Re: Mt 2, 2 : L'étoile du messie
Publié : mer. 11 janv. 2023, 10:42
par Kerygme
Bonjour Ombiace,Ombiace a écrit : ↑dim. 08 janv. 2023, 2:27 Quelqu'un saurait il, svp, comment les mages ont identifié l'étoile comme celle du messie. Quelle est la science qui le leur a permis ?
Enfin, les juifs de Jérusalem semblent avoir immédiatement cru dans la connaissance que les mages avaient de l'évènement. Leurs fois étaient elles voisines pour qu'ils aient eu une telle confiance dans leurs propos ? Merci d'avance
Une réponse rapide, la Tradition de l'Église les qualifie d'astrologues.
Par manque de temps pour le reste, je vais me permettre de vous proposer une humble prédication (faite pour être lue et non pour être écoutée comme une homélie) que j'ai préparée pour l'Épiphanie; et dans laquelle vous devriez trouver matière à réflexion sur cette foi des uns et des autres qui vous interroge.
Je la mets en spoiler, car m'afficher ainsi me met mal à l'aise. Mais je n'ai pas le courage d'extraire et de reformuler.
- [+] Texte masqué
-
Une nouvelle année civile vient de débuter et, tout comme les mages, nous sommes au début d’un chemin qu’il va falloir arpenter jusqu’à Noël prochain. Nous ne savons pas grand-chose sur cette année qui s’ouvre, mais nous savons que nous allons devoir la traverser. Ce qui nous met dans des dispositions similaires aux mages au début de leur voyage : il va falloir s’y préparer, puis choisir une direction, et enfin se mettre en route.
La première disposition, se préparer au voyage, consiste à réunir les éléments connus ou prévisibles, afin que tout se déroule au mieux. Pour un court week-end, nous aimons connaître notre destination, l’itinéraire à emprunter, l'heure de départ et d’arrivée, etc. L’évangéliste Matthieu, qui est le seul à parler de cet événement de l’Épiphanie, ne donne pas une multitude de ces détails. Nous savons que les mages viennent de loin, qu’ils sont des savants de l’époque, qu’ils sont des personnes importantes au regard des cadeaux précieux qu’ils apportent. Pour le reste, c’est la Tradition de l’Église qui complètera en nous donnant leur nombre, leur état, leurs prénoms. Cette absence de détails peut nous donner une indication : pour se préparer au voyage, il n’est pas nécessaire de connaître tout à l’avance, ou que tout le chemin soit éclairé pour se décider à se mettre en mouvement.
Les mages sont dans cette absence, celle de la Parole de Dieu qui pourrait les guider car ils n’ont pas reçu la Révélation faite au peuple d'Israël. C’est donc au travers de ce qui leur est connu - la voûte céleste - qu’un signe leur est donné et qu’ils l’accueillent. Si Dieu a choisi ce signe, une étoile, c’est qu’il est suffisamment intelligible pour eux et qu’il n’y a pas besoin de plus pour se décider.
Mais cette intelligence doit être éclairée par la foi, c'est-à-dire par une confiance profonde, pour discerner la provenance de ce signe. Hérode, les scribes et les prêtres ont une intelligence centrée sur eux-mêmes, et parce qu’elle n’est pas éclairée par la foi alors cette intelligence les pousse à prendre de mauvaises décisions. Hérode ne voit dans ce futur roi, annoncé par les prophètes, qu’un concurrent qui va prendre sa place; alors il monte un stratagème. Les scribes et les prêtres ne prennent même pas la peine de vérifier si la Parole de Dieu se réalise ou pas.
C’est donc la foi en ce signe qui met les mages en mouvement. Ils décident de partir de chez eux, ils ont un long trajet et probablement des zones désertiques à traverser. Connaissent-ils ne serait-ce que leur destination ? La distance à parcourir ? La durée du voyage et donc la date de retour ? Tout cela, ils ne le savent pas, mais ils se sentent prêts et ils partent.
