Journal de Julien Green
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
16 mai 1967
"Dans la seconde Épître aux Corinthiens, chapitre 10, verset 10, saint Paul nous dit l'impression qu'il fait: "Présence faible, élocution méprisable". Il se sent beaucoup plus à l'aise et vraiment fort lorsqu'il écrit. Moïse bégayait, Jérémie aussi, c'est à ceux-là que Dieu a confié ses missions formidables"
"Dans la seconde Épître aux Corinthiens, chapitre 10, verset 10, saint Paul nous dit l'impression qu'il fait: "Présence faible, élocution méprisable". Il se sent beaucoup plus à l'aise et vraiment fort lorsqu'il écrit. Moïse bégayait, Jérémie aussi, c'est à ceux-là que Dieu a confié ses missions formidables"
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
20 juillet 1967
Beaucoup lu la Bible pour essayer de renflouer l'épave spirituelle: il y a eu jadis un naufrage et des débris du beau bâtiment flottent à la surface des eaux, mais peut-être les débris sont-ils plus au goût de la Providence que le navire construit, gréé et lancé par l'orgueil ?
Beaucoup lu la Bible pour essayer de renflouer l'épave spirituelle: il y a eu jadis un naufrage et des débris du beau bâtiment flottent à la surface des eaux, mais peut-être les débris sont-ils plus au goût de la Providence que le navire construit, gréé et lancé par l'orgueil ?
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
Qui reçoit celui que j'ai envoyé, reçoit celui qui m'a envoyé.
8 juillet 1967
La providence des inconnus.
"Jusqu'ici, d'une façon générale, je n'aurai pas eu à me plaindre du genre humain. Quand j'ai eu des difficultés, il s'est toujours trouvé quelqu'un près de moi. Des hommes et des femmes sont venus, pareils souvent à des messagers, pour me parler avec douceur et me conseiller avec sagesse. Cela a toujours frappé ceux qui ont un peu connu les circonstances de ma vie".
8 juillet 1967
La providence des inconnus.
"Jusqu'ici, d'une façon générale, je n'aurai pas eu à me plaindre du genre humain. Quand j'ai eu des difficultés, il s'est toujours trouvé quelqu'un près de moi. Des hommes et des femmes sont venus, pareils souvent à des messagers, pour me parler avec douceur et me conseiller avec sagesse. Cela a toujours frappé ceux qui ont un peu connu les circonstances de ma vie".
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
1O novembre 1967
"Quand on parle à quelqu'un d'argent, son visage change et qu'y lit-on ? L'inquiétude. Je l'ai remarqué cent fois. On dirait qu'on touche aux sources mêmes de la vie".
Stephlorant remercie d'avance quiconque lui enverra cent euros : il vous garantit la paix de l'âme !
"Quand on parle à quelqu'un d'argent, son visage change et qu'y lit-on ? L'inquiétude. Je l'ai remarqué cent fois. On dirait qu'on touche aux sources mêmes de la vie".
Stephlorant remercie d'avance quiconque lui enverra cent euros : il vous garantit la paix de l'âme !
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
10 novembre 1967
Ce jeune prêtre m'a raconté la choses suivante qui est curieuse et que je trouve belle. Il a été récemment appelé au chevet d'une mourante, mais quand il arrive, on lui dit qu'il est trop tard, qu'elle est dans le coma. C'est d'une vieille femme qu'il s'agit. Le prêtre, seul avec elle se demande ce qu'il doit faire, car, plongée dans une profonde inconscience, elle n'entend, ni ne voit, ni ne comprend rien. Il lui donne cependant l'extrême-onction, et d'abord l'absolution avec indulgence plénière, puis il prie pour elle et enfin il lui parle, il lui parle longuement, mais n'est-ce pas à une morte qu'il parle ? Il continue néanmoins, réconforte cette femme dont l'immobilité devrait le décourager.Au bout d'une heure, il se lève pour partir. A ce moment, la mourante ouvre les yeux et dit: "Merci". Quelques minutes plus tard, elle a cessé de respirer.
