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Re: Les trois tentations du Christ

Publié : ven. 07 mars 2025, 16:03
par Kerygme
Je comprend bien, la question qui me vient à l'esprit reste que les propos de possédés sont bien rapportés dans le NT, ces derniers pouvant mêler vérité au mensonge. Ils ne sont certes pas références de la Parole de Dieu mais peuvent livrer des connaissances qu'ils ont de Dieu; même si cela reste très secondaire.

Je ne suis pas convaincu que Satan savait vraiment qui était Jésus , ne serait ce que par cette réponse : « Il est écrit aussi : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu.».
S'il se savait dévoilé, Jésus utiliserait il encore l'ambiguïté que laisse planer cette réponse ? Et l'omniscience de Dieu se laisserait elle bernée par le mensonge dans la promesse d'un pouvoir temporel sur un monde qui ne lui appartient pas en première main ?

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : ven. 07 mars 2025, 16:15
par Libremax
Je dirais que c'est justement parce que les possédés mêlent le mensonge et la vérité que leur parole n'est en aucun cas digne de confiance, et donc, certainement pas dans le recueil de la Parole de Dieu qu'est l'Evangile.
C'est bien à ce titre que leur parole est rapportée dans les Evangiles, pas comme témoins de la Vérité.
Si Jésus rétorque au diable "Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu", n'est-ce pas autant pour formuler l'attitude attendue de tout croyant, que pour rappeler au diable sa propre nature divine ? Moi, l'homme Jésus, je ne provoquerai pas mon Dieu pour qu'Il fasse ce que je désire, et moi, le Fils, tu viens de me tenter, moi qui suis le Seigneur ton Dieu.

De fait, Jésus ne s'est pas laissé berner. Mais on ne saura pas le mystère de l'intimité de la psyché de l'homme Jésus.
A la veille de sa mort, il demande à son Père, le temps d'un instant, de lui éviter la souffrance qui l'attend. Était-il si loin de se laisser berner, à cet instant ... ?

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : ven. 07 mars 2025, 16:26
par Kerygme
Merci pour vos réponses Libremax, et je suis bien d'accord avec l'essentiel de ce que vous dites mais permettez moi encore un cabotinage.
S'il sait que Jésus est Dieu et que d'après l'évangéliste Marc : "les esprits impurs, quand ils le voyaient, se prosternaient devant lui" (Marc 3) ... ?

Certes j'ai conscience comme vous le dites que l'attitude de Jésus reste notre exemple à suivre (cela est même dans mon homélie de ce dimanche) néanmoins il y a, a mon sens, une incohérence relationnelle qui me laisse douter de la connaissance de Satan sur la nature divine de Jésus.

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : ven. 07 mars 2025, 16:36
par Libremax
Ma foi, je ne saisis pas cette incohérence relationnelle dont vous parlez.
Si les esprits impurs se prosternent devant lui, s'ils savent qu'il est le "saint de Dieu", alors, à l'évidence, le plus grand de tous, l'Accusateur, le Diable, le sait forcément.
Et il sait aussi que le Fils venu dans la chair des hommes est aussi un homme, et Il est juste buté : Il l'attaque, dès le début, dès qu'il se retrouve tout seul dans le désert, il veut susciter en lui les penchants humains pour le péché. Il veut le pousser à l'égoisme, la domination, l'orgueil. Ce qu'il ignore sans doute c'est à quel point le péché n'a aucune prise sur l'Homme-Dieu. Mais il aura essayé.
(Bon. Voilà comment je vois les choses)

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : ven. 07 mars 2025, 16:56
par Kerygme
Merci et désolé pour ce temps que je vous ai fait perdre.

Cela rejoint ce que je pensais en ce qui concerne cette tentative de Satan, s'il sait réellement qui est Jésus. La citation n'est certes pas biblique, mais de Audiard : « Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît ».

Après tout, bien que contradictoire avec l'angélologie chrétienne sur un être spirituel qui n'est qu'intelligence et volonté, c'est plausible du fait que son orgueil ait déjà surpassé son intelligence et en fit un ange déchu.

