Et bien je trouve cela triste, oui. Et, désolé de le dire, bien peu catholique. Plutôt un brin janséniste.
. Mais vous n'avez donné, pour l'instant, comme exemple de "mode de vie des païens", que l'exemple du "beauf supporter de foot"... or j'aimerais bien savoir précisément et le plus exactement possible ce que vous entendez par "mode de vie des païens". Pour l'instant, je ne vois pas bien ce qui fait qu'il faille les éviter à tout prix...
(et, non, il est complètement faux de dire que le côté "beauf", vulgaire et grossier, soit "un aspect fréquent" de la vie de toute personne non croyante... je ne vois vraiment pas comment vous pouvez sortir des affirmations pareilles, à moins que nous n'ayons pas trop la même perception de ce qui est ou n'est pas "vulgaire et grossier"...)
Surtout, encore une fois, qu'on peut difficilement témoigner de ce qu'est la vie dans le Christ à plusieurs kilomètres de distance et en ne se croisant que sur internet pour commander ses courses de loin... Je ne vois pas bien, en fait, ce qu'une communauté fondée sur un tel esprit peut porter comme fruits. Les enfants éduqués selon ces principes risquent fort, plus tard, soit de tout rejeter en bloc et d'apostasier, soit de rester fermes dans l'idée d'appartenir à une élite qui ferait mieux de ne pas frayer avec ce qui, comme vous le décrivez, ressemble fort à la plèbe, ce qui du coup ne donnera aucun missionnaire, qu'il soit prêtre ou laïc.
Et on rappelle au passage que, même baptisé, vous ne pourrez pas élever votre nature humaine : ça, ce n'est pas vous qui vous en chargez. Vous pouvez accepter ou refuser cette élévation, mais certainement pas vous élever tout seul votre nature.
. Je comprends assez mal, également, vos objections contre l'amitié avec des personnes non-croyantes. Si on n'est pas leur ami, de toute façon, je vois mal comment on pourra être utile à leur Salut. Or, c'est ce que nous sommes censés être : le sel de la terre. Et non la salière posée sur un coin de table et loin de tout.
Mais, surtout, cela me semble une sorte de rejet ou de négation
a priori ; alors que, de fait, l'amitié avec des personnes non croyante est possible, et là ça n'est pas une théorie de ma part, mais de l'observation directe.
Quelqu'un a dit ou écrit que l'amitié, c'est "prendre soin de la même vérité". Or, des non croyants qui, à leur manière, sont plus ou moins tournés en direction de ce qui en fait est Dieu sans qu'ils le sachent trop bien, et bien ça court les rues ; des non croyants prêts à "prendre soin" de vérités, même partielles, que nous reconnaissons également, cela existe, et pas qu'un peu.
Donc, l'amitié est possible. Et donc, je ne peux pas considérer comme vraie et crédible une théorie ou un principe qui aboutirait à la conclusion que ce n'est pas possible (de même que je ne pourrais pas croire en un principe qui aboutirait à la conclusion que la Terre ne tourne pas autour du Soleil, ou que le Soleil ne brille pas, ou que l'eau ne mouille pas).
. Vos négations au sujet de l'amitié avec des non-croyants ne sont justifiés que par des principes, sans qu'on sache sur quelle réalité concrète ils sont fondés, et qui s'opposent, de fait, à la réalité ; ce qu'on pourrait appeler, donc, des
a priori.
Vous dites "
qu'il est impossible d'entrer réellement en relation avec quelqu'un qui serait fondamentalement différent", or c'est justement ce qu'il faudrait établir : que les humains non croyants seraient "fondamentalement différents" des croyants. Or, ce n'est pas le cas pour ce qui fonde l'amitié.
Si je ne m'abuse et puisque vous parlez philosophie, l'amitié suppose un penchant de la sensibilité, une adhésion de l'intelligence, un choix libre, un amour volontaire ou amour de dilection ; or, me semble-t-il, les non croyants n'en sont pas dépourvu. Il faut, également, pour qu'il s'agisse d'une amitié vraie et saine, que sensibilité, intelligence et volonté, tendent vers des biens - non pas que l'ami soit totalement bon puisqu'aucun de nous ne l'est, mais qu'ils tendent vers ce qui est bon en lui, et qu'ils tendent vers son bien à lui.
