Aperçu sur la mystique chrétienne

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lmx
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

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Trouvé sur scribd les écrits spirituels de Dom Jean Baptiste Porion

http://www.scribd.com/doc/39171031/Ecri ... Dom-Porion

wikipédia a écrit :Dom Jean-Baptiste Porion (1899-1987), né Maximilien Porion, à Wardrecques (Pas-de-Calais), le 21 mars 1899. Il fit profession à La Valsainte le 1er novembre 1925 où il est entré en 1924 après des études de chimie. Ami de Jacques Maritain et de S. Fumet (qui l'évoque dans ses Mémoires sous les pseudonymes de "dom *******" [= dom Sept étoiles] ou de "Dom Vermeil", il attira les visites d'intellectuels et d'artistes, et accompagna de nombreux convertis. D'abord vicaire (sous-prieur) à La Valsainte, il exerça ensuite la charge de procureur général de son ordre auprès du Saint-Siège de 1946 à 1985. Il est notamment l'auteur de Amour et Silence par un chartreux, paru anonymement après la guerre à l'instigation de l'abbé Journet. Il s'agit de la rédaction de conférences spirituelles faites aux novices de la Valsainte, dans les années 1922-1925 par Dom Gérard Raemakers, alors maître des novices. Il y ajouta, à la demande de Charles Journet et de Jacques Maritain, quelques sermons qu'il avait prononcé devant les frères convers ou au chapitre conventuel de la Valsainte. Il publia en outre dès 1938, d'abord sous forme d'un article, puis sous forme d'un volume indépendant La sainte Trinité et la vie surnaturelle[13]. Il traduisit et commenta enfin les poèmes spirituels de la mystique médiévale, Hadewijch d'Anvers. Un autre recueil de sermons et conférences spirituelles prononcées pour les frères convers de la Valsainte, les uns antérieurs à son séjour romain, les autres postérieurs, fut publié après sa mort sous le titre Écoles de silence, Saint-Maurice, 2002, éditions Parole et Silence[14].
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Stephane74
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

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Merci lmx pour ces partages sur la mystique Chrétienne, tout est si concordant dans les nombreux témoignages sur ce sujet. Je lis actuellement Sainte Thérèse d'Avila / le château intérieur : un exemple de plus. Il m'aide à comprendre et approfondir ma relation à Dieu.
Sainte Thérèse d'Avila indique notamment que nous n'avons pas tous vocation à être conduit de la sorte par notre Seigneur.
Jérémie 24:7 Je leur donnerai un coeur pour qu'ils connaissent que je suis l'Éternel ; ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu, s'ils reviennent à moi de tout leur coeur.
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lmx
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

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Ravi que ça vous ait plus

Un texte spécialement pour vous :)
[+] Texte masqué
Dans la Tradition spirituelle occidentale comme orientale, il y a une faculté de connaissance bien supérieure à celle qui permet la connaissance discursive (dianoia). On parle généralement de l'esprit (du noûs) ou de l'intellect qui sont synonymes. St Jean de la Croix parlait de "l'esprit qui permet de communiquer avec Dieu" (MC III,26,4). Avant lui, les rhénans influencés par "l'abditum mentis" de St Augustin parlaient du fond de l'âme, c'est à dire du recoins secret de l'âme où seul Dieu a accès.

La faculté intellectuelle (noûs) est donc différente de la faculté cogitative ou discursive de l‘âme car elle permet une forme de connaissance unitive. C'est à dire que l'intellect donne droit à un type de connaissance où la distance qui sépare le sujet de l’objet perçue est abolie.

Autrement dit, avec l’esprit il ne s’agit ne s’agit plus de disserter mais de connaître Dieu par Dieu et en Dieu, ce qui est le propre de la connaissance spirituelle. dans ta lumière nous voyons la lumière Ps 35:10
Pour autant comme je l'ai déjà écrit, il n’y a pas de place pour la subjectivité. L’individualité doit s’effacer derrière l‘objectivité Divine. On ne trouve pas de mystique catholique ou orthodoxe qui conteste le dogme et qui se pense légitime pour interpréter le texte biblique comme il lui convient, car précisément le dogme constitue une limite salutaire à la subjectivité. Le dogme devient un moyen de mortification. En revanche, on trouve beaucoup de pseudo théologiens raisonneurs à l'intelligence spirituelle proche du néant pour vouloir tout remettre en cause.




L'intellect chez Isaac le Syrien


Isaac le Syrien, moine originaire du Qatar, est incontestablement un des plus grands auteurs spirituels du christianisme oriental. Il est aujourd'hui cité dans le catéchisme sous le nom d'Isaac de Ninive.

Classiquement Isaac le Syrien distingue deux parties dans l'âme, l'inférieur avec les sens, la supérieur avec l'intellect.

L'intellect (noûs, esprit) est, comme il a été dit plus haut, la plus haute faculté pour connaitre Dieu.
Mais il ne faut pas oublier le cœur qui est le « principe directeur » de l’âme. Il est la racine de l’intellect et celui-ci est comme l’œil de l’âme ainsi que l’écrit Isaac :

« autre est la pureté de l’intellect et autre celle du cœur. L’intellect est l’un des sens de l’âme, mais le cœur contient et maîtrise les sens du dedans. Il est la racine. Si la racine est sainte, les branches sont saintes. Autrement dit, si le cœur est pur, il est clair que tous autres sens sont pures
»

David demandait un cœur pure. Le Christ rappelait que ce sont les cœurs pures qui verront Dieu. La lettre aux hébreux parle des pensées du cœur(Heb 4:12) Dans la lettre de Pierre, l’homme intérieur est caché dans le cœur. (1 P 3:4)

O Dieu, crée en moi un coeur pur; et renouvelle au dedans de moi un esprit ferme. Ps 51,12
Garde ton coeur avant toute chose, car de lui jaillissent les sources de la vie. Pr 4:23


Aussi la nouvelle loi est-elle celle qui est gravée dans le cœur, ce qui fait du baptême une circoncision du cœur. Je mettrai ma loi au dedans d'eux. Et je l'écrirai sur leur cœur Jérémie 31:32



Il est dommage que l’occident ait quelque peu oublié la place du cœur car il représente véritablement l’unité du composé humain. Aussi, est-il écrit dans le catéchisme que le coeur est lié à la personne.

Mettre l’accent sur l’esprit, si on se souvient que le cœur est la racine du tout, ne pose plus de problème, et à cet égard les pères du désert, comme St Macaire, parlaient de devenir "tout entier oeil" comme le Chérubins couvert d’yeux dans le 1er chapitre d'Ezekiel . Aussi dans un apophtègme des pères du désert Abba Bessarion dit :« le moine doit être comme les chérubins et les séraphins, uniquement oeil »

L’homme étant un palais écroulé reconstruit avec ses ruines comme l’écrit Chateaubriand, les théologiens d’orient parlent de faire descendre l’intellect (noûs) dans le cœur afin de réunifier le composé humain. Le cœur étant ce petit récipient qui contient Dieu comme dit Macaire, faire descendre l’esprit dans le cœur c’est, par un même mouvement de descente au plus profond de soi, sortir vers ce qui nous dépasse infiniment. Autrement dit, c'est se dépasser vers l'intérieur.

« Faire descendre l’esprit dans le coeur », cette expression a été interprétée, surtout par les spirituels russes, comme l’exigence d’unité d’homme, dont le psychisme blessé est divisé en intellectualité et affectivité. Or cette unité ne pourra être réalisée que par le nom de Jésus qui est la guérison et la nourriture du cœur. » explique Ysabel de Andia



Pour revenir sur Isaac, ce qui est le plus intéressant chez lui ce sont les étapes qu'il distingue dans l'ascension spirituelle à travers le statut de l'intellect.

La première est celle où l'intellect est encore en mouvement, c'est à dire qu'il fonctionne naturellement et qu'il est dispersé.

« la prière sous toutes ses formes est liée au mouvement. Mais quand l'intellect pénètre les mouvements spirituels il n'y a plus de mouvement »

La seconde est celle de ce qu'il appelle la "prière pure", qui est un delà de la prière naturelle. A ce stade les mouvement discursifs de l'intellect ont cessé et l'intellect s'est comme immobilisé.
Cela équivaut à dire qu’il a retrouvé son état adamique de pure miroir de Dieu de sorte qu'en voyant son intellect nu on voit Dieu. "Pour une ressemblance divine ainsi restaurée, se reconnaitre elle même, c'est reconnaitre en soi le Dieu dont elle porte la ressemblance. En se voyant, elle le voit" écrit Etienne Gilson à propos de la théologie mystique de St Bernard.