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : ven. 07 mars 2025, 17:07
par Ombiace
Kerygme a écrit : ven. 07 mars 2025, 15:49 J'évite par contre de mettre du passionnel sinon on se ferme à des possibilités;
Je comprends, merci Kerygme, et désolé pour le trop d'enthousiasme
Kerygme a écrit : ven. 07 mars 2025, 16:03 Je comprend bien, la question qui me vient à l'esprit reste que les propos de possédés sont bien rapportés dans le NT, ces derniers pouvant mêler vérité au mensonge. Ils ne sont certes pas références de la Parole de Dieu mais peuvent livrer des connaissances qu'ils ont de Dieu; même si cela reste très secondaire.

Je ne suis pas convaincu que Satan savait vraiment qui était Jésus , ne serait ce que par cette réponse : « Il est écrit aussi : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu.».
S'il se savait dévoilé, Jésus utiliserait il encore l'ambiguïté que laisse planer cette réponse ? Et l'omniscience de Dieu se laisserait elle bernée par le mensonge dans la promesse d'un pouvoir temporel sur un monde qui ne lui appartient pas en première main ?
Je prenais en considération le fait qu'à l'un d'eux, Jésus ordonna le silence alors qu'il dévoilait son identité.

L'ambiguïté dont vous parlez ne me semble pas trancher la chose non plus.

Pour ce qui est du fait que Dieu possède le pouvoir temporel "en première main", je dirais que Satan met tout ce qu'il a dans la balance pour séduire Jésus.
La question n'est peut-être pas de savoir s'il en fait assez, mais peut-être s'il dispose d'assez (?).
Remarquez qu'il ne propose pas à la négociations le salut des âmes dont il convoite la chute, et c'est bien sûr ce qui intéresse le Sauveur

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : ven. 07 mars 2025, 18:36
par Gaudens
J'apprécie beaucoup cet échange qui évite tout à fait le passionnel et se lit comme une tentative sincère et commune de mieux comprendre la Vérité évangélique, en Eglise.

Libremax m'a convaincu sur la quasi impossibilité d'une transmission quelconque via le monde démoniaque.Je penche de plus en plus vers une confidence faite ultérieurement par Jésus,hors de tout risque de vantardise, à un être très proche de Lui:la Sainte Vierge, Saint-Joseph s'il vivait encore, le disciple qu'Il aimait,peut-être. Nous ne le saurons jamais en ce monde.
De même Libremax m'a à peu près convaincu que Satan "savait";lui restait-il une once de doute, d'incertitude ,ce triple évènement ayant alors servi à les lever ? Peut-être.
Mais je n'ai pas encore vu de réponse à ma question sur la nature des tentations subies par Jésus(qui, au passage,fait preuve d'une étonnante malléabilité,balloté qu'il est ainsi, presque en apparente infériorité):imperméable à de vraies tentations humaines (celles qui peuvent mécaniquement provoquer le péché), auxquelles manque ici la tentation sexuelle qui frappa plus tard durement les Pères du désert), risquait-Il de tomber dans l'une ou l'autre de ces trois tentations "divines"? Pardon de sembler ici avoir l'air de couper les cheveux en quatre, ce que je n'aime guère mais nous sommes ici dans cette zone difficile à percevoir entre la divinité et l'humanité du Sauveur et nous ne pouvons y être indifférents.

Dernier point,pas mineur,qui n'a pas encore été soulevé ici:Satan dit bien que le pouvoir sur ce monde (dont il est bien dit "le Prince") lui a été "remis".Par qui , sinon par Dieu? Réalité difficile à comprendre et admettre et qui rappelle l'incompréhensible permission donnée par Dieu au même accusateur de tenter Job .

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : sam. 08 mars 2025, 18:02
par Catholique Zombie
Gaudens a écrit :

Mais je n'ai pas encore vu de réponse à ma question sur la nature des tentations subies par Jésus(qui, au passage,fait preuve d'une étonnante malléabilité,balloté qu'il est ainsi, presque en apparente infériorité):imperméable à de vraies tentations humaines (celles qui peuvent mécaniquement provoquer le péché), auxquelles manque ici la tentation sexuelle qui frappa plus tard durement les Pères du désert), risquait-Il de tomber dans l'une ou l'autre de ces trois tentations "divines"? Pardon de sembler ici avoir l'air de couper les cheveux en quatre, ce que je n'aime guère mais nous sommes ici dans cette zone difficile à percevoir entre la divinité et l'humanité du Sauveur et nous ne pouvons y être indifférents.