Or, me semble-t-il, un être humain n'est pas entièrement mauvais par nature, même non baptisé. Donc, cela est possible.
Attendu que la démonstration métaphysique aboutit à la conclusion que ces amitiés sont possibles, attendu que l'observation courante et l'expérience personnelle directe me confirment que cela est possible,
je ne vois pas du tout sur quoi sont fondés vos principes qui nient cette possibilité,
et je suis donc dans l'obligation de conclure que vos principes à ce sujet sont
objectivement faux.
Je ne dis pas que je sois d'un autre avis que vous, ou que mon opinion diffère : je dis que ce que vous en dites est objectivement faux, comme il serait faux de dire que les cochons volent ou que les pizzas poussent sur les arbres.
. Que nous n'ayons pas assez conscience de ce qu'est le baptême et de ce que risquent ceux qui ne le reçoivent pas, là-dessus je suis entièrement d'accord... mais en discuter ici ou ailleurs et m'en faire prendre toujours un peu plus conscience, cela ne me pousse absolument pas à fuir les autres et à courir m'enfermer dans la caverne la plus proche, bien au contraire !
Bien au contraire, prendre un peu plus conscience de ce qu'est le baptême et de ce que risquent ceux qui ne le reçoivent pas, ne me poussera qu'à plus d'amitié encore envers ceux de mes amis qui ne l'ont pas reçu, et même au-delà des amis, envers toute personne que je croiserais - cela ne peut que me pousser à vouloir encore plus pouvoir être un canal possible à travers lequel Dieu pourra les toucher.
Si personne ne va au milieu d'eux, mais qui ira ?? Par qui Dieu les touchera-t-Il ?
(et, vu comme ça, on ne peut s'empêcher de se laisser titiller par la question de savoir qui, au juste, inspire à des chrétiens l'idée de se retirer du monde et de rester entre soi...)
. Et puisqu'on parle de ce que sont réellement les païens (je ne vois pas bien ce que vous pouvez en dire, si vous les fuyez comme la peste ou si vous éviter soigneusement de lier avec eux discussion, connaissance ou amitié) : la plupart des païens sont bien plus ignorants de ce que c'est au juste qu'être chrétien, qu'anti-chrétien.
. Ah, et puis il y avait une question piège : il N'Y A PAS (ou enfin il ne doit pas y avoir) de moments de notre vie qui soient "purement utilitaires" : TOUT doit être tourné vers Dieu, votre Salut, et le Salut de votre prochain. Même aller chercher le pain, même accueillir un client, et même accueillir le technicien chargé d'installer internet. Faire la vaisselle. Remplir la gamelle des chats. Acheter du dentifrice. Chanter sous la douche. Organiser le chapelet. Chanter à la messe. Préparer des pizzas-maison pour ses amis.
. Donc en fait :
comme je vous l'ai dit, le principe, l'idée, de se regrouper, en campagne, entre chrétiens (puisqu'en ville cela existe déjà et est plus facile), pour assurer un bon esprit chrétien, une ambiance de vie et d'étude et d'éducation chrétienne, de baigner chacun et surtout les enfants dans une ambiance chrétienne et pieuse,
j'approuve, j'encourage, j'appuye, j'applaudis.
Mais l'esprit de fermeture, la désespérance envers la nature humaine, le refus de l'évangélisation, le retrait du monde par rejet du prochain plus que par souci de Dieu, le mépris des païens, le mensonge (vos affirmations au sujet "des païens en général" étant fausses, puisque démenties ET par la raison ET par l'expérience concrète), la calomnie, les a priori,
ça, non, merci, et je ne vois pas bien ce que l'on pourrait construire de bon là-dessus.
Alors, si en soi l'idée de petits hameaux chrétiens est bonne, un conseil, laissez tomber : ce n'est visiblement pas vous qui êtes fait pour cela. Chacun sa vocation.
Et c'est pour le salut de votre âme que je vous le dis...
