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Re: Les airs de musique que vous préférez
Publié : mar. 20 mai 2014, 10:43
par Johnny
Théophane a écrit :Depuis longtemps j'ai un faible pour Mozart. Bien plus, je ne jure (presque) que par lui au niveau musical. Sa musique m'apporte toujours beaucoup de sérénité et d'optimisme !
Quand la musique devient une profession de foi : le Credo de la messe en Ut (minute 32'30)
http://www.youtube.com/watch?v=k61qFbSU8WM
Impossible de ne pas croire après avoir entendu ça !
( En cd je vous conseille la version Karajan chez DG )
Re: Les airs de musique que vous préférez
Publié : mer. 21 mai 2014, 14:45
par Cinci
«... la musique dévoile au poète ce qu'il lui faut lui-même créer pour vivre : un espace analogue à l'au-delà. C'est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par et à travers la musique, que l'âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau.
Baudelaire révèle Garneau à lui-même : si le goût du beau le pousse à bout de nerfs c'est parce qu'il est une nature exilée dans l'imparfait et qui voudrait s'emparer immédiatement, sur cette terre même d'un paradis révélé. Son envie de mourir est une inclination comparable à celle qui conduit le musicien Adrien Leverkühn dans Le docteur Faustus de Thomas Mann, à composer l'Apocalypse. Une musique ou une poésie qu'on veut voir arracher aux cieux un morceau de perfection et retenir sur la terre la beauté de l'au-delà ont quelque chose de la magie. Garneau et Leverkühn sont tous les deux des êtres avides de lumière, mais tous deux également damnés.»
et
«... dans l'état où il se trouve aux dernières années de sa vie, Saint-Denys devine qu'il lui faudrait bien s'écraser pour de bon ou bien oser éprouver de la rancune contre Dieu qui l'épuise, comme en témoigne son journal.
Le problème de Garneau n'est pas de fuir Celui qui est à ses trousses, mais de se montrer dans la course pour la possession d'une âme, aussi entêté que Lui. Le dernier acte du Don Juan de Mozart lui indique un moyen d'y arriver. Au Commandeur qui déclare : «Tu mourras», la voix de Don Juan répond : «Non, non ! Je vivrai !» La force de ce moment déssille les yeux de notre poète; les enfers de parade, l'eau de rose de son christianisme, la superficialité d'une vision de la vie conventionnellement chrétienne ne font pas le poids devant le mystère Don Juan. Rien de si donjuanesque que le sursaut qui fait nier avec la spontanéité d'un enfant la possibilité même de la mort. [...] La mort chez Mozart est à ses yeux un fatum «effroyablement mystérieux» qui est comme la présence même de l'obscurité, de l'ombre. [...]
Qui est tout en vie transgresse l'ordre du monde en y traitant la mort en étrangère. Garneau s'est rendu coupable d'élan dans un monde pesant. Anne Hébert l'avait compris, elle qui choisit pour symboliser le jansénisme dans un film qui raconte le destin du poète, l'image des pierres noircies d'un collège. Dans le drame de Don Juan, une statue de pierre s'emploie de tout son poids à compromettre l'essor d'un être de chair que son désir de l'inatteignable fait bondir.»
Source : Jacques Beaudry, La fatigue d'être, p.104
(note : un essai qui traite de la fatigue existentielle chez le poète Saint-Denys Garneau et quelques autres poètes canadiens - Garneau était fasciné par la musique de Mozart)