Dernier point,pas mineur,qui n'a pas encore été soulevé ici:Satan dit bien que le pouvoir sur ce monde (dont il est bien dit "le Prince") lui a été "remis".Par qui , sinon par Dieu? Réalité difficile à comprendre et admettre et qui rappelle l'incompréhensible permission donnée par Dieu au même accusateur de tenter Job .
Je peux bien essayer de vous répondre.

Si je commence par le dernier point, au sujet de la principauté ou le pouvoir du démon qui s'exercerait sur le monde. Ce pouvoir du diable est conséquence de la chute de nos premiers parents. Qui a donné le pouvoir ? Réponse : nous. L'espèce humaine déchue. Le vieil homme. Et c'est la punition qui est infligée à toute la race humaine en même temps. Celle de s'y trouver, en fait de punition, comme en exil, «damné» ou coupé de Dieu d'une certaine manière assez désagréable, et en ce qu'étant soumis aux atteintes du mal, vexations de toutes sortes au moins notre vie durant.

L'histoire de Job dans l'Ancien Testament agit comme une figure de «Celui qui devait venir», le Christ.

L'incompréhensible permission divine n'a de sens au final, qu'en rapport au surcroit de gloire que malgré tout l'entreprise de l'Autre (le Mal avec un grand M) apportera à l'un comme à l'autre, c'est à dire pour Dieu et pour Job son serviteur (ou Jésus, son Fils ... le Fils de Dieu) C'est notre religion chrétienne. Et les saints et saintes sont appelés à participer de ce surcroit de gloire. C'est la révélation.


Quant aux tentations dont Jésus lui-même aura dû faire l'expérience de son vivant sur terre, et comme durant son propre ministère : si elles viennent bien du diable (Je le crois bien) comme en définitive, mais elles s'expriment via le truchement des autres : la foule, Judas, Pierre, Hérode Antipas, etc.

Et donc

Ce que, moi, je pourrais comprendre des fameux récits de tentation de Jésus dans le désert, et qui sont placés comme en exergue, en matière d'Inauguration du ministère public de Jésus en Galiée et en Judée : ils synthétisent dans un langage d'Évangile toute l'épreuve véritable par laquelle Jésus devra passer jusqu'à sa mort, et lui étant demeuré vainqueur de tout, et de Satan et du monde («Courage, j'ai vaincu le monde» ... le monde déchu, rebelle). Le canevas de l'Évangile reprend en gros le langage de l'Ancien Testament (parole de Dieu), avec la mention des quarante jours dans le désert pour commencer. Une évocation du séjour de quarante années de Moïse et des autres au désert avant qu'ils aient pu apercevoir la terre promise. Jésus va devoir subir lui aussi le creuset de l'épreuve. Le désert est comme l'habitat naturel ou se trouve le trône de Satan. Ainsi, dire que l'Esprit pousse Jésus au désert (comme anciennement les hébreux libérés de l'emprise du Pharaon d'Égypte) est manière d'indiquer que Jésus s'en va affronter directement l'ennemi en une sorte de face à face. Il affronte le véritable ennemi du genre humain.

Les tentations dépeintes dans le récit de Jésus au désert sont d'emblée une évocation des tentations vraies (provenant du diable réellement) auxquelles Jésus sera exposé durant son ministère en Terre sainte. Jésus devra faire face.

Qui furent témoins directs de ces tentations et de la victoire de Jésus sur celles-ci ? Eh bien, les apôtres ... Pierre, Jean, Jacques et d'autres. Ils sont la source principale du témoignage.

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : sam. 08 mars 2025, 19:23
par Libremax
Gaudens a écrit : ven. 07 mars 2025, 18:36 Mais je n'ai pas encore vu de réponse à ma question sur la nature des tentations subies par Jésus(qui, au passage,fait preuve d'une étonnante malléabilité,balloté qu'il est ainsi, presque en apparente infériorité):imperméable à de vraies tentations humaines (celles qui peuvent mécaniquement provoquer le péché), auxquelles manque ici la tentation sexuelle qui frappa plus tard durement les Pères du désert), risquait-Il de tomber dans l'une ou l'autre de ces trois tentations "divines"? Pardon de sembler ici avoir l'air de couper les cheveux en quatre, ce que je n'aime guère mais nous sommes ici dans cette zone difficile à percevoir entre la divinité et l'humanité du Sauveur et nous ne pouvons y être indifférents.

