Cher Philémon Siclone,
En relisant votre long échange avec ti hamo, je retrouve ce qui me semble l’essentiel de votre thèse.
Philémon Siclone a écrit : Je vois les choses dans cet ordre-là (je ne dis pas que ce n'est pas gratuit de ma part, c'est une vue de l'esprit, et rien d'autre) :
1. Dieu crée la terre et le ciel, et tout le reste, en 6 jours. Cette création comprend notre monde, ce monde-ci, le monde actuel. Mais non soumis au péché. Il crée l'homme en lui fournissant un corps, tiré de cette création. Cette création, cette humanité, se trouvent dans un état que nous ne pouvons pas, nous, imaginer, puisque ne portant pas encore la marque du péché… On va dire que la Création se trouve dans un état bienheureux.
Nous sommes d’accord, avec la même approche de la notion de « jours ».
Philémon Siclone a écrit : Il n'a donc rien de commun avec ce que nous connaissons.
Ici, le mot « rien » ouvre la difficulté. Tout est commun avec ce que nous connaissons, sauf la dégradation causée par le péché originel. C’est bien notre monde qui a été frappé par ce péché. C’est bien le même homme qui est aujourd’hui marqué par le péché originel.
Tant que l’homme n’était pas créé, tout était « bon », mais pas encore « très bon », selon la nuance de la Genèse. Il y manquait son moteur, son maître terrestre, celui qui allait assurer la coordination parfaite de tout : l’humain.
Mais, je dois observer que vous ne dites pas vraiment le contraire.
Philémon Siclone a écrit : 2. Survient le Péché originel. Toute la Création s'effondre et s'abîme, en recevant la marque du péché. La condamnation s'ensuit, qui est la mort. Adam devient mortel. La Création devient mortelle, et sujette au Temps et aux variations. La condamnation portée contre le Serpent (tu ramperas sur le ventre), et contre la nature (la terre sera maudite à cause de ce que vous avez fait... elle vous produira des épines et des ronces), semble bien montrer les conséquences du péché d'Adam frappant toute la Création, le monde animal et la nature en général.
Cela me paraît bien dit et exact, sauf, à nouveau, une ambiguïté qui va ouvrir la difficulté : « La création devient mortelle ».
Philémon Siclone a écrit : La mort, c'est la mort. Ce n'est pas autre chose que la mort. Un animal qui meurt, il meurt réellement. Il meurt de mort. Son coeur cesse de battre, il cesse de respirer, le sang ne circule plus, son corps ne s'anime plus, sa chair pourrit. Bref, il passe par toutes les étapes de la mort que l'on voit aussi chez les hommes lorsqu'ils meurent. Vous semblez vouloir dire que, de toute façon, comme la matière qui composait son cadavre se retrouve "récupérée" et "recyclée" de mille manières par la nature, il ne s'agit pas réellement de mort, mais simplement d'un renouvellement. Mais pour l'homme c'est la même chose. Le corps pourrit et va en terre, les vers le rongent, etc. "Tu es poussière et tu retourneras à la poussière". Là aussi, la chair cadavérique va aller nourrir le sol et se retrouver "récupérée". Mais il n'empêche qu'il y a quand même eu mort !!! Ou bien alors, la mort n'existe pas. Vous êtes d'accord avec moi que la mort existe ? Et elle ne concerne pas uniquement l'homme.
Nous nous comprenons bien.
Adam connaissait la mort, puisque Dieu lui en a parlé en l’avertissant de l’effet de l’acte de prendre le fruit de l’arbre de la connaissance : de mort, tu mourras.
Le péché originel ne crée pas la mort dont Dieu parle à Adam. Le péché originel a pour effet que la création devient « sujette » à la mort. Nous en avons déjà parlé et c’est notre divergence de base : le renouvellement de toutes choses ce n’est pas la mort, c’est la vie. C'est dans l’immobilisme que se trouve la mort.
La chute d’Adam ne crée pas la mort, mais prive toute la création de celui qui aurait dû la soumettre, vaincre la mort, permettre qu’elle ne triomphe pas, que la destruction ne l’emporte pas. Comme le Christ le montre, la vie ce n’est pas l’absence de mort, c’est la victoire sur la mort, c’est un chemin de dépassements sans cesse nouveaux.
La question est très difficile et le Pape l’a abordée avec franchise dans son encyclique Spe Salvi. Que la vie éternelle peut paraître redoutable avec un autre point de vue.
Philémon Siclone a écrit : 3. Hypothèse personnelle et gratuite : le Big Bang conséquence du péché originel. Le monde prend sa forme actuelle, avec tous les désordres que nous connaissons. Les éléments créés par Dieu en 6 jours se manifestent, chacun à leur tour, mais cette fois-ci sous la marque du péché.
4. L'homme apparaît en son temps, à la suite de tout le reste. Et la génération d'Adam prend racine dans le monde historique.
Vous écrivez ainsi, sur le plan strictement historique, que « L'homme apparaît en son temps, à la suite de tout le reste ».
De cette réapparition après des milliards d’années, vous ne dites rien. Pourquoi des milliards d’années à reconstruire et à développer un monde déchu pour y faire réapparaître un humain déchu ? Y a-t-il eu, pour vous, un nouvel acte créateur ? l’aboutissement d’un dessein intelligent ?
Philémon Siclone a écrit : Le Christ nous promet un monde où "le vers ne ronge pas", un monde d'où la mort est déchue et n'agit plus. Il nous promet la vie éternelle, c'est-à-dire non soumise au temps.
Tout à fait d’accord, mais vous ne dites pas que la mort n’existe plus, mais qu’elle « n’agit plus » et à laquelle la création ne sera plus « soumise ».
La suite à plus tard.