Bonjour, Pneumatis.
Pneumatis a écrit :Comme j'aimerais revenir au temps de Saint Paul pour comprendre comment de pieux juifs, trouvant leur foi accomplie en Jésus Christ ont cessé de célébrer ce qui était probablement le centre de toute leur vie quotidienne. C'était probablement un changement de mode de vie qui dépasse notre imagination, et qui devait demander une foi si radicale...
Pour ma part je ne crois pas un seul instant que les choses se soient passées de façon aussi abrupte et radicale; si tel était le cas, il y aurait des traces scripturaires d'une telle révolution.
Pneumatis a écrit : ... puisque vous observez le Shabbat, je m'interroge sur le sens que vous lui donnez. Car comme vous ne l'ignorez pas, ce n'est pas l'observation de la loi qui sauve mais la foi. Et la foi est intelligence de la vérité révélée en Jésus Christ ...
Entièrement d'accord avec vous pour dire que nous sommes sauvés par la Foi; l'obéissance est le fruit du Salut, et non l'inverse. Je n'y vois (pas plus que vous) la moindre raison de négliger un Commandement pour autant. Et pour vous répondre (partiellement), le sens que je donne au Sabbat n'est certainement pas d'y voir une condition du Salut. Enfin, parce que la Foi, comme vous le dites en substance, consiste notamment à comprendre les "choses de Dieu", il est en effet fondamental de comprendre les Commandements et les ordonnances de Dieu, comme le saint Sabbat et le saint Baptême. Jusque là nous sommes entièrement d'accord.
Pneumatis a écrit : ... Le jour du Seigneur (Dimanche), jour historique de la résurrection du Seigneur,
... il y a certes un symbole dans le fait que notre Seigneur Jésus est ressuscité au passage d'une semaine à l'autre, marquant ainsi le passage de l'Ancienne à la Nouvelle Alliance, à une nouvelle "économie" dans l'histoire de la Révélation. Après que tout fut accompli à la Croix, la Résurrection assure aux élus leur propre résurrection et ouvre les portes de la Nouvelle Jérusalem, le Royaume de Dieu définitif et à venir. On note aussi que ce dimanche-là était la fête juive de la dédicace de la première gerbe d'orge, une fête agraire d'action de grâce, elle aussi symbolique du passage à une ère nouvelle.
Pneumatis a écrit : ... que célèbrent les catholiques, n'est pas un nouveau Shabbat ... C'est une autre fête ... vous semblez faire un amalgame entre les deux fêtes comme si l'une se substituait fondamentalement à l'autre, alors que la substitution "en pratique" est une coïncidence... qui n'est pourtant pas accidentelle ...
Plusieurs "écoles" coexistent parmi ceux qui rejettent l'observance littérale du Sabbat du septième jour. Certains considèrent qu'il est aboli purement et simplement, d'autres que Jésus l'a spiritualisé et qu'il n'y a plus lieu d'y voir l'ordonnance d'une pratique concrète, d'autres encore qu'il est transféré au premier jour... Merci d'éclairer ma lanterne sur la position de l'Eglise Catholique romaine sur la question. Ceci dit je note que vous y voyez une "substitution en pratique et non accidentelle". Techniquement, il y a bien un transfert d'une pratique à l'autre, comme vous le notiez plus haut dans votre scenario.
Pneumatis a écrit : ... De sorte que de tout mon blabla, vous pouvez en conclure une chose : pour tout homme qui connait le Christ, le commandement d'observer le Shabbat s'accomplit une fois pour toute dans le baptême en Jésus Christ ...
... Quant à ... confondre [Shabbat et la résurrection] , même si cela pourrait presque avoir une certaine cohérence, c'est oublier que si ils sont analogues (le Shabbat étant un prémisse du baptême, et l'eucharistie un renouvellement du baptême), ils ne sont pas substituables parce que leur fonction s'appliquent à des états différents de l'accomplissement de l'homme. Il est plus cohérent, et j'ose dire plus conforme à la sanctification de nos vies, d'être un juif pieux pratiquant le Shabbat, que d'être un baptisé en Jésus Christ pratiquant le Shabbat. Cette deuxième situation me semble révéler soit une ignorance du sens du baptême et du Shabbat, soit une forme de négation du baptême - une forme d'apostasie. C'est comme si vous entriez dans le baptême, accomplissant totalement ce à quoi vous préparait le Shabbat, et que vous reveniez "en arrière", en reniant l'efficience de votre baptême ...
