Bonjour Cédric,
Je confirme ce que vous a écrit Libremax, en particulier sa « chute » :
Libremax a écrit : ↑lun. 21 nov. 2022, 16:52
Il s'agit donc bel et bien de profiter de la vie et du moment présent, comme d'un don de Dieu, même si l'avenir ne nous appartient pas.
car plus que de résignation, il faudrait parler de désenchantement, d’un désenchantement dû à la foi, à l’espoir qu’elle devrait contenir et qui ne se réalisait pas, la promesse même étant trop floue pour que sa portée soit suffisante.
N’oubliez pas que nous sommes plusieurs siècles avant la venue du Christ, que l’idée d’une vie possible après la mort à mis du temps pour cheminer dans les esprits, qu’elle est l’objet de spéculations qui ne vont pas jusqu’à l’idée d’enfer ou de purgatoire, ni de paradis, mais plutôt de néant ou d’un mystère.
Cedricspandrell a écrit : ↑mar. 22 nov. 2022, 2:10
Peut-être que l'Ecclesiaste est le livre de la résignation, et continuer à avoir la foi même dans la résignation est la plus grande preuve d'amour pour Dieu ?
Et que ce qu'il se passe sur terre n'a que peu d'importance, l'Ecclesiaste enseigne sur la mortification de nos passions pour totalement s'abandonner à Dieu. Enfin c'est mon impression.
Du coup ce qui se passe sur terre a beaucoup d’importance - et c’est toujours vrai, sinon nous n’y serions pas encore ! même si en effet, on peut désormais la relativiser au regard du temps qui suivra. Non, cela ne nous enseigne pas la mortification, sinon comme vous l’avez perçu mais dans ce sens de résignation (que maintenant nous pouvons et devons dépasser), car « nous avons péché » et que les limites de la vie présente en sont la conséquence, mais ce qu’il en reste du don initial est suffisant pour trouver un certain bonheur et que l’ecclésiaste a manifestement trouvé, mais qu’il aurait voulu dépasser.
D’où ses merveilleuses considérations, et son équilibre et sa sagesse derrière ses contradictions et paradoxes… D'où son actualité toujours !
En creux et pour nous, il y a une leçon d’espérance, de celle apportée par la « bonne nouvelle » des Evangiles. Mais cette Espérance ne veut pas dire que notre temps n’a pas d’importance, au contraire, il nous apprend et nous aiguise, si nous avons la foi, cette foi que jamais l’Ecclésiaste ne perd ou n’a perdu et qui explique son « spleen ».
Cedricspandrell a écrit : ↑lun. 21 nov. 2022, 21:34
pourquoi Dieu nous encourageait à boire du vin et mener une vie insouciante alors que dans toute l'Ecriture , surtout dans l'AT, c'est la rigueur qui est de rigueur ?
Mais cette rigueur était nécessaire, il fallait qu’il y ait quelque chose à « observer » pour cristalliser la foi et le manque, et pouvoir ainsi se libérer d’un fardeau pour goûter une joie modeste et sans mélange. Penser à la façon dont Marie devait vire et ressentir les choses avant l’Annonciation. Vin et vie « insouciante » n’étaient que les adjuvants de l’époque pour parvenir à la joie, à défaut de Présence Réelle et de la connaissance de la grâce et de Son Amour -mais il était possible d’avoir des « pressentiments ».
Ce qu’il y a à retenir d’un tel livre, c’est à quel point la vie spirituelle (surnaturelle) peut être « collée » à la vie naturelle, qu’elles sont indissociables et que ce n’est pas en fuyant les conditions de notre existence temporelle que nous parviendrons à vivre dans l’intimité avec Dieu, mais au contraire en les assumant toutes, pleinement, bonnes et mauvaises. A ce titre l'auteur est un sage, en dépit de son ton qui s'approche d'un certain désespoir, mais que relève des considérations comme celle de ce passage qu'il ne faut donc pas comprendre autrement que comme un "resserrement"' autour de ce que la vie a de bon, et l'acceptation du reste qui nous est un creuset dont nous ne comprenons pas tout mais qui est entre les mains de Dieu.
Le livre ne parle jamais de cette foi, la réflexion semble s'en détourner, mais elle est pourtant bien là, ou plutôt Dieu et la croyance en son existence sont bien sous-jacents, mais l'homme qui se croit "abandonné" a cherché seul et par sa réflexion à méditer sur sa condition, il a osé un moment se priver de "Révélation" et considérer son sort, et il se trouve que cela s'ajuste parfaitement à une sorte de loi naturelle que le Christ viendra illuminer de notre "libération" à l'égard de Satan. Sans la foi, aujourd'hui, le constat fait reste patent et montre ses limites (à ce constat, car concernant la foi, au contraire, il montre qu'elle seule nous en affranchit vraiment...)