St Augustin et la création
Publié : dim. 17 mars 2013, 16:56
Soyons d’abord clair : pour Saint Augustin, l’homme est tiré du limon de la terre sans parents et Eve est tirée d’une côte de l’homme. Point. Il ne s’en écartera pas. Il n’avait aucune idée des australopithèques, de l’homo habilis, de l’homo erectus ou de l’homo sapiens vivant il y a cent mille ans. Il n’avait aucune idée de l’ADN qui compose un être, ni de la chaîne chromosomique provenant d’un mélange des gênes parentaux.
Mais, le sujet l’a profondément interpellé et sa réflexion très concrète est riche d’ouvertures vers une compréhension différente de celle qu’il pouvait avoir à son époque.
Il nous y encourage lui-même : « A-t-on une opinion plus vraisemblable sur ces vérités? Loin de la combattre, j'y applaudirai » (de la Genèse, L. VII, 42).
Pour Saint Augustin, il est clair qu’Adam et Eve ont réellement existé dans l’histoire réelle.
La première conviction très moderne de Saint Augustin, c’est celle d’une double création qui peut rejoindre la conviction actuelle qu’il ne faut pas nécessairement confondre l’adam (avec un article), l’humain terrestre, avec l’humain créé immortel à l’image de Dieu.
D’abord, il définit l’homme sur une base théologique. Il n’y a pas d’homme (au sens de Saint Augustin) lorsqu’il est seulement constaté une intelligence ou une religiosité terrestre : « l'homme est, comme la lumière primitive, une intelligence, et …, pour l'intelligence, exister, n'est au fond que prendre conscience du Verbe Créateur » (de la Genèse, L. III, 31).
« il fut créé par la connaissance même qu'il eut de son Créateur » (id., 32).
Notez le bien : sans cette « intelligence », cette « conscience du verbe créateur », cette « connaissance » de son Créateur, il n’y a pas d’homme, il n’existe pas.
« Si donc l'homme a été formé de la terre comme le reste des animaux, quel est son titre de supériorité sinon sa ressemblance avec Dieu ? Cette ressemblance ne consiste pas dans la forme du corps, mais dans l'intelligence » (L. VI, 22)
Pour Saint Augustin, il y a eu une double création. Il estime que « l'homme fait comme en germe dans les profondeurs de la nature, ainsi que, tous les êtres créés ensemble à l’instant où naquit le jour, aurait pris avec le temps ces formes sous lesquelles aujourd'hui il passe sa vie dans la pratique du bien ou du mal, de la même façon que l'herbe, faite avant d'avoir poussé sur là terre, se développa avec le temps et sous l'influence des eaux de la source » (id., L. VI, 1).
« De tous ces êtres celui qui est arrivé à l'existence apparaît avec les modifications qui composent la vie, et qui sont le développement effectif dans une substance réelle des causes secrètes, virtuellement contenues dans toute créature : telle fut l'herbe, après avoir poussé sur la terre, tel fut l'homme formé en être vivant, et, en un mot, les animaux ou les plantes que Dieu produit en vertu de son activité continue » (id., 17).
Qu’aurait-il pensé de la longue histoire anthropologique qui nous est aujourd’hui connue ?
« Dieu fit tous ses ouvrages à la fois, pour produire dans la suite des temps tous leurs effets : elles sont complètes, en ce que l'existence qu'elles acquièrent dans le cours du temps a toutes les qualités implicitement contenues dans le principe de leur espèce ; elles sont inachevées, en ce qu'elles renferment le germe d'êtres à venir qui doivent apparaître dans la suite des temps, au moment opportun » (id., 18).
« Dieu, ayant volontairement établi les causes primitives, n'a point dérogé à cet ordre, non plus qu'à sa volonté même. Au contraire, n'a-t-il point déposé toutes les causes dans la création primitive et en a-t-il gardé quelques-uns dans les mystères de sa volonté? Les effets de ces dernières ne sont point liés nécessairement aux effets des autres; cependant les principes que Dieu a voulu se réserver ne sauraient être contraires à ceux qu'il a voulu établir : car la volonté en Dieu ne saurait admettre de contradiction ; il a donc créé les premières de telle sorte que leurs effets soient possibles sans être nécessaires ; quant aux secondes, il les a enfermées dans l'univers, afin qu'elles produisent nécessairement les êtres, puisqu'elles sont la condition première de leur existence » (id., 29)
Quelle lucidité et quelle concordance par rapport aux connaissances scientifiques actuelles !
