juste un petit commentaire.Pneumatis a écrit :- le rapport au sacré : comme je l'ai décrit avant, il s'agit moins de réfléchir sur l'idée de religion, de foi, de croyances, ... ce n'est pas le propos. C'est juste le constat, fait par bien des philosophes avant moi qui ne le suis pas, que si on envisage la société comme un groupe mu par quelque chose qui transcende ses parties, alors il existe nécessairement du sacré dans cette société. Soit ce sacré est assumé et on est dans une forme de théocratie (sauf si j'ai encore mal compris le sens du mot), soit il est refoulé et on doit assumer un non sens dans l'ordre social qui conduit nécessairement à la remise en cause de sa finalité, donc de son fonctionnement, et à terme tout s'effondre. En retour l'autorité détentrice du sacré doit poser un minimum d'interdits figurant la limite du sacré et du profane. On peut alors assumer que le respect de la vie, par exemple, soit un commandement "divin" - la vie est sacrée ! Le sacré est alors simplement ce qui vient se substituer à l'arbitraire. Il faut alors se demander quels sont les conséquences à assumer par un membre en cas de profanation du sacré, de non respect d'un interdit fondé par l'autorité ? Y a-t-il quelque chose de similaire au cas du membre refusant d'être ordonné à la société et donc automatiquement exclu, ou est-ce encore autre chose ? Car on peut profaner le sacré sans le vouloir, et même sans le savoir. Est-ce que les conséquences sont du même ordre ? Ne doit-on pas introduire ici la notion d'expiation ? Le profanateur peut-il vouloir librement cette expiation ou doit-on l'y contraindre même si il n'en veut pas ? Et s'il n'en veut pas, ne nous retrouvons-nous pas dans le cas du membre refusant de se soumettre à l'ordre social et donc à bannir de la société ? Du coup peut-être que j'ai vu dans la question du sacré une exception légitimant l'usage de la coercition quand ce n'en serait pas une... à voir. On serait peut-être simplement dans le cadre d'une justice morale s'en remettant en dernier lieu à l'autorité sociale. Un peu comme l'Eglise qui jugeait untel, et qui le soumettais ensuite, si nécessaire, au bras séculier pour que ce dernier se charge de valider la conformité à l'ordre établi. Sauf que dans mon système, l'autorité morale et l'autorité législative sont nécessairement la même instance, si je ne me suis pas perdu en route.
En ce qui me concerne, je préfère parler de quelque chose comme la "moralité publique", c'est-à-dire l'atmosphère sociale qui se forme à partir de certains modes habituels de penser, de parler et de se comporter, propre aux membres d'une société et qui montrent le respect que l'on porte ou non à la loi morale.
Comme la norme des droits et des devoirs de l'autorité civile est le bien commun général - la fin de la société politique, dont l'autorité civile est seulement le gérant, l'autorité civile doit avoir tous les droits et tous les devoirs qui lui sont nécessaires pour parvenir à cette fin. C'est tout.
La question est donc de savoir quelle relation il existe entre la moralité publique et la fin de l'Etat.
La réponse catholique est claire, la moralité publique est un élément fondamental du bien commun. C'est ce que rappelle la Déclaration sur la liberté religieuse "Dignitatis humanae" du Concile Vatican II au numéro 7:
L'autorité civile a le devoir d'interdire, par des moyens justes et adéquats, tout ce qui est obscène, blasphématoire, attentatoire aux bonnes moeurs, etc., ce que rappelle aussi la Constitution pastorale Gaudium et spes au numéro 52, lorsqu'elle parle de la promorion du mariage et de la famille:"C'est dans la société humaine que s'exerce le droit à la liberté en matière religieuse, aussi son usage est-il soumis à certaines règles qui le tempèrent. Dans l'usage de toute liberté doit être observé le principe moral de la responsabilité personnelle et sociale: la loi morale oblige tout homme et groupe social dans l'exercice de leurs droits à tenir compte des droits d'autrui, de ses devoirs envers les autres et du bien commun de tous. A l'égard de tous il faut agir avec justice et humanité.
En outre, comme la société civile a le droit de se protéger contre les abus qui pourraient naître sous prétexte de liberté religieuse, c'est surtout au pouvoir civil qu'il revient d'assurer cette protection; ce qui ne doit pas se faire arbitrairement et à l'injuste faveur d'un parti mais selon des normes juridiques, conformes à l'ordre moral objectif, requises par l'efficace sauvegarde des droits de tous les citoyens et de leur pacifique accord, et par un souci adéquat de cette authentique paix publique qui consiste dans une vie vécue en commun sur la base d'une vraie justice, ainsi que par le maintien, qui se doit, de la moralité publique. Tout cela fait fondamentalement partie du bien commun et entre dans la définition de l'ordre public. Au demeurant, il faut s'en tenir à la coutume de sauvegarder intégralement la liberté dans la société, usage demandant que le maximum de liberté soit reconnu à l'homme, et que celle-ci ne soit restreinte que lorsque c'est nécessaire et dans la mesure qui s'impose."
Il ne s'agit pas d'une simple obligation qu'aurait le pouvoir civil, mais d'un devoir sacré. Et il ne s'agit pas de "surveiller" la moralité publique, mais de la défendre.Que le pouvoir civil considère comme un devoir sacré de reconnaître leur véritable nature, de les protéger et de les faire progresser, de défendre la moralité publique et de favoriser la prospérité des foyers.
Amicalement.
Virgile.