« Tant que l’intellect n’a pas été délivré de nombreuses pensées, tant qu’il n’a pas atteint la simplicité de la pureté, il ne peut pas sentir la connaissance spirituelle »

Cela ne signifie pas que l'intellect devienne absolument immobile mais seulement qu'il ne se meut plus par son vouloir propre mais par le St Esprit. Ce qui fait de cette passivité absolue une activité absolue. Car c’est bien par Dieu que tout ce fait et que les actes acquièrent consistance. (Jn 15:5)

«  la prière spirituelle consiste en des mouvements de l’âme qui, par suite d’une véritable pureté, participent à l’activité du St Esprit. Un seul par myriades d‘hommes est jugé digne de cela …»

Cela correspond chez lui au passage du psychique (naturel) au spirituel.

"Tant qu'il s'active l'intellect est dans le domaine psychique. Mais quand il entre dans le domaine spirituel il cesse de prier.
"

L'intellect qui a accédé au domaine spirituel est absorbée par l'Esprit Saint qui le commande totalement. Il est redevenu pure et passif comme les eaux de la Genèse, la materia prima, attendant le souffle organisateur de l'Esprit. Dans l’histoire sainte, c’est Marie qui réalise parfaitement cet état de virginité ontologique, et donc qui représente la nature humaine réconciliée avec Dieu.

Il va sans dire que la seconde étape ne résulte pas pour Isaac du fait d'une technique.
D'abord, c'est à Dieu d'établir l'intellect dans cet état de grâce, mais c'est aussi à l'homme de purifier ses passions et de s'efforcer de mourir au monde, donc de penser et agir du point de vue de l'éternité.

Comme l’écrit Ysabel de Andia à la fin de son étude : «  ce sommet de la vie mystique est un pure don de la grâce. L’homme jouit d’un repos total parce qu’il a tout oublié de ce monde jusqu’à s’oublier lui-même.  Il ne s’agit pas de définitions scolaires, mais d’une expérience vécue dont le dernier mot est la béatitude de l’ignorance.»



Bref, le "but" étant de prier aussi purement que possible, la tradition orientale, de même que les théologiens rhénans et St Jean de la Croix, n'admet aucune formation d'image dans l'entendement durant la prière. Le plus important est de fixer son esprit sur chaque parole prononcée.
L'accent est aussi mis sur la la sobriété (nepsis) et l'apatheia (impassibilité), les sentiments, quand il n'ont pas une origine divine, devant être mis de côté.
C'est donc dire que la spiritualité doit être aussi objective et paisible que possible. Cela évite les illusions, de même que les impressions trompeuses d'avoir été abandonnées par Dieu.

Travaillez donc à élever votre esprit jusqu'au ciel, ou plutôt, à le fixer dans la méditation de certaines paroles qui se trouvent dans vos prières; et, bien qu'à cause de la faiblesse de votre enfance spirituelle, il vous arrive de faire des chutes, relevez-vous promptement et reprenez courageusement votre chemin. Hélas ! malheureusement l'inconstance n'est que trop le funeste apanage de l'esprit humain ! mais le Tout-Puissant peut changer cette inconstance en une constance et une fermeté inébranlables. Or, si vous ne cessez pas de lutter contre l'instabilité de votre esprit, Dieu, qui a fixé des bornes aux flots agités de la mer, en donnera Lui-même aux agitations de votre esprit, et leur dira : Vous viendrez jusque là, mais vous n'irez pas plus loin. (Job 38,11) Il est impossible à l'homme d'enchaîner la légèreté de l'esprit; mais tout est possible à Dieu, car c'est Lui qui a créé l'esprit. Jean Climaque , L'echelle sainte 28,17.


A propos de la théologie orientale et des pères cappadociens, St Basile, St Grégoire de Nysse et St Grégoire Nazianze, je crois qu'il convient de rappeler ce qu'écrivait Jean Paul II dans Orientale Lumen qui souligne l'importance de la divinisation :

http://www.vatican.va/holy_father/john_ ... en_fr.html

L'enseignement des Pères cappadociens sur la divinisation est passé dans la tradition de toutes les Églises orientales et constitue une partie de leur patrimoine commun. Cela peut se résumer dans la pensée que saint Irénée avait déjà exprimée au II e siècle : de sorte que ce Fils de Dieu deviendrait Fils de l'homme pour qu'à son tour l'homme devînt fils de Dieu (14). Cette théologie de la divinisation demeure une des acquisitions particulièrement chères à la pensée chrétienne orientale (15).

La note 15 comporte cette citation du théologien byzantin du 14è siècle Nicolas Cabasillas

(15) Rattachés au Christ, « les hommes deviennent des dieux et des fils de Dieu…, la cendre est élevée à un tel degré de gloire qu'elle devient désormais égale en honneur et en divinité à la nature divine ». Nicolas Cabasilas, La vie dans le Christ, I :
PG 150, 505



Bibliographie

Ysabel de Andia, Mystiques d'orient et d'occident , Abbaye de bellefontaine
Dernière modification par lmx le jeu. 28 avr. 2011, 11:43, modifié 2 fois.
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coeurderoy
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

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gerardh a écrit :_________

bonjour,

J'aime pas le mysticisme !

Le stroumph grognon ! :)


___________
Le mysticisme ou la mystique ??? Or la mystique n'est que le développement des grâces du baptême en nos âmes et notre croissance spirituelle dans la Vie trinitaire : toute âme priante ou souffrante unie au Christ et à l'Eglise est une âme mystique : il faut faire un distingo avec les phénomènes mystiques, impressionnants parfois, mais qui ne sont qu'accidents : ainsi Thérèse de Lisieux n'est-elle pas passée par les chemins de son homonyme du XVI ème s., la réformatrice du Carmel, et c'est pourtant une très grande mystique...Ceci dit, le mot prête aujourd'hui à confusion vu que les "mysticismes" de bazar foisonnent et polluent considérablement l'atmosphère spirituelle...
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"

Saint Bernard de Clairvaux
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Stephane74
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

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@lmx, quelques commentaires avec mes références limitées :

"Il est dommage que l’occident ait quelque peu oublié la place du cœur car il représente véritablement l’unité du composé humain. Le catéchisme écrit que le coeur est lié à la personne."

J'entendais hier un sociologue à la radio qui parlait du morale des Français : "On a rempli les portefeuilles et on a vidé les coeurs..."

"Il va sans dire que la seconde étape ne résulte pas pour Isaac du fait d'une technique.
D'abord, c'est à Dieu d'établir l'intellect dans cet état de grâce, mais c'est aussi à l'homme de purifier ses passions et de s'efforcer de mourir au monde, donc de penser et agir du point de vue de l'éternité. "


Nous laissons là nos passions de ce monde, si souvent synonyme de servage. Ce que nous mourrons au monde pour Dieu est rempli par Dieu de son esprit -> nous nous divinisons... on a tant de fardeaux à laisser sur le bord du chemin.

"Le cœur étant ce petit récipient qui contient Dieu comme dit Macaire, faire descendre l’esprit dans le cœur c’est, par un même mouvement de descente au plus profond de soi, sortir vers ce qui nous dépasse infiniment."

Cette descente au plus profond de soi c'est rejoindre Dieu qui est présent au centre (ou au plus profond) de notre âme. Cela rejoint l'image du "château intérieur" de Ste Thérèse d'Avila ou notre âme est un château et Dieu est dans la pièce la plus centrale.

Merci,
Fraternellement.
Jérémie 24:7 Je leur donnerai un coeur pour qu'ils connaissent que je suis l'Éternel ; ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu, s'ils reviennent à moi de tout leur coeur.
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lmx
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Comme dans un message précédant je reviens un peu sur les rapports entre le monde et le créateur
Je pense qu’il est très profitable d'avoir quelques bases pour penser le monde adéquatement.