Dernier point,pas mineur,qui n'a pas encore été soulevé ici:Satan dit bien que le pouvoir sur ce monde (dont il est bien dit "le Prince") lui a été "remis".Par qui , sinon par Dieu? Réalité difficile à comprendre et admettre et qui rappelle l'incompréhensible permission donnée par Dieu au même accusateur de tenter Job .
Bonjour,
ces questions ne m'inspirent pas tout à fait les mêmes idées que Zombie, mais je ne veux pas le contredire non plus.
Je dirais, quant à moi, que les tentations que connaît ici Jésus sont tout à fait humaines. C'est la tentation de désirer la facilité, d'échapper à l'effort, celle de plier le divin à sa propre volonté, et celle de vouloir le pouvoir et l'idolatrie. Ces tentations, nous sommes tous susceptibles de les connaître.
Jésus risquait-il de succomber à ces tentations?
Eh bien, comme souvent en théologie, oui, et non. Oui parce que Jésus était un homme, et qu'il savait forcément le côté plaisant de la facilité, de la gloire et de la puissance. Et qu'il était capable de s'imaginer profiter de ces plaisirs.
Non, parce qu'il est Dieu, et qu'il est, par définition, hors du péché. Ce que Satan sait, à l'évidence.

L'absence d'évocation de la sexualité marque peut-être le fait qu'à cette époque, cette question n'avait éventuellement pas la même pregnance qu'elle a eu depuis. Je pense qu'elle est sous-entendue dans la tentation de la domination sur les royaumes.

Le diable dit que le pouvoir sur ce monde lui a été remis. Mais est-il réellement le propriétaire ? A-t-il réellement le pouvoir de donner les royaumes du monde à Jésus ? Là, on a peut-être un des exemples de mélange de réalité et de mensonge sortant de la bouche du démon. Il est dit "prince de ce monde", oui, mais pourquoi? Parce que les hommes se livrent à son pouvoir.
Dieu lui laisse ce pouvoir, parce qu'il semble que ce soit nécessaire pour son plan de salut. Il fallait que le diable soit prince de ce monde pour que le Rédempteur vienne mourir sur la Croix et nous sauver, et pour que soit manifestée le mystère d'iniquité à la fin des temps. Le livre de l'Apocalypse nous montre bien, à plusieurs reprises, comment l'oeuvre dévastatrice de certains anges leur est donnée pour que soit manifesté le rejet de la conversion, et que l'oeuvre salvatrice de certains autres ne leur est donnée qu'à la toute-fin, quand la Bête a dominé le monde.

Mais nous savons bien, disciples du Christ que "tout pouvoir au Ciel et sur la Terre lui a été remis" (finale de Matthieu).

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : sam. 08 mars 2025, 20:55
par Catholique Zombie
Oui, je suis d'accord avec la lecture de Libremax dans l'ensemble.
Libremax a écrit :

Il est dit "prince de ce monde", oui, mais pourquoi? Parce que les hommes se livrent à son pouvoir.
Bien sûr.

Libremax a écrit :

Je dirais, quant à moi, que les tentations que connaît ici Jésus sont tout à fait humaines. C'est la tentation de désirer la facilité, d'échapper à l'effort, celle de plier le divin à sa propre volonté, et celle de vouloir le pouvoir et l'idolatrie. Ces tentations, nous sommes tous susceptibles de les connaître. Jésus risquait-il de succomber à ces tentations?

Eh bien, comme souvent en théologie, oui, et non. Oui parce que Jésus était un homme, et qu'il savait forcément le côté plaisant de la facilité, de la gloire et de la puissance. Et qu'il était capable de s'imaginer profiter de ces plaisirs.

Non, parce qu'il est Dieu, et qu'il est, par définition, hors du péché. Ce que Satan sait, à l'évidence.
Oui.

Et les tentations coûtaient quand même.

Quand ce serait Jésus en personne et que l'on se dirait qu'il n'aurait pas pu faillir. C'est bien égal, ce n'était pas pour autant une marche dans le parc cf. un truc facile. Renoncer aux avenues humaines faciles offertes veut dire souvent des difficultés, une perspective peu glorieuse, de la peine, le fait d'être abandonné même par des proches et quand ce n'est pas le martyre carrément.

