Le fait que tout est une prémisse, une origine, correspond exactement au cheminement de cet argument. Si je voulais le vulgariser je dirai "bah on vient pas de nulle part, tout à une origine, non?". Si cet argument existe c'est parce qu'on jour on s'est dit que tout avait une origine, qu'elle soit inamovible ne change rien au fait qu'elle soit elle aussi une maillon de la chaîne, puisque après tout la cause primordiale, "l'inamovible" et fondamentalement dépendante du restes de causes desquelles nous dépendons. Si la cause primordiale cesse d'exister nous n'avons plus d'origine, si nous cessons d'exister, l'origine n'existe plus au travers de nous.
Je ne suis pas tout à fait d'accord. Le point de départ de l'argument cosmologique, c'est que certaines choses ont une origine en dehors d'eux-mêmes, et il conclut qu'il faut qu'il y ait de l'inoriginé dans les choses, sinon il n'y aurait rien. Or il y a des choses, donc il y a de l'inoriginé. Le reste de la métaphysique consiste à voir ce que l'ont peut dire de cet inoriginé.
L'argument que je vous propose dit justement que puisque nous rencontrons des êtres qui n'ont pas leur orgine en eux-mêmes, qui dépendent d'autre chose pour exister, alors il faut un être qui lui ne soit pas comme cela ; un être qui a en lui-même sa raison d'être, qui n'a pas d'origine hors de lui.
Une fois de plus: Au fond, on en sait rien. Qu'on parle d'origine ou d'être nécessaire, ça ne change rien à mon argument qui considère que vous affirmations son spéculatives et de toute façon improuvables par la logique.
Mais votre argument n'en est pas un. Vous affirmez que l'argument cosmologique ne fonctionne pas (''improuvable par la logique''). Mais vous devez montrer pourquoi. Pointer la fausseté de prémisses, ou des inférences invalides. Un peu comme le fait prodigal au-dessus. ''On en sait rien'' n'est pas un argument ; parce que si l'argument cosmologique fonctionne, alors oui, on en sait quelque chose.
Vous accusez aussi l'argument d'être spéculatif, ce en quoi vous êtes parfaitement juste. L'argument est un exercice de raison spéculative, et sa conclusion ne sera jamais confirmable par des moyens empiriques. Mais cela ne me pose aucun problème. Encore une fois, seul compte la logique de l'argument. Si la démonstration fonctionne selon les lois de la logique, sa conclusion est vraie, point. Si sa logique est défecteuse, alors oui, c'est faux.
Pire, ce n'est même pas un phénomène observable dans la nature pour le coup. Le fait qu'il y ait une limite d'engrenage dans une montre ne prouve pas la nécessité d'un être nécessaire. Toute comparaison est odieuse. C'est juste pas la même chose, les comparaisons sont selon moi une preuve d'impuissance à prouver ce qu'on veut dire.
Ce n'est pas une comparaison, mais une analogie. Je ne dis pas que l'analogie constitue une preuve de l'impossibilité métaphysique d'une regression
ad infinitum, mais elle permet de comprendre la logique de l'argument. L'argument cosmologique par le mouvement utilise une preuve par l'absurde en montrant qu'une telle régression constitue un concept intrinsquement incohérent, parce qu'un monde uniquement composé de moteurs subordonnés (les uns aux autres) ne rend pas compte de l'existence du mouvement. ''Il n'y a que des moteurs subordonnés'' et ''il y a du mouvement'' (au sens artistotélicien s'entend, que l'on peut comparer au sens du mot ''énergie'' en science, au moyen dans une certaine mesure) constituent deux affirmation analytiquement contradictoires.
Ne voyez aucune animosité dans ce dernier segment, tout le monde utilise des comparaisons, moi le premier. J'aimerai pourtant éviter de m'en servir pour un argument d'une telle importance que la cause primordiale.
L'analogie n'est pas un argument, elle est un exemple qui vulgarise la logique de l'argument.
Non.
Pour être plus précis, croire que le monde est absurde = irrationnel. Croire que tout ceci a un sens, qu'une chose supérieure veille au grain = croire rationnellement. Donc oui, je me réitère, vous assimiliez visiblement la croyance avec la rationalité. A moins que j'ai mal compris ce que vous vouliez dire.
Je dit que rejeter la raison est irrationnel. Je dit cela que parce que vous et prodigal utilisez la potentielle absurdité du monde comme une objection à l'argument cosmologique.
Mais il y a d'autres objections concevables - ultimement intenables, à mon avis, mais c'est un autre débat - à l'argument cosmologique que je vous ait présenté. Par exemple, l'accusation d'un sophisme de composition comme l'a fait prodigal contre P3 est une objection qui ne passe pas par la négation de la raison. C'est parce que vous soulevez l'objection ''il n'est pas a priori absurde que le monde soit absurde'' que je rétorque ce que la raison est impliquée par tout usage du language et que donc le fait même que nous discutions et pensons nous force à poser la raison apriori.
D'autre part, je distingue la croyance (utilisons plutôt le terme ''foi'') et la rationalité (entendu au sens limité de ''l'usage du raisonnement déductif'', parce que par ailleurs je crois que la foi peut être rationnelle, non pas au regard de la raison pure (démonstrative) mais de la raison pratique).
