléchissant le toit de l’édifice (lequel à en juger par son style général et plus spécialement par celui de la fenêtre et de la porte, est une église), il atteint l’humanité priante, l’humanité à sa plus haute puissance. Le monde « adopté » constitue en quelque sorte la périphérie. Les trois personnes demeurent le centre. Cela est indiqué par une subtile dégradation des couleurs. Les tons foncés - bleu, grenat, orange, vert - des vêtements des anges sont entourés du jaune-feu plus léger des ailes et des sièges et de la pâle transparence dorée de l’arrière-plan. La réalité maximale est celle des trois personnes. « Je suis celui qui suis » (Ex 3,14).

Regardons maintenant les traits des trois personnes. Elles n’ont pas d’âge, et cependant elles produisent une impression de jeunesse. Elles n’ont pas de sexe, et cependant elles unissent la robustesse précise à la grâce. Les physionomies et les gestes n’ont pas été « construits » en vue du charme, et cependant le charme qui se dégage est immense. D’autres symboles trinitaires - par exemple l’Ancien des jours, l’agneau, la colombe, trois hommes assis sur un même trône - ont été représentés. Mais, à notre avis, aucune représentation n’est aussi apte que l’icône de Roublev à « introduire » le croyant dans la réalité vivante des trois personnes. Pourquoi ? Parce que Roublev a su exprimer d’une manière unique l’éternelle jeunesse et l’éternelle beauté des trois. En théorie, on sait bien tout cela. Mais quand au lieu d’un vieillard à barbe et chevelure de neige et d’une impénétrable colombe, on retrouve, grâce à une œuvre d’art, la beauté et la jeunesse du Fils dans le Père et dans le Paraclet, on reçoit comme une révélation pratique, non de concepts, mais d’attitudes. Désormais l’on « voit » différemment, on « approche » différemment, on « sent » les trois différemment, car il nous a été maintenant suggéré qu’ils sont autres, non point que ce que nous croyions, mais que ce que nous imaginions (d’ailleurs plus ou moins malgré nous). Et, dans notre nouvelle vision - celle de l’éternelle jeunesse et beauté, celle de l’indescriptible charme des trois - il y a plus de chaleur, plus d’attrait, plus de joie, plus de réalité personnelle que dans la « peinture abstraite » que nous avions déduite des schémas théologiques. « Tes yeux verront le Roi dans sa beauté » (Is 33,17).

Chacun des trois anges porte en main un bâton allongé et très mince. C’est que chaque personne divine est un voyageur, un pèlerin. Seul le Verbe s’est fait chair, mais il s’est fait chair par la puissance et le vouloir du Père et de l’Esprit. À aucun moment les deux autres personnes n’étaient étrangères à l’œuvre de salut du Fils, à aucun moment elles ne cessent de venir jusqu’à nous et d’agir sur nous d’une manière invisible. L’icône met en lumière la participation de toute la Sainte Trinité à l’Incarnation. Les trois bâtons constituent une déclaration et une promesse. Ils déclarent que les trois sont déjà venus vers les hommes. Ils promettent que les trois viendront encore. Notre Dieu en trois personnes vient, vient à jamais.

Le terme de cette venue est l’habitation des trois personnes parmi les hommes. C’est pourquoi les trois anges ont accepté l’hospitalité d’Abraham. Ils sont assis à sa table, près de sa tente (Gn 18,1-2), sous un arbre (Gn 18,3). L’arbre et l’église représentés sur l’icône signifient encore l’arbre et la tente du récit biblique. L’icône évoque la vie divine des trois, mais elle la met en rapport avec une table humaine, avec les besoins humains. Les trois personnes veulent être pour nous plus que des visiteurs ou des hôtes de passage. Il y a une habitation de la Trinité dans l’âme des serviteurs de Dieu. Le repas du royaume messianique s’y accomplit invisiblement. « Si quelqu’un m’ouvre la porte, j’entrerai chez lui, et je souperai avec lui et lui avec moi » (Ap 3,20). « Nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14,23).

