Ave Eriluc,
Eriluc a écrit :Pour le coup je suis vraiment surpris de voir que vous faite un clivage manichéen entre les compétences techniques et la culture. Vous oubliez ou négligez les millions de citoyens européens qui ne sont pas Benveniste ni même Joyce. Le réalisme pousserait à croire, même si c'est navrant, que seulement une portion congrue de la population peut poursuivre des études (dites supérieures). De cette portion une minorité seulement utilisera de façon pratique les langues enseignées, et au quotidien (hors les érudits) conversera en une autre langue que celle de sont foyer ou de sa profession.
malheureusement, je ne suis ni Benveniste, ni même Joyce. A mon sens, être réaliste c'est comprendre que parler plusieurs langues est déjà une nécessité, même pour des gens très ordinaire, dans un nombre considérable de pays.
Je connais cinq langues vivantes. J'en pratique quotidiennement trois (tous les jours de la semaine et du matin au soir), dont deux que je n'ai apprises ni à l'école ni à l'université.
La plupart de gens que je fréquente sont capables de s'exprimer dans plusieurs langues. Deux, trois, quatre... et tous ne sont pas des intellectuels ou des gens érudits, loin s'en faut.
Le patron du petit resto sympa de mon quartier, qui n'est pas français, parle sept langues... il parle le français assez mal il est vrai, mais il le parle. Lorsque je lui demande où il a appris à parler cette langue, sa réponse est toujours évasive... ici et là, avec des Français qu'il a rencontré, à droite à gauche, petit à petit, et sans jamais avoir fait d'études.
Eriluc a écrit :Je vous rejoint, il faut promouvoir la culture et la langue française (et le latin pour Virgile). Mais j'imagine que ce qui fait la grandeur d'une langue c'est avant tout les génies qui l'ont porté en notoriété et les œuvres grandioses qu'elle a permis.
A mon avis, la grandeur de la langue française réside plutôt ailleurs. En particulier dans ce fait que des milliers et milliers de personnes à travers le monde s'acharnent à l'apprendre, malgré les difficultés et parfois l'absence totale de moyens. L'indifférence de la France et des ses hommes politiques à tout le moins...
La grandeur de la langue française, c'est par exemple cette femme de ménage brésilienne qui vient me voir pour me serrer la main, parce qu'elle vient d'apprendre que je suis Français, et qui m'explique - en français, qu'elle a appris à le parler d'abord dans sa famille, puis avec des amis.
Et dans son regard, on lit clairement que parler un peu le français représente pour elle quelque chose de merveilleux et que parler à un Français en français est une occasion à ne manquer sous aucun prétexte.
Je vais vous dire une chose qui vous paraîtra stupide... mais la plupart des gens que je rencontre et qui s'échinent à fabriquer laborieusement des phrases en français sont extraordinairement heureux de pouvoir le faire. La raison d'un tel bonheur? C'est qu'ainsi ils se sentent un peu "Français", eux-aussi, ou du moins qu'ils ont la certitude de participer de ce destin qui fut celui de notre pays.
La France, cher Eriluc, bénificie de cet immense privilège: celui de ne pas être n'importe quel pays peuplé de n'importe quel peuple. Tout le monde le sait, sauf les français!
Quant à l'espéranto, langue totalement artificielle, il s'agit d'une idée. Tout comme l'interlingua ou l'occidental.
Une plaisanterie - et je me permets d'être un peu vif, qui dure d'ailleurs depuis des années. Le problème, actuellement, ce n'est pas de trouver ou de bricoler une langue commune, mais d'acquérir des langues communes.
La réalité, pas seulement sur le marché du travail, mais aussi dans la vie de tous les jours, c'est que ceux qui maîtrisent plusieurs langues valent mieux que ceux qui n'en maîtrisent qu'une seule.
Voire qui n'en maîtrisent vraiment aucune...
Amicalement.
Virgile.
P.S.: et toujours vive le latin!