Je mets un peu de temps à répondre, désolé, je ne voulais pas aller trop vite et vous mettre n'importe quoi.
wanderer a écrit :
L'exemple que j'ai cité relevait d'un indult, certes, mais il existe certainement des exemples de lois à valeur générale qui ont été modifiées ou supprimées en raison du désordre qui a suivi leur mise en place. Simplement, mon ignorance m'empêche de vous en donner un, c'est tout! Quoi qu'il en soit, Pie VI expose positivement le principe qui nous intéresse, voilà l'important.
Vous avez raison ; il est du pouvoir du pape de supprimmer une mesure disciplinaire (un ordo missae, c'est disciplinaire, pas magistériel), qu'elle relève d'une loi générale autant que d'un indult.
Par contre ce qui est certain, c'est qu'il a été clairement demandé une réforme liturgique, par un Concile oecuménique. Peut être que cette réforme a été mal menée, et que le Saint Père souhaitera revenir dessus. Peut être. En tout cas, on n'en sait rien, et ce n'est certainement pas à nous de prendre des décisions à ce sujet ! Donc encore une fois, ma rélfexion et mon argumentation ne portera certainement pas sur la valeur intrinsèque d'un ordo par rapport à un autre. Ce que je sais c'est que dans la pensée des liturgistes romains et du Saint Père, on ne peut voir l'ordo actuel que comme un héritage de l'usage plus ancien... Et c'est exactement ce que dit l'IGMR elle même, dans son édition 2002 :
IGMR2002 a écrit :6. En énonçant les règles selon lesquelles le rite de la Messe serait révisé, le IIe Concile du Vatican a ordonné, entre autres, que certains rites seraient rétablis « selon l’ancienne norme des saints Pères »,11 reprenant en cela les mots mêmes employés par saint Pie V, dans la Constitution apostolique Quo primum par laquelle, en 1570, il promulguait le Missel du Concile de Trente. Par cette rencontre verbale elle-même, on peut noter de quelle manière, bien que quatre siècles les séparent, les deux Missels romains expriment une tradition égale et semblable. Et si l’on pèse les éléments profonds de cette tradition, on comprend aussi combien le second complète le premier d’une manière très heureuse.
Si bien que tous ceux qui cherchent à opposer, même du point de vue théologique, les deux missels comme deux expressions exclusives de deux réalités rituelles, le missel de S. Pie V, vu soit disant comme une accception "verticale" de la liturgie eucharistique, tandis que le missel de Paul VI proposerait une vision "horizontale", se trompent lourdement. Et cette distinction aussi oiseuse que fausse, est faite - et c'est ça qui est effrayant - aussi bien dans le milieu "tradi" que dans le milieu "progro"...
Pour tout dire : les changements tels qu'ils ont été conçus, sont ils aussi importants qu'on le dit ? Rien n'est moins sûr. Ils sont réels, il n'y a aucun doute. Lorsque l'on observe la situation actuelle de crise liturgique, je dirais que les problèmes sont dus :
- à 80% à la mauvaise application des réformes.
- à 10% à la réforme elle même (il y a des choses qui ne sont pas pastorales)
- à 10% à l'état d'esprit qui prévalait dans les années 1960 dans le domaine sociologique et philosophique (il faut lire Robinson, on voit les dégâts causés par "l'esprit des lumières").
Je reste persuadé qu'aujourd'hui, si on supprimmait l'ordo actuel pour revenir à l'ordo de S. Pie V, on ne supprimmerait que 20% du problème. On recrérait probablement d'autres difficultés : il faut voir les paroisses conventionnelles... L'inertie, y compris et surtout chez les a-liturgistes, est tout de même très forte.... Et ce serait également nier toutes les difficultés qu'il y avait sur ce plan avant le Concile. Si une réforme a été décidée au Concile, c'est justement parce qu'il y avait ces problèmes, et des tas de choses qui n'étaient pas justes dans l'ordo de 1962. Et j'ose le dire, pas seulement au niveau pastoral, y compris au niveau théologique. Tant pis si ça ne plait pas aux Tradis, j'assume. Le mouvement de réforme litirgique avait commencé avant le Concile, le plus gros changement étant tout de même la réforme de la Semaine Sainte, sous Pie XII, sous la responsabilité (déjà !) d'un certain P. Bunigni. L'ordo de Paul VI n'est donc pas exactement une "tabula rasa". Au contraire, cela correspond à une réelle réflexion liturgique....
