Aldous a écrit :(aucune loi n'obligera quiconque à avorter ou à s'euthanasier, ça reste un choix libre)
Bonjour,
Je souhaite revenir sur cette assertion, pour éviter que l'on raisonne toujours avec l'air du temps et les oeillères et barrières mentales que les promoteurs des lois infanticides (et bientôt géronticides) sèment insidieusement dans les esprits pour mieux anesthésier les consciences. Le développement qui suit vaut aussi bien pour la question de l'avortement que pour celle de l'euthanasie ; aussi prendrai-je des illustrations sur ces deux points (même si l'un est plutôt hors-sujet au vu du titre de ce fil de discussion).
I) Du glissement d'un mal absolu vers un mal relatif, et finalement une caution à faire n'importe quoi :
Quand on se cantonne aux principes fondamentaux sur ces questions de la vie et de la mort, il n'y a pas de débat. Tout le monde (au moins dans nos sociétés occidentales) est d'accord pour reconnaître le droit inconditionnel à la vie de tout être humain. Ce droit est un principe non seulement naturel (l'existence de la vie et de son fonctionnement est constaté par la seule raison),mais aussi sacré et divin (et répond au pourquoi de l'existence).
Tout le monde est également d'accord (à part les idéologues ou les gens mal informés) pour reconnaître que la vie commence à la conception de l'être humain, et se termine par sa mort naturelle. Personne n'irait arbitrairement définir la fin de vie à 60 ans (pratique pour résoudre le problème des retraites!)...
Une fois ce principe établi comme absolu, il n'est pas possible d'adhérer à une quelconque dérive qui irait à son encontre. Ainsi, avorter ou euthanasier une personne, quel qu'en soit le motif, va à l'encontre de ce principe.
Si la règle juridique autorise des exceptions à ce principe ("exceptions encadrées", disons-nous, pour éviter de faire peur), elle viole de fait la base sur laquelle elle veut au départ s'appuyer. C'est le cas de la loi Veil de 1975, et de ses aménagements futurs. L'article premier de cette loi est édifiante :
"La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu'en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi."
Cet article est en lui-même contradictoire. D'un côté il reconnaît le principe du respect de tout être dès le commencement, pour ensuite lister tout une série d'exceptions qui violent le principe sus-cité. Dès lors, s'il est possible que dans certains cas, on n'ait pas à observer le respect de la vie humaine, que vaut le principe posé comme un absolu ? Plus rien.
Réponse facile à cela : bah le principe n'est tout simplement pas absolu, il est relatif. Il est certains cas, prévus par la loi, où le principe ne s'applique plus. Et hop, magie, tout le monde est content. On sauve le principe, tout en étant progressiste et en adaptant la loi à toutes les situations...
Certes, mais au passage, un dangereux processus s'est mis en place dans le raisonnement ci-dessus, contre lequel l'Eglise s'est toujours battue : le relativisme de la pensée. Ou comment la loi s'approprie finalement le fruit de l'arbre du bien et du mal, en décrétant qu'un mal absolu (le meurtre) n'est finalement mal que dans certains cas. Pire : l'expression "dans certains cas" est défini dans la loi, et peut être même aménagé avec des lois futures. Cela signifie que l'on a perdu la notion objective de l'avortement comme un acte mauvais de façon absolue, pour y substituer, disons-le, une permission de tuer avec bonne conscience, puisque cela est inscrit dans la loi. C'est ce que l'on appelle une référence circulaire : la loi pose le principe, auquel on peut déroger puisqu'elle le prévoit.
Quand on enfonce le principe, il n'y a plus de limites. La loi autorise un avortement jusqu'à 12 semaines, pourquoi pas jusqu'à la naissance sans condition ? Pourquoi pas après la naissance ? Il n'y a plus aucune raison de mettre le garde-fou à un endroit particulier, du moment que le principe est enfoncé.
Je finirais cette première partie en revenant sur le propos cité ci-dessus, qui parachève le torpillage de la pensée contemporaine concernant ces questions.