Mais qu’y a-t-il sur cette table autour de laquelle les anges sont assis ? Un plat y est posé. Nous discernons mal ce qu’il contient. Toutefois l’étude de l’icône faite avec des moyens appropriés décèle la tête d’un veau. Abraham avait fait préparer pour ses hôtes trois mesures de fleur de farine, un jeune veau à la chair tendre, du beurre et du lait (Gn 18,6-8). Est-ce donc cette offrande du patriarche que le plat veut indiquer ? Dans le récit de la Genèse, les anges sont venus chez Abraham pour lui annoncer la promesse divine dont Isaac est l’objet. Abraham lui-même se tient debout auprès des anges durant leur repas, et Sarah est tout près, sous la tente. Mais l’icône ignore la présence d’Abraham.

Le mets offert aux anges et posé sur la table acquiert une signification qui dépasse infiniment le geste hospitalier du patriarche. Il ne s’agit plus ici d’Abraham et d’Isaac. Nous devons chercher au veau immolé un autre et plus haut sens. Dieu prescrira plus tard à Aaron d’offrir un jeune veau en sacrifice pour le péché (Lv 9,2,11), un même holocauste associera un veau et un agneau, tous deux sans tache et âgés d’un an (Lv 9,3,12). Plus tard encore le Sauveur lui-même, dans une parabole, racontera comment le père de l’enfant prodigue fit tuer un veau pour le festin par lequel il célébra le retour de son fils (Lc 15,23). Ainsi le veau de l’icône est un signe de sacrifice et de salut. Et par là l’icône nous fait approcher du mystère de la Rédemption. Car ces trois termes, Trinité, Incarnation, Rédemption, ne sont point séparables. Par quelque mystère que nous commencions à contempler l’œuvre divine, cette contemplation (appuyée non sur notre raison, mais sur la Révélation) appellera les autres mystères en vertu d’une nécessité interne. Le pèlerinage des trois anges porteurs de bâtons de voyage ne serait pas complet s’il n’aboutissait au Calvaire. L’icône évoque donc le conseil des trois personnes divines en vue de la rédemption du genre humain. Au lieu d’un plat posé sur une table, c’est une croix que le peintre eût pu dresser au milieu des trois anges. Une spiritualité de l’Incarnation ou de la Trinité est mensongère, si elle ne maintient le Sang du Rédempteur au centre de l’œuvre du salut. Et voilà pourquoi il est juste et suggestif que les bâtons des anges soient si minces, presque comme des fils, et colorés de rouge. Car le même fil écarlate qui fut un gage de salut pour Rahab la prostituée (Jo 2,17 ; 6,23) relie notre faiblesse au Sang précieux versé pour nous.

Maintenant que nous savons sur quel objet précis l’icône concentre l’attention des trois anges, observons les nuances qu’expriment leurs attitudes respectives. Ils se ressemblent étonnamment. Leurs traits sont presque identiques. Et cependant leur regard et leur geste manifestent la manière propre dont chacun d’eux approche le mystère de la Rédemption (2). L’ange qui fait face au spectateur et qui, par rapport à celui-ci, est assis au-delà de la table représente le Père. Sa main désigne le plat ; elle suggère le sacrifice, elle y invite. Mais ce geste de la main est esquissé plutôt qu'affirmé; ce n'est pas un geste ouvert, mais un geste retenu et comme rétractile. Et le regard, chargé de tristesse, se détourne. L'ange assis devant et à droite de la table, toujours par rapport au spectateur, représente le Fils. Le regard du Fils est, lui aussi, triste. Mais il ne se détourne pas. Tandis que la tête s'incline doucement en signe d'acceptation, les yeux, à la fois fascinés et mortellement tristes - « Mon âme est triste jusqu'à la mort » ( Mt 26,36) - se fixent sur le plat. La main se tend vers celui-ci ; mais là encore, le geste est contenu, retenu ; il n'est pas hésitant, il est en quelque sorte explorant, tâtonnant. Toute l'attitude exprime un fiat obéissant, résigné, douloureux.

L'ange assis à gauche, devant la table, représente le Paraclet. C'est bien le cas de dire le Paraclet plutôt que l'Esprit, car c'est ici que la troisième personne exerce suprêmement son ministère de consolateur. Les mains ne se tendent pas directement vers le plat, quoique deux doigts de la main droite semblent pointer vers lui ; les deux mains tiennent avec une sorte de solennité le mince bâton rouge en face du Fils. C'est comme si ce bâton lui était présenté pour lui parler de pèlerinage terrestre et de sang répandu. Les yeux fixent le visage du Fils. Ils ont une expression navrée. L'attention de la troisième personne est profondément, totalement concentrée sur ce que le Fils va faire. Tout l'être du troisième ange exhale en silence la sympathie et la pitié. Quiconque a des difficultés à se représenter l'Esprit comme personnel devrait contempler longuement ce troisième ange de l'icône. La contemplation globale de celle-ci serait d'ailleurs singulièrement efficace pour aider à comprendre combien la Trinité est à la fois une et distincte.