[+] Texte masqué

Mais qu'est-ce encore que Dieu? C'est l'être sans lequel nul autre être n'existe. Il est même aussi impossible à quoi que ce soit d'exister sans lui qu'à lui-même d'être sans lui. Il est pour lui, il est pour tout ce qui est; de sorte qu'on peut dire en un sens qu'il n'y a que lui qui soit, puisqu'il est son propre principe à lui-même, comme il l'est pour tous les autres êtres.
St Bernard

Je regardai toutes les choses qui sont au-dessous de vous et je vis que ni elles ne sont absolument, ni elles ne sont pas absolument. Elles sont venant de vous, elles ne sont pas n’étant pas ce que vous êtes. Car cela est vraiment ce qui demeure immuablement. St Augustin Les Confessions LVII ch XI

Ce point de vue relève-t-il d'une inhabilité à penser le statut du crée (1) en faisant de l’Etre immuable le seul être véritable au regard duquel tout est comme n‘étant pas ?

Pourtant, St Paul ne dit il pas que ce monde n'est qu'une figure qui passe ce qui sous entend donc qu’il est la figure d'une réalité cachée plus véritable que ce qui la voile ?

Au fond, cela signifie simplement qu’il y a un absolument réel, c’est à dire Dieu qui est « la Réalité des réalités » selon les termes de St Grégoire de Nysse, et du relativement vrai (le monde) qui passe et qui est comme néant devant l’Eternité et l’Infinité de Dieu.

La critique consiste aussi à dire(1²) que dans cette perspective platonicienne, l’être crée, qui est et qui n’est pas tout à la fois, car seul est véritablement ce qui est immuable, ne tombe sous la prise que d’une « connaissance bâtarde, intermédiaire entre la science et l’ignorance ». Mais, la réponse est simple : l’être crée n'étant que relativement réel il est affecté de non-être, autrement dit, il est frappé d’une « déficience » ontologique, ce qui ne permet donc pas d’avoir de lui une connaissance absolue.

1 Etienne Gilson L’être et l’essence p37-39

Simone Weil résume cette vision hiérarchique de la réalité :

Le caché est plus réel que le manifeste, et cela tout au long de l'échelle du moins au plus caché. Cela qui n'est pas manifeste mais par quoi est manifesté ce qui l'est. On peut dire cela du cube dans la perception, et ainsi, de proche en proche, jusqu'à Dieu.

Comme l’avait expliqué le Cardinal philosophe Nicolas de Cues (1401-1464) puisque les êtres crées sont relativement réels, ils sont par là même « interminés » . A partir de cette prémisse métaphysique, il avait pu conclure, avant Copernic et Galilée, que non seulement la terre n’était pas le centre du système solaire, mais tout simplement, que l’univers ne pouvait pas avoir de centre physique. (la démarche cusaine et en générale platonicienne part du métaphysique pour aboutir au physique, cette ordre là précédant cette ordre ci, et non pas du physique pour remonter au métaphysique comme chez Aristote). Et en effet, si l’univers n’est pas rigoureusement défini, s’il est "interminé", il ne peut pas avoir de centre géographique car il faut pour cela qu'il possède des limites bien définies. Mais le seul centre est Dieu qui est la limite illimitée du monde, car le fini n’a pas sa limite en lui-même (l‘espace n‘a pas de « bords » ), de même que le temps n’est pas limité par le temps mais par l’éternité.
Toutefois, l’univers peut tout à fait avoir un centre spirituel comme la terre où le Verbe s‘est incarné, mais toujours est-il que dans l’ordre du physique tout est frappé d’une certaine relativité (car l’ordre physique n’a pas sa consistance en lui-même) ainsi donc que toute connaissance concernant cet ordre.

La connaissance vraie, et donc la forme suprême de connaissance, chez les Pères de l‘Eglise, c’est la theologia suprême degré de la vie spirituelle venant après la praxis et la theoria, et qui désigne la connaissance de Dieu et de ses mystères par le « dépassement de sa propre puissance d’intellection » . C’est une connaissance supra rationnelle s’effectuant par et dans la Lumière divine (2), ce qui implique la cessation de tout mouvement naturel et de toute opération, de la raison comme du noûs (de l‘esprit). Ce stade est signifié dans le livre de la théologie mystique de Denys par l’entrée par Moïse dans la "Ténèbre plus que Lumineuse" (Dieu) où Moïse se trouve alors totalement dépossédé de lui-même.
St Jean de la Croix qui a expérimenté ce stade nous dit : par cette théologie mystique et cet amour secret, l'âme sort de toutes les choses et de soi-même, et monte vers Dieu. (2 N 20,6)

 le noûs est parfait quand il possède dans la superinconnaissance la superconnaissance du super inconnaissable, quand il saisit dans les créatures leurs raisons universelles; quand, sur l'action en elles de la providence et du jugement divins, il a reçu de Dieu la connaissance qui comprend tout en soi. Tout cela, bien entendu, autant qu'il est possible à l'homme.St Maxime le confesseur Centuries sur la charité

(2) Ps 36:9 en ta lumière nous verrons la lumière. Commentaire :
La lumière divine est à la fois ce par quoi est opérée la super connaissance de Dieu, le milieu dans lequel elle s’opère, le lieu dans lequel se trouve immergé le noûs, l’ « objet » de cette connaissance, et ce en quoi se trouve l’"objet" du mystique. Jean Claude Larchet "La divinisation de l’homme chez St Maxime le Confesseur" p510



On peut conclure qu’il y a des degrés de réalité et des degrés de connaissance et qu’à chaque degré correspond un type de connaissance.
L’univers est traditionnellement hiérarchisé comme tel : au bas de cette hiérarchie se trouvent les êtres crées, au niveau intermédiaire les anges, au sommet se trouve Dieu (qui transcende la hiérarchie), l’absolument réel, seul véritable objet de connaissance, et qui plus est, salvifique.
Pour enrayer cette chute dans la hiérarchie qui dégrade l’être, le salut consiste à revêtir le Christ qui donne à tous l’opportunité de remonter vers le « sommet » .
c'est vous qui nous convertissez, c'est vous qui nous dépouillez de ce qui n'est pas et qui nous revêtez de ce qui est St Augustin Soliloques L1 ch1



La relation de la créature au Créateur


L’étant (tout ce qui existe dans le monde) est ab alio, il est par Dieu. Il est tout entier suspendu à l’Etre de Dieu, tenant son être (esse) tout entier de Dieu qui opère directement et sans intermédiaire en lui. Pour l’homme cette ouverture consciente à la transcendance, avec l’esprit (noûs) qui lui permet de communiquer avec Dieu, le constitue comme personne humaine.
L’être de la créature étant relation au Principe, clore les êtres sur eux-mêmes, les considérer en eux-mêmes, les aimer pour eux même, c’est ce qui s‘appel être charnel. Le bien que vous aimez viens de lui ; mais ce n'est que dans son rapport à lui qu'il est bon et suaveSt Augustin Les confessions.


( Parenthèse : Cette vision charnelle qui autonomise la création par rapport à son Principe et donc qui en chasse le métaphysique hors d’elle, la réduit à n’être plus qu’une structure physique, ce qui donne droit à une exploitation purement technique et destructrice de la création qui n’a rien de bien chrétien.
Le réel devenant une étoffe vierge vide de tout contenu sémantique sur laquelle il est alors possible de projeter sur elle tout ce que l‘on veut, l’homme croit alors légitimement pouvoir produire du sens, ce qui revient tout simplement à fabriquer et manipuler la réalité. ( ex : le politique qui serait là pour donner du « sens ; ou la théorie du gender selon laquelle il n’y a ni homme ni femmes mais seulement des identités résultant de constructions sociales, ce qui veut simplement dire qu’il n’y a pas de normes et que c’est à l’homme de les réinventer au gré de ses pulsions, ainsi devrait-on pouvoir choisir d’être homme, femme, ou transgenre )

L’oubli progressive de l’analogie en occident, « le plus beau des liens » comme l’écrit Platon, qui a eu d’une part, pour effet d’isoler radicalement le crée de l’incrée, enfermant le monde sur lui même, et du même coup de faire de la connaissance un acte purement profane, l’homme s’habituant progressivement à penser les choses pour elles mêmes ne percevant plus le reflet divin sur elles, n’est donc sans doute pas pour rien dans le fulgurant développement technique et économique qu’a connu l’occident. Mais c’est au prix du sens et d’un appauvrissement de notre pouvoir de perception, la réalité n’étant dès lors plus perçue que comme une pure structure physique et la connaissance vraie se réduisant à la connaissance du fonctionnement de cette structure.