St Augustin perçoit toute la difficulté de sa réflexion : « On ne me comprendra peut-être plus; car je fais abstraction de toute idée physique, je dépouille les semences elles-mêmes de toute étendue. L'homme n'était pas même un raccourci d'atome, lorsqu'il fut fait dans la création des six jours. La semence fournit une métaphore assez heureuse pour faire comprendre cette idée, parce que les êtres qui doivent en sortir plus tard y sont virtuellement contenus; mais avant les semences matérielles, il y a les causes, les principes invisibles : c'est le point délicat à saisir. » (id., 11).
Délicat ? En effet. L’abstraction de toute idée physique ? Il imagine, dans les six jours, une création limitée aux « principes invisibles », avec, pour l’homme, « pas même un raccourci d’atome ».
Cependant, il admet que « lors de la formation de l'homme au sixième jour, la cause virtuelle du corps était renfermée dans les éléments matériels; tandis que l'âme créée comme le jour primitif, était restée enveloppée dans les oeuvres de Dieu jusqu'au moment marqué où le souffle divin l'associa au corps formé du limon de la terre » (L. VII, 35).
Donc, pas même un atome, mais néanmoins une cause « dans les éléments matériels ».
Mais, avec nos connaissances d’aujourd’hui, ne pouvons-nous comprendre que ce qui n’était « pas même un raccourci d’atome », c’est l’être nouveau en relation avec Dieu, l’homo capax Dei ? Ne pouvons-nous comprendre aujourd’hui qu’un hominidé a pu se développer comme les plantes et les animaux avant d’être créé homo capax Dei ?
Pour Saint Augustin, la création de l’homme « mâle et femelle » précède la formation de Eve dans le jardin d’Eden, ce qui peut ouvrir une compréhension distinguant clairement le développement des principes matériels de l’humanité et la création nouvelle qui s’est produite dans l’Eden de Dieu.
Il est même particulièrement affirmatif : « Le sixième jour en effet, Dieu, loin de créer l'homme, en laissant a la femme le temps nécessaire pour naître, « créa l'homme et le créa mâle et femelle: et il les bénit. » » (id., 3) et « l'Écriture énumère fort clairement les êtres créés le sixième jour, c'est-à-dire, les animaux selon leurs espèces, quadrupèdes, reptiles et bêtes, et l'homme créé mâle et femelle à l'image de Dieu ». (id., 5).
Or, constate-t-il, « les termes mêmes du récit où Dieu plante le Paradis, y place l'homme, son ouvrage, lui amène les animaux afin qu'il leur donne un nom, et ne trouvant point d'aide pour Adam qui fût semblable à lui, tire d'une de ses côtes et forme la femme, témoignent bien clairement que tous ces actes se rattachent, non aux oeuvres dont il se reposa le septième jour, mais à celles qu'il produit dans le cours du temps » (id, 5).
« Qu'on ne dise pas que l'homme fut créé mâle le sixième jour, femelle les jours suivants. L'Ecriture déclare expressément que « le sixième jour Dieu créa l'homme mâle et femelle et les bénit. » Ce fut donc encore une double création : l'une virtuelle, et comme un germe déposé dans le monde par la parole de Dieu, lorsqu'il fit à la fois les œuvres dont il se reposa le septième jour, et qui devaient être le principe de toutes les créatures appelées à naître chacune en son temps dans la suite des siècles; l'autre, analogue à celle d'aujourd'hui par laquelle Dieu opère dans le temps, le moment étant venu où Adam devait se former du limon de la terre, et la femme d'une de ses côtes » (id., 8).
