De toute façon, il ne s'agit pas vraiment de «meurtre» non plus. Un usage impropre de terme a plus à voir avec la démagogie qu'autre chose. D'autres n'hésiteront pas non plus à parler d'assassins ou de meurtriers s'agissant de policiers, de militaires ou du bourreau officiel s'aquittant de son mandat légal.Si j'avais à convaincre un jeune que l'avortement est mal, je pense que ce ne serait pas une bonne méthode que de lui dire que l'avortement est un meurtre.
Non
On peut parler de vies sacrifiées dans le cas de l'avortement, pour de plus ou moins bonnes raisons. On va retrouver là souvent des vies innocentes sacrifiées, tout comme l'agneau du printemps sur l'autel du dieu Moloch, des victimes sacrifiées au nom de certaines valeurs. Et puis c'est souvent l'idôle qui exige le sacrifice. Cependant, les ''sacrificateurs'' sont souvent dans le brouillard, inconscients du fait que leur agir constituerait un crime. C'est pourquoi l'on ne peut pas parler de meurtre de façon vague, générale et indiscriminée. C'est juste stupide de faire ça. Il y a bien des cas, d'ailleurs, où l'Église catholique elle-même accepterait l'intervention, la suppression du foetus.
Le meurtre renvoi l'écho de sordides motifs intéressés, à l'agir d'un individu qui ne peut pas «ne pas savoir qu'il commet un crime», qu'il romprait volontairement le pacte social, qu'il outrepasse un vrai tabou en quelque sorte; qu'il se révèle prêt en toute lucidité à occasionner du mal à un semblable parce que désireux de se venger, d'assouvir une haine particulière, etc. Habituellement, des adolescentes qui vont recourir à l'intervention ne seront pas animées d'une volonté de se venger sur la personne à venir, comme désireuse de s'avantager avec la joie malsaine de savoir que l'autre devrait payer.
Le péché de l'avortement entrerait plutôt tant qu'à moi dans la catégorie du crime d'ordre économique. C'est juste pour faire comprendre. Pour donner une échelle de comparaison. Des millions d'hommes sont coupables des vies sacrifiées (des millions d'enfants qui meurent de faim en Afrique), à raison de valeurs supérieures alléguées dans les forums économiques, par les apôtres de la rationnalité, du progrès, de l'enrichissement futur des peuples, etc. L'idôle de la révolution industrielle a exigée que des victimes soient sacrifiées sur l'autel : des familles entières, des pauvres, des jeunes, des travailleurs. C'est pour la plus grande gloire de la banque ! Au nom du Capital bien sûr. Sauf, personne ne va traiter directement d'assassins les administrateurs de la compagnie, les taxer de tueurs à gage. Les opérateurs sont juste sous le sentiment de ne pas pouvoir faire autrement. Et ce qui est vrai pour le président de la banque est vrai pour l'adolescente de quinze ans.
Il y a beaucoup de nos contemporains ''païens'' qui ont développé, à force, une vive sensibilité au sujet d'un certain mode d'intervention catholique, sorte de mode bourgeois d'intervention et assez hypocrite (double standard). C'est en fonction de ce «criticable» que la plupart des personnes réagissent, je croirais.
Le péché est collectif d'abord et avant tout. Certes, il n'en déresponsabilise personne de devoir faire au mieux idéalement. Mais il en atténue quand même la gravité du geste, sa profondeur morale le plus souvent et en terme de malice (je ne parle pas des conséquences) et sur un plan strictement personnel. Il faut quand même expliquer les choses, nous les mettre en perspective. Autrement ...




