Avoir des sources, des cités-refuges (Saint Bernard dixit), des lieux de fraternité chrétienne pour y reprendre souffle : oui ! mais pour mieux partager ensuite les grâces reçues à tous les "crève-la-faim" spirituels !
Tout juste. Pour ceux à qui parlent plus les images guerrières et conquérantes, je dirais aussi : dans toute campagne, on ne se contente pas d'envoyer ses fantassins au casse-pipe ; tout général ou simple officier prévoyant s'organise en vagues successives, en éclaireurs, toujours plus ou moins franc-tireurs, solitaires, en marge, toujours en avance, qui repèrent le terrain, en avant-garde, arrière-garde, mais aussi intendance, camp fortifié pour assurer les arrières, places sûres où faire se retirer les différentes corps d'armée pour reprendre des forces à l'abri, tandis que d'autres prennent momentanément leur place en première ligne...
...dans ce tableau, tous, chacun, est important à sa place ; celui qui reste en arrière et passe son temps à recevoir des éclopés pour les bichonner, sans jamais connaître directement le feu, comme celui qui se débrouille tout seul, en arrière des lignes ennemies, pour rapporter des informations.
Dans cet esprit, oui, il faut des cités-refuges, des endroits ménagés dans l'espace aussi bien que dans notre temps, pour reprendre des forces.
Une retraite c'est déjà un peu ça : mais on ne passe pas sa vie de retraites en retraites en se disant "wouah, quel temps fort j'ai vécu". Une retraite c'est refaire le plein de forces, mais pour ensuite retourner à nouveau dans le monde et diffuser les grâces reçues - et s'affaiblir à nouveau, et chuter, et désespérer, et revenir.
Finalement, celui qui veut vivre perpétuellement "en marge", coupé, à part, c'est celui qui refuse de se voir affaibli spirituellement par le contact avec le monde, celui qui refuse de se voir petit à petit moins prier, moins battant, moins allant, se voir obligé de revenir tout piteux et claudiquant au bercail en se demandant à quoi sert tout ça ;
sauf que ça rappelle un peu ceux qui refusent de se voir dépérir et diminuer physiquement...
Et puis c'est un manque de charité : à quoi sert de se retirer recevoir ses grâces à soi dans son coin, si ce n'est pour les diffuser ensuite ?
Si le sel de la terre reste en tas loin de la terre, avec quoi salera-t-on la terre, hein ?
(non mais zut, quoi

)
Certains sont faits pour cela, soit - ça s'appelle une vocation, et c'est pour servir, justement, ceux qui sont dans le monde, les fournir copieusement en grâces diverses. Se retirer pour vivre entre soi, ça n'a vraiment rien d'une vocation monacale.
Alors, oui, après une retraite je me dis que "je ne veux pas y retourner" (dans le monde), je me dis pourquoi ne pas rester là, avec cette vie paisible, bien ordonnée autour de la messe, de l'adoration et des méditations ou des enseignements, toute planifiée et bien organisée par d'autres, aucun souci à avoir, juste se laisser nourrir matériellement et spirituellement...
...et c'est d'ailleurs dans ces moments que je sais que je n'ai pas la vocation monacale (parce que ce serait là de très mauvaises raisons de vivre au couvent)
Et puis de toute façon, pour revenir à la métaphore guerrière : avez-vous donc pas lu "l'art de la guerre" de Sun Zu ? Se retirer dans des forteresses, y est considérée comme la plus mauvaise des stratégies - car il ne reste plus à l'ennemi qu'à tranquillement couper la forteresse de ses ressources, et couper les forteresses les unes des autres.
La stratégie efficace, selon lui, c'est au contraire d'occuper en priorité le terrain - les campagnes, les villages.
Établir un maillage qu'on ne puisse pas détruire (une maille qui saute n'enlevant rien aux interconnexions du maillage complet), qu'on ait difficulté à infiltrer. Ainsi on enserre peu à peu ses ennemis et ils ne peuvent plus bouger.
Cela c'est efficace. La tactique de l'enfermement, c'est la mort assurée.