« il est incontestable que la formation de l'homme tiré du limon de la terre, et celle de la femme, tirée d'une de ses côtes, se rattachent non à la création universelle et simultanée après laquelle Dieu se reposa, mais aux oeuvres qu'aujourd'hui encore Dieu accomplit dans la suite des siècles » (id., 4)
« Il y eut donc une double création, l'une en principe et en puissance, comme il convenait à l'œuvre où Dieu créait tout à la fois, et dont il se reposa le septième jour, l'autre effective et successive qu'il continue encore aujourd'hui » (id., 7)
« dans la création primitive et simultanée, l'homme, loin d'avoir atteint le développement de l'âge mur, était moins qu'un enfant qui vient de naître, moins qu'un embryon dans le sein maternel, moins que le germe visible dont il naît, on pensera peut-être que c'est un rêve de métaphysicien. Qu'on revienne alors à l'Ecriture : on y verra que le sixième jour l'homme fut créé à l'image de Dieu, et créé mâle et femelle. Qu'on poursuive et qu'on demande à quelle époque fût formée la femme; on trouvera qu'elle fut formée en dehors des six jours : car, elle fut faite à l'époque où Dieu fit produire, à la terre de nouvelles bêtes des champs, d'autres oiseaux du ciel; et non au moment où les eaux produisirent les oiseaux, et la terre, les animaux vivants auxquels se rattachent les bêtes des champs. Or, c'est à cette dernière époque que l'homme fut créé mâle, et femelle : l'homme fut donc créé à deux moments différents » (id., 10).
« dans la création primitive et simultanée, l'homme fut formé comme un être possible, c'est-à-dire, dans le principe dont il devait sortir, et non avec l'existence effective qu'il mena plus tard » (id., 16)
Ainsi, selon St Augustin, l’homme « fut formé ainsi à l'origine du monde, parmi les causes primitives, au moment où elles furent créées toutes ensembles » puis « il fut créé, quand le temps marqué fut accompli, visiblement dans son corps, invisiblement dans son âme, ayant été composé d'une âme et d'un corps » (id., 19).
Saint Augustin ne considère pas la création de l’homme, mâle et femelle, du sixième jour comme un achèvement : « Quelque attention que j'aie mise, dans les développements qui précèdent, à prévenir toute confusion dans l'esprit des lecteurs, je suis bien convaincu qu'une foule d'entre eux, loin d'y voir clair, s'imaginent que, dans la création simultanée, l'homme reçut la vie et fut capable de discerner, de comprendre et de saisir la parole divine : « Voici que je vous ai donné toute herbe portant semence. » Qu'on veuille bien ne me prêter ni une pareille idée, ni un pareil langage » (id., 9).
Dans « le cours du temps », l’homme à l’image de Dieu est créé lorsqu’il est fait « capable de discerner, de comprendre et de saisir la parole divine ». Avant, nous pouvons considérer aujourd’hui qu’il pouvait y avoir une espèce humaine, mais pas encore un homme créé à l’image de Dieu, avec une âme immortelle.
Avant les évènements du jardin d’Eden, il n’y a pas d’homme au sens que Saint Augustin l’a défini avec une « conscience du Verbe Créateur » et « la connaissance même qu'il eut de son Créateur ».
En résumé, selon Saint Augustin, « De quelque façon que Dieu l'ait formé, il l'a formé comme pouvait et devait le faire un être tout-puissant et sage. Il a en effet déterminé les lois selon lesquelles les êtres sortent de leurs germes et apparaissent avec toutes les propriétés de leur espèce, d'une manière si infaillible que sa volonté domine tout. Sa puissance a assigné aux créatures leurs limites, mais sans s'y renfermer elle-même » (id., 23) et « quand on dit qu'il fut créé, on entend que Dieu créa la cause dont il devait sortir au temps marqué » (id., 26).
Faut-il encore penser, dès lors, avec nos connaissances actuelles de la préhistoire humaine, que « Adam, il est vrai, a pour caractère particulier d'avoir été formé de la terre et de n'avoir point eu de parents » (id., 23) et qu’il « fut, pense-t-on, créé dans la vigueur de la jeunesse, sans se développer avec les années ». (id., 25) ?