Mais sur ce point, on peut parler longtemps, nous ne sommes, nous, en tant que laïcs, pas en charge de la réforme des livres liturgiques.... Que ces innovations n'aient été ni utiles, ni durables, c'est donc au S. Père d'en juger, pas nous. Et à ce jour, il n'a pas annoncé l'abandon de l'ordo actuel; c'est très net. Et au contraire, même...
wanderer a écrit :
J'entends bien le sens qu'a voulu donner le souverain pontife au terme extraordinaire. Simplement, cela n'exclue pas que la forme extraordinaire du rite romain (au sens légal du terme) ne soit aussi extraordinaire au sens commun du terme.
Qu'elle soit souvent bien célébrée, par des prêtres motivés, et au sein de communautés ferventes, il n'y a aucun doute. Il faut tout de même réfléchir à la façon dont cet ordo est conçu au départ. Et à la façon où ce dernier pourrait être appliqué dans des paroisses a-liturgiques. On voit déjà des gens ("tradis") qui râlent dans le cadre du MP Summorum Pontificum lorsqu'ils constatent que leur curé ne célèbre pas la FERM comme ils voudraient qu'il la célèbre... Il faut être un peu réaliste. Le missel de Saint Pie V n'est pas un Coran dont les sourates seraient descendues sur l'Eglise par l'entremise de l'ange Gabriel. Une fois de plus, ce qu'il faut rechercher, c'est la vérité du rite romain.
wanderer a écrit :
J'ai relu de nombreuses fois le motu proprio afin de bien le comprendre. La seule chose qui soit demandée à ceux qui assistent à la forme extraordinaire, c'est de ne pas exclure à priori toute célébration de l'autre forme du rite. La question de l'éventuelle supériorité d'une forme d'un rite sur l'autre n'est tout simplement pas évoquée.
Pas dans ce texte, de façon explicite. Encore que la distinction entre "ordinaire" et extraordinaire" devrait en soi être comprise.
wanderer a écrit :
Un autre argument est la valeur intrinsèque de la forme du rite. Si vraiment une de ces deux formes permettait une meilleure intelligence des saints mystères, ne serait-ce pas un but en soi de la répandre afin que le plus grand nombre puisse en bénéficier?
wanderer a écrit :
En revanche, le cardinal Ratzinger a osé se poser cette question. Sans y répondre, je suis d'accord. Cela prouve que cette question n'est pas stupide même si le cardinal Ratzinger disait aussi, et je suis à nouveau d'accord avec lui, que cette question n'était pas la cause la plus importante de la crise.
Dans son livre l'Esprit de la liturgie, le Cardinal Ratzinger parle justement d'une fresque (il parle du rite romain) dont on avait nettoyé les strates inutiles au moment du Concile et qui avait respplendi pendant quelque temps de toutes ses couleurs, mais que cette fresque est aujourd'hui menacée. Peut être que le Cardinal pense aux réformes de l'immédiat après concile, d'avant la promulgation de l'ordo de 1970 (grosso-modo, les modifications des rubriques de 1965). Les plus "excités" des Tradis voient d'ailleurs la plupart du temps le "vers dans le fruit" dans cet ordo de 1965.... Tout comme la réforme de la semaine sainte par Pie XII, d'ailleurs. Alors que moi, je trouvbe que tout est juste....
Bref. J'ai le sentiment que toucher à une étape de la réforme liturgique oblige à toucher à tout. Et comme analysé, 80% des problèmes ne viennent pas de l'ordo, mais de son application idéologisée. Ne nous trompons donc pas de priorité. Et d'ailleurs le pape ne fait pas aujourd'hui un changement d'ordo. Il cherche - et c'est sans aucun doute un but du MP Summorum Pontificum - à "rebrancher" la pratique rituelle d'aujourd'hui avec la sève du rite romain. On le constate à Rome, on le constatera à Paris bientôt !
wanderer a écrit :
Simplement, pour moi fidèle lambda qui n'ait pas le don d'ubiquité, il faut bien que je choisisse dans quelle paroisse je vais m'investir, chanter le grégorien et participer à ma faible mesure à l'essor d'un véritable sens liturgique dans l'Eglise. C'est parce que je suis face à ce choix que je suis bien obligé de me poser cette question qui entre en ligne de compte au moment de choisir la paroisse que je fréquenterai.