Kant voulait convoquer la nature au tribunal de la science, le regard qu’il portait sur elle étant de nature exclusivement technique. Ayant banni Dieu de la philosophie, il aurait, mais comme beaucoup de chrétiens d’aujourd’hui, rejeté les paroles de St François d’Assise qui percevait les reflets de Dieu sur le monde, comme étant celles d’un exalté, d‘un « mystique » .
La pensée qui fut la sienne à propos de la nature est celle qui domine aujourd’hui, c’est la pensée calculante qui « n’est pas à la poursuite du sens qui domine tout ce qui est » mais pour pouvoir étendre sa domination sur les choses, les condamne à n’être plus que des résidus métaphysique vide de sens. Mais l’homme dont l’existence est dominé par ce sens de la technique devient alors, comme toutes choses, un fonds apte à être manipulé dans son essence et être exploité (il y a parait-il des « bébés médicaments » ), mais par là, c’est l’homme, en tant que sujet, qui menace de s’effacer. Il y a donc quelque chose de démiurgique dans cette façon de pensée.

Le règne de la technique est comme l’enseigne Heidegger, qui ne dénonce pas l’outil technique en tant que tel mais un esprit -un mode de perception de la réalité-, le fruit d’une dérive métaphysique. D’un point de vue chrétien c’est la dérive diabolique d’une philosophie charnelle qui pour asseoir sa domination intellectuelle sur le monde l’a progressivement isolé de son Principe jusqu’à nié celui-ci pour ensuite réduire le monde à la mesure de ce que la raison profane pouvait en savoir.
L’histoire de l’occident est à partir de la fin du moyen age l’histoire celle d’un obscurcissement progressif l’œil du cœur menant progressivement à une perte du sens du monde et de l’existence. )



L’être de la créature


Chaque chose dans le monde est la sortie dans la création d’un Exemplaire, d'une Idée incrée qui est l’essence divine même. Autrement dit, par la création, les Idées sont venus à l’ex-istence comme l'enseigne St Augustin. Mais ces Idées subsistent encore en Dieu. De sorte que c’est en se connaissant, en connaissant ses Idées qui sont donc les modèles de toutes choses que Dieu connaît toutes choses crées, doctrine classique dans la scolastique médiévale.

Toute chose à donc sa raison d’être en Dieu, en même temps qu’elle à un être propre dans l’existence crée.
La créature a donc pour ainsi dire deux êtres : un esse virtuale, c’est-à-dire une raison causale, et un esse formale, un être formel qui la détermine spécifiquement dans l‘existence.
Doctrine que St Thomas résume dans sa Somme de Théologie :

on doit dire purement et simplement que ces choses ont l’être dans l’esprit divin plus véritablement qu’en elles-mêmes, parce que l’être qu’elles ont en Dieu est incréé, celui qu’elles ont en elles-mêmes est créé. Mais être ceci ou cela, être homme ou cheval, elles l’ont plus véritablement dans leur propre nature que dans l’esprit divin ; parce que l’être matériel appartient à la vérité de l’homme, tandis qu’elles n’ont pas cet être dans l’esprit divin. C’est ainsi que la maison a un être plus noble dans l’esprit de l’architecte que dans la matière ; pourtant on dit maison avec plus de vérité celle qui est dans la matière que celle qui est dans l’esprit de l’architecte, car la première est maison en acte, l’autre seulement maison en puissance.


C’est une doctrine qu’en occident Maitre Eckhart développera et dont il se servira pour donner un support métaphysique à la doctrine de la déification (qu’il n’a pas inventé) qu’on peut résumer ainsi : plus on se dépouille de soi même, plus Dieu nous divinise en nous assimilant à lui, autrement dit, se dessaisir de son être propre, c’est se retrouver en Dieu, dans son exemplaire incrée. Ainsi, l’homme se fait égal à Dieu s’il consent à s’anéantir, ou en termes bibliques, à mettre à mort le vieil homme afin de pouvoir renaître d’en haut.
Tel est ce que Jean Tauler prêchera dans ses sermons :
Autant je lui donne du mien, autant il me donnera du sien. C’est à égalité d’échange (Jean Tauler, Sermon 58.)
(...) alors le troisième homme se trouvant ainsi en parfaite disposition se dresse de toute sa hauteur et, n’étant plus empêché par aucun obstacle, il peut revenir à l’origine et à son état incrée, dans lequel il a été de toute éternité. Tauler S.63 Tel est l’état de celui qui ne vit plus sa vie propre mais celle du Christ comme St Paul (Ga 2:20)
Pour rappel, la condition de possibilité de cette divinisation, c’est l’incarnation du Fils (3) qui réconcilie le crée et l’incrée dans sa Personne divine et qui a pour objectif de réunir tout à lui et en lui (Jn 12:3), non seulement l‘homme mais l‘univers entier, thème chère à St Maxime le Confesseur que Benoît XVI aborde ici dans une homélie http://eucharistiemisericor.free.fr/ind ... 3_synthese.

A l'homme, créé à son image et à sa ressemblance, Dieu a confié la mission d'unifier le cosmos. Et comme le Christ a unifié en lui-même l'être humain, en l'homme le Créateur a unifié le cosmos. Il nous a montré comment unifier le cosmos dans la communion du Christ et arriver ainsi réellement à un monde racheté. Benoît XVI

(3) L’Incarnation est nécessaire à la pleine participation de la divinité qui est la béatitude véritable de l’homme et la fin de la vie humaine. C’est cela qui nous a été conféré par l’humanité du Christ. Car S. Augustin l’a prêché : " Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. St Thomas ST III Q2



Concluons donc avec la Bible et Pierre Boutang que l’homme n’est que poussière devant Dieu.
Mais poussière pourtant jugée digne d’être glorifiée, car Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu selon l‘adage patristique.

l'humilité authentique est une habitude à l'égard de l'être de l'étant... Le propre de l'humilité est de se tenir pour rien devant l'être, non quant à la participation insuffisante aux formes que l'intellect agent démêle du sensible, mais à cause de notre être le plus profond qui n'est pas "notre", qui fait de "nous", c'est pourquoi le connais-toi toi-même judéo chrétien est en apparence nihiliste : l'homme n'est que poussière devant Dieu, et son être n'est pas le sien. Pierre Boutang, Ontologie du Secret

A la question de savoir si le judéo christianisme, est porteur, comme le pensait Nietzsche, d'une rancune contre la vie en cela qu‘il la dévaluerait au profit d‘un « arrière monde », P. Boutang répond magnifiquement :

… c'est exactement le sens du terrestre, et le souci de la présence de l'être à ce monde, qui conduit à cette apparence de nihilisme ; lequel habite le plus exactement ce monde, de qui connaît que l'être lui est donné et repris, ou de celui qui a besoin d'éterniser le devenir ?
Mais l'homme, originellement, est l'habitant de la terre, humus, que les latins n'ont que très tard remplacés par terra, et l'humilité n'est pour eux que le fait de rester au niveau de ce même humus, de cette même terre. Ce que le sentiment judéo-chrétien de l'être ajoute à cet humanisme paysan et à cette humilité païenne, c'est la reconnaissance au niveau de la terre, comme de toute chose créée, d'un être participé et transcendant à ce qu'il fait être, sans qui toute forme tombe au néant."



Et, quand l‘homme se sait terre , le soleil divin commence bientôt à darder ses rayons sur le champs bien préparé.


"Le soleil monte, il n'a cependant pas encore fait pénétrer sa clarté ; mais il se rapproche rapidement, voici que l'état vient à grands pas. Le soleil divin commence bientôt à darder ses rayons sur le champs bien préparé. Quand l'homme extérieur et ses facultés inférieurs et supérieurs, et par conséquent tout l'homme intérieur et extérieur ont été préparés, vient le doux soleil de Dieu et il commence à briller dans le fond (de l‘âme), à illuminer de sa clarté le noble champ." Jean Tauler Sermon 24

Quand purifiée par la grâce, l’âme devenant toute entière esprit est élevée au dessus d‘elle, alors le Père lui permet d’entendre cette Parole (Jésus Christ) qu’Il prononce éternellement : c'est la naissance de Dieu dans l'âme.

