Quelques pensées de Pascal sur les miracles :
169 je ne serais pas chrétien sans les miracles, dit Saint Augustin.
180 J C a fait des miracles et les apôtres ensuite. Et les premiers saints en grand nombre, parce que les
prophéties n'étant pas encore accomplies, et s'accomplissant par eux, rien ne témoignait que les miracles.
(..) Avant donc qu'il ait été mort, ressuscité et converti les nations tout n'était pas accompli et ainsi il a fallu des miracles pendant tout ce temps. Maintenant il n'en faut plus contre les juifs, car les prophéties accomplies sont un miracle subsistant. 181 la piété est différente de la superstition. Soutenir la piété jusqu'à la superstition c'est la détruire.
Les hérétiques nous reprochent cette soumission superstitieuse ; c'est faire ce qu'ils nous reprochent.
Impiété de ne pas croire l'eucharistie sur ce qu'on ne la voit pas.
Superstition de croire des propositions etc. Foi etc.
182 il n'y a rien de si conforme à la raison que ce désaveu de la raison.
184 on n'aurait point péché en ne croyant pas J C sans les miracles.
280 les états périraient si on ne faisait ployer souvent les lois à la nécessité,
mais jamais la religion n'a souffert cela et n'en a usé. Aussi il faut ces accommodements ou des miracles.
Il n'est pas étrange qu'on se conserve en ployant, et ce n'est pas proprement se maintenir, et encore
périssent−ils enfin entièrement. Il n'y en a point qui ait duré 1000 ans. Mais que cette religion se soit toujours
maintenue et inflexible... cela est divin.
378 Si j'avais vu un miracle, disent−ils, je me convertirais. Comment assurent−ils qu'ils feraient ce qu'ils
ignorent. Ils s'imaginent que cette conversion consiste en une adoration qui se fait de Dieu comme un
commerce et une conversation telle qu'ils se la figurent. La conversion véritable consiste à s'anéantir devant
cet être universel qu'on a irrité tant de fois et qui peut vous perdre légitimement à toute heure, à reconnaître
qu'on ne peut rien sans lui et qu'on n'a rien mérité de lui que sa disgrâce. Elle consiste à connaître qu'il y a
une opposition invincible entre Dieu et nous et que sans un médiateur il ne peut y avoir de commerce.
379 les miracles ne servent pas à convertir mais à condamner.
Bon, il s'agit d'une édition électronique qui doit sans doute correspondre à celle dite "de Port-Royal" : beaucoup de découpage, de réécriture des manuscrits originaux, qui visaient à "terminer" le travail de Pascal.
Ça n'est pas idéal, mais je n'ai pas à côté de moi les éditions sur lesquelles je travaille couramment.
Ce qui me semble intéressant dans ces pensées c'est l'idée selon laquelle les miracles ne servent pas à convertir :
«Si j'avais vu un miracle, disent−ils, je me convertirais. Comment assurent−ils qu'ils feraient ce qu'ils
ignorent.»
Les miracles sont incapables de convertir. Les miracles ne touchent que les convertis, car les mécréants les ignorent et présupposent qu'ils sont erronés.
C'est exactement le cas de la science d'aujourd'hui : "nous refusons toute intrusion de Dieu dans l'équation scientifique car il n'est pas prouvé qu'il existe et donc nous ne pouvons pas compter dessus". En vérité s'Il existe (et Il existe), toute recherche scientifique est dans ses fondements faussées et se trouve incapable de retrouver véritablement Dieu. Soit-disante preuve pour justifier de sa non-existence.
C'est un cercle vicieux.
Ainsi, les miracles ne font pas se convertir, et les preuves de Dieu non plus (quelles que soient leur valeur). En effet, la foi est un saut et exige la soumission de notre raison qui se trouve par là paradoxalement élevée et libérée car elle découvre sa véritable nature qui exige cette articulation avec la foi.
En revanche, le croyant-Dieu a besoin d'accorder sa raison avec sa foi afin de connaître mieux Celui qu'il aime. C'est ainsi que les périodes durant lesquelles les "preuves" de Dieu furent les plus déployées furent, paradoxalement, celles où l'existence de Dieu étaient universellement admise.
Les seules "preuves" dont nous disposons, et qui puissent toucher l'incroyant, ce sont les preuves anthropologique et historique : seul le Christ explique les aspirations les plus profondes de l'être humain, seul le Christ est capable d'unifier foi et raison, seul le Christ unifie tous les domaines de la raison. Les preuves ne sont pas à chercher dans les faits, qui peuvent toujours être interprétés de diverses manières, elles sont à chercher dans les relations entre les faits, les êtres, les choses, leur histoire. Seule la vérité révélée par le Christ explique et clarifie toute l'histoire de ce monde vu dans sa totalité, dans sa complexité, et surtout dans ses paradoxes. Toutes les autres postures intellectuelles sont limitatives et achoppent sur les plans qu'elles ignorent.
Ainsi le linceul de Turin, "provocation à l'intelligence".
La méthode scientifique consiste, normalement à prendre l'explication la plus simple quitte à la remettre en cause lorsque des données la rende impossible à soutenir de nouveau.
Les faits, les études faites sur le linceul devraient inviter la communauté scientifique à penser ce suaire comme étant
très probablement celui du Christ Ressuscité. Peut-être que dans 100 ans des éléments nous permettront de dire avec certitude que c'est un faux, peut-être, mais en l'état actuel, ce qui est certains, c'est que l'hypothèse "catholique" est la plus probable.
Toute expérience scientifique "classique" aurait fait le choix de l'hypothèse la plus probable, dans un premier temps.
Ça n'a pas été fait.
Pourquoi ?
Parce qu'il est
présupposé que cela est impossible. Parce qu'il est
présupposé que Dieu
ne doit pas entrer dans l'équation.
Encore une fois : les miracles ne servent pas à convertir.
Sauf les cœur qui cherchent, et qui ont déjà trouvés.