Bonjour prodigal,
on ne peut guère savoir grand chose à l'avance, mais on sait du moins ce qu'ont provoqué les propos du pape à Singapour : un élément supplémentaire de dissension parmi ses opposants, un soutien pour certains discours relativistes, et au passage, les questions d'un chrétien lambda qui se fait appeler libremax, et qui n'est peut-être pas le seul ?
Tout cela est bien habituel, me direz vous. Et il n'est pas question de ce qui "l'emporte" ou non. J'aurais juste attendu de la part du pape de parler en sachant qu'on l'attendait au tournant. C'est humainement une charge énorme, mais il me semble qu'un pape, dans des rencontres officielles, ne peut pas ne pas s'adresser au monde entier quand il s'exprime.
D'un côté, si on présente le catholicisme comme une religion qui n'a rien de plus que n'importe quelle autre, surtout si c'est le pape lui-même qui le dit, c'est évidemment désastreux. Mais nous sommes d'accord pour dire que ce n'est pas exactement ce que François a dit.
Nous sommes d'accord pour dire que ce n'est pas ce qu'il a voulu dire.
En revanche, comme je vous l'écrivais plus haut, ce qu'il a dit peut être compris, je pense, exactement comme ce que vous venez d'écrire :
S'il ne faut pas dire que le catholicisme est "plus important" ni "plus vrai" que les autres religions,
Si "toutes les religions sont un chemin vers Dieu",
des "langues différentes, des idiomes différents pour y parvenir"
si "Dieu est Dieu pour tous (...)et nous, nos religions sont des langues, des chemins vers Dieu"
où dit-il que le catholicisme a quoi que ce soit de plus que n'importe quelle autre religion ?
L'extrême inverse de l''apologie cyclique ("Dieu est vrai parce qu'il nous l'a dit, la preuve c'est que nous le disons") n'a évidemment aucun intérêt, et d'ailleurs on ne voit personne évangéliser de cette manière dans la Bible.
D'ailleurs, je crois qu'il n'est en aucun cas question d'apologie ici.
Le dialogue inter-religieux sincère et constructif ne peut se faire sans l'affirmation sereine de sa propre foi, pour que naisse le dialogue sur la base saine de la connaissance de l'interlocuteur, et donc de l'affirmation de soi pour mieux écouter l'autre. Si tout le monde se tait et s'écrase sous l'idée que nous sommes tous pareils, alors il n'y a plus de dialogue.
Même si Paul à Athènes s'y trouvait effectivement pour évangéliser, son respect pour les cultes grecs ne l'a pas empêché d'annoncer sa foi en un Dieu autre - et qui le désirait pour l'écouter le suivait, mais il ne voulait rien "prouver".
Un pape qui parle des multiples chemins qui mènent à Dieu, à mon sens, ne devrait peut-être pas faire l'économie de réaffirmer en même temps son propre chemin à lui, même si ce chemin est pour lui Jésus, qui affirme être le seul. Au moins, le dialogue est clair et il peut être fraternel.
Ensuite, il me semble que l'Eglise catholique n'est pas compétente pour bien juger dans le détail les autres religions. Elle a autorité pour dire la foi catholique et exclure ce qui contredit celle-ci, mais je trouve qu'elle n'a pas à se prononcer sur la capacité salvifique des moyens de salut éventuellement proposés par d'autres religions. Cela n'empêche pas d'en appeler au respect mutuel, ni même à prier ensemble.
Et pourtant, elle l'a fait.
Et ma foi, si vous refusez cette compétence à l'Eglise, il faut la refuser à la Bible entière, pour le coup.