C'est justement ce que je reproche à la position "dominicaliste": avoir besoin de recourir à tout un blabla sans la moindre référence biblique pour en arriver à la conclusion que je n'ai pas besoin d'observer tel Commandement sous prétexte d'être "en Christ", "dans le repos en Christ", dans la "vie de Dieu".
Je note que vous me traitez d'apostat en écrivant:
Pneumatis a écrit : ... Il est plus cohérent, et j'ose dire plus conforme à la sanctification de nos vies, d'être un juif pieux pratiquant le Shabbat, que d'être un baptisé en Jésus Christ pratiquant le Shabbat. Cette deuxième situation me semble révéler soit une ignorance du sens du baptême et du Shabbat, soit une forme de négation du baptême - une forme d'apostasie ...
Je connais bien sûr de longue date l'argument: le saint Sabbat serait incompatible avec la vie en Christ, et tant qu'à faire, lorsque l'on s'adresse à un Baptiste du septième jour, autant lui faire remarquer, en toute fraternité bien sûr, que l'intitulé même de son Eglise porte les marques de l'apostasie. C'est un peu comme les néo-"Evangéliques" qui me citent à tour de bras Galates 5:4
Vous êtes séparés de Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la loi; vous êtes déchus de la grâce. Il reste à prouver
bibliquement que la pratique du Sabbat littéral est incompatible avec la Nouvelle Alliance. Quoi qu'il en soit, il me semble regrettable d'avoir recours à des raisonnements en lit de Procuste pour
changer les temps et la loi, comme l'a prophétiquement déploré Daniel (7:25).
Le saint Sabbat a été institué par Dieu en Genèse 2:1-2 comme mémorial de la Création, puis confirmé dans les Dix Commandements. On note que dans la version du Livre de l'Exode, le Sabbat est confirmé comme mémorial de la Création, et que dans le Deutéronome il est donné comme mémorial de la sortie d'Egypte. C'est là aussi qu'il faut, me semble-t-il, trouver le sens du Sabbat chrétien:
Christ, notre Pâque, est Celui qui nous a fait sortir de l'Egypte spirituelle en nous délivrant de l'emprise du péché par Sa mort à la Pâque et qui nous ouvre les portes de la nouvelle création par Sa Résurrection lors de la fête de la dédicace des premiers épis d'orge. Pour les Chrétiens sabbatistes, tel est le sens spécifiquement chrétien du Sabbat, et qui était préfiguré par le Sabbat vétéro-testamentaire. Le repos sacré symbolise le repos, la paix spirituelle que nous recevons tant de la part du Crucifié que du Ressuscité.
Lorsque Dieu S'est Lui-même reposé lors du septième jour de la création, c'était sans doute une préfiguration du temps où, après la parenthèse du péché, Il pourrait enfin jouir de la présence aimante de Ses élus, dans l'éternité. Nous avons l'assurance que dans l'éternité, nous jouirons nous-mêmes enfin du repos parfait, de la paix intérieure parfaite et de la béatitude absolue. Le Sabbat a donc aussi un sens prophétique.
Le Sabbat chrétien a aussi ceci de commun avec le Shabbat juif un aspect beaucoup plus pratique, à savoir qu'il nous faut donner à Dieu plus que la dîme de notre temps, mais un jour sur sept pour répondre à la sainte convocation et se consacrer à la piété et aux choses essentielles. De ce point de vue le Sabbat est comparable à un jeûne, en tant que cessation d'une activité du corps au profit d'un retour vers Dieu. Le troisième sens du Sabbat, après le sens doublement commémoratif et le sens prophétique, est donc la conversion. Pour un Juif, "faire shabbat", c'est "faire téchouva". Pour un Chrétien, sanctifier le Sabbat, c'est revenir sans cesse à Dieu en ravivant le sens de son Baptême. En tant que pasteur baptiste du septième jour, je recommande parfois aux fidèles de se remémorer les voeux et les circonstances de leur Baptême le Sabbat venu.
Bonne semaine à toutes et tous.