Je ne refuse rien. Je veux simplement que l'on tienne compte de la réalité objective et concrète. Lorsque Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste, reçoit un triomphe lors de son arrivée à Tunis (*), ce qui n'est arrivé à aucun autre leader tunisien depuis l'ébranlement du régime de Ben Ali, pour moi, ça, c'est une information concrète qui signifie quelque chose d'évident. Ce n'est pas du blabla consistant à fantasmer la réalité.Alex101 a écrit :Philemon,
Pardonnez-moi de m'être emporté, mais en posant comme principe de base que vous seul etes objectif, vous refusez aussi de comprendre certaines évidences.
(*) information incroyablement boycottée ou minimisée par la presse française (qui est, comme chacun sait, libre et indépendante
Remplaçons le mot "niais" (péjoratif) par le mot "naïf" (plus neutre). Et là, je regrette, mais si : les attitudes naïves existent. Croire aux bisounours, par exemple, c'est typiquement naïf. Dire : "l'Islam est une religion de la paix et de la tolérance", par exemple, c'est une naïveté bien typique de notre époque, et qui est à rattacher à tout un mouvement de naïveté intellectuelle, qui sévit depuis 20 ans et n'a pas d'autre effet que de nous faire baisser la garde. Je ne dis pas, d'ailleurs, que c'est le but recherché, au contraire : le but conscient de l'opération est de nous rendre sympathique la culture musulmane, afin d'en faciliter l'intégration dans notre propre culture. C'est un noble but, et il faut le reconnaître, quoique les défenseurs de cette stratégie n'hésitent pas à trafiquer délibérément la vérité, à réviser l'histoire ("l'Islam a toujours été tolérant, c'est plutôt les méchants chrétiens croisés qui étaient violents et intolérants", etc.), à minimiser ce qui les gêne et exagérer considérablement ce qui semble aller dans leur sens. Par exemple, lorsque vous parliez du XVIIIe siècle de tolérance qui aurait rayonné sur la Tunisie, jusqu'à aboutir à une Constitution démocratique "à faire pâlir d'envie" (ce sont vos propres termes) les démocraties occidentales, on est typiquement dans la manipulation naïve de la vérité, la vraie vérité historique étant bien différente : la Tunisie du 18e s. était en réalité une base arrière des pirates barbaresques semant la terreur en Méditerranée et une plaque tournante du trafic d'esclaves chrétiens, tout cela sous la domination de l'Empire Ottoman. Quant à la Constitution "démocratique" que vous évoquiez, elle fut imposée un siècle plus tard au Bey par Napoléon III, quelques années avant que la Tunisie ne devienne finalement un protectorat. Voilà la vérité bien concrète et bien historique, très éloignée du tableau idyllique que vous me faisiez. Et vous ne m'avez d'ailleurs toujours rien répondu à ce sujet. Pourquoi suis-je virulent ? Parce que ceux qui minimisaient le danger du nazisme et du régime hitlérien, dans les années trente, procédaient de la même naïveté : la même en tout point. "Cessez de rire, charmante Elvire..."Je me permets aussi de vous faire remarquer que ce n'est pas parce que certains ne pensent pas comme vous qu'ils sont des "niais".
Ce n'est pas la règle du jeu sur un forum de discussion. Vous ne pouvez pas à l'issue d'un message me renvoyer vers un dossier de presse que je devrais lire avant de pouvoir vous répondre ! Soit vous me synthétisez les arguments que vous avez lus en quelques mots, et vous vous en servez pour appuyer vos dires, soit vous ne m'en parlez pas. Sinon, le débat va consister à se retrancher derrière des références bibliographiques, ce qui annule complètement l'intérêt du forum de discussion. Je ne vais pas me taper dix pages à lire juste pour répondre à votre message, de même qu'il n'est jamais pertinent, sur un forum, d'insérer des citations de 300 lignes que les autres lecteurs devraient lire pour prendre part à la discussion. Pour la bonne raison qu'on ne passe pas sa vie sur le forum.Vous me demandiez des arguments sur la tolérance tunisienne; avez-vous lu le dossier du Courrier International sur la révolution tunisienne, écrit pas des journalistes tunisiens, marocains et algériens de différents bords?
Par ailleurs, laissez moi mettre en doute la fiabilité du dossier du Courrier : rédigé exclusivement par des journalistes maghrébins, a-t-il des chances d'être impartial ? Evidemment non, le but étant de vendre la vitrine locale (idée que je me fais peut-être à tort, mais le soupçon est légitime).
Dit tel quel, cela reste une affirmation gratuite, désolé. Il faudrait rendre votre idée plus consistante. Et même si c'était le cas, je ne vois pas en quoi cela devrait éliminer la menace islamiste. Les nations changent beaucoup. On ne peut pas les caricaturer ni les schématiser. Comparez par exemple l'Allemagne d'Hitler avec l'Allemagne de Merkel. Quels changements en 60 ans ! Et c'est le même pays. Donc, ce genre d'observation sur l'ouverture et la tolérance supposément viscérales d'un pays, ne signifie rien du tout. Quel pays, d'ailleurs, serait viscéralement et de tout temps tolérant et ouvert ? Cela n'existe pas !!! Parce que les pays évoluent. Voilà ce que je me tue à vous expliquer depuis trois messages. Vous procédez par schématisation à partir d'une donnée vague et stéréotypée, établie de façon dogmatique, dont vous faites une généralité devant décider du destin d'un pays. Je trouve ça très léger, et je vous demande quelles sont vos motivations. Et ces motivations idéologiques (prouver que le monde arabe est conciliable avec l'Occident) précèdent évidemment vos démonstrations, lesquelles sont construites après-coup à partir de cette idée de base.Je ne dis pas que les tunisiens soient les parangons de tolérance. Je dis simplement que d'un point de vue historique et culturel, ils ont toujours été plus ouverts aux influences étrangères que beaucoup d'autres pays arabes et magrébins, et ce bien avant Ben Ali.
Pour le coup, ce n'est pas moi qui le dit, mais Le Monde, qui s'appuie sur quelques exemples bien précis de Tunisiens, de condition très modeste, qui sont passés par un système scolaire conçu artificiellement pour fabriquer des diplômés à la tonne (dans le seul but de soigner la vitrine de ce pays), mais qui se retrouvent ensuite au chômage faute de débouchés. Je me suis contenté de vous rapporter ce que j'ai lu, dans un journal qu'on ne peut pas soupçonner de racisme anti arabe.Quand au nouveau scolaire des tunisiens, je ne suis pas, mais alors pas du tout d'accord avec vous.
"Ils", donc... Il faut se méfier des généralisations. Peut-être qu'une frange non négligeable de Tunisiens est bien "éduquée", sans doute. C'est aussi le cas des Iraniens. Peut-être même le peuple musulman le plus "civilisé" se trouve-t-il en Iran. Et justement, seul l'Iran a connu une révolution débouchant sur un régime islamique. Aujourd'hui, ce même régime est fragilisé, pour les mêmes raisons : la jeunesse actuelle en a assez, et aspire à d'autres valeurs (pas forcément les bonnes, d'ailleurs : je crois que les jeunes iraniens sont de plus en plus séduits pas le consumérisme à l'occidentale).Mon expérience personnelle (qui ne fait pas foi non plus) me montre qu'ils ont un excellent niveau.
Voilà pourquoi tout est possible. La Tunisie peut connaître à son tour une phase islamique : ce n'est pas obligé, mais ce n'est pas à exclure non plus. Et si elle passe par là, ce ne sera sans doute pas définitif.
Ceci étant, les seuls qui font tout pour contrôler l'évolution de la situation, ce sont les Etats occidentaux. La Commission de Bruxelles vient de dépêcher sur place une délégation pour "aider" à organiser le prochain scrutin. Après l'échec des bombes lacrymo de MAM, on va passer maintenant à la préparation des élections : matraquage médiatique en vue (c'est sûr qu'on peut aider, on est des spécialistes dans ce domaine), soudoiement des futurs candidats, découpage électoral, etc. Bref, tout sera fait pour empêcher les islamistes de passer. Pourquoi autant de précautions, à votre avis ?


