Re: Décès de Simone Veil
Publié : jeu. 06 juil. 2017, 1:09
Simone Veil a fait passer la durée du congé de maternité de 12 à 16 semaines (dont 2 pathologiques ) comme il l'est encore actuellement, je crois.
Pour l'intelligence de la foi
https://www.cite-catholique.org/
01 « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ;
02 de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera.
Matthieu 7,1-2
Chère Axou,
Bonsoir à tous,Cinci a écrit : ↑jeu. 06 juil. 2017, 19:45 Elle rappelle que les autorités française d'avant 1975 fermaient complaisamment les yeux sur les cas d'avortements sauvages qui pouvaient se produire au pays (peu importe ici que le chiffre de 300 000 eût été de 90 000 ou même 50 000). En somme, les juges et toute la "flicaille" s'arrangeaient très bien avec le fait que les femmes se débrouillaient seules avec leur problème, La loi qui datait de 1920 n'était absolument pas respectée, personne n'aurait eu réellement le courage de la faire appliquer.
Le problème de Giscard d'Estaing : c'est ça. Il se retrouvait à la tête d'un pays dans lequel tout le monde bafouait la loi, la tournait en ridicule, avec une loi qui n'était qu'une coquille vide.
Donc, le mandat qui fut confié à Madame Veil était de rétablir la loi, le respect pour la loi, la modernisation de celle-ci afin qu'elle puisse vraiment faire sens pour la très grande majorité des Français et qu'ainsi elle puisse être respectée de même que l'autorité qui pouvait la faire promulguer. L'esprit de la loi consistait à baliser la chose, protéger la santé des femmes bien entendu, responsabiliser les personnes devant se retrouver avec un choix à faire (la loi devait faire obligation pour les femmes de rencontrer un certain comité, avant de pouvoir aller de l'avant ou pas, l'Intervention n'était pas remboursable, etc.)
Bref, on voulait permettre l'avortement sous certaines conditions, avec un coût pour les intéressées, etc. C'est dans ce sens que la loi était perçue comme procédant d'un "moindre mal". Quand le mal reste la loi bafouée, les avortements sauvages pour les plus démunies, les riches pouvant prendre l'avion pour se payer des cliniques confortables à l'étranger avec des médecins plus complaisants, etc.
Pour Simone Veil, il s'agissait d'une loi républicaine, dé-mo-cra-tique et devant tenir compte de la conscience de tout un chacun. L'acceptation tacite de l'Église catholique peut se comprendre ainsi : nul n'est forcé de se prévaloir de la loi pour avorter ni le personnel médical de se porter volontaire pour l'opération. Cinci
Pourquoi utilisez-vous l'adjectif républicain ?L'avortement était pour elle une chose grave et c'est par devoir et compassion pour les femmes qu'elle a accepté de servir ce projet de loi républicain.
De fait, à cause de sa loi, les avortements se sont multipliés et banalisés et elle ne s'en est jamais repentie ni n'a jamais lutté contre ce que beaucoup nomment des abus de sa loi (je préfère parler de conséquence logique de la loi Veil...). De plus, elle a poussé le cynisme jusqu'à affirmer que le fœtus est bien un être humain, mais qu'on peut s'en débarrasser. C'est amplement suffisant pour que tout catholique digne de ce nom ne se joigne pas aux hommages envers cette personne. Et en somme, peu importe qu'elle ait été de bonne foi, qu'elle ait cru bien faire. Le fait est que sa loi était inique, insufflée par les fausses valeurs du libéralisme. On peut tout à fait mal agir de bonne foi et cette bonne foi peut être coupable, et je crois que c'est évidemment le cas ici, puisque la simple morale naturelle réprouve l'avortement.Je trouve important qu'on respecte la mémoire de cette femme et qu'on ne l'accuse pas faussement d'avoir provoqué l'avortement alors qu'elle s'est engagée pour protéger les femmes qui avortaient, ce qui n'a rien à voir.
Oui, en ce sens, elle fut la parfaite représentante d'une époque naissante où la gestion de la cité se détache de l'éthique.
Ouh! J'ai envie de dire : "mot compte triple", toutes les expressions creuses y passent : "femme libre", "tracer sa route" "jugement des autres", "chose grave", "projet de loi républicain". Vous vous éloignez de la réalité cruelle d'un trisomique que l'on tue au septième mois de grossesse seulement parce qu'il a ce problème chromosomique...Mme Veil était une femme de droite, plutôt conservatrice tout en étant une femme libre, traçant sa route sans se soucier du jugement des autres. L'avortement était pour elle une chose grave et c'est par devoir et compassion pour les femmes qu'elle a accepté de servir ce projet de loi républicain.
