Epsilon a écrit : … j’ai du mal à vous « saisir » … par exemple votre dernière phrase : « En regardant le Christ et ses miracles, nous pouvons prendre conscience de ce que l’homme sans péché aurait pu faire » … c’est du « chinois » pour moi … que vient faire le « Christ » au regard de « l’homme sans péché » … c’est pas clair clair !!! serions nous des « christs » en puissance ??? …
Cher Epsilon,
Je vais essayer d’être plus clair.
Tunique faite de peau ? Oui, en ce sens que notre peau, celle qui nous recouvre des pieds à la tête est la barrière physique qui nous sépare de l’extérieur. Cette barrière physique correspond aussi, pour l’homme marqué par le péché originel, à une limite spirituelle. Il ne voit plus guère ce qui n’est pas fait de chair. La réalité spirituelle lui échappe désormais dans une large mesure. C’est pourquoi, le texte hébreu utilise le mot our traduit ailleurs par aveugle. Notre vie dans une peau corporelle est aussi une vie aveugle par rapport à une grande part de la réalité.
Penser que la tunique de peau dont Dieu a revêtu Adam et Eve est une peau d’animal, une fourrure, est une interprétation n’ouvre que peu de sens
Il ne faut pas oublier que le troisième chapitre de la Genèse nous raconte un événement principalement spirituel qui se produit principalement dans la réalité spirituelle que le texte ne peut nous relater que de manière imagée, même si l’évènement fut aussi historique.
En ce qui concerne le Christ, vous trouvez que le lien n’est pas « clair, clair ».
Et pourtant…
Si nous nous intéressons à la Genèse, ce n’est pas par simple curiosité généalogique ou théorique.
Ce qui nous unit et nous rassemble, c’est le Christ. C’est lui qui nous convainc, que nous croyons et que nous voulons suivre. C’est lui qui nous révèle ce qui compte vraiment, pourquoi nous vivons, vers quoi nous tendons, ce qu’est notre vie humaine et notre espérance.
Sans le Christ, nous ne connaîtrions quasi rien d’Adam, rien d’utile pour mieux comprendre qui nous sommes, pourquoi nous sommes ici, vers quoi nous pouvons aller.
N’oublions pas que l’Ecriture nous dit que le Christ est le nouvel Adam et que, vrai Dieu, il s’est aussi fait vrai homme, qu’il est en tout semblable à nous, et donc aussi à Adam, sauf et uniquement sauf le péché.
Nous imaginons facilement, mais à tort, Jésus comme Dieu (certes), mais déguisé en homme.
Nous imaginons aisément que c’est parce qu’il est Dieu qu’il a fait des miracles, qu’il est ressuscité !
L’Evangile est autrement plus étonnant : c’est aussi parce qu’il est vraiment homme qu’il a pu vivre tout ce qu’il a vécu sur la terre.
Adam a été créé à l’image de Dieu. En communion avec Dieu.
Adam était une créature. Il n’était pas Dieu, mais son corps avait tout ce qui est nécessaire pour que Dieu lui-même puisse y vivre, y déployer sa propre vie divine, puisque le Christ a pu s’incarner dans un corps en tout semblable au nôtre, en tout semblable à celui d’Adam.
Jésus nous enseigne et nous montre qu’Adam a tout reçu de Dieu.
Jésus, vrai Dieu, vivant éternellement dans la Trinité divine comme Fils, est venu vivre en vrai homme. Pas en super magicien vivant dans une condition autre que la nôtre.
Mais, sans le péché, il nous a montré ce qu’est vraiment un homme, la vie qui lui est réellement donnée et dont nous avons perdu conscience.
Ce qui nous manque, c’est la foi, la confiance en Dieu, en l’infinie bonté, en la vie qui est en Lui seul. Durant sa vie terrestre, tout ce que Jésus demandait au Père, il l’obtenait : changer les éléments matériels (de l’eau en vin) et les multiplier (comme les pains), dominer le vent et la tempête, marcher sur l’eau, guérir les malades et ressusciter des morts, etc.
Et, il ne s’est pas limité à faire lui-même des miracles, il a permis à ses apôtres d’en faire aussi. Et, il a ajouté, pour tout homme : tout (tout !) ce que vous demanderez en mon nom vous l’obtiendrez. Si vous aviez la foi comme la plus petite des graines, vous pourriez même déplacer des montagnes. Mesurons-nous à quel point le péché originel a affaibli l’homme ?
Adam, en communion avec son Père créateur, aurait pu faire dans la création terrestre, obtenir de son Père créateur, tout ce que le Christ a obtenu durant sa vie terrestre.
