Raistlin a écrit :Lorsque les chrétiens disent que Dieu est Amour (merci de ne pas mettre tous les théistes dans même panier), cela signifie une chose bien précise : que Dieu aime de toute éternité et que l’amour de Dieu n’est pas autre chose que la substance même de Dieu.
Ce qui veut dire - en transposant - que l'Amour aime. Mais, de trois choses l'une :
- si l'Amour aime, alors cela veut dire que l'Amour est sujet d'une certaine action, qui est celle d'aimer, et donc qu'il y a une distinction entre cette action et le sujet qui l'accomplit. Or dans l'expression "l'Amour aime", il n'y a pas une telle distinction, puisque l'Amour n'est rien d'autre que l'action d'aimer.
- pour que A puisse faire B, il faut qu'ontologiquement, B soit antérieur à "A fait B". Par exemple, pour que Paul puisse aimer, il faut déjà, ontologiquement, que l'Amour existe, et le fait que Paul aime sera une application particulière de cette réalité ontologique. Semblablement, pour que l'Amour aime, il faut donc, déjà, qu'ontologiquement, l'Amour existe, et le fait que l'Amour aime sera une application particulière de cette réalité ontologique. Mais si c'est de toute éternité que l'Amour aime, alors on est conduit à une régression à l'infini... car l'Amour, en tant que type d'action s'appliquant à l'Amour en tant que sujet, deviendra à son tour sujet de l'Amour en tant que type d'action, et ainsi de suite.
- enfin, de manière générale, on constate que ce par quoi les choses sont A, ne peut pas lui-même avoir la propriété d'être A. Ainsi, la lumière éclaire les objets, mais la lumière ne peut pas elle-même être éclairée, ça n'a pas de sens. La chaleur réchauffe les corps, mais la chaleur ne peut pas elle-même être réchauffée. Les objets matériels ont une masse, mais la masse des objets n'a pas de masse. De même, les gens s'aiment parce que l'Amour existe, mais l'Amour lui-même n'aime personne (il ne déteste personne non plus, hein, ce n'est tout simplement pas une réalité à laquelle on puisse appliquer des attributs affectifs).
Pour terminer, je répète ce que j’ai déjà dit dans un précédent message : la conscience et la personnalité sont des perfections qu’on ne peut comprendre comme étant absentes de l’être divin. Car si l’Absolu transcendant que vous vous êtes forgé n’est ni conscient ni intelligent, alors nous lui sommes supérieurs : en effet, nous sommes capables d’avoir conscience de lui et de le comprendre (au moins en partie), alors que lui en est incapable. Donc du moins serait sorti le plus, ce qui est absurde.
Comme je l'ai déjà dit, le fait que l'Absolu transcendant ne soit pas intelligent ne veut pas dire qu'Il lui manque l'intelligence. Après tout, le fait que l'Absolu transcendant soit immatériel ne veut pas dire qu'Il lui manque la matière, le fait qu'Il soit immuable qu'Il lui manque le changement, etc. Si l'Absolu transcendant n'est pas intelligent, c'est parce qu'il transcende l'intelligence des êtres en étant l'Intelligence même qui se manifeste (= qui s'instancie) à travers les êtres intelligents. Quand vous dites que l'Absolu est intelligent, conscient, etc. de manière "suréminente", n'est-ce pas en fait une manière détournée de dire la même chose que moi ? Cela veut dire que ce qu'on appelle l'intelligence chez l'Absolu est d'une nature différente et incommensurable, par rapport à ce qu'on appelle l'intelligence chez l'homme, non ? Ce n'est pas juste une question de quantité. L'Absolu n'est pas "plus intelligent que l'homme", ni "le plus intelligent", il est intelligent d'une façon qui qualitativement se distingue de ce qu'on appelle l'intelligence chez l'homme ? (et c'est cette qualité qui est supérieure). Eh bien, quant à moi, pour rendre compréhensible cette différence qualitative, je ne fais en quelque sorte que poser l'hypothèse suivante : l'intelligence chez l'homme est quelque chose qu'il
a, l'intelligence chez l'Absolu est quelque chose qu'il
est (mais que du coup il n'a pas), voilà la différence qualitative.
D'ailleurs, ça me fait penser à un truc : d'habitude, les catholiques raisonnent ainsi au sujet du corps : l'expression soixant-huitarde, "mon corps m'appartient", est erronée : en effet, puisque je suis mon corps, je ne peux pas en être propriétaire. Et je trouve ça tout à fait logique d'ailleurs. Mais alors, si applique ce type de raisonnement à l'Absolu, on doit pouvoir conclure que l'expression "l'Absolu aime" est erronée : en effet, puisque l'Absolu est l'Amour, il ne peut pas en avoir.
Cordialement,
Mikaël