C’est au milieu du silence, au moment même où les choses sont plongés dans le plus grand silence, où le vrai silence règne, c’est alors qu’on entend en vérité ce Verbe, car si tu veux que Dieu parle, il faut te taire ; pour qu’il entre toutes choses doivent sortir. Tauler Sermon 1


Heureux l'homme qui peut quand il le voudra, avoir Dieu pour fils. Quel grand honneur pour lui de produire un tel fils; quelle humilité pour le Tout-Puissant d'avoir un homme pour Père; quelle noblesse pour l'âme d'avoir Jésus-Christ pour époux! St Bernard Traité de la maison intérieur ou de l’édification de la conscience ch. XL
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

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Trouvé un article fait d'extraits d'un livre de Paul Evdokimov sur l'icône et ses fondements théologiques hautement spirituels.


http://www.la-croix.com/article/index.j ... &rubId=786

extrait :
Certes, l’icône n’a pas de réalité propre ; en elle-même, elle n’est qu’une planche de bois ; c’est justement parce qu’elle tire toute sa valeur théophanique de sa participation au “tout-autre” au moyen de la ressemblance, qu’elle ne peut rien enfermer en elle-même, mais devient comme un schème de rayonnement. L’absence de volume exclut toute matérialisation, l’icône traduit une présence énergétique qui n’est point localisée ni enfermée, mais rayonne autour de son point de condensation.

C’est cette théologie liturgique de la présence, affirmée dans le rite de la consécration, qui distingue nettement l’icône d’un tableau à sujet religieux et trace la ligne de démarcation entre les deux. (…) Une œuvre d’art est à regarder, elle ravit l’âme ; émouvante et admirable à ses sommets, elle n’a pas de fonction liturgique. Or, l’art sacré de l’icône transcende le plan émotif qui agit par la sensibilité. (…) L’artiste s’efface derrière la Tradition qui parle, les icônes ne sont presque jamais signées ; l’œuvre d’art laisse place à une théophanie ; tout spectateur à la recherche d’un spectacle se trouve ici déplacé ; l’homme, saisi par une révélation fulgurante, se prosterne dans un acte d’adoration et de prière. (…)
L'icône est donc un sacramental à même titre que le signe de croix ou le Nom de Jésus. Ce sont des symboles spirituels , c'est à dire, "des signes matériels de la présence du monde spirituel" comme l'écrivait Vladimir Lossky.

Une église aussi devrait être ressemblante, signifiante et donc rayonnante pour l'âme comme cela à toujours été le cas, mais un iconoclasme d'un nouveau genre qui cherche consciemment ou inconsciemment à effacer le transcendant de notre esprit par la laideur et la banalité a décidé qu'il fallait construire des église ressemblants à des bunker ou à des sales de spectacles et que le rite, lui même symbolique dans le sens le plus réaliste du terme, devait se transformer en kermesse.

Les formes symboliques quand elles sont signifiantes expriment le monde spirituels comme le remarque St Maxime le Confesseur :
Le monde intelligible tout entier apparaît imprimé mystiquement dans le sensible en des formes
symboliques pour ceux qui savent voir, et le monde sensible tout entier est contenu dans l’intelligible selon l’esprit et simplifié dans des concepts. Il est en lui par ses concepts, et celui-ci est en celui-là par ses représentations5
http://www.abbaye-liguge.com/uploads/115.pdf


Pour en revenir au sujet premier, un théologien russe du 19è siècle St Jean de Cronstadt expliquait : "A cause de notre corporéité le Seigneur lie, pour ainsi dire, sa présence et se lie Lui-même à la matérialité, à un signe visible . (...) Le Seigneur lie sa présence au temple, aux icônes, à la croix, au signe de croix, à Son nom composé de sons intelligibles, à l'eau bénite, au pain et au vin."
Ce qu'Hilarion Alfeyev (l'évêque orthodoxe très engagé dans le dialogue avec l'Eglise catholique) commente simplement ainsi : "les symboles sacrés ont une composante extérieure - -une substance matérielle- et une composante intérieure qui est Dieu." (Le Nom grand et glorieux ed cerf)

Non pas que la chose matérielle soit Dieu, il faut exclure tout panthéisme, mais le symbole matériel constitue un moyen de présence par lequel Dieu se rend présent à nous, ou plutôt, car Dieu est infini et donc partout, qui nous permet en le contemplant (le symbole) ou en le vivant avec foi (dans le cas de symboles comme le signe de croix ou le Nom de Jésus) de nous rendre présent à Lui.
Le symbole c'est donc quelque chose de réaliste et donc ontologiquement lié à ce qu'il signifie, ce lien constituant son être même (de relation). Et il en a toujours été ainsi jusqu'à ce que la modernité avec son nominalisme coupe la réalité en deux et isole le monde crée du monde spirituel , conception du monde que les protestants comme Calvin feront leurs et c'est pourquoi ils parleront de l'eucharistie comme d'un "symbole" (irréaliste) mais en détournant ce terme de sa signification première.
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L'ascension se fait effectivement dans le dépouillement si c'est ce que vous voulez dire. La phase unitive de l'union à Dieu suppose une phase "extinctive" comme j'avais essayé de le montrer dans le premier message.

Mais ce que j'essaie aussi de faire passer c'est que la connaissance doctrinale est importante et qu'elle ne peut qu'enrichir l'expérience spirituelle. Ce serait dommage de rester à la surface de la Bible et de n'avoir qu'une connaissance superficielle du christianisme alors que la Tradition faite de l'expérience des saints nous révèle "l'essence" même de cette religion.
Aussi, sans connaissance, l'expérience spirituelle menace de se dissoudre dans le pure vécue subjectif avec donc le risque de tomber dans l'illusion pure et simple.
Et puis sans connaissance de la doctrine, la pratique risque aussi de perdre du sens pour le croyant et là le christianisme prend le risque de devenir ennuyeux et stérile alors que la foi chrétienne mérite d'être vécue intensément car comme l'écrit ce moine au terme de son riche article : "le destin de l’homme c’est de partager la vie de Dieu, de devenir Dieu par participation à la nature divine dans le Christ."
http://www.abbaye-liguge.com/uploads/123.pdf


Ce que j'aimerais donc montrer c'est que le mysticisme n'est pas un phénomène marginal dans le catholicisme.
Dans l'ouvrage intitulé "La mystique rhénane" d'Alain Libéra on peut lire un extrait d'un texte anonyme dans lequel un élève demande à Dietrich de Freiberg qui est un des plus grands théologien rhénan et peut être le plus grand représentant du mysticisme spéculatif de cette époque, comment faire pour atteindre cette "lumière qui plane au dessus de la raison", celle dont "St Augustin et Denys on parlé dans leurs écrits" ? Et le maitre répond qu'il faut qu'il étudie, ce qui est répété deux fois dans le texte, qu'il prie et qu'il vive détaché.
Ce qu'il ressort de ce texte et de l'esprit des théologiens d'antan c'est que la spéculation théologique et la connaissance doctrinale est très importante mais aussi qu'elle doit être mise en pratique, car toute théologie si elle n'est pas pratique est diabolique disait St Maxime.
Pour reprendre les observations de V. Lossky le mysticisme c'est la théologie par excellence, c'est l'aboutissement de la théologie. En Orient St Syméon qui est le représentant de la mystique de la vision de la Lumière incrée est le seul avec St Grégoire de Nazianze et St Jean l'Evangéliste à avoir reçu le titre de théologien. Le théologien c'est celui qui prie, qui est uni à Dieu, qui vit donc les plus hauts états spirituels.
http://eucharistiemisericor.free.fr/ind ... ancophones (un petite biographie de St Syméon par Benoit XVI)
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J’ai rassemblé quelques citations des pères de l’Eglise sur la divinisation de l’homme tirées de l’ouvrage du théologien orthodoxe Jean Claude Larchet « La divinisation de l’homme selon St maxime le Confesseur » paru aux éditions du cerf.
[+] Texte masqué
Le christianisme permet à l'homme vivant exilé, et décentré par rapport à Dieu qui est le Centre de toute réalité, de réintégrer son lieu d’origine dès maintenant, en revêtant le Christ, le bon berger venu chercher ses créatures. Par son incarnation nous donne, en effet, la possibilité de participer à la communion Trinitaire, au banquet céleste figuré dans l'icône de Roublev. http://rouen.catholique.fr/spip.php?article243

Si la divinisation est réellement possible c’est parce que Dieu a pris une nature humaine qu’il a divinisé et qu’il nous offre en rechange de l’ancienne qui est corrompue. C’est donc parce qu’il y a de la place en Dieu pour autre chose que Dieu, que la divinisation de l’homme est possible.
Comme l’occident a eu tendance à oublier les pères de l‘Église et à ne retenir de St Augustin que son insistance sur le pêché originel, ce qui a pu donner une vision triste de l'incarnation et de la crucifixion, la doctrine de la divinisation de l’homme permet de jeter un autre regard sur l’incarnation.

