Il ne me semble pas que ce soit la raison principale. La vraie raison était de permettre à ceux qui ont une impossibilité physique de se rendre à la messe le dimanche, pour raisons professionnelles généralement (pas pour partir en week-end, n'est-ce pas), de le faire.
À mes yeux, il va de soi que dans un monde tel que le nôtre, les catholiques doivent pourquoi organiser leurs journées et leurs semaines comme bon leur semble, en choisissant librement les horaires d'accomplissement de leurs normes de piété.
Il est tout à fait probable que la Messe dite anticipée ait été instituée pour la raison que vous évoquez ; pourtant je n'ai encore lu aucun texte qui demande aux fidèles d'assister à la Messe à un moment du dimanche plutôt qu'à un autre.
Ensuite, concernant ces premières vêpres, il ne faudrait peut-être pas confondre la célébration des heures liturgiques et de la messe du jour.
La liturgie est un tout. Pour ceux qui récitent l'office, en particulier les prêtres et les religieux, c'est cela qui marque le temps.
D'abord, les premières vêpres existent-elles toujours dans les nouveaux livres ? Il me semblait que non.
La liturgie des heures ne fait pas partie de mes normes de piété, mais je suis presque sûr qu'elles existent toujours.
Ensuite, malgré les premières vêpres, on ne célébrait jamais de messe anticipée avant les années 1960. Pourquoi, selon vous ?
Il faut sans doute y voir une raison historique et non théologique. Preuve en est que l'Eglise a admis cette pratique par la suite.
Et pourquoi parle-t-on de messe "anticipée" ? Si on est dimanche dès samedi 5 heures, il n'est plus question d'anticipation du dimanche, puisque c'est déjà dimanche.
D'un point de vue lexical, cela pose problème. Sans doute parce que dans l'esprit des gens, un jour de la semaine commence à minuit. D'un point de vue liturgique en revanche, la question ne se pose pas ; en effet, la liturgie est exactement celle du dimanche.
Et que devient la messe du samedi ? Il y a une messe propre, normalement, le samedi, qui passe d'ailleurs souvent à la trape.
La Messe du samedi est alors célébrée le matin. Lorsque ce n'est pas le cas, il s'agit d'une carrence dans l'emploi du temps de la paroisse.
Cela ne change pas grand chose pour les personnes qui, comme moi, préfèrent assister à la Messe le matin plutôt que l'après-midi.
On communie deux fois dans la même journée ?
Non, puisque la communion du matin compte pour le samedi tandis que celle du soir pour le dimanche.
Je me permets de vous donner un exemple tout à fait personnel. En tant qu'organiste, je joue la plupart du temps pour une Messe dominicale anticipée le samedi soir et pour la Messe dominicale du dimanche matin. Je ne peux donc communier qu'une seule fois. Je choisis alors toujours de communier le samedi soir. Pour des raisons pratiques, cela me convient mieux. Quant à la Messe du samedi, j'y assiste le matin.
Je croyais que ce n'était possible qu'à Noël.
Il est permis de communier aux trois Messes de Noël, deux fois pour Pâques, la Pentecôte et l'Assomption ; deux fois également lorsqu'on assiste à une liturgie différente de celle du jour, comme un mariage ou des funérailles.
Et les complies du samedi soir : elles comptent pour samedi ou pour dimanche ?
Ils me semblent qu'elles comptent pour dimanche puisque logiquement elles sont récitées après les premières vêpres.
Cela dit, la pratique de célébrer la messe au dimanche matin est extrêmement ancienne. Chanter les 1res vêpres la veille au soir ne veut pas nécessairement dire que la messe qui suit est celle du dimanche, puisque celle du samedi existe.
Certes, mais la Messe du samedi est généralement célébrée le matin. De plus, une coutume ancienne, si louable soit-elle, n'est jamais immuable si l'Église en décide ainsi.
Plus simplement, dans la liturgie, le dimanche ne commence pas à minuit mais dès le samedi après-midi. C'est pour cette raison qu'il est licite de célébrer là Messe dès ce moment.
