Archidiacre a écrit : ↑mer. 09 janv. 2019, 13:10
Valentin a écrit : ↑mar. 08 janv. 2019, 12:43Ne soyez pas hypocrite. La loi du moindre mal voudrait que les
deux personnes, mère et enfant, soient vivantes au terme de la grossesse.
Vous faites comme s'il n' y avait le choix qu'entre l'avortement "légal" et l'avortement clandestin. Il existe une troisième voie, qui est de ne pas avorter du tout. Quitte à remettre l'enfant aux services sociaux ou à l'une des nombreuses associations existantes si la mère ne peut (ou ne veut) pas l'assumer.
Entièrement d'accord. J'ai déjà eu affaire à ce faux dilemme. Les pro-choice font souvent faussement croire que s'opposer à l'avortement légal est soutenir l'avortement clandestin, ce qui n'a en vérité pas de continuité logique. Même d'un point de vue utilitariste l'avortement ne peut pas être justifié, car aucun mal relatif ne peut être plus grave que celui du meurtre d'un humain innocent (et c'est pour ça que si on ne se met pas d'accord sur la nature de l'embryon/du foetus, tous les autres arguments pro-avortement perdent leur intérêt).
Bonsoir,
Il n' est pas question de faire croire des choses fausses. Dire que quel que soit le pays et les lois, des femmes avortent, ce n' est pas faire croire une chose fausse. Expliquer que quand elles avortent sans conditions médicales, elles risquent leur vie et meurent parfois, ce n' est pas faire croire une chose fausse. Je ne cherche pas à justifier l' avortement. Simplement à faire comprendre que si avortement il y a, c' est mieux si c' est médicalisé. Et aussi à faire comprendre que criminaliser l' avortement n' empèche pas l' avortement. Cela met simplement des femmes en danger de mort.
J' aimerais moi aussi que nous nous mettions d' accord sur le statut de l' embryon. Mais je crois que c' est une question qui par principe est insoluble. On aura d' un coté ceux qui sont essentialistes, suivant l' avis de l' Eglise. Pour rappel, au moment où la gamète male rencontre la gamète femelle, hop, une âme apparait d' un coup. Un système de pensée binaire. Soit il y a , soit il n' y a pas. Rien entre les deux. Dans cette veine de pensée, un couple américain a fondé un groupe dont le but est de faire naitre les embryons surnuméraires produits par la PMA (on en fait toujours en plus, pour parer aux éventualités d' echec. Quand il n' y a pas d' echec, les embryons surnuméraires sont détruits). Ce couple recrute des mères porteuses. Je ne sais pas ce qu' il advient ensuite des enfants une fois nés. De l' autre coté, on a la loi française. Un humain, une personne, c' est Né. Et une cellule n' est pas une personne. Ces deux définitions sont très précises et simples. Trop simples à mon goût. Le monde est complexe, pas binaire.
Le passage du stade UNE CELLULE à un humain est long et progressif. Il n' y a pas de saut magique. Il n' y a pas de Rubicon embryologique entre un amas de cellules, un embryon, un foetus, un bébé, un bambin, un enfant, un ado, un adulte et une personne âgée. C' est un continuum. Comme de passer du blanc au noir ou du latin au français moderne. Comme de passer de Proconsul à homo Sapiens Sapiens. Natura Non Facit Saltus. Plutôt des glissements. On ne pourra donc jamais régler honnêtement cette question, à moins de choisir une des deux solutions binaires que j' ai évoquées plus haut. Ce qui ne satisfera personne et sera en plus en désaccord avec la réalité.
Bref. De toute façon, ces questions de définition ne changent rien au problème. Les avortements ont lieu, que cela nous plaise ou non. Les médicaliser sauve des femmes. Je ne comprends même pas que cela soit un objet de débat. Proclamer des interdictions, c' est bien gentil, mais cela a des conséquences dans le monde réel (dont je sais que beaucoup de gens se contrefichent, mais c' est quand même le monde réel et les souffrances sont réelles, donc, s' il vous plait, faites attention, nous sommes nombreux à ne pas aimer voir des gens souffrir).
Je prends un autre exemple pour bien vous faire comprendre. Le sexe hors mariage. C' est interdit dans l' Eglise. Bon. Comme l' avortement.
Alors si on est catholique, que devons nous faire? Militer pour l' interdiction des préservatifs? Culpabiliser ceux qui en utilisent? Ce serait vraiment faire preuve d' un manque flagrant de lucidité sur le comportement des humains. Ce serait un massacre. Les MST se répandraient, parce que les gens qui font du sexe hors mariage se fichent des interdictions lancées par le Vatican, comme les femmes qui avortent se fichent pareillement de l' avis du Pape et d' autres hommes célibataires de longue date dont on sait qu' ils ne seront JAMAIS confrontés à ces questions. Parfois, il faut sortir de l' idéologie et voir les choses du monde réel. Je sais que ce n' est pas une habitude pour tout le monde, mais c' est important.
Donnez la parole aux femmes dans la Curie, à égalité. Sinon, rien n' est crédible ni audible. Tant que cela ne changera pas, des femmes catholiques continueront à se ficher des avis, interdictions, oukases et fatwahs émis par un clergé masculin plus prompt à manier des concepts théologiques qu' à considérer les femmes comme leurs égales. Et elles avorteront, dans des hopitaux quand elles le peuvent, seules dans un coin quand elles n' ont pas accès aux soins, quitte à en mourir. Voyez les choses en face. Et revenons sur terre, aussi. La question n' est pas de savoir si l' avortement est bien ou mal. Mais de savoir comment aider les femmes. Dicter aux femmes ce qu' elless doivent faire ou ne pas faire, après tout, pourquoi pas... Tout le monde s' en fiche, mais bon, si ça occupe des gens, je n' y vois pas d' inconvénient. Tant que cela reste dans le cadre légal.
Moi, je préfère m' occuper de charité, d' entraide, de compréhension et d' amour des autres, plutôt que de les traiter de criminelles. Cela me parait infiniment plus chrétien que de diffamer des femmes ayant déjà assez de problèmes comme cela.