Intégré réellement et non pas métaphoriquement dans le Christ par le baptême, l’homme devient un christ qui participe de la divinité du Christ. Cependant l’homme ne devient pas Dieu par nature mais par grâce.

"Félicitons-nous donc, et rendons grâces à Dieu de ce que nous sommes devenus non seulement des chrétiens, mais le Christ lui-même.
Comprenez-vous, mes frères, appréciez-vous dignement la grâce que Dieu nous fait en devenant notre chef ? Soyez dans l’admiration, réjouissez-vous, nous sommes devenus le Christ ! Car s’il est notre chef, nous sommes ses membres; nous composons, lui et nous, son humanité tout entière." St Augustin Traité St Jean 21

Catéchisme 1265 Le Baptême ne purifie pas seulement de tous les péchés, il fait aussi du néophyte " une création nouvelle " (2 Co 5, 17), un fils adoptif de Dieu (cf. Ga 4, 5-7) qui est devenu " participant de la nature divine " (2 P 1, 4), membre du Christ (cf. 1 Co 6, 15 ; 12, 27) et cohéritier avec Lui (Rm 8, 17), temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6, 19).

1272 Incorporé au Christ par le Baptême, le baptisé est configuré au Christ (cf. Rm 8, 29). Le Baptême scelle le chrétien d’une marque spirituelle indélébile (" character ") de son appartenance au Christ. Cette marque n’est effacée par aucun péché, même si le péché empêche le Baptême de porter des fruits de salut (cf. DS 1609-1619). Donné une fois pour toutes, le Baptême ne peut pas être réitéré.



Quelques citations bibliques

Jean 10:34 Jésus leur répondit: "N'est-il pas écrit dans votre Loi: J'ai dit: vous êtes des dieux?

Acte 17:28-29 Ainsi donc, étant de la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la divinité soit semblable à de l'or ou à de l'argent

2 P 1:4  et nous a ainsi communiqué les grandes et précieuses grâces qu’il avait promises, pour vous rendre par ces grâces participants de la nature divine.

Ga 3:27 Vous tous, en effet, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ

Ga 2:20 et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi.

Luc 17:21 le royaume de Dieu est en vous






St Ignace d’Antioche (35-110)

"Vous êtes donc aussi tous compagnons de route, porteurs de Dieu et porteurs du temple, porteurs du Christ, porteurs des objets sacrés, ornés en tout des préceptes de Jésus-Christ.


St Irénée de Lyon (130-202)

"Car, de même que ceux qui voient la lumière sont dans la lumière et participent à sa splendeur, de même ceux qui voient Dieu sont en Dieu et participent à sa splendeur." Contre les hérésies L IV

"Jésus-Christ notre Seigneur, lui qui, à cause de son surabondant   amour,   s'est   fait   cela   même   que   nous sommes afin de faire de nous cela même qu'il est." L V

"Ceux à qui il dit : «J'ai dit : Vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut. » Il s'agit de ceux qui ont reçu la grâce de la filiation adoptive par laquelle « nous crions : Abba, Père ». L II

Le thème de l’adoption filiale est déjà mis chez lui en rapport avec la divinisation.


St Clément d’Alexandrie (150-220)

« Le Logos de Dieu est devenu homme, afin qu’à vous encore ce soit un homme qui apprenne comment un homme peut devenir dieu. »

« Il nous gratifie de l’héritage paternel, réellement grand et divin, et inamissible, divinisant l’homme par un enseignement céleste »

« Réalisons la volonté du Père, écoutons le Logos, écoutons la vie réellement salutaire de notre sauveur. Pratiquons dès maintenant la vie céleste, selon laquelle nous sommes divinisés, recevons l’onction de joie toujours jeune, du parfum de pureté, en considérant le mode de vie du Seigneur comme un exemple éclatant d’incorruptibilité et en suivant les traces de Dieu »

J-C Larchet ajoute que « cette pédagogie doit conduire le fidèle de la foi à la gnose »(1) , celle-ci, selon St Clément « se terminant dans la charité, unit ensuite l’ami à l’ami, le connaissant au connu » 

« l’assimilation au Sauveur Dieu est échue au gnostique devenu parfait autant qu’il est permis à la nature humain »

L’eucharistie permet aussi de « recevoir le Christ lui-même si nous le pouvons, de Le déposer en nous, de mettre le sauveur dans notre coeur »

Cependant Clément rejette toute assimilation totale. Dieu et l’homme restent ce qu’ils sont.

(1) « Gnose » (gnôsis) terme aujourd’hui très suspect signifie science ou connaissance. Il fut utilisé par les pères grecs pour désigner la science spirituelle et est encore aujourd’hui utilisé par les théologiens orthodoxes dans un sens chrétien.

Origène (185-253))

« le noûs (intellect ou esprit) est déifié en ce qu’il contemple »
« L’intellect qui s’est purifié et élevé au dessus de toutes les choses matérielles pour avoir une vision nette de Dieu est déifié par sa vision »

« Dieu est donc le Vrai Dieu. Les dieux qui sont formés d’après lui sont comme les reproductions d’un prototype ; mais d’autre part l’image archétype de ces multiples images, c’est le Verbe qui est auprès de Dieu, qui était dans le principe, qui, parce qu’iI est auprès de Dieu, demeure toujours Dieu. »

Origène ne font commet pas non plus l’erreur de penser que l’homme devient un dieu par nature. Pour lui c’est bien par grâce que l’homme est élevé au dessus de sa nature.
Ainsi commente-il le verset 1 J 2:29 (Si vous savez qu'il est juste, reconnaissez que quiconque pratique la justice est né de lui) : « ces paroles ne signifient pas que le Christ nous élève à la nature de Dieu, mais qu’Il nous communique sa grâce et nous confère sa propre dignité. »



St Athanase (298-373)

La théologie de la divinisation est au cœur de sa doctrine qui lie l’incarnation à la divinisation.

« L’union (l’incarnation) c’est ainsi faite pour qu’a la nature divine fût unie la nature humaine, et que la salut et la déification de celle-ci fussent assurés. »

« il n’y a rien qui advienne qui ne soit opéré par le Logos dans l’Esprit ». Aussi la sanctification « vient du Père par le Fils dans le St Esprit »

« c’est dans l’Esprit que le Logos glorifie la création et, en la déifiant et l’adoptant, la conduit au Père ».

Lui aussi distingue le Fils par nature, Jésus Christ, et ceux qu’ils divinisent et à qui Il permet de devenir fils par grâce.

« Un seul est Fils par nature; nous autre nous devenons également fils, non toutefois comme lui par nature et en vérité, mais selon la grâce de celui qui nous appelle. Tout en étant des hommes terrestres nous sommes appelés dieux. Non pas comme le Dieu véritable ou son Verbe, mais comme l’a voulu Dieu qui nous a conféré cette grâce »


St Macaire (?-391)

« Le seigneur est venu pour changer et recréer nos âmes, pour les faire participer à la nature divine (2P1:4) comme il est écrit, pour donner à notre nature une âme céleste, à savoir l’Esprit de la divinité, pour nous conduire vers toute vertu, afin que nous puissions vivre de la vie éternelle »

« Les chrétiens reçoivent le feu qui les fait briller d’une unique nature, celle du feu divin, du Fils de Dieu. Il est écrit en effet : C’est pour cela qu’il a été appelé Christ pour que chrismés de la même huile que Lui, nous devenions des christs, ayant pour ainsi dire la même essence et le même corps que Lui. En effet il est dit encore : (He 2:11)celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés, tous ont même origine ; et ceci « la gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donné »
Comme d’un seul feu sont allumés beaucoup de lampes, ainsi les corps des saints, étant membres du Christ, doivent devenir ce qu’est le Christ ».