La seconde disposition, choisir une direction, est nécessaire car les mages n’ont pas une destination précise, ils ne savent pas dès le début où ils doivent se rendre. Et c’est cette étoile qui est là pour les diriger. Mais avoir reçu ce signe, le suivre avec confiance ce n’est peut être pas suffisant, il faut y rester attentif; car une étoile n’est pas seule dans la voûte céleste et elle s’y déplace, elle brille dans la nuit et ne se voit pas le jour, elle peut aussi disparaître derrière un horizon, derrière un ciel couvert.
C’est donc avec une attention de chaque jour, et à mesure de leur progression qu’ils vont affiner la direction indiquée par cette étoile pour arriver jusqu’à leur première destination : Jérusalem. Là, leur sera révélée la destination finale, par d’autres érudits qui connaissent le lieu où doit naître ce Roi, et ce par la Parole de Dieu. Ils reprennent leur route et ils auraient pu demander la direction de Bethléem, toute proche, mais c’est encore au signe reçu, à cette étoile qui les précède, qu’ils font confiance. Car plus qu’une direction, elle ira jusqu’à s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouve l’enfant.
La troisième disposition, se mettre en route, nous indique que voir des signes sans bouger ne sert à rien. Hérode, les grands prêtres, les scribes ont beau avoir accès à des signes intelligibles pour eux, ils n’ont pas bougé et sont restés bien installés, immobiles. Ils n’ont pas parcouru les huit kilomètres entre Jérusalem et Bethléem. Les mages, eux, ne sont pas restés chez eux à étudier cette étoile, comme ils l’ont fait probablement pour tant d’autres, ils l’ont suivi. Cette comparaison nous donne déjà les prémisses de ce que sera la vie de Jésus : il sera rejeté par les siens et sera reconnu comme Roi-Messie par des païens.
Quand les mages arrivent à leur destination finale, ils ne contemplent rien d'extraordinaire du point de vue humain : une étable, un bébé et ses parents, des animaux. La modestie du lieu ou la condition sociale de la Sainte Famille semblent tellement éloignées de la dignité d’un roi !
Mais ce que les yeux ne pouvaient voir, c'est le cœur qui l’a affirmé avec la certitude de la foi : c’est lui le Messie, le Roi des rois, et ces étrangers l’ont adoré comme tel.
Avertis en songe, ils se préparent à nouveau au voyage, à choisir une direction, à se remettre en route. Mais ils se déroutent, pas forcément parce qu’ils ont été avertis des intentions d’Hérode, mais ils étaient venus en païens et ils s’en vont en croyants. Il y a un avant et un après, c’est un nouveau chemin qui s’ouvre à eux. L’étoile n’est plus nécessaire, la lumière qui les guidera c’est celle de Jésus et elle se trouve dans leurs cœurs.
Ce passage de l’évangile nous montre plusieurs attitudes face à cette Épiphanie : celle des mages, celle d’Hérode, celle des scribes et prêtres. Alors selon l’utilisation que nous ferons de notre liberté, quelle sera notre attitude, quelle étoile suivrons nous au long de la nouvelle année pour atteindre la crèche ?
Si la Parole de Dieu nous a tout dit pour être sauvés, le ciel ne s’est pas fermé pour autant. Dieu continue de se révéler dans notre quotidien, car c’est dans le concret, dans la vérité de notre vie que Dieu veut nous rejoindre. Le signe se fera en fonction de chaque personne : extraordinaire pour les uns, comme pour saint Paul sur la route de Damas, ou ordinaire pour d’autres comme pour Élie, dans le murmure d’une brise légère. Mais il peut aussi se faire au travers d’une personne qui nous parle, de situations heureuses ou moins heureuses. A nous d’être attentifs, de faire silence pour que les bruits du monde ne couvrent pas les signes qui nous sont donnés. Il nous faut aussi demander que notre intelligence soit éclairée par la foi afin de ne pas passer à côté. Et quand on a discerné un signe alors il faut le suivre, se mettre en route.
Comme pour les mages, nous devons être des chercheurs de Dieu, nous préparer à suivre notre étoile pour aller jusqu’au Christ et à notre tour devenir des étoiles pour les autres. Plus encore, demandons-nous comment être une manifestation de Dieu auprès de nos frères et sœurs baptisés mais éloignés, une Épiphanie dans le monde pour inciter les païens de notre époque à se mettre en route et faire la rencontre décisive.