spk a écrit :Il y a deux questions en une : que dit le dogme? ce qu'il dit est-il dépendant de la physique d'Aristote?
Je commence par la première, la plus facile, puisque déjà traitée. L'exposé de Raistlin est parfaitement exact, et surtout il a raison de s'insurger contre la confusion de la transsubstantiation avec une modification chimique du pain et du vin. Comme il le prouve, le dogme dit exactement le contraire, les accidents ne sont pas modifiés. Non seulement le goût du pain et du vin ne sont pas modifiés, mais pas non plus leur composition moléculaire.
Il me semble assez étrange de faire comme si les modèles atomistes et aristotéliciens pouvaient cohabiter. En effet - corrigez-moi si je me trompe, vous mettez en parallèle la physique aristotélicienne et atomiste, en disant que la composition atomique est un accident (puisqu'elle n'est pas modifiée par la transsubstantiation). Mais dès lors, puisque la matière est définie par les "briques élémentaires" qui la composent, la substance n'est plus cette matière (ou alors, elle existe en tant que
matière sous la matière, et on en revient à la consubstantiation), et cette dernière n'est qu'accident ; et ce n'est pas ce que dit Aristote, ni ce qu'enseigne l'Église Catholique, qui nous dit qu'il y a un changement dans le
matériau des espèces.
spk a écrit :La deuxième maintenant : est-ce que le dogme de la transsubstantiation oblige à croire en la physique d'Aristote? Il y a là une confusion. Le vocabulaire choisi est en effet un héritage d'Aristote. Mais l'idée d'un changement qui affecterait la substance sans modifier en rien les accidents n'est pas du tout conforme à la physique d'Aristote.
Il est clair qu'Aristote se rirait de la possibilité du miracle, puisque pour lui les accidents sont les traductions de la substance, je crois.
Je doute qu'il ne s'agisse que d'une différence de vocabulaire. L'actuel dogme de la transsubstantiation est, si je ne m'abuse, fortement issu des travaux de Saint Thomas d'Aquin, qui a introduit la physique aristotélicienne pour l'appliquer aux croyances catholiques.
D'ailleurs, s'il ne s'agit que d'une similitude de vocabulaire, cela signifie que la physique aristotélicienne n'est plus la base de la transsubstantiation, et qu'on s'en remet à la physique atomiste. (il me semble d'ailleurs que personne n'osera contester que le pain est formé d'atomes et de molécules, intervenant à la fois dans son "essence" et son apparence sensible).
Or, la physique atomiste dit que la matière d'un objet, c'est fondamentalement sa composition moléculaire. Pour modifier la matière, il faut modifier la nature et l'agencement des atomes/molécules.
Le problème, c'est que dès lors, le fait de penser que le
matériau du pain se transforme réellement et
matériellement en Corps du Christ implique que la
composition atomique du pain se change en celle de la chair, et entraîne fatalement les effets sensoriels qui vont avec ; ce qui n'a été observé, à ma connaissance, que dans quelques cas de miracles eucharistiques. Après, il est toujours possible que Dieu nous illusionne... mais cela est, il me semble, rejeté par l'Église.