St Cyrille d’Alexandrie (376-444)

La doctrine de la divinisions trouve chez lui selon Larchet sa pleine formulation. D’ailleurs, l’idée que le Christ est venu déifié l’homme et l'unir à Dieu est tellement évidente pour lui qu’elle constitue un argument en faveur de la divinité du Christ. Il pose, en effet la question « si le Logos de Dieu est une créature, comment sommes nous unis à Dieu et déifiés par l’union à Lui ? »

C’est le contact avec la nature divine qui permet la divinisation de la nature humaine. « Comme le fer mis en contact avec le feu, prend immédiatement la couleur de celui-ci, de même la nature de la chair, après avoir reçue en elle le Logos divin, incorruptible et vivifiant, ne resta plus dans la même condition, mais devint exempte de la corruption. »

L’eucharistie aussi déifie : « En recevant en nous corporellement et spirituellement celui qui est le Fils véritable et par nature, substantiellement uni au Père, nous sommes glorifiés en participant et en communiant à la nature suprême »

« Nous devenons participants de la nature divine, et pour cela nous sommes dits nées de Dieu et appelés dieux. Ce n’est pas seulement par la grâce que nous sommes élevés à cette gloire surnaturelle; c’est que nous possédons Dieu habitant et demeurant en nous … Nous sommes les temples de Dieu, selon St Paul, parce que l’Esprit habite en nous.


St Grégoire de Nazianze (329-390)

Si l’Esprit ne doit pas être adoré, comment me divinise-t-il par le Baptême ? Et s’il doit être adoré, ne doit-il pas être l’objet d’un culte particulier ? (S. Grégoire de Naz., or. theol. 5, 28 : PG 36, 165C). (cité dans le catéchisme art 2670)

St Grégoire de Nysse (331-394)

Le baptisé «  après s’être dépouillé de lui-même revêt la nature divine ».


St Basile (329-379)

Comme pour St Cyrille, l'idée que le Christ se soit incarné pour réintégré l'homme à Dieu est évidente, et il se servira donc cette doctrine pour défendre la divinité du Christ et du St Esprit.

« Comme les corps limpides et transparents, lorsqu’un rayon les frappe, deviennent eux aussi transparents, et d’eux-mêmes reflètent un autre éclat, ainsi les âmes qui portent l’Esprit, deviennent elles spirituelles… »

"De même que le fer placé au milieu du feu ne cesse pas d’être du fer, mais qu’enflammé par son très violent contact avec le feu, il recoit en lui-même toute la nature du feu et par la couleur et l’action s’est changé en feu, de même les puissances saintes de par leur communion avec Celui qui est saint par nature une sanctification qui a pénétré toute leur hypostase (personne) et leur est devenue connaturelle. Mais voici la différence entre elles et l’Esprit Saint : chez lui la sainteté est nature, tandis qu’il leur est accordé d’être sanctifiés par participation."

A propos des trois docteurs cappadociens, St Basile, St Grégoire de Nazianze et St Grégoire de Nysse, il faut rappeler ce qu’a écrit Jean Paul II dans Orientale Lumen :

"L'enseignement des Pères cappadociens sur la divinisation est passé dans la tradition de toutes les Églises orientales et constitue une partie de leur patrimoine commun. Cela peut se résumer dans la pensée que saint Irénée avait déjà exprimée au II e siècle : de sorte que ce Fils de Dieu deviendrait Fils de l'homme pour qu'à son tour l'homme devînt fils de Dieu (14). Cette théologie de la divinisation demeure une des acquisitions particulièrement chères à la pensée chrétienne orientale (15). "


Pseudo Denys (Vè siècle)

On accède chez lui à une véritable mystique de la divinisation, et qui plus est, insérée dans un contexte liturgique.
L’Eglise et les sacrements sont totalement pensés comme le lieu de la divinisation. L'activité liturgique étant déifiante elle est donc indissociable de la vie mystique.

« Mais notre salut n’est possible que par notre déification. Et nous déifier, c’est ressembler à Dieu et nous unir à lui au tant que nous le pouvons »

« Elle assuma (la Bonté Théarchique, Dieu le Verbe) de la façon la plus authentique tous les caractères de notre nature, à l’exception du péché; elle s’unit à notre bassesse sans rien perdre de a propre nature, sans subir aucun mélange, sans souffrir aucun dommage, Elle nous accorda comme à des rejetons des propre race d’entrer en communion avec elle et de participer à sa propre beauté. C’est ainsi, comme l’enseigne la sainte tradition, qu’elle nous permit d’échapper à l’empire de légions révoltées, non par la prévalence de sa force, mais, selon la mystérieuse révélation des Ecritures, par un jugement et selon la justice.
Dans son oeuvre de bonté, elle opéra une totale transmutation de notre nature. Notre intelligence était encombrée de ténèbres et informe; elle la remplit d’une bienheureuse et divine lumière, elle l’orna de beautés conformes à sa nature déifiée. En assurant le salut de notre essence presque entièrement déchue, elle délivra la demeure secrète de nos âmes des passions maudites et des souillures malfaisantes. Elle nous révéla enfin que, pour nous élever spirituelle ment vers l’au-delà et pour vivre en Dieu, il nous fallait nous assimiler pleinement à elle, autant qu’il est en notre pouvoir. »

Le baptême véritable mort mystique donne la vie en Dieu, c’est-à-dire une subsistance divine.
Le baptême, en effet, conformément au symbolisme de l'eau dans l'AT qui détruit et récrée ou guérit, "fait du néophyte une création nouvelle" comme il est écrit dans le catéchisme.

« Etre déifié, c’est faire naître Dieu en soi ; personne, par conséquent, ne saurait comprendre, ni moins encore ni moins encore mettre en pratique les Vérité reçues de Dieu s’il ne lui a été donné d’abord de subsister divinement. »

« C’est ainsi qu’ayant vaincu toutes les opérations et toutes les substances qui font obstacle à sa déification, en mourant au péché par le baptême, on peut dire mystiquement qu’il partage la mort même du Christ. »

L’eucharistie aussi déifie :

« Tout d’abord initions-nous pieusement au privilège de ce sacrement qui se voit attribué de préférence à tous les autres un caractère commun à tous les sacrements hiérarchiques, puisqu’on l’appelle tout simple ment communion, et que toute opération sacramentelle consiste bien à unifier en les déifiant nos vies dispersées, à rassembler dans la conformité divine tout ce qui en nous est divisé, à nous faire entrer ainsi en communion et en union avec l’Un. »


Benoît XVI dans une catéchèse de 2008

""Nous voyons également tout le réalisme de cette doctrine. Le Christ nous donne son corps dans l'Eucharistie, il se donne lui-même dans son corps et il fait de nous son corps, il nous unit à son corps ressuscité. Si l'homme mange le pain normal, dans le processus de la digestion, ce pain devient partie de son corps, transformé en substance de vie humaine. Mais dans la sainte Communion, se réalise le processus inverse. Le Christ, le Seigneur, nous assimile à lui, nous introduit dans son Corps glorieux et ainsi, tous ensemble, nous devenons son Corps.

Parce que le Christ nous donne réellement son corps et fait de nous son corps. Nous devenons réellement unis au corps ressuscité du Christ, et ainsi, unis l'un à l'autre. L'Église n'est pas seulement une corporation comme l'État, c'est un corps. Ce n'est pas simplement une organisation, mais un véritable organisme. ""
Dernière modification par lmx le dim. 01 mai 2011, 20:44, modifié 1 fois.
gerardh
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par gerardh »

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Bonjour,

Peut-on dire que le Christ était un mystique ? Est-ce le terme le plus approprié pour décrire sa sainteté et sa dévotion ?



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lmx
Barbarus
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par lmx »

Peut-on dire que le Christ était un mystique ? Est-ce le terme le plus approprié pour décrire sa sainteté et sa dévotion ?
Le Christ est plus qu'un mystique, c'est le Dieu fait homme.
Mais, on pourrait dire ça des prophètes, comme Moïse je pense du fait de son intimité avec Dieu. Dans la "Vie de Moïse" de St Grégoire de Nysse ou dans le Traité de la théologie mystique du Pseudo Denys son ascension au Sinaï est présenté comme le modèle de l'ascension mystique.
Le Christ est donc l'essence de la vie mystique, en tant qu'il est Dieu, et la source de toute vie mystique, en tant que par lui Dieu s'est fait homme pour que nous devenions Dieu
Oui. On pourrait dire ça aussi de l'Eglise qui est le Corps du Christ et qui est donc le lieu où le St Esprit qui déifie opère. Pas de vie mystique donc hors de l'Eglise (et de ces sacrements) qui est véritablement un autre monde.
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Brindille
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par Brindille »