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : sam. 08 mars 2025, 22:12
par Ombiace
Gaudens a écrit : ven. 07 mars 2025, 18:36 Mais je n'ai pas encore vu de réponse à ma question sur la nature des tentations subies par Jésus(qui, au passage,fait preuve d'une étonnante malléabilité,balloté qu'il est ainsi, presque en apparente infériorité):imperméable à de vraies tentations humaines (celles qui peuvent mécaniquement provoquer le péché), auxquelles manque ici la tentation sexuelle qui frappa plus tard durement les Pères du désert), risquait-Il de tomber dans l'une ou l'autre de ces trois tentations "divines"? Pardon de sembler ici avoir l'air de couper les cheveux en quatre, ce que je n'aime guère mais nous sommes ici dans cette zone difficile à percevoir entre la divinité et l'humanité du Sauveur et nous ne pouvons y être indifférents.
Bonjour Gaudens, CZombie et Libremax

A part pour la tentation sexuelle, qui, à première vue, si elle est présente dans ces 3 tentations, ce serait sous une forme dérivée (si je possède le pouvoir sur le monde, j'ai de l'ascendant sur les créatures de l'autre sexe, peut-être..), je n'ai pas saisi votre questionnement, cher Gaudens
Gaudens a écrit : ven. 07 mars 2025, 18:36 Dernier point,pas mineur,qui n'a pas encore été soulevé ici:Satan dit bien que le pouvoir sur ce monde (dont il est bien dit "le Prince") lui a été "remis".Par qui , sinon par Dieu? Réalité difficile à comprendre et admettre et qui rappelle l'incompréhensible permission donnée par Dieu au même accusateur de tenter Job .
J'inclinais à penser comme CZombie, (si je vous ai bien compris) que c'est l'effet de l'héritage du péché originel.
En brodant :
je dirais que puisque le salaire du péché est la mort, dès l'instant où dans son souverain libre arbitre, la créature s'y livre (au péché), elle en devient un otage de son obsession à retrouver la faveur de Dieu
(si, dans le meilleur des cas, telle est son obsession, et non la révolte contre le Créateur..), à supposer que cette faveur lui ait vraiment été retirée, et que cette impression ne soit pas une illusion qu'il serait dans l'intention du tentateur d'entretenir, destinée à pérenniser son emprise.

De sorte que,
puisqu'il y aurait des otages de la mort, les créatures en vie (qui sont leur descendance) seraient "aspirées" de sollicitude envers leurs ancêtres, ce qui les enfermerait elles aussi dans une forme de prisonnière dépendance .
Bref au lieu de se tourner vers la vie, d'être en actions de grâce, les vivants que nous sommes, se laissent fasciner par le pouvoir illusoire de la mort. Ils ont besoin du Sauveur pour les sortir de cette léthargie spirituelle.

En bref, et en clair,
si Satan a le pouvoir sur le monde, ce serait d'abord parce que ce pouvoir repose sur l'impression de la créature qu'il dispose du pouvoir de la séparer définitivement du Créateur.

Nous, croyants, croyons cependant que seul Dieu seul détient ce pouvoir, en tout cas sur les brebis: Jn 10
27 Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent.

28 Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main.

29 Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père.

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : dim. 09 mars 2025, 8:01
par cmoi
Gaudens a écrit : ven. 07 mars 2025, 18:36 Je penche de plus en plus vers une confidence faite ultérieurement par Jésus,hors de tout risque de vantardise, à un être très proche de Lui:la Sainte Vierge, Saint-Joseph s'il vivait encore, le disciple qu'Il aimait,peut-être. Nous ne le saurons jamais en ce monde.
Les supporters de Maria Valtorta n'intervenant plus sur ce forum, je vais me permettre de pallier un manque.
Le chapitre 80 (car "son" évangile est aussi divisé en chapitres et versets !) raconte comment, après être revenu à Bethléem avec 3 disciples (Jean, Simon le zélote et Judas) à l'orée de son ministère, pour "renouer" avec les bergers de la nativité et ses souvenirs (car il a vécu non loin avant la fuite en Egypte et le massacre des innocents (une blessure encore vive pour de nombreux habitants et qui lui vaudra/leur vaudront des désagréments) semble s'en souvenir directement ou non), Jésus les emmena sur les lieux en question et les y fit revivre en abrégé (courte retraite) et atténué son expérience, puis leur raconta ses Tentations.
Concernant Marie, c'est le contraire de vos suppositions : il leur demanda de ne pas lui en parler, de ne pas évoquer ces souffrances dues à la méchanceté car elle en aura bien assez plus tard !