Par rapport au plat posé sur la table, les trois anges ont un geste et un regard différent. Mais une harmonie parfaite - le même fiat – anime, leur décision intérieure. Rien n'est ici « commandé » du dehors, imposé par l'une des trois personnes. Il y a seulement acquiescement unanime des trois à une exigence de leur générosité, commune obéissance à une loi de leur être appliquée jusqu'aux conséquences dernières : « Il n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie » (Jn 15,13). L'icône - que cela soit bien entendu - exprime de manière anthropomorphique des réalités (pitié, douleur, etc.) que l'on ne peut attribuer à Dieu dans le sens où on les attribue aux hommes ; nous avons ici, peints sur une image, des symboles très inadéquats, mais que le langage divin a lui-même consacrés.

Une dernière remarque. Rien ne distinguerait l’une de l’autre les physionomies des trois anges, si ce n’était la relation que chaque physionomie exprime à l’égard de l’« autre ». Nous avons ici trois générosités qui ne sont ni opposées ni juxtaposées, mais « posées » l’une par rapport à l’autre - posées non devant l’autre, mais en l’autre, de sorte que c’est dans cette relation d’amour que chaque personne divine « se trouve » en tant que distincte, s’affirme et jouit de son bonheur. Chaque personne divine tend vers l’autre comme vers le terme où elle obtient sa plénitude. L’icône de Roublev, par ce qu’elle nous fait entrevoir du mystère de la Trinité, nous révèle le mystère de la charité suprême que notre charité créée ne saurait rejoindre, mais dont elle peut recevoir son inspiration et son orientation.

André Roublev n’entendait pas suggérer des pensées, mais bien une prière. Notre rencontre avec la plus célèbre de ses œuvres ne sera ce qu’il eût voulu qu’elle fût que si, prenant à cette occasion un plus profond contact avec les trois personnes, nous répétons, prosternés, les paroles d’Abraham aux divins visiteurs, dans la plaine de Mambré : « Mon Seigneur, si maintenant j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas outre, je t’en prie, loin de ton serviteur » (Gn 18, 3). Et si, nous accueillons les trois de tout notre cœur, nous pourrons, comme Abraham, recevoir de leur bouche l’assurance que cette expérience bénie, loin d’être un épisode isolé, nous sera accordée de nouveau : « Certainement je reviendrai à toi » (Gn 18,19).

Un Moine de l’Église d’Orient,
Extrait de la revue Irénikon, n° 26, 1953,
reproduit dans Contacts, n° 116, 1981

http://www.pagesorthodoxes.net/eikona/i ... oublev.htm

Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : lun. 30 sept. 2013, 15:57
par etienne lorant
En recherchant une image de la statue géante du Christ miséricordieux en Inde (voir :viewtopic.php?f=93&t=27400)), j'ai découvert une autre statue du même type, érigée aux Philippines, dans l'île de Mindanao !

Non que j'aime forcément les statues géantes - je les préfère plus discrètes, mais bien situées (comme dans la grotte de Lourdes). Mais ce qui me frappe, c'est le développement rapide de la dévotion à la Miséricorde divine. Soeur Faustine ne fut proclamée sainte qu'à partir de l'an 2000, mais le message de la Miséricorde semble traverser la planète à toute vitesse. Celle-ci a été érigée dès l'année 2008. Cette statue fait 15 mêtres de haut.


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Re: Grands sites chrétiens du monde

Publié : mar. 01 oct. 2013, 9:22
par Jean-Mic
Jean-Mic a écrit :mais je pense qu'il faut aussi compter avec Saint-Victor de Marseille).
Voilà, c'est fait : http://www.saintvictor.net/, (avec notamment une visite à 360°).
Tout sur ce lieu hors du commun qui nous plonge, en plein Marseille, aux débuts du christianisme en Gaule.

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Comme le disent les guides : ***Vaut le voyage. :D :D :D