Si Dieu a pu se faire homme dans une lignée historique par Marie, ne pouvons-nous découvrir aujourd’hui, à la lumière de nos connaissances actuelles, qu’Adam et Eve ont pu être créés à l’image de Dieu dans une ligne historique semblable ?
Mais, le sujet l’a profondément interpellé et sa réflexion très concrète est riche d’ouvertures vers une compréhension différente de celle qu’il pouvait avoir à son époque.
Il nous y encourage lui-même : « A-t-on une opinion plus vraisemblable sur ces vérités? Loin de la combattre, j'y applaudirai » (de la Genèse, L. VII, 42).
Pour Saint Augustin, il est clair qu’Adam et Eve ont réellement existé dans l’histoire réelle.
La première conviction très moderne de Saint Augustin, c’est celle d’une double création qui peut rejoindre la conviction actuelle qu’il ne faut pas nécessairement confondre l’adam (avec un article), l’humain terrestre, avec l’humain créé immortel à l’image de Dieu.
D’abord, il définit l’homme sur une base théologique. Il n’y a pas d’homme (au sens de Saint Augustin) lorsqu’il est seulement constaté une intelligence ou une religiosité terrestre : « l'homme est, comme la lumière primitive, une intelligence, et …, pour l'intelligence, exister, n'est au fond que prendre conscience du Verbe Créateur » (de la Genèse, L. III, 31).
« il fut créé par la connaissance même qu'il eut de son Créateur » (id., 32).
Notez le bien : sans cette « intelligence », cette « conscience du verbe créateur », cette « connaissance » de son Créateur, il n’y a pas d’homme, il n’existe pas.
« Si donc l'homme a été formé de la terre comme le reste des animaux, quel est son titre de supériorité sinon sa ressemblance avec Dieu ? Cette ressemblance ne consiste pas dans la forme du corps, mais dans l'intelligence » (L. VI, 22)
Pour Saint Augustin, il y a eu une double création. Il estime que « l'homme fait comme en germe dans les profondeurs de la nature, ainsi que, tous les êtres créés ensemble à l’instant où naquit le jour, aurait pris avec le temps ces formes sous lesquelles aujourd'hui il passe sa vie dans la pratique du bien ou du mal, de la même façon que l'herbe, faite avant d'avoir poussé sur là terre, se développa avec le temps et sous l'influence des eaux de la source » (id., L. VI, 1).
« De tous ces êtres celui qui est arrivé à l'existence apparaît avec les modifications qui composent la vie, et qui sont le développement effectif dans une substance réelle des causes secrètes, virtuellement contenues dans toute créature : telle fut l'herbe, après avoir poussé sur la terre, tel fut l'homme formé en être vivant, et, en un mot, les animaux ou les plantes que Dieu produit en vertu de son activité continue » (id., 17).
Qu’aurait-il pensé de la longue histoire anthropologique qui nous est aujourd’hui connue ?
« Dieu fit tous ses ouvrages à la fois, pour produire dans la suite des temps tous leurs effets : elles sont complètes, en ce que l'existence qu'elles acquièrent dans le cours du temps a toutes les qualités implicitement contenues dans le principe de leur espèce ; elles sont inachevées, en ce qu'elles renferment le germe d'êtres à venir qui doivent apparaître dans la suite des temps, au moment opportun » (id., 18).
« Dieu, ayant volontairement établi les causes primitives, n'a point dérogé à cet ordre, non plus qu'à sa volonté même. Au contraire, n'a-t-il point déposé toutes les causes dans la création primitive et en a-t-il gardé quelques-uns dans les mystères de sa volonté? Les effets de ces dernières ne sont point liés nécessairement aux effets des autres; cependant les principes que Dieu a voulu se réserver ne sauraient être contraires à ceux qu'il a voulu établir : car la volonté en Dieu ne saurait admettre de contradiction ; il a donc créé les premières de telle sorte que leurs effets soient possibles sans être nécessaires ; quant aux secondes, il les a enfermées dans l'univers, afin qu'elles produisent nécessairement les êtres, puisqu'elles sont la condition première de leur existence » (id., 29)
Quelle lucidité et quelle concordance par rapport aux connaissances scientifiques actuelles !
