Salut Charles
Il y a des procédés à suivre, et d'autres à ne pas suivre. Les nazis ont souvent dit du bien du naturisme, mais après, faut pas pousser : en assimilant les uns aux autres, on fait comme tous ceux qui disent, "vous aimez les chiens, or Hitler aimait les chiens, donc..." J'ai vu, dans un autre post, Christian suggérer à Renaud des liens entre théories du Crédit social et idéologies fascisantes : même si je suis contre le Crédit social, je n'approuve pas du tout ces manières de faire, et toi non plus probablement. Soyons donc cohérents.
De fait, le naturisme a une origine idéologique. S'il fallait se fier aux seules données climatiques, logiquement, ce mouvement aurait dû naître dans les pays du Sud. Pourtant, il provient de pays froids, l'Allemagne, la Scandinavie. Et de fait, beaucoup des idéologues qui ont présidé à son départ n'étaient pas spécialement chrétiens, c'est le moins qu'on puisse dire : mais il ne s'agissait pas forcément de gens de la mouvance proto-nazie, c'étaient plutôt de gentils illuminés, du type anthroposophes et autres néo-païens. Ce qui est significatif d'ailleurs, c'est que tous les mouvements de ce genre, en Allemagne, ont été interdits dès 1933. C'est l'une des premières choses à avoir été faites par les nazis : ils devaient donc s'en méfier. Le hic, c'est que les nazis ont récupéré ce mouvement ; mais en soi, cette récupération ne prouve rien. Après tout, les communistes ont "récupéré" l'idée de progrès social : tu es anti-communiste, mais tu n'es pas contre le progrès social, n'est-ce pas ? Là c'est pareil. Les nazis ont assez gâché la vie de tout le monde pour qu'on leur impute tant d'idées qu'ils ont détournées. C'est comme si l'on disait que l'allemand est en soi une langue de facho, tout simplement par ce qu'elle a été parlée par Himmler... pas très malin. Tiens, autre exemple : quand le sport est redevenu à la mode en Europe, à la fin du 19ème siècle, les gens qui le mettaient en avant étaient souvent de la même trempe que ceux qui favorisaient le naturisme. Cela n'a pas empêché l'Eglise, en très peu de temps, de s'intéresser au sport, de multiplier les équipes, les patronages, etc. Il suffit qu'on dise qu'une chose peut n'être pas païenne pour qu'elle cesse de l'être.
Plus sérieusement, en allant au fond du problème. Ne cherchons pas à aller aussi loin que les néo-païens et les autres ; demandons-nous simplement ce que se disent les intéressés.
Quand on demande à des naturistes pourquoi ils suivent cette pratique, ce qu'ils mettent en avant, c'est justement le contraire de ce que tu dis. Par exemple, tu dis que "la nudité publique est l'anéantissement du secret de la personne". Or les naturistes disent le contraire : quand ils sont en contexte, la nudité n'apparaît plus à personne, et au contraire le secret peut apparaître d'une autre manière. Un naturiste dira que, lorsque rien ne s'interpose entre son corps et le regard des autres, il se sent tel qu'il est, dans sa véritable identité. Car le vêtement, à tort ou à raison, apparaît, au contraire de ce que tu dis, comme une marque
d'asujettissement à la société, à la mode, aux convenances, etc. C'est le vêtement qui, à leurs yeux - mais ce n'est pas faux - , montre la réduction de leur identité personnelle à leur identité sociale. Et c'est cette socialisation de leur identité qu'ils veulent fuir.
Il y a là un mouvement de fuite de la société, de fuite des constructions sociales humaines. J'y vois facilement une suite des théories rousseauisantes sur la société aliénante, etc., mais on peut en même temps y voir autre chose : après tout, que faisaient les anachorètes d'Egypte et de Syrie, sinon fuir le monde ? Chose significative là encore, les naturistes affirment souvent qu'ils se sentent dans une sorte de pureté, d'état d'innocence, lorsqu'ils se trouvent en situation : comme s'ils voulaient revenir à l'état préadamique. Sans doute se trompent-ils, mais n'est-ce pas ce que nous cherchons tous ?
Je verrais ailleurs une sorte de contradiction. Chacun aura remarqué que, dans un camp naturiste "hard", avec une des orientations idéologiques susmentionnées, les regards sont très purs. Les hommes qui chercheraient à se rincer l'oeil sont très vite mis au ban du campement. Mais d'un autre côté, les gens qui se savent objets érotiques potentiels font tout pour évacuer cette possibilité. Les femmes ne se maquillent pas, leurs gestes sont mesurés, les hommes font tout pour maîtriser leur regard, pour des raisons qu'on imagine bien. Chassez le naturel (la pudeur), il revient au galop. (et non pas, comme dit Dubosc, "chassez le naturiste, il revient au bungalow"

) Quand tu dis que "le naturisme ne peut être distingué de l'exhibitionnisme," dans ces cas précis, tu dis faux : précisément, les naturistes traditionnels sont tout sauf exhibitionnistes.
Ce type de comportement est attesté ethnologiquement : les peuplades censées vivre nues (comme les Balinais en certaines occasions) sont en fait très pudiques dans leur gestuelle. C'est là que se trouve, à mon avis, le problème : tout compte fait, les naturistes n'arrivent pas à réaliser leur programme. Ils souhaiteraient recréer un monde d'innocence et de pureté ; mais un effort permanent leur est nécessaire pour croire y parvenir, et cet effort n'est que la manifestation d'une autre forme des phénomènes qu'ils fuyaient.
Après, je ne crois pas qu'il faille penser à leur place. Ils accordent une certaine signification à leurs actes ; ce n'est pas forcément celle que tu leur donnes, et je ne vois pas au nom de quoi la tienne s'imposerait à leur cerveau. "Mais si, c'est moi qui sais mieux que toi comment tu penses ! "
Je sens que tu vas réagir, je garde donc quelques arguments à venir - parfois dans ton sens, parfois non...
A bientôt
MB