Merci lmx de nous avoir invités, moi et mes problèmes avec les dogmes, sur votre fil ... ;)
Vous avez raison il donne à réfléchir !
Il a fallu aussi que je me remette à cette langue que j'avais oubliée pour comprendre les subtilités de votre remarquable travail !
Minuit passé, j'ai un peu mal à la tête et ne suis pas sûre d'avoir tout parfaitement assimilé :sonne:
Je reverrai tout ça à tête reposée mais déjà, en vrac, quelques questions :

Les deux "approches" qui suivent me semblent en contradiction...
Quelle est l’espérance catholique?
St Bernard juge l'union de l'âme à Dieu, en raison de la spiritualité absolue de Dieu et de la spiritualité de l'âme humaine elle même. C'est parce qu'il s'agit de deux esprits que leur contact, leur union, leur fusion même est possible ... (Etienne Gilson, La théologie mystique de St Bernard, Vrin, 2006 p114)
-Il n'y a pas absorption de l'homme en Dieu purement et simplement, mais l'homme reste, selon la terminologie chrétienne, une « personne », en grec une hypostase, mais il n'est plus un « individu ». 7 Placide Deseille, Lumière du Thabor n°18, juin 200

Je ne comprends pas pourquoi vous dites :
l'expérience spirituelle menace de se dissoudre dans le pure vécue subjectif avec donc le risque de tomber dans l'illusion pure et simple.
Il me semble qu'une expérience mystique est une apocalypse, une révélation inoubliable. une révolution . Elle est un second baptême .. celui du feu?


@Cracboum
100% d'accord avec vous, je ne saurais mieux dire
"tout est théophanie pour un coeur transformé, ou sinon aucune....Le sens mystique n'en sera compris que par un autre mystique. Les autres en auront une lecture superficielle."
..."Or la mystique n'est que le développement des grâces du baptême en nos âmes"
...le vrai mystique, en qui s'incarne l'essence de la mystique, est quelqu'un qui, loin de chercher ce qu'on appelle les "expériences mystiques", est ravi par Dieu en tant que Dieu, sans aucune autre considération....


En attendant de reprendre la lecture de ce fil, je vous souhaite à tous, une bonne nuit :)


PS: Ce soir, j'aime bien

« l'âme, pour s'unir à Dieu, ne doit pas être assujettie à une forme ou connaissance particulière ». (MC II,14)
et "Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux" Matthieu 5.3 :D
Fraternellement.

"Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse !" Luc XXII, 42
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lmx
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par lmx »

Bonjour Brindille

Placide Deseille vise la fusion avec confusion car dans l'union mystique, l'âme bien qu'absorbée en Dieu et devenue Dieu par participation conserve sa nature. (voyez l'extrait de St Jean de la Croix que j'ai cité à la fin du texte où l'âme est absorbée dans le flux de la Trinité).
L'union n'anéantit pas totalement, mais parfait et accomplit. Or, il n'y a pas d'accomplissement si l'âme perd sa nature purement et simplement.

Si on peut parler de fusion, c'est comme celle du métal qu'on passe au feu, le métal quoiqu'en fusion , reste ce qu'il est. De même, pour reprendre l'image de St Bernard, si on met une goute de vin (l'âme), dans l'eau (Dieu), le vin reste ce qu'il est.

Je ne comprends pas pourquoi vous dites :
La mystique c'est le difficile et exigeant renoncement à soi , à son moi, à son orgueil et à sa volonté, pour se retrouver en Dieu. ça suppose la mise à mort du vieil comme le dit St Paul et pour cela les dogmes, la théologie et l'expérience des saints sont des guides dans le difficile chemin du renoncement à soi.
Je vise un peu les faux mystiques, les faux visionnaires qui laissent libre cours à leur imagination au mépris des règles, qui donc sont encore coincés au plan psychique (charnel) et qui donnent une image assez déplorable de la mystique chrétienne.
Il me semble qu'une expérience mystique est une apocalypse, une révélation inoubliable. une révolution . Elle est un second baptême .. celui du feu?
oui , c'est comme la pleine réalisation de son baptême.
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Brindille
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Sainte Bernadette

Message non lu par Brindille »

lmx, je ne retrouve plus la citation que vous faites de Sainte Bernadette où elle parle des 2 cierges... et d'une seule lumière..
Je la trouve très belle :)
Pouvez vous la remettre s'il vous plait?
lmx a écrit :...
Je vise un peu les faux mystiques, les faux visionnaires qui laissent libre cours à leur imagination au mépris des règles, qui donc sont encore coincés au plan psychique (charnel) ...
Que sont les faux mystiques?

Il me semble qu'il n'y a rien de plus intime qu'une expérience mystique...
Bien souvent elle reste secrète,... Pas de pub !
Elle est le résultat inattendu, libre de toutes "règles", d'une re-connaissance spontanée de la présence divine en nous, une re-naissance, un embrasement :)

Libre de toutes règles car:
« l'âme, pour s'unir à Dieu, ne doit pas être assujettie à une forme ou connaissance particulière ». (MC II,14)

Elle ne peut être "soupçonnée" de l'extérieur par ses fruits je pense... :)
Car rares sont ceux qui osent témoigner de peur d'être mal compris par ceux qui n'ont pas encore vécu ce genre de communion.
Fraternellement.

"Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse !" Luc XXII, 42
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lmx
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par lmx »

Elle est le résultat inattendu, libre de toutes "règles", d'une re-connaissance spontanée de la présence divine en nous, une re-naissance, un embrasement
si vous lisez St jean de la Croix dont la voie qu'il trace ne laisse quasiment aucune place pour la subjectivité, il ne s'agit pas de laisser libre cours à son imagination, ni à ses émotions. Il parle d'un dépouillement total, et là où St Thérèse admet les images et les visions comme des aides, pour lui elles doivent être rejeter en tant qu'elles ne sont pas Dieu.
Ainsi quand on prie, aucune image ne doit se former dans l'entendement au sujet de Dieu, car d'une part, ces images ne donnant qu'une connaissance très imparfaite, voire illusoire de Dieu peuvent tromper, d'autre part, elles se posent en intermédiaires entre Dieu et l'entendement.
Par ailleurs, s'il dit que l'entendement doit être affranchi de toute connaissance particulière, c'est parce que l'entendement doit cesser de fonctionner de manière discursive pour commencer à fonctionner de manière spirituelle. A cet égard il faut donc distinguer la puissance discursive de l'âme (la ratio, la raison) et la puissance spirituelle ou intellectuelle, l'esprit qui est en relation avec l'Esprit Saint, et qui permet de connaitre Dieu en Dieu. Ce que St Jean de la Croix, dont la théologie s'inscrit dans une longue Tradition, dit donc c'est qu'il faut soumettre totalement son esprit à Dieu, le vider de ce qui n'est pas Dieu, afin que celui-ci nous donne de le connaitre sans intermédiaire, c'est à dire sans images.

Le dépouillement du vieil homme, de la fiction de l'égo, de l'individualité, passe donc forcément par une soumission aux règles, aux dogmes de l'Eglise (et franchement il n'y a pas beaucoup de "dogmes" dans l'Eglise ...) qui sont des guides sûrs dans la voie de l'union. En dernier lieu cette voie est donc bien celle du sacrifice du "vieil homme" afin de véritablement renaitre d'en haut. Or, il ne semble que la volonté de s'affranchir des dogmes soit un signe qu'on soit prêt à sacrifier son individualité.
L'expérience mystique est bien une chose intime mais qui en même temps comme le montre St Jean de la Croix laisse peu de place à la subjectivité, car ce qui est visé c'est l'objectivité de l'Esprit.
Pouvez vous la remettre s'il vous plait?
Elle est de Ste Thérèse d'Avila.
Dans cette autre faveur du Seigneur, non : l'âme demeure en ce centre avec son Dieu. On peut comparer l'union à deux cierges de cire qui s'uniraient si étroitement que leurs lumières ne feraient qu'une, ou que la mèche, et la lumière, et la cire, ne sont qu'une même chose ; on peut toutefois séparer les cierges l'un de l'autre, et il reste deux cierges, comme on peut séparer la mèche de la cire. Ici encore, il en est comme de l'eau du ciel qui tombe dans une rivière ou dans une fontaine, tout se confond en une eau unique, jamais on ne pourra séparer ni trier l'eau de la rivière de l'eau tombée du ciel ; de même, si un petit ruisseau se jette dans la mer, il n'y aura nul moyen de l'en séparer ; et dans une pièce percée de deux fenêtres par où pénètre une vive clarté, les deux clartés, divisées à l'arrivée, se fondent en une seule.
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