St Augustin perçoit toute la difficulté de sa réflexion : « On ne me comprendra peut-être plus; car je fais abstraction de toute idée physique, je dépouille les semences elles-mêmes de toute étendue. L'homme n'était pas même un raccourci d'atome, lorsqu'il fut fait dans la création des six jours. La semence fournit une métaphore assez heureuse pour faire comprendre cette idée, parce que les êtres qui doivent en sortir plus tard y sont virtuellement contenus; mais avant les semences matérielles, il y a les causes, les principes invisibles : c'est le point délicat à saisir. » (id., 11).
Délicat ? En effet. L’abstraction de toute idée physique ? Il imagine, dans les six jours, une création limitée aux « principes invisibles », avec, pour l’homme, « pas même un raccourci d’atome ».
Cependant, il admet que « lors de la formation de l'homme au sixième jour, la cause virtuelle du corps était renfermée dans les éléments matériels; tandis que l'âme créée comme le jour primitif, était restée enveloppée dans les oeuvres de Dieu jusqu'au moment marqué où le souffle divin l'associa au corps formé du limon de la terre » (L. VII, 35).
Donc, pas même un atome, mais néanmoins une cause « dans les éléments matériels ».
Mais, avec nos connaissances d’aujourd’hui, ne pouvons-nous comprendre que ce qui n’était « pas même un raccourci d’atome », c’est l’être nouveau en relation avec Dieu, l’homo capax Dei ? Ne pouvons-nous comprendre aujourd’hui qu’un hominidé a pu se développer comme les plantes et les animaux avant d’être créé homo capax Dei ?
Pour Saint Augustin, la création de l’homme « mâle et femelle » précède la formation de Eve dans le jardin d’Eden, ce qui peut ouvrir une compréhension distinguant clairement le développement des principes matériels de l’humanité et la création nouvelle qui s’est produite dans l’Eden de Dieu.
Il est même particulièrement affirmatif : « Le sixième jour en effet, Dieu, loin de créer l'homme, en laissant a la femme le temps nécessaire pour naître, « créa l'homme et le créa mâle et femelle: et il les bénit. » » (id., 3) et « l'Écriture énumère fort clairement les êtres créés le sixième jour, c'est-à-dire, les animaux selon leurs espèces, quadrupèdes, reptiles et bêtes, et l'homme créé mâle et femelle à l'image de Dieu ». (id., 5).
Or, constate-t-il, « les termes mêmes du récit où Dieu plante le Paradis, y place l'homme, son ouvrage, lui amène les animaux afin qu'il leur donne un nom, et ne trouvant point d'aide pour Adam qui fût semblable à lui, tire d'une de ses côtes et forme la femme, témoignent bien clairement que tous ces actes se rattachent, non aux oeuvres dont il se reposa le septième jour, mais à celles qu'il produit dans le cours du temps » (id, 5).
« Qu'on ne dise pas que l'homme fut créé mâle le sixième jour, femelle les jours suivants. L'Ecriture déclare expressément que « le sixième jour Dieu créa l'homme mâle et femelle et les bénit. » Ce fut donc encore une double création : l'une virtuelle, et comme un germe déposé dans le monde par la parole de Dieu, lorsqu'il fit à la fois les œuvres dont il se reposa le septième jour, et qui devaient être le principe de toutes les créatures appelées à naître chacune en son temps dans la suite des siècles; l'autre, analogue à celle d'aujourd'hui par laquelle Dieu opère dans le temps, le moment étant venu où Adam devait se former du limon de la terre, et la femme d'une de ses côtes » (id., 8).