"D'accord, la loi autorise l'avortement, et demain, l'euthanasie, mais moi, bon chrétien, je ne ferai jamais cela, de toutes façons. Alors ces questions, je m'en fiche". Ce discours conduit à une double erreur. Premièrement, le fait qu'un fait de société, et une décision d'autoriser le meurtre d'enfants à naître ou de personnes âgées, ne concerne pas un individu isolé. En effet, ce n'est pas parce que je ne le fais pas que je n'ai pas à dénoncer l'injustice (rappelons que ces lois engendrent des victimes). Deuxièmement, le fait que la loi le permette engendre tout un système qui peut conduire à ces "exceptions" au principe de respect de la vie que sont l'avortement et l'euthanasie. Regardons aujourd'hui combien notre système de santé, avec nos cotisations, est organisé pour tuer parce que la loi le permet (220000 avortements par an ; en Hollande, 2000 euthanasies par an). Dès lors, où est la liberté, là où une adolescente mineure peut avorter sans en parler à ses parents, et donc en étant à la merci de conseillers du planning familial qui vont dérouler le processus d'"IVG" prévu par la loi.
Encore une fois, une fois le principe enfoncé, on fait n'importe quoi...
II) Ou tout le monde (à par l'industrie de l'avortement et de l'euthanasie) peut être content :
La deuxième partie se veut plus positive, et force de proposition. J'ai montré en première partie en quoi la formation de ces lois mortifères est illogique, et procède d'une volonté subtile de transgression d'un principe fondamental. La réponse à cette argumentation est de dire que des cas concrets sont à gérer par le législateur, qu'il y a des drames qui existent, et dont il faut s'occuper (par exemple : le viol pour la question de l'avortement, les souffrances pour celle de l'euthanasie).
Certes. Mais ce qui est à retenir est la chose suivante : ces cas particuliers (on oublie souvent que ce sont des cas particuliers, et qu'ils doivent être traités comme tels) peuvent être résolus sans violer le principe initial. Si l'on y regarde de plus près :

sur la question de l'avortement : la loi de 1975 voulait :
- mettre fin aux "faiseuses d'anges", pour garantir une meilleur hygiène de l'acte, et éviter la mort de femmes demandant à avorter
- "délivrer" les femmes des contraintes d'une grossesse non désirée
La solution trouvée depuis 30 ans : tuer l'enfant à naître. Or, il aurait été tout aussi efficace de développer les maisons de naissance, les maisons d'accueil des futures mères et les réseaux d'adoption qui auraient accueilli les enfants non désirés. On aurait traité chaque problème énoncé ci-dessus, sans déroger au principe inconditionnel du respect de la vie depuis le commencement jusqu'à sa fin naturelle. De plus, cela aurait certainement coûté moins cher à l'assurance maladie (40 millions d'euros par an en France, sans compter les coûts indirects, ni les coûts d'opportunité [je peux développer ces deux points si cela intéresse quelqu'un...]).

sur la question de l'euthanasie, on veut :
- soulager la souffrance des malades en fin de vie
- "prendre en charge" les pathologies particulières (morts cliniques, comas, etc.)
La solution proposée par le PS : permettre le meurtre du malade, pour se débarrasser de la souffrance, ainsi que des pathologies particulières. Il existe pourtant un moyen simple d'atteindre ces objectifs sans revenir sur le principe fondamental, et ce moyen est connu depuis longtemps. Le développement de soins palliatifs vide de sens de fait une législation autorisant l'euthanasie, et c'est simplement céder aux lobbys de la médecine que de persister dans cette voie. Cela m'étonnerait que le PS ne sache pas que ce type de soins existe.
En conclusion, on peut légitimement s'interroger sur la volonté systématique de transgresser subtilement des principes fondamentaux avec de faux arguments. Sur ces questions fondamentales, il convient d'avoir les idées claires et d'être bien informé.
Liens vers une bibliographie abondante :
http://www.genethique.org/doss_theme/do ... anasie.htm
Je rappelle quand même la question qui me taraude : un catholique peut-il donner sa voix à un programme qui projette de légaliser l'euthanasie ?
Réponse simple : non. Et si tous les candidats proposent des lois de mort, il convient de voter blanc (et tant pis si cela ne compte pas pour le scrutin, l'action politique du citoyen dans la Cité ne s'arrête pas au bulletin de vote ; on peut fort bien interpeller les élus en dehors de l'isoloir ; à titre d'exemple, les
associations familiales catholiques (AFC) ou la
fondation Lejeune ne s'en privent pas...).
En Christ,