Je ne me vois pas ici résumer ce que cette lecture apprend et comment elle répond à vos questions, mais sachez que plus tard, il fera faire encore cette fois à l'intégralité de ses disciples, une sorte de retraite (certes qui fut bien plus courte que la sienne, mais quasiment aussi stricte), un peu comme aujourd'hui il s'en fait pour se ressourcer spirituellement et s'initier à la contemplation). Bref, le "glouton" savait aussi former ses troupes "à la manière" de jean Baptiste ou des esséniens (et d'ailleurs leur vie itinérante leur valait bien des hauts et des bas côté repas, aussi intempéries).
A ce propos, cet évangile nous découvre aussi des aspects de Jésus inusités : ainsi, au chapitre 258 (seconde année d'apostolat), il apprend dans le secret à son cousin Jacques qu'il sera "l'évêque" de Jérusalem, lequel cherche à se dérober et à lui en proposer d'autres, notamment Pierre, mais Jésus insiste en mode aristo : Jacques est autant que lui-même un descendant de David, un de la race royale, et cela ne saurait être un autre (Jude ayant un caractère trop entier). "régnant" sur Jérusalem.
Je suis obligé de "faire court", aussi n'en déduisez pas trop vite que cet évangile est "du bidon"... Et s'il prend à contre pied ce que l'exégèse la plus juste et fidèle permettrait de spéculer, celle-ci reste justifiée et il est bon à mon sens de l'avoir longtemps menée avant de lire cette oeuvre passionnante.

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : dim. 09 mars 2025, 13:38
par Trinité
Bonjour à tous.

Je suis également ce fil très intéressant.
D'une manière plus pragmatique, je me posais la question de savoir , comment Jésus avait été transporté au désert et sur le haut du temple...
Il est dit "en esprit" dans le texte, et pourtant le déplacement est expliqué également d'une façon physique, comme si cela était l'oeuvre de satan...
Moi je pencherais plutôt pour une démarche spirituelle, et non pas physique.

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : dim. 09 mars 2025, 14:13
par Kerygme
Bonjour Gaudens,
Gaudens a écrit : ven. 07 mars 2025, 18:36 Dernier point,pas mineur,qui n'a pas encore été soulevé ici:Satan dit bien que le pouvoir sur ce monde (dont il est bien dit "le Prince") lui a été "remis".Par qui , sinon par Dieu? Réalité difficile à comprendre et admettre et qui rappelle l'incompréhensible permission donnée par Dieu au même accusateur de tenter Job .
N'oublions pas qu'il est le roi des menteurs et le grand diviseur. Pour ma part je prends le titre de prince au sens de celui qui attend ou aimerait de succéder au Roi, mais et comme Dieu est immortel il n'en sera qu'un prince autoproclamé. L'image qui lui conviendrait est celle d'un prince parce qu'il est le marionnettiste d'un monde dont il tire les ficelles. Mais son mensonge est flagrant, il ne peut offrir à Dieu ce qui lui appartient déjà.
Succéder au roi c'est bien ce que nous retrouvons dans cette seconde tentation : reconnais en moi l'égal de Dieu.

Je remonte un peu dans le temps de cet échange en attirant l'attention sur un détail du texte : "où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable." Jésus n'aurait pas eu que trois tentations qui se situeraient in extremis en fin du jeûne. Mais c'est pendant 40 jours qu'il fut tenté.

Si on parle de ces 3 tentations c'est parce qu'elles concernent toute l'humanité et pas seulement les tentations personnelles de Jésus.
Ce sont des tentations qui appellent à l'autonomie et donc au pouvoir individualiste, c'est à dire en abimant l'unité avec Dieu et son prochain : ce que tu veux tu peux l'obtenir, si tu es autonome alors tu n'as plus pas besoin de Dieu. Je crois que cela correspond bien à notre époque.
Ma nature pécheresse faisant qu'il est plus facile de se projeter dans une pensée calculatrice que dans celle de Dieu, c'est donc ainsi que je vais verbaliser après chaque tentation concernant l'humanité.

