Bonsoir à tous,
Je crois que plus généralement, la question est celle de la distinction entre la morale et le Droit. Comme je l’ai écrit souvent ici et
ailleurs, il existe certaines règles morales qui sont universelles (ne pas tuer, ne pas voler, respecter ses engagements…), et beaucoup d’autres qui sont adoptées par certains et
pas encore par d’autres (par ex., en matière sexuelle).
Je souligne "pas encore", car la morale peut-être défendue à la fois en raison et par les leçons de l’expérience (il ne s’agit nullement d’admettre le relativisme), mais pour que l’expérience soit probante, justement, il faut qu’elle ait lieu. Il convient que ceux qui sont réfractaires aux arguments de la raison aient la possibilité de découvrir par eux-mêmes leurs erreurs, à travers la confrontation au réel qu’ils ont voulue, et que la leçon qu’ils reçoivent dissuade autrui.
Par exemple, plus sûrement que par n’importe quel sermon d’éducateurs, la plupart des jeunes découvrent à travers leurs désillusions le danger et la vanité de la licence sexuelle ; de l’abus d’alcool, de tabac et de drogues ; de la paresse, du manque d’attention à autrui, etc.
L’autorité publique (disons l’Etat) ne peut être légitime aux yeux de tous que si son action fait respecter les règles admises par tous. Je ne reconnaîtrai jamais la légitimité d’un gouvernement qui m’interdirait la consommation d’alcool, de voyager à l’étranger ou de pratiquer ma religion. Ce qui est vrai pour moi l’est pour vous aussi, et pour tout le monde.
Pendant longtemps, l’habitude de la servilité, d’une part, et l’homogénéité (forcée) des populations, d’autre part, ont pu faire croire qu’un grand nombre de comportements étaient spontanés et naturels à l’être humain, ou du moins, partagés par toute une population sur un territoire donné. Ce n’est manifestement plus le cas. Le frottement avec d’autres cultures nous montre qu’il existe de multiples façons de vivre ensemble. Et très peu d’Etats aujourd’hui (même le Japon) ne légifèrent pour une population homogène.
Par conséquent, si un Etat veut demeurer l’Etat de tous, il doit limiter les lois à ce plus petit commun dénominateur des sociétés humaines qui est la prohibition du meurtre, du viol, du vol et de la tromperie. Voilà la Loi naturelle.
Voilà le Bien réellement commun, le
bonum communis, que cherchait St Thomas d’Aquin après Aristote.
Le Bien commun, c’est le Droit.
Mais ce PPCD des sociétés n’est pas suffisant pour rendre nos vies individuelles riches, pleines, incandescentes. C’est la morale qui, au-delà du Droit, doit les inspirer. Cependant, cette portée à incandescence n’aurait pas lieu si nos choix moraux n’étaient pas librement consentis. Ce n’est pas être généreux que de payer des impôts sous peine de prison. Ce n’est pas être sobre que de s’abstenir d’alcool sous peine de bastonnade. Il n’y a de vertu à faire le bien que lorsque la possibilité existe de commettre le mal.
Luton Grognon raisonne comme un ayatollah.

Seul compterait le résultat aux yeux d’Allah, peu importerait l’intention de l’acteur. La souillure de manger du porc serait comme un virus, il suffirait d’être en contact, qu’on l’ait voulu ou pas, pour être damné. Outre le fait que bcp de théologiens musulmans réfutent cette lecture, elle donne une piètre image de la relation mécanique d’Allah à ses créatures.
J’ai bien lu par ailleurs ce que
popeye sur un autre fil a écrit sur les conditions d’un acte moral (intention + effet), mais je persiste à croire que si une action peut par hasard être objectivement bonne, son auteur ne peut être vertueux que pour avoir voulu cette action en anticipant ses effets.
Il est donc incohérent de penser que Dieu ne juge que les actions et non les cœurs. Dieu accepteraient-ils à Sa droite dans Son paradis les malheureux qui auraient été baptisés de force, auraient reçu Ses sacrements sous la contrainte ? Cher Lutin Grognon, vous croyez ça ? Alors pourquoi voulez-vous contraindre ? Vous ne ferez le salut de personne. Vous trouverez ici ou là des bribes d’encycliques qui pourraient vous donner raison, mais je vous renverrai à l’enseignement du Maître contre Ses interprètes, surtout lorsque Son message, que nous rappelle Christophe ci-dessus, est tellement clair (Mt. 13, 24-30 ; Lc. 9, 52-56).
Merci, Christophe,

pour cette lumineuse synthèse
La doctrine conciliaire du Droit naturel à la liberté civile en matière religieuse. Elle m’a remis les idées en place, comme les citations de
marchenoir.
Et puis comme j’en suis à la distribution de fleurs, je dois remercier
MB :flowers: (en rougissant) des compliments qu’il adresse à mes interventions. Vous lui devez tous de me lire moins souvent sur ce forum, car il a souvent exprimé avec plus de verve et d’intelligence que moi les arguments que je vous aurais autrement assénés.
A+
Christian