wanderer a écrit :
Plus je parle avec vous, plus je pense qu'il est impossible d'énoncer un principe prudentiel qui marche à tous les coups. Je pense juste pouvoir donner certains principes qui guident mes choix concrets. Au moment de ce choix, vous évoquez l'aspect ordinaire, la sagesse étant de rechercher les moyens ordinaires de sanctification. Même si la citation de Dom Guéranger ne montre rien dans la mesure où tout ce qu'il dit est parfaitement applicable à une personne qui assiste à la forme extraordinaire, je reconnais une valeur certaine à votre argument (pourtant mal illustré

). Je reconnais que le fait que cette loi touche autant de personnes est un argument de valeur qui donne un sens réel à un investissement pour sa bonne application.
Attendez ; je comprends, il me semble très bien votre position, et je ne permets pas de vous en faire le reproche. Il y a effectivement certains endroits où c'est littéralement impossible d'imaginer de faire quelque chose de liturgique. Il vaut évidemment mieux se replier sur une messe "tradi". Vous savez, quand vous allez à la messe, et que vous contatez que le diacre récite une partie du canon.... C'est effrayant.
Avant de remonter le courant, il faut une certaine dose de courage, de témérité, même. Et du travail, et du temps. Ce n'est pas toujours faisable. Il y a souvent des cas où c'est littéralement impossible. Il vaut mieux aller ailleurs.
Cependant, une remarque : il y a une autre chose : il faut vraiment et réellement faire attention à ce que les communautées "tradies" ne soient pas une sorte de "cordon sanitaire" et / ou une sorte de prétexte pour un certain clergé a-liturgique de rejeter les gens qui ont ce sens de la liturgie dans deux ou trois endroits accordés au compte goutte, afin qu'on leur laisse la paix ailleurs. C'est dans certains endroits un véritable calcul tactique. Par exemple, on nous a souvent dit, en tant que schola : "si vous aimez le latin et le grégorien, allez-donc chez les tradis, c'est fait pour ça". Je crois qu'il ne faut certainement pas rentrer dans cette logique, c'est mortifère, et on dessert la liturgie en cédant, c'est très net. Vous voyez, encore ce matin, nous avons chanté tout le propre et tout l'ordinaire dans une paroisse populaire de la banlieue parisienne. Après la messe (c'était la seule messe dominicale de la paroisse...) trois réactions : une Arabe : "j'ai pleuré, ça m'a touché au coeur". Une Africaine : "c'était magnifique, je viens chanter avec vous". Une Antillaise : "Pourquoi vous ne venez pas canter tous les dimanches ?".
C'est vrai : en fréquentant uniquement les "tradis" on prive le sensus fidei des fidèles ordinaires de l'espérience de la liturgie. Je ne dis pas qu'il n'ya ni Arabes, ni Antillais, chez les Tradis. Je dis simplement, que lorsqu'on fait ça, on touche carrément des gens qui ne seraient jamais allés chez les Tradis. Il faut y penser...
wanderer a écrit :
Un autre point important est la réalité concrète de la situation locale de chacun. C'est la première fois que ça m'arrive, mais je crois que le prêtre qui célèbre la messe selon la forme extraordinaire là où je vis n'a pas un grand sens liturgique.
Ce n'est pas parce qu'on utilise l'ordo de 1962 qu'on a un sens liturgique. Un ordo, n'est pas "auto porteur". C'est certain... Avec ses rubriques très détaillées, l'ordo de 1962 l'est cependant beaucoup plus que l'ordo de 2002, j'en conviens. Mais cela ne le rend pas forcément plus légitime, c'est à dire plus proche de l'essence du rite romain.
wanderer a écrit :
Peut-être en effet que si un prêtre de la communauté saint Martin était dans le coin, je me poserais la question.
Pas moi ! J'y courerais ! Tous ceux que je connais sont à mille lieux de l'image qu'on peut se faire d'eux, ou des "prêtres en soutane", guindés, crispés, jansénistes. Et ils ont tous une grande liberté intérieure, une ferveur, une grande foi. Et une très grand sens liturgique. Il y a peut être des exceptions.... Mais bon !
wanderer a écrit :
A l'inverse, reconnaissez que dans nombre de paroisses, il est tout à fait utopique de vouloir participer de façon constructive à la beauté de la liturgie. Vous ne pouvez pas nier que dans de nombreux diocèses, la seule chance pour participer à un renouveau liturgique, c'est la paroisse tradie.