1. tentations sur ce qui fait du bien à notre corps, l'éros, par l'exemple de la pierre transformée en pain.
Transforme cette pierre et tu auras de ce pain dont ton corps à besoin, pas besoin de Dieu si tu as le pouvoir d'obtenir tout ce que tu désires ou convoites.

2. tentations sur notre unité avec Dieu et notre prochain.
Fais allégeance et voilà ce que tu recevras, cette ère Poutino-Trumpienne a de belles concordances. Pas besoin de Dieu, reconnais moi comme son égal et tu pourras jouir des biens de ce monde : richesses, pouvoir, gloriole, etc.

3. tentations sur le pouvoir spirituel en revenant à l'idolâtrie.
Dieu ne peut se parjurer aussi il sera obligé d'envoyer ses anges pour que tu ne fasses pas de mal. Profite de la situation et fais comme moi, deviens toi-même un dieu et laisse toi adorer (adoration qui n'ira pas au Père).
Je peux en faire une extension : tu es baptisé, peu importe le reste ... profite !


Désolé pour le style employé mais je le trouvais plus rapide qu'un développement en bonne et due forme sur ces tentations.

@Cmoi

Mon esprit a effleuré cette "tentation" d'aller voir ce que pouvait en dire Maria Valtorta.
Mais toutes les fumerolles qui entourent encore ses visions m'en ont toujours dissuadé. Il est vrai que la solution livrée en parait toute logique, mais quelle privation d'un brainstorming et d'un partage bien évangélique; quitte à tâtonner encore un temps.
Pour ma part c'est presque une déception d'en avoir eu si rapidement la solution possible. Ce que je trouvais intéressant dans ces tentatives d'exégèse c'était de voir à quel point les textes sont impactés par nos parcours et nos expériences personnelles et que tout cela participe à l'édification de chacun(e).
Je ne vous conspue pas, mais c'est comme si on allait lire la solution d'un problème avant d'en avoir éprouvé les possibilités ou être mis en échec par lui.

Re: Les trois tentations du Christ

Publié : dim. 09 mars 2025, 18:14
par Catholique Zombie
Il est possible de relier ce schéma des trois grandes tentations auxquelles Jésus n'aura évidemment pas cédé, en début d'Évangile, à des moments forts de son propre ministère, qui nous seront évoqués plus loin au cours du grand récit complet. Je n'ai lu cela nulle part mais c'est une idée qui m'apparaitrait comme plausible.

Ainsi, la première tentation à propos du pain ferait comme naturellement renvoi à l'épisode de la multiplication des pains. Un moment fort s'il en fut un pour Jésus, la foule et les disciples aussi. Un épisode extrêmement important dans l'Évangile. C'est là que la foule aurait être prête à sacrer roi Jésus ! Mais Jésus s'est éclipsé (retiré dans la montagne pour prier) et dépêché de soustraire ses proches disciples à cette sorte d'ambiance en les expédiant ailleurs.

En un mot, il a volontairement laissé passer cette opportunité, pour refuser de s'en saisir. Détrompant même tout le monde, disant que ce n'était pas la parole de Dieu qui les intéressait ou la vérité vraie qu'il avait lui-même à dire sur Dieu ou à propos de lui-même. Non, mais juste le pain, l'idée de pouvoir enfin manger à sa faim.

L'épisode est crucial. C'est à partir de là que Jésus va commencer de perdre une partie de la foule et un grand nombre de ses disciples. C'est Jean qui va mieux rendre compte de l'affaire. A cette occasion, Jésus va pour la première fois évoquer ce pain qu'il va donner et qui ne sera autre que sa propre chair. Et alors «L'homme ne vivra pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu» La parole de Dieu est première. Les abusés restent fixés sur la nourriture périssable qui ne sera que pour le corps. Le diable travaille là-dessus.


La deuxième tentation est comme le désir de posséder le monde. Comme un renvoi à toute la prédication de Jésus et que Luc peut nous raconter. Tous ces moments où le Christ raconte qu'il ne sert à rien de gagner le monde si c'est pour y perdre son âme, qu'il ne faut pas travailler essentiellement ou principalement juste pour amasser du blé dans son grenier ou pour mettre de l'argent dans un coffre-fort, que Dieu s'occupe de vêtir le lis des champs et au point même que Salomon dans toute sa splendeur n'a pas été aussi bien vêtu, qu'il faut chercher le royaume en premier, le reste sera accordé par surcroît. Donc, il n'est pas nécessaire de conclure un pacte avec le diable ou un autre pour au final pouvoir enfin jouir de ce qu'il y a de meilleur : vraie beauté, vraie richesse ou bonne chose faisant vivre durablement.

