Dans "L'Evangile au risque de la psychanalyse", ouvrage qu'on m'avait déconseillé mais..., on trouve une approche intéressante de l'Evangile où Jésus croise d'abord un chef de synagogue, nommé Jaïre, qui lui demande de venir sauver sa fille et Jésus se met à le suivre. Mais en chemin, une femme qui souffrait de pertes de sang touche son manteau et est guérie. Il ressuscite la fille de Jaïre ensuite. Je me souviens que Fr. Dolto avait réussi un lien convaincant entre les deux guérisons. Mais impossible de m'en souvenir à l'instant. Je crois qu'elle commence par relever que c'est le père de la fillette, et non sa mère, qui se présente à Jésus. Et lorsqu'il guérit ou ressuscite ou fait se lever l'enfant, ce n'est plus une petite fille, mais une jeune fille. Quant à la femme aux pertes de sang, c'est le luxe de détails ("Elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré") qui avait attiré son attention. Mais je devrais fouiner dans ma bibliothèque pour retrouver les conclusions de son analyse...
J'ai tout de même trouver ceci:
Françoise Dolto – dans son livre l’Evangile au risque de la psychanalyse – trouve bizarre que ce notable se déplace seul pour faire une démarche en faveur d’une petite fille, alors que, d’habitude, dans les évangiles, ce sont les femmes qui viennent trouver Jésus pour qu’il guérisse leur enfant ; elle ajoute que Jaïre ne dit jamais « notre » petite fille, mais « ma » petite fille. Elle en conclut que ce notable doit être un père possessif et que, par conséquent, il empêche inconsciemment son enfant de devenir une femme. En effet, en Israël, 12 ans était l’âge où l’on mariait les filles. Ce n’est, certes, qu’une interprétation, mais elle peut nous éclairer sur le cheminement que Jésus va faire faire à Jaïre.
Le cheminement de Jaïre
Ce papa, si on lui avait demandé ce qu’il pensait de Jésus, nous aurait répondu: « On dit que c’est un bon guérisseur ». Il n’aurait pas pu imaginer que Jésus soit autre chose. Eh bien, Jésus le prend là où il en est. Et pour améliorer sa foi, il va le débarrasser de toutes ses peurs. Alors que les gens disent à Jaïre : inutile d’insister, ta fille est morte et bien morte, Jésus l’encourage : « Ne crains pas, crois seulement. » Et il l’invite à marcher avec lui, sans crainte, jusqu’à la foi véritable. Qui croire ? Celles qui déjà pleurent et se lamentent, ceux qui sont venus lui dire que sa petite était morte, ou Jésus, cet inconnu de passage, qui déclare que « l’enfant n’est pas morte, mais elle dort », provoquant les moqueries de toute l’assistance ? Jaïre n’a plus rien à perdre : il fait spontanément le saut de la peur à la foi éperdue. Et voilà que Jésus, qui met tout le monde dehors, l’introduit, non pas seul, mais avec sa femme, dans la chambre de la petite fille. Ils étaient deux pour lui donner la vie : il faut qu’ils soient deux pour que la fillette, morte à son enfance, fasse le passage et naisse à sa vie de femme, de future épouse, de future maman à son tour, bref, à sa féminité pleine et entière..
Une morte-vivante
Regardons maintenant cette femme qui souffre depuis 12 ans de pertes de sang. Mettez-vous à sa place : c’est une morte-vivante, car elle est privée, par son infirmité persistante, de ce qui fait la valeur de la vie : la relation à Dieu et aux autres. Il faut relire les prescriptions de la Torah concernant les femmes atteintes d’une telle maladie. Considérées comme impures, non seulement elles n’avaient plus aucune possibilité de relations conjugales, mais elles se trouvaient de fait exclues de toute vie sociale. Interdit de se présenter en public, interdit d’aller au Temple ou à la synagogue, impures, pestiférées. Certainement rejetées par tous, et d’abord par leurs maris. Quelle détresse ! Elle non plus n’a plus rien à perdre. Pire : elle n’a plus rien, nous dit l’évangile : elle a tout dépensé, tout ce qu’elle possédait. Alors, qu’est-ce qu’elle risque ?
Elle va faire un geste qui est pure superstition : elle va toucher la frange du vêtement du guérisseur. Ne me dites pas que c’est une démarche de foi. Mais Jésus va la rencontrer là où elle en est, comme il le fait également pour Jaïre. Ce qu’il demande à cette femme, c’est quelque chose de plus : une démarche personnelle. Elle était anonyme dans la foule : il va falloir qu’elle se dénonce. Et ce n’est que dans ce face à face, dans cette rencontre avec Jésus que, de guérie qu’elle avait été automatiquement, elle va être sauvée. Il lui a fallu accepter une relation personnelle avec Jésus. Et c’est dans cette rencontre personnelle que, de sa situation de morte socialement, elle va pouvoir revenir à la vie : sa vie de femme, pleine et entière.
"Ma fille !"
Avez-vous remarqué que Jésus l’appelle « ma fille » ? A ma connaissance, c’est la seule fois, dans tous les évangiles, que Jésus appelle une femme « ma fille ». N’est-ce pas pour signifier justement qu’il redonne vie pleine et entière à cette femme qui était au bout du rouleau. Guérie, réintégrée dans sa vie de femme et peut-être, un jour, de maman, et mieux encore, la voilà sauvée, Elle peut considérer Jésus comme son père.
Deux filles : toutes deux rendues par Jésus à la plénitude de la vie, à leur pleine féminité, et donc capables, toutes deux, à leur tour, de donner la vie. Si on se rappelle quelle était la condition féminine dans le monde – et en Israël – au temps de Jésus, il y a dans le geste de Jésus quelque chose de particulièrement novateur : alors que pour tout le monde, elles étaient considérées comme quantité négligeable, Jésus tient à souligner l’éminente dignité de la femme ; Toutes, elles ont du prix à ses yeux.
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Léon Paillot, prêtre
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