Bien sûr, je le reconnais; j'en ai parlé plus haut.
wanderer a écrit :
A l'inverse, imaginons une paroisse dans laquelle il y a beaucoup de chantres confirmés et qui peut continuer à fonctionner avec un chantre ou deux en moins, sans doute serait-il bon d'aller aider à côté, quelle que soit la forme célébrée du rite.
Pour aller plus loin, je pense même que des gens qui ont une vraie formation liturgique ont le devoir d'exporter leur connaissance ailleurs. C'est bien de l'apostolat dont on parle...
wanderer a écrit :
Les éléments à considérer au moment de choisir sa paroisse me semblent donc être les suivants (je ne donne pas de hiérarchie entre ces éléments)

utilité spirituelle du plus grand nombre

qualité intrinsèque de la forme célébrée du rite romain

réalité de la situation locale

solution privilégiée à long terme pour sortir de la crise liturgique
Vous ne semblez pas vouloir vous interroger sur les points 2 et 4. Pourtant, beaucoup l'ont fait avant vous (K. Gamber et le cardinal Ratzinger en particulier), ce n'est pas de la désobéissance.
Sur le point 2 : aucune autorité romaine, ni le Cardinal Ratzinger n'a dit que la forme actuelle avait une valeur inférieure. Au contaire, dans la lettre de la CCDDS de 1999 que j'ai citée, il est tout à fait établi que la valeur de l'ancien usage n'est pas supérieure à l'actuelle. Et encore une fois, nous n'avons aucun mandat pour "décider" sur ce point précis.
wanderer a écrit :
On répond à la foi par l'adhésion, mais on répond à une loi disciplinaire par la soumission. Si un point qui relève de la discipline me semble douteux, je peux me soumettre sans changer d'avis intérieurement et rien ne m'interdit de critiquer (au sens noble du terme) une loi disciplinaire à condition bien sûr de ne pas semer le désordre dans le troupeau par des propos excessifs.
Ce n'est effectivement pas désobéir que d'interroger et même de critiquer. D'ailleurs, la réforme liturgique elle même est le résultat d'une critique de l'ancien ordo. Ce serait donc assez mal venu de décréter qu'on ne peut plu scritiquer l'ordo actuel, pour l'améliorer, car évidemment, des améliorations sont possibles, voire souhaitables. Tout comme des améliorations furent souhaitées pour l'ordo de 1962, ce que la discipline de la Sainte Eglise a trouvé bon de faire. Donc, évidemment, feu vert.
Sur le point 4 : si, je me suis interrogé. Et il me semble justement être en phase avec la volonté du S. Père, dans un texte magistériel écrit en union avec les évêques du monde entier réunis en Synode : Sacramentum Caritatis. Parce qu'on le veuille ou non, au regard de son "poids", de son "autorité", ce texte est plus important que Summorum Pontificum. Et même pour aller plus loin, on peut même dire que le MP Summorum Pontificum ne nous concerne pas : il ne parle ni de messe en latin, ni de chant grégorien... Alors que Sacramentum Caritatis, si, et abondamment ! Donc j'espère que je ne vous choque pas...
J'ajouterais un point 5, avec probablement, même, une pondération très forte :

Le désir du Saint Père.
J'ai connu un Père du Concile qui disait très justement : "Quand Pierre a un désir, on n'attend pas que ce soit un ordre pour lui obéir".
Le désir du Saint Père, notamment dans Summorum Pontificum, c'est que les deux formes du rite puissent se féconder mutuellement. Il faut donc que la forme extraordinaire soit plus souvent célébrée, et ailleurs que dans des réserves d'indiens. Il faut aussi qu'on accepte de célébrer la forme ordinaire selon "l'ancienne norme des Pères" (Cf. PGMR) et que l'on se réfère pour cela au num. 42 de la PGMR 2002 :
PGMR 2002 a écrit :Ainsi on sera attentif à ce qu’établissent cette Présentation générale et la pratique léguée du Rite romain, et à ce qui concourt au bien commun spirituel du peuple de Dieu, plutôt qu’aux penchants ou jugement privés.
Donc, passons à l'action !
Voilà, au plaisir de vous lire.
François-Xavier.