« il est incontestable que la formation de l'homme tiré du limon de la terre, et celle de la femme, tirée d'une de ses côtes, se rattachent non à la création universelle et simultanée après laquelle Dieu se reposa, mais aux oeuvres qu'aujourd'hui encore Dieu accomplit dans la suite des siècles » (id., 4)
« Il y eut donc une double création, l'une en principe et en puissance, comme il convenait à l'œuvre où Dieu créait tout à la fois, et dont il se reposa le septième jour, l'autre effective et successive qu'il continue encore aujourd'hui » (id., 7)
« dans la création primitive et simultanée, l'homme, loin d'avoir atteint le développement de l'âge mur, était moins qu'un enfant qui vient de naître, moins qu'un embryon dans le sein maternel, moins que le germe visible dont il naît, on pensera peut-être que c'est un rêve de métaphysicien. Qu'on revienne alors à l'Ecriture : on y verra que le sixième jour l'homme fut créé à l'image de Dieu, et créé mâle et femelle. Qu'on poursuive et qu'on demande à quelle époque fût formée la femme; on trouvera qu'elle fut formée en dehors des six jours : car, elle fut faite à l'époque où Dieu fit produire, à la terre de nouvelles bêtes des champs, d'autres oiseaux du ciel; et non au moment où les eaux produisirent les oiseaux, et la terre, les animaux vivants auxquels se rattachent les bêtes des champs. Or, c'est à cette dernière époque que l'homme fut créé mâle, et femelle : l'homme fut donc créé à deux moments différents » (id., 10).
« dans la création primitive et simultanée, l'homme fut formé comme un être possible, c'est-à-dire, dans le principe dont il devait sortir, et non avec l'existence effective qu'il mena plus tard » (id., 16)
Ainsi, selon St Augustin, l’homme « fut formé ainsi à l'origine du monde, parmi les causes primitives, au moment où elles furent créées toutes ensembles » puis « il fut créé, quand le temps marqué fut accompli, visiblement dans son corps, invisiblement dans son âme, ayant été composé d'une âme et d'un corps » (id., 19).
Saint Augustin ne considère pas la création de l’homme, mâle et femelle, du sixième jour comme un achèvement : « Quelque attention que j'aie mise, dans les développements qui précèdent, à prévenir toute confusion dans l'esprit des lecteurs, je suis bien convaincu qu'une foule d'entre eux, loin d'y voir clair, s'imaginent que, dans la création simultanée, l'homme reçut la vie et fut capable de discerner, de comprendre et de saisir la parole divine : « Voici que je vous ai donné toute herbe portant semence. » Qu'on veuille bien ne me prêter ni une pareille idée, ni un pareil langage » (id., 9).
Dans « le cours du temps », l’homme à l’image de Dieu est créé lorsqu’il est fait « capable de discerner, de comprendre et de saisir la parole divine ». Avant, nous pouvons considérer aujourd’hui qu’il pouvait y avoir une espèce humaine, mais pas encore un homme créé à l’image de Dieu, avec une âme immortelle.
Avant les évènements du jardin d’Eden, il n’y a pas d’homme au sens que Saint Augustin l’a défini avec une « conscience du Verbe Créateur » et « la connaissance même qu'il eut de son Créateur ».
En résumé, selon Saint Augustin, « De quelque façon que Dieu l'ait formé, il l'a formé comme pouvait et devait le faire un être tout-puissant et sage. Il a en effet déterminé les lois selon lesquelles les êtres sortent de leurs germes et apparaissent avec toutes les propriétés de leur espèce, d'une manière si infaillible que sa volonté domine tout. Sa puissance a assigné aux créatures leurs limites, mais sans s'y renfermer elle-même » (id., 23) et « quand on dit qu'il fut créé, on entend que Dieu créa la cause dont il devait sortir au temps marqué » (id., 26).
Faut-il encore penser, dès lors, avec nos connaissances actuelles de la préhistoire humaine, que « Adam, il est vrai, a pour caractère particulier d'avoir été formé de la terre et de n'avoir point eu de parents » (id., 23) et qu’il « fut, pense-t-on, créé dans la vigueur de la jeunesse, sans se développer avec les années ». (id., 25) ?
Si Dieu a pu se faire homme dans une lignée historique par Marie, ne pouvons-nous découvrir aujourd’hui, à la lumière de nos connaissances actuelles, qu’Adam et Eve ont pu être créés à l’image de Dieu dans une ligne historique semblable ?