La troisième tentation fait comme renvoi au Temple et à la messianité de Jésus. On songe tout naturellement à l'incident impliquant Pierre et quand ce dernier était prêt à jurer qu'il ne pourrait rien arriver de fâcheux à Jésus, rien de ce que Jésus venait d'annoncer (qu'il serait rejeté, condamné par les anciens et mis à mort). Le diable pouvait «travailler au corps» son monde en exploitant même des passages d'Écritures évidemment «car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre.» Cette croyance en un Messie «superman» et à qui tout revers de fortune serait épargné, ni échec ni malheur et tout ne pouvant jamais survenir pour lui : une idée extrêmement dangereuse. Les ennemis de Jésus ont fait fond là-dessus, et cela reste également un motif d'incrédulité jusqu'à ce jour pour Juifs autant que pour musulmans. Avec une idée pareille, les disciples de Jésus se trouvaient eux-mêmes en grand danger d'aller perdre complètement toute foi suivant les événements de la Passion dont on connaît les récits.

Donc

La nourriture matérielle plutôt que spirituelle, l'envie de s'approprier le monde (attitude de consommateur vorace, attitude contrôlante, autoréférentielle) et enfin un Dieu-idole qui fait promesse d'une pseudo-sécurité et qui correspondrait davantage à la caricature du divin que le monde attendrait ( «Vous serez comme des dieux» - Genèse, tentation du serpent - «vous ne mourrez pas»; «tout va bien aller»)

La dernière tentation, assez épouvantable dans son caractère blasphématoire, peut être vue aussi comme présente jusque dans le fait de pharisiens se déplaçant jusqu'au pied de la croix, pour ironiser et faire savoir qu'ils seraient bien prêts à croire en lui s'il parvenait à s'extraire lui-même de sa fâcheuse position, et à quoi fait écho le propos du mauvais larron «Si tu es ce que certains disent alors sors-toi de là et moi avec ! » C'est la même idolâtrie mal inspirée. A contrario, le bon larron perçoit que la justice est avec Jésus. Il y a du souci à se faire et justement parce qu'il y a Dieu au-dessus et que Lui est garant de la vraie justice.


Pourquoi ce récit des tentations au début des Évangiles ?

Possiblement mais comme un moyen de traduire d'avance l'idée que Jésus savait à quoi s'attendre. Et qu'il savait même au premier jour de sa mission, sur quels leviers l'Adversaire tenterait de forcer pour l'atteindre tôt ou tard. Et que, dès le jour un, le diable était déjà vaincu. Avant même de franchir la porte de la première synagogue à Capharnaüm : le compte du démon était bon. Disons que je soupçonne les apôtres et évangélistes d'avoir pu croire cela après-coup, après la Pentecôte et au moment de rédiger les textes que l'on connaît.

Et quant à ce que le diable pouvait savoir ? Il pouvait savoir qu'à un moment donné interviendrait «quelque chose» comme l'incarnation dans la chair du Fils de Dieu. Le Fils au sens fort du terme. Mais il n'est pas obligatoire de croire que dès le départ en Galilée, le diable aurait pu savoir sans aucun doute que ce Fils en question aurait bien été Jésus de Nazareth. On peut aussi bien penser qu'il appréhendait la chose à 99, 8 %. Les interjections de démons comme prompts à vouloir claironner l'identité de Jésus comme étant «le Saint de Dieu !» (ou le Messie quoi !) ne sont pas nécessairement à prendre comme une confession de leur part, un aveu ou une admission réelle à l'effet qu'ils sauraient parfaitement bien qui est Jésus. On peut recevoir ça à la fois comme une manifestation de peur (crainte que le type soit décidément le bon) et un moyen pour commencer déjà à attirer des ennuis à Jésus (qu'il soit ou non le Messie). L'atmosphère est à la peur et à la menace en même temps, du côté démons ...

Les spectateurs eux-mêmes ne sont pas trop rassurés. Il reste un peu d'équivoque.