Samedi soir, et non samedi après-midi. Vêpres = "soir". Donc lorsque le soleil est sur le couchant. C'est licite parce que l'Eglise le permet explicitement. Mais avant les années 1960 l'Eglise ne le permettait pas, et ce n'était donc pas licite, alors que le système des premières vêpres se pratiquait, tandis qu'il ne se pratique plus maintenant. Ce n'est donc pas un argument valable. Le seul argument valable est ce qu'ordonne l'Eglise, dans ses décisions temporelles (il lui arrive de changer d'avis), en fonction d'une situation temporelle (l'état de la société du moment).
Preuve que l'Eglise a la sagesse de s'adapter à chaque époque et à ses besoins. Je puis vous assurer que lorsqu'on doit réviser pour un examen, assister à la Messe anticipée permet de mieux organiser son temps afin de disposer de tout le dimanche pour étudier.
Quant à ce qui n'était pas licite et l'est désormais, on pourra dire la même chose de la communion dans la main ou de la célébration
versus populum... Certes, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux au niveau liturgique, loin s'en faut, mais si l'Église l'a permis, on ne peut pas s'y opposer.
La différence est si l'on choisit sciemment d'aller à la messe anticipée du samedi soir, dont le statut est particulier et soumis à certaines conditions (on ne parle pas de messe "anticipée" pour rien), afin d'en être débarrassé le dimanche. C'est le seul point qui mérite d'être regardé de près.
Votre mépris pour une catégorie de fidèles est assez agaçant. Mes parents assistent tous deux à cette Messe. Cela n'empêche pas qu'ils soient, à mes yeux, les personnes les plus aimables de leur paroisse.
D'ordinaire, une personne qui estime que la Messe est une perte de temps, n'y va pas. Si certains choisissent la Messe dite anticipée, c'est pour d'autres raisons.
En outre, il n'existe à ma connaissance aucune condition actuellement posée à l'assistance à cette Messe. En tant que juriste je me réfère toujours à des textes législatifs, rien d'autre, que ce soit dans le domaine profane ou religieux.
Je cherche seulement à savoir ce que demande réellement l'Eglise à ses fidèles. Il ne s'agit pas de croire l'Eglise infaillible, pour se servir ensuite de ce discours pour faire exactement le contraire de ce qu'elle demande réellement, en donnant l'impression de se conformer à ses recommandations.
Comme pour la communion dans la main et l'abandon du latin, lesquels sont aux antipodes de ce que veut l'Eglise...
Il me semble néanmoins qu'on ne peut classer la Messe dite anticipée dans cette catégorie. Qu'est-ce que l'Eglise nous demande ? Sanctifier le jour du Seigneur. Elle ne précise l'heure.
D'un point de vue chronologique, les saintes femmes arrivèrent au tombeau au point du jour.
Il est admis que le Christ est ressuscité pendant la nuit de Pâques. Puisque la fête de la Résurrection commence avec la veillée pascale, pourquoi n'en serait-il pas autant du dimanche qui est le jour où le Seigneur s'est relevé des morts ?
Par conséquent, les fidèles qui choisissent d'assister à cette célébration eucharistique sont, en quelque sorte, ceux et celles qui manifestent le plus grand empressement à sanctifier le saint jour. Ces personnes peuvent affirmer en tout humilité : dès que le dimanche a commencé, ma première action est d'assister à la Sainte Messe.
Vous croyez vraiment ça ?
Oui.
Personnellement, je trouve qu'il n'y a pas moins d'humilité à patienter un peu, sans craindre de sacrifier un jour entier, à savoir le dimanche.
Pourquoi s'obstiner à imputer de mauvais sentiments aux fidèles ? Je doute fort que la majorité des personnes qui assistent à la Messe dite anticipée ne le fasse que pour se débarasser de ce précepte. Au contraire, il est bon d'accomplir les normes de piété au plus tôt, que ce soit pour la Messe ou pour les autres pratiques de dévotion.