Simplement, si les propositions ''Jésus-Christ est mort pour nos péchés'' ''il y a un paradis'' même ''une chose supérieure veille au grain'' comme vous dites, sont du seul ordre de la foi, la proposition ''il y a un être nécessaire distinct du monde'' est de l'ordre de la raison pure, démonstrative.
C'est tout l'enjeu de notre petit débat ; dans quelle case faut-il coller cette proposition ?
Comme quoi ? Citez des exemples.
Mh je sais pas moi, la gravité, on sait pas d'où ça vient, donc pour le moment on peut dire que c'est irrationnel, non?
Moi pas. On ignorait dans le temps pourquoi des éclairs tombaient du ciel, cela ne veut pas dire que le phénomène des éclairs était ''fondamentalement inexplicable-irrationnel''. C'était juste un cas d'ignorance. Je pense que la raison est universelle, mais cela n'a rien à voir avec la science infuse !
On parle d'irrationnalité ''ontologique'' au sens absolu d'abscence de raison, pas juste d'irrationnalité ''épistémologique'' (relative à notre savoir limité).
D'un point de vue plus mental, la foi, en soi il est assez irrationnel d'avoir la foi. Il n'y a rien de rationnel dans le fait de croire que quand on va mourir un ange nous laissera peut être passer dans un portail vers le paradis ou qu'on ira en enfer. Le tout en se basant sur rien de concret (quelques bouquins, des témoignages, un engouement généralisé plutôt rassurant?), c'est profondément irrationnel au sens littéral.
Ce n'est pas irrationnel au sens ou cela constituerait un fait contradictoire. On peut manquer de raison, au sens de manquer d'accès à la raison objective, mais à aucun moment les lois éternelles de la raison ne sont brisés lorsque quelqu'un dit une connerie.
Si je vous dit ''il y a des triangles carrés'', vous pouvez savoir que c'est analytiquement faux par l'usage de la raison pure. Pas besoin de faire des recherches empiriques, vous savez que la proposition est contradictoire. C'est un cas d'irrationnalité subjective, mais objectivement l'ordre du monde n'est pas affecté par le fait que je dis des conneries. Le fait que je dise des conneries est explicable rationnellement - par le fait que je sois con, ou ignorant, ou entrain de faire une blague, ou etc...
Ce genre d'irrationnalité n'est donc pas la même chose que l'irrationnalité fondamentale qui remet en cause la raison objective elle-même, les lois de la logique.
Rien que le mot "irrationnel", en soi, est une démonstration d’irrationalité.
Non. Pas de l'irrationnalité fondamentale. Extamment de la même manière que la possibilité d'articuler des conneries de façon contradictoire ne réfute pas la rationalité fondamentale du monde. Le fait que l'on puisse parler de la licorne rose et invisible (un concept contradictoire) n'implique pas qu'il y ait, ontologiquement, du contradictoire dans le monde.
Bah pour le moment votre contre-argument c'est le rejet de la rationalité au niveau cosmologique ''le monde peut être tout aussi bien absurde''. Donc si il n'y a pas de hasard-absurde - mon point de vue - votre objection n'est pas valide. Puisque le hasard est une catégorie de pensée qu'on utilise couramment tout en acceptant qu'elle n'a aucune substance ontologique (si j'ose dire), comme vous dites, une ''convention'', alors je trouve assez improbable le fait d'utiliser cette catégorie en lui donnant un sens, pour le coup, ontologique (soit, un hasard ''véritable'', pas comme le lancer de dé) au niveau cosmologique.
L'arrangement presque trop parfait de la planète, la distance avec le soleil, la composition de la planète, etc.
C'est possiblement une coïncidence (nous sommes le fuit de cette coïncidence, mais en soit dans l'infinité de l'univers il fallait bien qu'elle apparaisse quelque part, probabilistiquement). Ou le fruit de la volonté d'un créateur (ce que je ne pense pas, en tout cas pas directemment). En tout cas la possibilité d'une explication rationnelle n'est pas exlue. C'est comme le dé ; il n'y a pas de hasard
ontologique. Ou comme la lotterie ; la probabilité que vous soyez le vainqueur est improbable, mais si vous l'êtes vous n'avez pas besoin d'avoir recours à l'absurdité du monde ; après tout il fallait bien que ca tombe sur quelqu'un, donc l'improbabilité était certaine, si j'ose dire.
On peut se dire que cela résulte du hasard, mais que ce hasard est bien trop parfaitement agencé pour qu'il s'agisse uniquement de "hasard". Donc qu'il y a un truc derrière. Ainsi les croyants reconnaissent le hasard mais déterminent son origine qu'au travers de leur croyance, cette croyance c'est l'entité cosmologique créatrice, l'être primordiale. Et après c'est vous qui venez me reprocher exactement la même chose, car j'assimile le hasard au ... hasard?
Je vous reproche de recourir à l'hypothèse d'une absurdité fondamentale de l'univers. C'est pas la même chose que l'absurdité relative de votre exemple. Et comme je le disait au-dessus je suis plutôt sceptique des arguments ''scientifiques'' pour l'existence de Dieu, parce qu'il y a des explications beaucoup plus simple ; l'univers est grand, donc même si dans chaque système solaire le développement d'une vie intelligente est très improbable, à l'échelle de l'Univers tout entier il n'est pas improbable que ce soit le cas dans au moins un de ces systèmes.
En NSJC !
Héraclius -