Adam et Eve n’auraient pas été soumis à la mort, mais ils auraient développé la création tout entière au delà de toute limite imaginable dans notre condition de pécheur. Dans la Genèse, il nous est révélé que l’humanité a reçu le pouvoir de dominer toute la création.
Le psaume 8 chante si bien ce qu’est un fils d’Adam :
« A peine le fis-tu moindre qu’un dieu ; tu le couronnes de gloire et de beauté, pour qu’il domine sur l’oeuvre de tes mains ;
tout fut mis par toi sous ses pieds, brebis et bœufs tous ensemble, et même les bêtes des champs, l’oiseau du ciel et les poissons de la mer »
Avant le péché originel d’Adam et Eve, la nature créée était exactement la même qu’aujourd’hui, mais elle leur était soumise, comme elle l’était au Christ qui nous a montré ce que pouvait être, vivre et faire un homme sans péché.
La nature n’a pas changé, ni ses lois, mais l’homme qui devait en être le moteur et le gérant n’y tient pas son rôle, en a perdu la maîtrise. Ses compétences techniques lui permettent de la recouvrer un tout petit peu, mais c’est si peu par rapport aux possibilités de l’homme sans péché que nous montre le Christ.
Lorsque nous assistons à une catastrophe naturelle, ne nous lamentons pas sur un prétendu défaut de la création, mais prenons conscience de la responsabilité de l’humanité qui n’est plus capable, à cause de la rupture avec la source de la vie héritée d’Adam et Eve, de contrôler et de maîtriser la nature comme ils auraient pu le faire car tout est possible, sans le péché, en communion avec la volonté du Père.
Ne cherchons pas à comprendre ce que fut l’homme avant le péché originel par nos propres raisonnements : regardons le Christ, le nouvel Adam. Il nous montre ce qu’est vraiment un homme. Comme lui, Adam et Eve auraient pu dire « je sais que tu m’exauces toujours » et les miracles n’auraient pas été « extraordinaires », mais auraient été le pain quotidien d’une humanité unie dans un lien d’amour et de vie avec Dieu, partageant comme le Christ une même volonté avec le Père et l’Esprit Saint.
Nous avons les plus grandes difficultés à comprendre que, dans le cours de l’histoire, de même que l’Esprit Saint est intervenu, dans une filiation biologique terrestre, pour y réaliser l’incarnation du Fils de Dieu lui-même, il a existé un autre moment et un autre endroit tout aussi précis où le souffle de l’Esprit Saint a créé un être radicalement nouveau à l’image de Dieu, avec une vie éternelle, une âme immortelle, capable de vivre en communion avec la source de la vie, Dieu lui-même, capable de participer à son amour trinitaire et d’en bénéficier sans limites.
Rien ne nous permet mieux de comprendre ce que fut Adam, le premier homme, avant et sans le péché, que de regarder le Christ, vrai homme et pas seulement vrai Dieu.
Le Christ nous révèle ce qu’est l’humanité, ce qu’est l’homme créé.
Il nous permet de dépasser un point de vue fixiste, comme les derniers papes nous y invitent. De même que le vrai Dieu a pu se faire vrai homme dans une lignée biologique terrestre, nous ne devons pas hésiter à accepter qu’Adam et Eve ont, eux aussi, pu être créés dans une ligne biologique terrestre, précédés par une longue évolution de milliards d’années que la science moderne nous détaille.
Mais, à un moment donné, de même que l’Esprit Saint a incarné plus tard le Fils de Dieu dans le sein d’une femme, ce même Esprit Saint est intervenu physiquement et spirituellement pour créer Adam et Eve, premiers êtres dotés d’une âme immortelle.
De même que Jésus avait une mère non divine, mais simplement humaine, des grand-parents et des cousins non divins, mais simplement humains, il ne faut pas craindre de constater que, dans le cours de l’histoire du monde, Adam et Eve ont pu avoir des ascendants et des cousins non humains, c’est-à-dire n’ayant pas une âme immortelle, ni une communion consciente avec Dieu.
Sommes-nous des Christs en puissance ? Nous ne sommes que des créatures, alors que le Christ est Dieu, mais c’est bien toute sa puissance que le Christ vient nous offrir, et, plus exactement, nous restituer après que le péché originel nous en ait privé.
Adam a été créé sans péché. Le Christ créé sans péché est un nouvel Adam qui nous montre ce que fut le premier avant la chute.
J’espère, cher Epsilon, avoir été un peu plus clair.