Ce jeune prêtre m'a raconté la choses suivante qui est curieuse et que je trouve belle. Il a été récemment appelé au chevet d'une mourante, mais quand il arrive, on lui dit qu'il est trop tard, qu'elle est dans le coma. C'est d'une vieille femme qu'il s'agit. Le prêtre, seul avec elle se demande ce qu'il doit faire, car, plongée dans une profonde inconscience, elle n'entend, ni ne voit, ni ne comprend rien. Il lui donne cependant l'extrême-onction, et d'abord l'absolution avec indulgence plénière, puis il prie pour elle et enfin il lui parle, il lui parle longuement, mais n'est-ce pas à une morte qu'il parle ? Il continue néanmoins, réconforte cette femme dont l'immobilité devrait le décourager.Au bout d'une heure, il se lève pour partir. A ce moment, la mourante ouvre les yeux et dit: "Merci". Quelques minutes plus tard, elle a cessé de respirer.
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
12 novembre 1967
A la campagne. Bruno, qui a cinq ans, et que nous voyons quelquefois, car ses parents habitent en face de notre maison, demandait à quelqu'un l'autre jour : "Où étais-je avant de vivre avec papa et maman ?" Cette question aurait plu à saint Augustin.l
A la campagne. Bruno, qui a cinq ans, et que nous voyons quelquefois, car ses parents habitent en face de notre maison, demandait à quelqu'un l'autre jour : "Où étais-je avant de vivre avec papa et maman ?" Cette question aurait plu à saint Augustin.l
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
22 novembre 1967
Lundi, je devais recevoir un religieux, à six heures de l'après-midi. J'avais déjà une visite, un ami que je vois souvent. Je lui dis: "Il est six heures moins le quart, reste jusqu'à ce que mon franciscain soit là." Mais il préfère partir, ouvre la porte, trouve le religieux assis la chasse du palier, lui demande d'entrer. Le religieux répond avec un sourire : "Mr. Green m'a dit six heures, et j'attends qu'il soit six heures". "Mais il fait froid là". "Cela n'est rien", dit le frère avec humilité. Il est enfin entré et seul avec moi m'a fait la confidence de ses difficultés... Il parle simplement, doucement, avec un sourire d'enfant, me dit qu'il garde l'espérance et n'a jamais pensé qu'il serait perdu; sur ce point, je suis entièrement d'accord avec lui. Il est plus près de la sainteté que beaucoup de catholiques qui sont la rigueur même et se prennent personnellement pour l'Eglise."
Lundi, je devais recevoir un religieux, à six heures de l'après-midi. J'avais déjà une visite, un ami que je vois souvent. Je lui dis: "Il est six heures moins le quart, reste jusqu'à ce que mon franciscain soit là." Mais il préfère partir, ouvre la porte, trouve le religieux assis la chasse du palier, lui demande d'entrer. Le religieux répond avec un sourire : "Mr. Green m'a dit six heures, et j'attends qu'il soit six heures". "Mais il fait froid là". "Cela n'est rien", dit le frère avec humilité. Il est enfin entré et seul avec moi m'a fait la confidence de ses difficultés... Il parle simplement, doucement, avec un sourire d'enfant, me dit qu'il garde l'espérance et n'a jamais pensé qu'il serait perdu; sur ce point, je suis entièrement d'accord avec lui. Il est plus près de la sainteté que beaucoup de catholiques qui sont la rigueur même et se prennent personnellement pour l'Eglise."
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
26 décembre 1967
Lu dans le père Lallemant une page d'une concision remarquable qui résume selon moi toute vie spirituelles : "Il n'y a que Dieu qui ait droit de souveraineté sur les cœurs. L'Église même n'étend pas jusque-là son domaine. Ce qui s'y passe ne relève point d'elle. Dieu seul en est le Roi... C'est là qu'il établit le trône de sa grâce... Dieu s'applique plus au gouvernement surnaturel d'un cœur où il règne qu'au gouvernement naturel de tout l'Univers... Il n'y a que Dieu qui puisse contenter notre cœur. Notre cœur a un vide qui ne peut être rempli que de Dieu. Les délices de Dieu sont de converser avec les cœurs. C'est là son lieu de repos. Heureuse la vie intérieure qui fait vivre Dieu seul dans les cœurs.
Lu dans le père Lallemant une page d'une concision remarquable qui résume selon moi toute vie spirituelles : "Il n'y a que Dieu qui ait droit de souveraineté sur les cœurs. L'Église même n'étend pas jusque-là son domaine. Ce qui s'y passe ne relève point d'elle. Dieu seul en est le Roi... C'est là qu'il établit le trône de sa grâce... Dieu s'applique plus au gouvernement surnaturel d'un cœur où il règne qu'au gouvernement naturel de tout l'Univers... Il n'y a que Dieu qui puisse contenter notre cœur. Notre cœur a un vide qui ne peut être rempli que de Dieu. Les délices de Dieu sont de converser avec les cœurs. C'est là son lieu de repos. Heureuse la vie intérieure qui fait vivre Dieu seul dans les cœurs.
