LE SERMON
Le texte du célèbre pasteur américain ne présente pas tellement d'intérêt pour moi, pour vous dire franchement. Il s'agit d'une sorte de manifeste politico-religieux bien plus qu'autre chose avec ça. Il s'en trouve chargé d'un peu trop d'approximation trompeuse aussi, malgré le format réduit de l'extrait livré.
Tout comme Epsilon le fait remarquer : il n'est pas de tyran à Rome qui expulse les Juifs de Judée dans ces premiers siècles. Mais les Juifs furent collectivement punis par la perte de Jérusalem; tels que coupés de leur centre national religieux. Et c'est très différent d'un décret d'exil forcé, comme on se le représenterait au VIe siècle avant J.C. Être interdit de séjour dans une ville de Judée n'est pas «se faire chasser du pays pour être disperser aux quatre vents par la police et par la légion». L'effet de rhétorique employée par le pasteur ne correspond pas à la réalité.
Les Juifs se font chasser de Jérusalem après la seconde révolte armée des zélotes juifs, ces sicaires, ''nos'' nationalistes enthousiastes du cru. Et soit c'est comme lorsque les Juifs seront chassés de la ville de Rome (non pas de l'empire) par l'empereur Claude vers 52 ap. J.C. Et c'est le même motif pourrait-on dire : agitation politico-messianique ou trouble à l'ordre public, trouble contre la paix. Il n'y a pas de racisme indécrottable qui entre là-dedans ou une phobie de malade mentale qui force les uns à s'attaquer sans raison à d'honnêtes citoyens paisibles, par ce seul motif qu'ils auraient été juifs ou adorateurs du Dieu vivant, le fait d'être des fidèles de Moïse. Mais non !
Le pasteur oubliera de mentionner dans son sermon en quoi les sicaires juifs ont ''juste'' mis la Judée à feu et à sang une première fois vers l'an 66, et une deuxième fois vers 132 ap. J.C. En tant qu'acteurs principaux ils y auront drôlement contribué.
On veut bien croire que la troupe romaine pouvait comprendre certaines brutes et que des gouverneurs coloniaux pouvaient avoir certains défauts plus ou moins marqués. Il reste que c'est comme travestir la réalité historique si l'on s'essaie à faire passer la civilisation romaine pour une civilisation intolérante en soi à la religion juive ou qui serait incapable de supporter une minorité dans son sein (comme du moment qu'elle serait juive), et peu importe le fait que cette minorité aurait reconnu l'empereur et ses lois, etc.
[...]
Alors sache aussi cela : antisioniste signifie de manière inhérente antisémite, et il en sera toujours ainsi.
Cette formule dans le phrase du pasteur est effrayante. Ça ?; ...
manière inhérente ! Il a tout faux. C'est dommage à dire. Il a tout faux avec sa formule parce qu'il ne tient aucun compte de la réalité historique encore une fois. Il n'y a pas
d'antisémitisme inhérent à un fait d'antisionisme pour la simple et bonne raison que l'opposition au sionisme politique de Herzl est aussi un fait d'opinion juive entre autres. C'est comme DSK et Sarkozy, et l'un ne devient pas miraculeusement francophobe parce qu'il s'opposerait aux idées politiques de l'autre.
Après, qu'un authentique raciste puisse venir se déguiser en simple antisioniste politique et rien d'autre, tel pour porter un masque et se cacher de la police : ce serait une autre histoire. Je n'ignore pas que de vrais racistes pourraient parfois tenter de tromper le monde de la sorte. Il est injuste par contre que le délire d'une poignée de racistes aille servir de prétexte à ce que l'on cochonne ensuite la personnalité morale de millions d'autres lors de simples débats d'idées et échanges de vues.
Tu sais que le Sionisme n'est rien moins que le rêve et l'idéal du peuple juif de retourner vivre sur sa propre terre.
Non; pas exactement. Parce que des rabbins, puis des Juifs heureux en diaspora (oui, ça existe), l'internationnaliste épris d'humanisme sans frontière ... tous, comme n'importe lequel ... Oui tous pouvaient bien dire «L'an prochain à Jérusalem !» et ce n'est pas pour autant que chacun se qualifiait lui-même de sioniste, sentait une nécessité personnelle et pressante de déménager autour d'Hebron, près du tombeau des patriarches.
Il y avait des Juifs orientaux déjà sur place en Palestine à part ça. Et ces derniers trouvaient une différence entre eux et les sionistes. C'est la cassure entre le Juif oriental et le Juif occidental ayant assimilé les idées des Lumières et tout, comme admirateur des idéaux de la Révolution française, vous comprendrez.
Quand on se réfère au sionisme de l'époque contemporaine, Pati, l'on se réfère habituellement au programme politique désireux de forger (ou re-forger) une sorte de nation israélienne. Et on comprend aussi que d'autres penseurs pouvaient s'objecter, en faisant remarquer que la nation en question n'avait jamais disparu, par suite n'avait pas besoin d'être forgée comme s'il fallait la ramener du néant.
Le monde intellectuel juif n'est pas un bloc monolithique. Une foule de Juifs n'aimaient pas le sionisme dont je parle (Jabotinsky, Betar, etc) parce qu'ils se sentaient tout simplement méprisés dans leur propre spiritualité à eux, leur propre compréhension du monde, de l'histoire, la tradition et tout; non pas méprisés ici par quelque brute épaisse de goy mais par
d'autres Juifs. Les choses ne sont pas si simples, voyez-vous. Un Juif peut être sioniste encore tel sans désirer lui-même vivre en Palestine. cf. lui-même ne s'activera pas à ''retourner'', etc.
En soi, le sionisme évoqué correspond qu'à un courant d'idées. C'est tout. Le bundisme en en eût été un autre, le marxisme; plus anciennement qu'un Isaac Louria au XVIe siècle en aurait eu d'autres idées, Loubavitch au XVIIIe siècle, etc. Même les zélotes du 1er siècle ne sont pas à confondre avec Ben Gourion.