Moi aussi.axou a écrit : ↑jeu. 06 juil. 2017, 22:20 En conclusion, et précisément parce que je n’ai pas laissé au vestiaire mes convictions spirituelles, je ne peux pas me défaire de la solidarité qui me lie à la société dans laquelle je vis. Pour obéir à mes exigences, je suis avec ceux qui souffrent le plus, avec celles qui sont condamnées le plus, avec celles qui sont méprisées le plus. Et je serai près d’elles parce que, dans le regard de la plus désemparée des femmes, dans celui de la plus humiliée, de la plus fautive, se reflète le visage de Celui qui est la vie. À cause de cela, à cause de Lui, je prendrai ma part du fardeau. Je lutterai contre tout ce qui conduit à l’avortement, mais je voterai la loi.
Je doute de cette formulation des choses. Je penserais plutôt qu'elle n'aurait pas niée que l'embryon contienne bien à l'état virtuel tout ce qui fera éventuellement un être humain. Et Simone Veil se bornait à l'idée d'avortement précoce. Il y avait quand même une nuance dans son esprit. La nuance étant que l'avortement ne devrait pas intervenir au-delà de ces premières semaines où il arrive aussi que des avortements spontanées surviennent cf fausse couche.De plus, elle a poussé le cynisme jusqu'à affirmer que le fœtus est bien un être humain, mais qu'on peut s'en débarrasser.
La morale naturelle? Il faudrait nous expliquer dans ce cas pourquoi le phénomène serait si répandu dans le monde, dans d'autres sociétés ou pourquoi la tendance à autoriser l'avortement paraîtrait aussi acceptable au grand nombre (à autant de femmes en particulier), à l'inverse du vol. du viol, du mensonge, de l'assassinat, de la pédophilie, etc.la simple morale naturelle réprouve l'avortement.
Si ça pouvait être utile ...Merci Cinci pour ces extraits de la vie de Simone Veil. Je savais que les évêques d'alors lui avaient apporté une sorte de soutien mais j'ignorais que Mgr lustiger avait demandé qu'elle intervienne à son enterrement, c'est très émouvant.
La morale naturelle (ou la loi naturelle) ne se définit pas comme une affaire de mode ou de majorité au cours des siècles. Ce qui est mal a toujours été et restera toujours mal, indépendamment de l'opinion que chacun peut avoir de l'acte. Il existe des actes comme l'avortement, l'adultère, ou l'apostasie qui sont et seront toujours "intrinsèquement mauvais" (cf. Veritatis Splendor).Cinci a écrit : ↑ven. 07 juil. 2017, 19:18La morale naturelle? Il faudrait nous expliquer dans ce cas pourquoi le phénomène serait si répandu dans le monde, dans d'autres sociétés ou pourquoi la tendance à autoriser l'avortement paraîtrait aussi acceptable au grand nombre (à autant de femmes en particulier), à l'inverse du vol. du viol, du mensonge, de l'assassinat, de la pédophilie, etc.la simple morale naturelle réprouve l'avortement.
Tout catholique doit croire (je n'utilise pas ces mots à la légère) que l'avortement est toujours un "crime abominable" (Vatican II).a écrit : La loi n’est pas obligée de tout sanctionner mais elle ne peut aller contre une loi plus profonde et plus auguste que toute loi humaine, la loi naturelle inscrite dans l’homme par le Créateur comme une norme que la raison déchiffre et travaille à bien formuler, qu’il faut toujours s’efforcer de mieux comprendre, mais qu’il est toujours mal de contredire. La loi humaine peut renoncer à punir, mais elle ne peut déclarer innocent ce qui serait contraire au droit naturel, car cette opposition suffit à faire qu’une loi ne soit pas une loi.
Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration sur l'avortement, 1974, n° 21
http://www.vatican.va/roman_curia/congr ... on_fr.html
Mais non seulement on doit le croire, mais en plus l'Eglise demande à tout décideur politique de s'opposer à l'avortement, sous peine de commettre une grave faute morale :La tradition de l’Église a toujours considéré que la vie humaine doit être protégée et favorisée dès son début, comme aux diverses étapes de son développement. S’opposant aux mœurs du monde gréco-romain, l’Église des premiers siècles a insisté sur la distance qui, sur ce point, en sépare les mœurs chrétiennes. Dans la Didachè, il est dit clairement : « Tu ne tueras pas par avortement le fruit du sein et tu ne feras pas périr l’enfant déjà né. » Athénagoras souligne que les chrétiens tiennent pour homicides les femmes qui utilisent des médecines pour avorter ; il condamne les meurtriers d’enfants, y compris de ceux qui vivent encore dans le sein de leur mère, « où ils sont déjà l’objet des soins de la Providence divine ». Tertullien n’a peut-être pas toujours tenu le même langage ; il n’en affirme pas moins clairement le principe essentiel : « C’est un homicide anticipé que d’empêcher de naître : peu importe qu’on arrache l’âme déjà née ou qu’on la fasse disparaître naissante. Il est déjà un homme celui qui le sera. »
Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration sur l'avortement, 1974, n°6
http://www.vatican.va/roman_curia/congr ... on_fr.html
Vous aurez noté que Paul VI a ordonné la publication de cette note en juin 1974, juste avant le débat parlementaire en France.a écrit : Il doit être en tout cas bien entendu qu’un chrétien ne peut jamais se conformer à une loi en elle-même immorale ; et tel est le cas de celle qui admettrait en principe la licéité de l’avortement. Il ne peut ni participer à une campagne d’opinion en faveur d’une telle loi ni donner à celle-ci son suffrage. Il ne pourra pas davantage collaborer à son application.
Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration sur l'avortement, 1974, n°22
http://www.vatican.va/roman_curia/congr ... on_fr.html
Silence gênés
[...]
Si, en 1974, Simone Veil a porté la loi légalisant l’avortement avec un courage exemplaire — dont on voudrait qu’il inspire nombre de nos parlementaires -, ce fut aussi avec l’aide précieuse du premier ministre d’alors, Jacques Chirac.
La chose mérite d’être rappelée, car elle illustre combien Simone Veil a, toute sa vie, mené des combats fondamentaux, tout en refusant chaque fois de frayer avec les extrémismes. On imagine que lorsqu’on a frôlé à ce point la barbarie, qu’on a échappé de justesse à la mort dans les camps, qu’on y a vu mourir ses proches, on est pour ainsi dire vacciné contre cette maladie. Contre toutes les idéologies, faudrait-il ajouter, fussent-elles brandies au nom de la droite ou de la gauche, des exploiteurs ou des opprimés, des misogynes ou des féministes, des nationalistes étroits ou des européistes, des homophobes ou des jusqu’au-boutistes LGBT.
Avez-vous observé le silence gêné de nombreuses féministes, notamment québécoises, à l’égard de Simone Veil ? On dirait que son nom leur brûle les lèvres. Car Simone Veil n’était pas une défenseure tous azimuts de l’avortement. Elle ne le brandissait pas comme une panacée ni même un droit universel. Pour elle, il s’agissait d’un acte grave et exceptionnel. Simone Veil pratiquait ce qu’on pourrait appeler un féminisme pragmatique de tradition française qui, contrairement à une certaine école américaine, ne s’enfermait pas dans la guerre des sexes. Pour elle, il s’agissait d’abord d’en finir avec ces 2500 décès annuels dus à des avortements clandestins.
Avant d’être féministe, européenne ou de tradition juive, Simone Veil était d’abord une citoyenne prenant en compte les intérêts de la nation.
[...]
C’est pourquoi aussi, en 2013, Simone Veil avait pris le parti d’éviter les anathèmes en rencontrant les opposants qui défilaient par millions dans les rues de Paris contre le mariage homosexuel. [...] Ce qui n’avait pas empêché Simone Veil de répondre ce qui suit à un journaliste qui lui demandait comment elle réagirait si elle apprenait que son fils vivait avec un homme : « Je l’inviterais à dîner ! »
Symbole vivant de la mémoire de la Shoah, Simone Veil refusait la récupération politique. [...] De même, après les années d’euphorie et l’échec du référendum de 2005 sur la Constitution européenne, avait-elle pris le parti gaulliste d’une Europe des nations. C’est du moins ce que nous apprend son compagnon d’Académie, l’écrivain Jean d’Ormesson.
Face à la concurrence des souffrances, où chacun cherche à passer pour un « survivant », l’humilité et la discrétion dont cette grande dame a toujours fait preuve à l’égard de son propre destin restent un exemple. Comme l’écrit avec justesse l’historien Jacques Julliard : « Simone Veil ne nous tire ni vers la gauche ni vers la droite : elle nous tire vers le haut. »
http://www.ledevoir.com/international/e ... nces-genes
Vous présumez mal. Il n'y a aucune marge de manoeuvre dans ce cas précis. C'est dit explicitement dans la note de la CDF ci-dessus et dans Evangelium Vitae, que je vous encourage à relire.