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
30 décembre 1967
Si nous pouvions enregistrer ce que nous disons les uns aux autres, et qu'on nous fit entendre l'enregistrement un moment plus tard, des larmes nous couleraient sur les joues, des larmes de honte et de colère. Comment ! Moi qui me croyais si gentil, si patient, si courtois...
Si nous pouvions enregistrer ce que nous disons les uns aux autres, et qu'on nous fit entendre l'enregistrement un moment plus tard, des larmes nous couleraient sur les joues, des larmes de honte et de colère. Comment ! Moi qui me croyais si gentil, si patient, si courtois...
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
28 décembre 1967
Quelque chose en moi se jette en avant dans le siècle qui vient et dont je n'arrive pas à voir le visage. Il y aura de grandes et redoutables absences. Que se taise la voix qui chuchote tout au long des années présentes et annonce la fin de l'Eglise ! L'Eglise sera-t-elle seulement visible ? La question n'est pas de savoir si elle ne sera plus, car il faut qu'elle soit, mais sous quelle forme ? Que croira-t-on ? Finis les chants, les cérémonies aux gestes lents, les ors sur les chapes, l'encens montant vers les voûtes avec les paroles latines. Déjà cela n'est plus...
Quelque chose en moi se jette en avant dans le siècle qui vient et dont je n'arrive pas à voir le visage. Il y aura de grandes et redoutables absences. Que se taise la voix qui chuchote tout au long des années présentes et annonce la fin de l'Eglise ! L'Eglise sera-t-elle seulement visible ? La question n'est pas de savoir si elle ne sera plus, car il faut qu'elle soit, mais sous quelle forme ? Que croira-t-on ? Finis les chants, les cérémonies aux gestes lents, les ors sur les chapes, l'encens montant vers les voûtes avec les paroles latines. Déjà cela n'est plus...
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
16 janvier 1968
Hier, ayant ouvert au hasard pour essayer d'avoir des nouvelles du "Pays perdu", le livre de dom Cuthbert Butler, "Le Mysticisme d'Occident", je suis tombé sur ce passage que je retraduis en français puisque, dans ce livre anglais, il est cité comme ayant été écrit en français par la mère Isabelle Daurelle, Carmélite morte en 1914:
"Pendant la prière du soir, le troisième jour, je pénétrai à l'intérieur de mon âme, et il me parut que je descendais dans les vertigineuses profondeurs d'un abîme où j'eus l'impression d'être entourée d'un espace sans limites. Je sentis alors la présence de la Sainte Trinité et me rendis compte de mon propre néant que je compris mieux que jamais auparavant. Cette connaissance me fut très douce. La divine Immensité dans laquelle je fus plongée et qui me remplit avait la même douceur...".
J'ai refermé le livre et je me suis senti dans un autre monde, non seulement à ce moment-là, mais toute la journée. Ce livre rend le goût de Dieu que le péché et l'égoïsme nous font perdre.
Hier, ayant ouvert au hasard pour essayer d'avoir des nouvelles du "Pays perdu", le livre de dom Cuthbert Butler, "Le Mysticisme d'Occident", je suis tombé sur ce passage que je retraduis en français puisque, dans ce livre anglais, il est cité comme ayant été écrit en français par la mère Isabelle Daurelle, Carmélite morte en 1914:
"Pendant la prière du soir, le troisième jour, je pénétrai à l'intérieur de mon âme, et il me parut que je descendais dans les vertigineuses profondeurs d'un abîme où j'eus l'impression d'être entourée d'un espace sans limites. Je sentis alors la présence de la Sainte Trinité et me rendis compte de mon propre néant que je compris mieux que jamais auparavant. Cette connaissance me fut très douce. La divine Immensité dans laquelle je fus plongée et qui me remplit avait la même douceur...".
J'ai refermé le livre et je me suis senti dans un autre monde, non seulement à ce moment-là, mais toute la journée. Ce livre rend le goût de Dieu que le péché et l'égoïsme nous font perdre.
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
22 janvier 1968
Pensé à Baudelaire qui pour écrire ses poèmes semble s'être servi des mots dont personne ne voulait, les plus ordinaires, et leur a conféré une noblesse incomparable.
