Jeremy43 a écrit :Dans les communautés traditionnelles on a la chance d'avoir une foi qui reste vive, Dieu est le centre de la vie de la plupart des paroissiens, ce qui donne l'impression de vivre dans une autre chrétienté par rapport à une paroisse "lambda" de la campagne française et c'est dramatique car il s'agit d'âme.
Dans les communautés traditionnelles, ne viennent que des gens qui ont la foi vive. On pourrait dire la même chose de communautés charismatiques, et j'ai connu ça aussi quand je fréquentais l'église St Ignace à Paris. Ce n'est pas signe que le traditionalisme est meilleur, juste que ça crée une sélection et forme une communauté bien particulière.
Dans une paroisse "lambda", on se confronte à la réalité des chrétiens qui vivent sur le territoire paroissial, et non pas ceux qui choisissent la communauté qui leur plait. Dans le lot, il y en a qui ont une foi très vive, et il y en a qui sont beaucoup plus petits dans la foi.
Personnellement, l'évangélisation de ceux qui sont déjà convertis, ça m'intéresse assez peu.
Suliko a écrit :Il y a aussi pas mal de croyants qui décident de fréquenter une paroisse traditionaliste parce qu'ils constatent bien qu'ils ne peuvent pas progresser spirituellement là où ils sont. Cela ne veut pas dire qu'ils méprisent le prêtre et les fidèles de leur paroisse, mais juste que parfois, il vaut mieux partir ailleurs que de chercher vainement à changer une situation inextricable et de déprimer de plus en plus
Et c'est là chose excellente.
Personnellement, aujourd'hui, je m'attache à convertir mon coeur et à rendre grâce à Dieu pour les co-paroissiens qu'Il me donne. Pour mes progrès spirituels, je fais des retraites, je médite la Parole, je prie, je me forme, je lis... Et je m'efforce d'accueillir les autres comme ils sont, et pas comme j'aimerais qu'ils soient.
Je n'ai pas toujours agi ainsi. Je suis passé par une période où je ne supportais plus le climat paroissial ordinaire (qui m'avait effectivement bien aidé à perdre la foi), et où j'ai besoin de la foi brûlante d'une communauté "sélectionnée". Ca m'a fait du bien, ça m'a permis de grandir. Je trouve très bien qu'il y ait de telles communautés.
Je constate dans les évangiles que les disciples ont été envoyés annoncer la Bonne Nouvelle à tous, et non pas invités à rester entre eux pour conserver leur foi bien à l'abri (relire la Pentecôte...). Mais je n'ignore pas que tout le monde n'a pas une vocation d'apôtre non plus. Si rester dans une paroisse normale amène à une perte de foi, alors il faut aller ailleurs, là où on peut redonner des forces à sa foi.
Ce n'est pas non plus une coincidence si nombre de jeunes séminaristes préfèrent les instituts traditionalistes. Ils sentent sans doute qu'ils seront dans l'avenir moins tiraillés entre leur foi et les exigences de certains fidèles...Vous ne pensez pas?
Très sincèrement, j'espère pour eux que là n'est pas la raison de leur choix, car si c'est le cas ils déchanteront bien vite. Comme tous les prêtres, ils auront à faire face aux difficultés de la pastorale, et eux aussi auront des fidèles ayant des exigences... Dans une communauté traditionnelle, je présume qu'ils auront plus qu'ailleurs maille à partir avec les acharnés du légalisme qui font passer la lettre de la loi avant la charité... A chaque communauté ses difficultés, aucune n'est facile.
Je pense plutôt que s'ils vont là, c'est d'abord pour être certains de pouvoir y recevoir un enseignement traditionnel, et peut-être aussi un peu pour des questions de qualité d'enseignement. Les diocèses dont l'évêque veille à avoir un séminaire de bon niveau ont des séminaristes.
Et pour être tout-à-fait sincère avec Peccator, j'avouerai que les fidèles dont ils parlent, qui ignorent et rejettent ce qui les dérange de l'Ecriture et de la Tradition, ne sont simplement pour moi plus catholiques...Nous n'avons pas la même foi...Mais bien sûr, ils peuvent toujours se convertir et je l'espère, évidemment!
Personnellement, je ne me pose pas la question de savoir si ils sont ou non catholiques : ce qui m'intéresse, c'est comment je peux contribuer à leur conversion. Et je suis convaincu que ça ne se fera pas par un sermon vigoureux en chaire, mais par l'exemple quotidien que doivent donner ceux qui disent avoir la foi : prier, éduquer à la prière, témoigner d'une vie chrétienne, agir dans un soucis de charité.
Sinon, je suis d'accord avec Peccator sur l'importance d'une belle liturgie, et je crois que tout le monde ne peut que nous rejoindre à ce sujet.
Tout le monde n'est pas d'accord sur le fait que tout commence par là. On ne peut rien faire si la liturgie n'est pas soignée. Plus le temps passe, plus je réalise à quel point Vatican II avait raison de rappeler que la liturgie est la source et le sommet de la vie de l'Eglise. Lex orandi, lex credendi, n'est-ce pas ?
Ce qui me paraît aussi très important, c'est de redonner à la religion sa dimension éminemment communautaire.
Alors là, j'avoue que celle-là, je ne l'attendais pas venir sous votre plume ! D'ordinaire, vous contestez vigoureusement les formes liturgiques mettant en avant la dimension communautaire de notre foi
Ceci dit, attention à ne pas judaïser notre foi : beaucoup de règles "communautaires" juives ont précisément pour but de séparer les juifs des païens. Il s'agit explicitement de marquer la différence. La religion chrétienne est ouverte sur le monde. Il y a une différence entre un chrétien et un non-chrétien, mais c'est dans notre coeur qu'elle doit être, pas dans des prescriptions alimentaires.
Mais je vous accorde que ça ne ferait pas de mal ne serait-ce que de rappeler clairement le peu de chose qui est demandé aujourd'hui en matière de jeûne et d'abstinence, et probablement même d'être un peu plus exigent. Le jeûne et l'abstinence sont d'excellentes pratiques spirituelles, on prive les fidèles de vrais trésors en ne leur en parlant pas.
Et sur un sujet connexe (donc différent, mais lié), la semaine dernière à la veillée de prière pour la vie, le cardinal Vingt-trois rappelait que la protection de la vie implique aussi une conscience écologique : sans doute les chrétiens feront-ils un meilleur témoignage de foi en mettant en cohérence leur discours sur l'avortement, leurs pratiques alimentaires et leur soucis de l'environnement. Le jeûne, c'est aussi pour nous rappeler que c'est de Dieu que nous recevons la vie.