Enfin des échanges que mérite un tel sujet !
Kerygme a écrit : ↑lun. 30 janv. 2023, 11:16Une petite pierre aux réponses, que je n'ai pas encore lues alors j'espère ne pas faire doublon, et que je fais de mémoire d'un enseignement ancien ; c'était un module sur les femmes dans la Bible je crois bien.
Peu importe d’où cela vous vient, vous avez admirablement bien résumé la « défense » exégétique d’Abraham et de Sara. Comme vous le signalez pour conclure, c’est là la vision « humaine des choses », la « base » sur laquelle ensuite travailler.
Vous indiquez également :
Kerygme a écrit : ↑lun. 30 janv. 2023, 11:16Le texte ne nous montre t'il pas une fois de plus que lorsque Dieu fait alliance, Lui reste fidèle ?
Et là nous nous rejoignons et c’est capital. Cela illustre à merveille qui est Dieu : lent à la colère et plein d’amour. Quand il punira plus tard son peuple, dans le désert ou par la déportation, nous serons en droit de penser, au regard de son comportement envers Abraham, que ses descendants sont allé bien trop loin dans le péché : car lui reste immuable, égal à lui-même !
Maintenant permettez-moi d’aller plus loin que cette interprétation (ce que j’avais déjà fait). Ce texte suit l’appel d’Abraham, texte capital, qui répond à une typologie précise (employons les termes exacts) et qui se retrouve et est à rapprocher de tous les autres, ceux de Moïse, de Samuel, de David, de… Jésus (fugue au Temple, baptême, etc. car cet appel est plusieurs fois renouvelé dans les évangiles ou invoqué par Jésus lui-même : « celui qui m’a envoyé » (14 fois dans St Jean)).
Il représente, lui (typologie),
l’épreuve qui souvent suit l’appel. Ce fut le cas, pour en prendre les 2 extrêmes, du péché originel et… de Jésus à plusieurs reprises et notamment devant le sanhédrin.
Or si Jésus avait menti devant le sanhédrin, il n’y aurait pas eu de Rédemption. Il n’aurait même pas eu besoin de mentir, il avait des tas de possibilité de se défiler au lieu de dire qu’il « reviendrait sur les nuées du ciel » :
voilà ce qu’est ne pas mentir et non de jouer avec des réalités qui sont hors sujet.
Si je ne partage donc pas toute l’analyse comparative de Jean-Michel, je suis d’accord avec lui quand il parle d’un
mensonge par omission.
Jean-Mic a écrit : ↑lun. 30 janv. 2023, 19:37
Et je maintiens ce que j'ai écrit sur le mensonge par omission, ... même cautionné par saint Augustin.
Nos premiers parents se marièrent forcément entre frères et sœurs, certes de moins en moins souvent, Sara n’était pas sa sœur mais sa demi-sœur, pour être exact, mais peu importe
elle aurait pu l’être qu’il aurait quand même menti – et il récidivera plus tard. Comme quoi il n’aura pas « compris » mais aussi que Dieu ne le lui aura pas ouvertement reproché. Il n’empêche qu’
il a menti au regard de la vérité qui était en cause et Dieu le confirmera ouvertement à Abimélech.
Dans ces passages, nous voyons comment Dieu « rattrape nos erreurs » et protège ceux qu’il a élus.
Donc dans ce contexte, quand Xavi écrit :
Xavi a écrit : ↑lun. 30 janv. 2023, 19:40Abraham réfute la réalité d’un mensonge en insistant sur le caractère «
vrai » du fait
Je pense que le verbe « réfuter » est à remplacer par « s’excuser » et s’expliquer, mais encore une fois, en pareil cas,
Jésus fait tout le contraire…
Venons-en à la cause : Abraham ment pour sauver sa peau.
Alors qu’il vient d’avoir par 2 fois la promesse de Dieu qui devrait lui permettre d’avoir la foi et de ne pas le juger nécessaire.
Ce n’est pas là le comportement que nous sommes invités à imiter… et c’est là ce qui est capital et que zappe complétement une analyse de base.
Dieu est prêt à faire des merveilles pour nous, mais si nous reculons devant l’épreuve, rien ne se passera…
Il ne réussira son épreuve (sur le fond la même !!!) et elle sera plus difficile encore pour son cœur (comme quoi l’amour vrai nous fait plus souffrir plus pour la vie de ceux que nous aimons que pour la nôtre…) qu’en sacrifiant son fils Isaac : ici, il échoue, et
le héros de l’histoire ce n’est pas lui, mais Dieu et sa miséricorde, sa patience et sa compréhension.
Si « sa foi lui fut comptée pour justice » (St Paul), il en est encore au début de son cheminement et elle ne lui évite pas les erreurs ni les fautes ; il n’en a pas encore les œuvres, pas toutes, pas celles que Dieu attend de lui.
Encore une fois
il faut relire ce texte à la lumière de l’actualisation que nous en donnera le sacrifice du Christ.
Car son sacrifice sur la croix (et tout ce qui l’y conduit) est la clé d’interprétation de toutes les réactualisations possibles.
Pour ce qui est de la question des frères et sœurs de Jésus dans le NT, elle est ici hors sujet, mais si un fil s’ouvre sans doute j’y interviendrai si personne n’en sait… Si les 2 hypothèses restent possibles dans le texte, la plus probable selon une exégèse « en Sorbone » (pour reprendre l’expression de Dreyfus) est qu’il en aurait bien eu des vrais et cela peut se démontrer. Mais la foi et donc une exégèse « en Eglise » nous fait retenir l’hypothèse le moins scientifiquement probable comme étant la bonne. Faut-il vraiment entrer dans le détail ? A vous de voir…