L'albatros
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Pensé à Baudelaire qui pour écrire ses poèmes semble s'être servi des mots dont personne ne voulait, les plus ordinaires, et leur a conféré une noblesse incomparable.
L'albatros
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
Baudelaire 2 - moins connu :
L'horloge
Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi !"
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;
Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison
Trois mille six cents fois par heure la Seconde
Chuchote: Souviens-toi!- Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!
Remember! Souviens-toi! Prodigue! Esto memor!
( Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!
Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi,
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
La gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide,
Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le Repentir même ( oh! la dernière auberge! ),
Où tout te dira : Meurs vieux lâche! il est trop tard!
L'horloge
Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi !"
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;
Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison
Trois mille six cents fois par heure la Seconde
Chuchote: Souviens-toi!- Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!
Remember! Souviens-toi! Prodigue! Esto memor!
( Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!
Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi,
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
La gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide,
Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le Repentir même ( oh! la dernière auberge! ),
Où tout te dira : Meurs vieux lâche! il est trop tard!
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
9 mars 1968
'Hier Maritain à déjeuner. Il est las, souffre de l'estomac, nous demande avec un regard d'une pureté inexprimable s'il n'est pas devenu "bête"... Quand je lui ai dit à table qu'un catholique m'avait conseillé de lire Bultmann, il a posé sa fourchette avec une expression d'horreur. "Bultmann, l'écrivain le plus néfaste...", murmure-t-il. Il déplore la disparition du latin par quoi se communiquait à nous quelque chose.
Je le crois, moi aussi. Avant hier, étant couché et ayant éteint après avoir regardé une reproduction de l'admirable Livre d'heures d'Anne de Clèves, il m'a semblé entendre les religieuses de la rue Cortambert psalmodier Deus in adjutorium meum intende, etc. Maritain regrette que dans le canon de la messe on dise : "sa passion bienheureuse" au lieu de "sa bienheureuse passion". Dans le premier cas, cela veut dire que le Christ était heureux dans sa passion, dans le second cas que cette passion nous était salutaire. On perd le sens des nuances, mais il s'agit bien de nuances ! Il s'agit d'une différence considérable dans ce cas'
'Hier Maritain à déjeuner. Il est las, souffre de l'estomac, nous demande avec un regard d'une pureté inexprimable s'il n'est pas devenu "bête"... Quand je lui ai dit à table qu'un catholique m'avait conseillé de lire Bultmann, il a posé sa fourchette avec une expression d'horreur. "Bultmann, l'écrivain le plus néfaste...", murmure-t-il. Il déplore la disparition du latin par quoi se communiquait à nous quelque chose.
Je le crois, moi aussi. Avant hier, étant couché et ayant éteint après avoir regardé une reproduction de l'admirable Livre d'heures d'Anne de Clèves, il m'a semblé entendre les religieuses de la rue Cortambert psalmodier Deus in adjutorium meum intende, etc. Maritain regrette que dans le canon de la messe on dise : "sa passion bienheureuse" au lieu de "sa bienheureuse passion". Dans le premier cas, cela veut dire que le Christ était heureux dans sa passion, dans le second cas que cette passion nous était salutaire. On perd le sens des nuances, mais il s'agit bien de nuances ! Il s'agit d'une différence considérable dans ce cas'
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
- stephlorant
- Tribunus plebis

- Messages : 1714
- Inscription : sam. 12 mars 2011, 21:09
Re: Fioretti de Julien Green
29 Juin 1967
A la TV, l'autre jour, un vieux monsieur, vétéran de 14-18, disait que si les soldats français se battaient si bien pendant la première guerre mondiale, c'est qu'ils étaient, pour la majeure partie, des paysans défendant leur terre; celle qu'ils avaient perdue, ils comptaient bien la retrouver. Le mot de patrie ne leur disait pas grand-chose. C'était la terre, le champ perdu qui comptaient. Patrie, c'était trop abstrait.
A la TV, l'autre jour, un vieux monsieur, vétéran de 14-18, disait que si les soldats français se battaient si bien pendant la première guerre mondiale, c'est qu'ils étaient, pour la majeure partie, des paysans défendant leur terre; celle qu'ils avaient perdue, ils comptaient bien la retrouver. Le mot de patrie ne leur disait pas grand-chose. C'était la terre, le champ perdu qui comptaient. Patrie, c'était trop abstrait.
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
Qui est en ligne ?
Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité