Cette question se formule ainsi : "Qu'as-tu fait de ton talent?"
Elle est donc une question sur le sens de la vie, mais elle ne demande pas abstraitement quel est le sens de la vie, mais, plus concrètement, ce que tu as fait de cette vie qui t'a été donnée.
Ceci implique que la question repose sur la reconnaissance d'un don qui t'as été fait, mais en te demandant quelle est la réponse libre que tu lui as apportée. J'utilise ici le tutoiement car il s'agit d'une question que chacun est amené à s'adresser à lui-même, et d'ordinaire chacun se tutoie.
On peut donc dire que l'angle d'attaque de cette parabole, c'est la relation que chacun a avec Dieu, en tant que Dieu est le nom le plus couramment donné au sens de la vie.
Un seul des serviteurs est condamné. On relève souvent que c'est celui à qui il a été moins donné, et ce détail est forcément significatif, en effet. Mais remarquons qu'un talent lui a tout de même été donné, rien à voir avec un cadeau empoisonné qui prédestinerait au mal. C'est beaucoup un talent, sauf pour celui qui se compare aux autres.
Je crois qu'il est condamné parce qu'il a dit et pensé que son seigneur était un homme dur. Pour le manque de qualité de sa relation à Dieu, par conséquent. Est dur celui dont la rationalité judiciaire, arithmétique, qui rend un pour un donné, surpasse la miséricorde et l'amour, qui rend plus qu'il n'a été donné.
Faire fructifier son talent, c'est donc la meilleure façon de s'aimer soi-même, sans compter.

